( 6 novembre, 2008 )

Une nuit chez les crotales

dati2.jpg« Quand une fée tombe amoureuse d’un démon, cela donne un amour impossible, sauf au Clair de Lune. »
Proverbe indien

Je le tenais bien !

Mes doigts d’ouvrier du bâtiment au chômage (négligé, méprisé, poussé par des sénateurs séniles et confortables à taquiner l’agglo et l’enduit jusqu’à l’âge 70 ans et plus…) lui serraient le gavion avec virulence.

dati1.jpgLa lune, profonde et pleine dans la rousse splendeur de son innocence, éclairait cet acte violent. Les restes désespérés d’un regard sans pupille, sentant proche le froid d’un exil définitif, s’accrochait à sa lumière comme le fugitif à l’obscurité. Cela donnait davantage de relief à l’oeil de la victime. Un regard de crotale dans une enveloppe humaine. Une aberration esthétique !

Il avait réussi à mettre mes nerfs à vif…Soudain, un coude s’enfonçait dans mes côtes, me coupant le souffle. Un cri dont je reconnaissais le timbre poussait brutalement les portes de mon esprit. La lumière s’alluma dans la chambre. D’un bond rapide, ma compagne désertait le lit.

Une fois à l’abri, elle hurla : « Tout à l’heure, rendez-vous chez le toubib… Un traitement dati3.jpganti-vermifuge ne te fera aucun mal ! T’es trop nerveux ces jours-ci ! »

Je venais à peine de me coucher ! Elle me prenait pour le chien de la maison. Quel merdier !

Tout avait pourtant bien commencé. Je m’étais endormi avec un passage de l’Émile de J.-J. Rousseau dont j’avais oublié jusqu’à la racine. Une lecture ancienne. Mais cette citation était là, au milieu d’une oeuvre et d’un auteur contemporains que je prenais plaisir à lire. Je me souviens l’avoir apprise par coeur étant jeune, tant sa vérité m’a toujours semblé criante. La voici : « Qu’on loue tant qu’on voudra ce roi vaincu qui veut s’enterrer en furieux sous les débris de son trône ; moi je le méprise ; je vois qu’il n’existe que par sa couronne, et qu’il n’est rien du tout s’il n’est roi ; mais celui qui la perd et s’en passe est alors au-dessus d’elle. Du rang de roi qu’un lâche, un méchant, un fou peut remplir comme un autre, il monte à l’état d’homme, que si peu d’hommes savent remplir… »

Quatre heures du matin c’est tôt pour aller se faire vermifuger chez le vétérinaire, alors je prenais le chemin le plus court : un café bien serré et un sentiment de culpabilité très actif. Sur la pointe des pieds, perturbé, j’ouvrais la porte de la chambre : « Un p’tit plateau, ma chérie ? NON !… »

Peu à peu, le film de cet acte incongru installait sa brillance dans l’aube terne. Tout devenait limpide.

Le cadre était habituel, le Docky, mon Pub préféré. Ambiance feutrée. Anormale pour le lieu. Mais bon, quand on rêve…

Tout aussi anormale était la présence de Rachida D. à mes côtés. Une beurette sèche et nerveuse avec qui (origine oblige) je papotais de choses et d’autres. J’aimais les bons millésimes et toute sorte de friandises. Elle, la sobriété parfaite. L’abstinence cruelle.

Mon arrivée au pays, mon parcours, mes pensées. Mon intégration. Quelle distance avions-nous établi entre l’origine et le nouveau statut étaient sujet et complément d’une conversation très mondaine entre deux mondes.

J’étais attiré par son regard. Le regard et les mains sont les deux choses que je regarde en premier chez quelqu’un que je vois pour la première fois. Le sien sentait l’ambition. Par moments, un éclat faisait danser dans la pénombre comme un zeste de frustration. Une constante chez les intégrés avec qui je partageais parfois un bout de hasard.

Nippée au dernier cri (franchement pas mon truc), elle dégageait une effluence à prix Dior, très éloignée de l’odeur détestable du patchouli et de mai 68. Trop jeune, trop éloignée, assez distante et, pour ainsi dire rétive aux joies du peuple, pour elle, la partie ensoleillée de cette période extraordinaire de l’histoire se résumant à la longueur du couloir de son appartement parisien ou des grandes bâtisses ministérielles qu’elle a toujours rêvé d’arpenter d’un pas sec et nerveux.

Elle commençait à m’agacer ! Mais une femme fécondée étant une femme sacrée, je gardais un reste de politesse : « Et votre fils ? »

C’est une tradition ancestrale. A la forme du ventre, on connaît le sexe du nouveau-né chez nous.

« Comment savez-vous cela ? »

Les siècles parlent en notre nom, madame, vous l’ignoriez ?

Je n’ai pas pu empêcher la suite : « Que ferez-vous de lui à l’âge de 16 ans, lors du premier accro avec la loi ? Voire du second ? Lorsqu’il sera expédié parmi les endurcis ?… Que direz-vous au futur Garde de Sceaux, quand il se montrera aussi intransigeant que votre patron actuel à l’égard de fiston ? Lui-parlerez-vous de murs à rehausser, de ciment à peaufiner ?… De retraite méritée ?»

C’est alors que le ptérodactyle s’est pointé dans la ligne de mire. Mes mains ont viré au moite. Mon regard au glauque.

J’avais avalé je ne sais plus combien de chihuahuas et je sentais la chaleur du Mexique monter d’un cran dans le dédale de ma colère.

Il l’a contournée, m’a regardé sans me voir, s’est assis et lui a demandé si ça allait. Nous avons croisé une impression… Quel sentiment bizarre !

Brice H.. Je vous présente… Pas le temps !

Il s’est mis à parler. Dans le brouillard de ma séance, les mots sonnaient comme des balles. Ça sifflait dans mes oreilles. Ça claquait dans mon coeur. Il parlait, exécutait, proclamait, tirait…

Les oreilles, les yeux et la bouche en éveil, j’écoutais, les fibres de mon corps congédiant les derniers scrupules, j’allais direct au fait : « Vous êtes un homme ?… L’assassinat est votre métier ?… La culture votre piège ?… La frontière votre loi ?… La dictée votre règlement ?… Sortez ! »

Nous sommes sortis…

Ma femme s’est réveillée !…

« On peut fendre un rocher, on ne peut pas toujours attendrir un coeur. »
Proverbe arabe

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5 Commentaires à “ Une nuit chez les crotales ” »

  1. clarky dit :

    proclamer le tout répressif et s’indigner que des suicides en cascade aient lieu en zonzon, tel est le nouveau crédo que cette abonnée aime ’cause elle est cool dati, dati, dati cool…

    son truc à elle c’est parader dans des toilettes de couturiers là où d’autres se mettent en selles d’attente d’infortune.

    dame, je fais mienne cette formidable remarque du père gilbert qui disait en substance « d’abord je te colle une bonne droite parce que t’as essayé de me baiser la gueule et seulement ensuite je te bénis », putain que y’en aurait des droites à distribuer au sein de ce gouvernement !!!

  2. b.mode dit :

    Envoûtant récit nocturne. Entre les cauchemars de l’amateur de fondue au chester de Windsor MacCay et le conte d’un sorcier lointain. Sauf que là, la réalité dépasse l’affliction… Les sueurs froides sont légitimes…

    edit sans commentaire : http://immigration.blogs.liberation.fr/coroller/?xtor=RSS-450

  3. gonzague dit :

    Brrrrrrrrr… On dirait le délirium d’Yves Montand dans le Cercle Rouge.
    Dati veut vider les prisons qu’a elle même rempli…Schyzo, la madame ?

  4. booguie dit :

    bonjour ,une dame jeanne et une espèce de jarre de verre enveloppée d’osier,mais un récipiant en plastique suffit ,du style bidon d’eau pour camping, bon vin de noix à plus et merci pour ton passage chez moi bonne fin de semaine à plus

    Dernière publication sur Liberté d'expression. : Gabriel Timmory.

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