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Lectures d’un autre soi

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Se dévoiler comme un élément régulier/irrégulier. Se découper en de minuscules morceaux, les lancer à la mer pour que la houle capricieuse les emporte au-delà de l’horizon personnel, l’histoire le suggère, c’est une bonne et une mauvaise nouvelle. Laquelle est la bonne ?…

Ma vie en cinq livres et, pour la peine, un auteur de dessins animés. Cela relève de l’éviscération.

La vie est une gare. Gare à toi ! Un rideau qu’on écarte. Un oeil qui regarde. La vie qui allume un fagot en éteignant un feu. La vie qu’on aime et la vie qu’on déteste. La vie qu’on regrette et la vie qui revient.
La page qu’on tourne, le livre qu’on ferme et un suivant qu’on attend.

Mes livres ? L’ humble prolongement d’un tumulte endogène.

J’ai appris à lire à l’âge de vingt ans. A écrire ? Encore aujourd’hui, une coquille m’empêche de dormir. D’où certains cauchemars.

Quel a été l’élément déclencheur ?A coup sûr, la honte. Toute vie finit par se révéler.

A l’âge où mes copains écrivaient dans la fièvre des pages pour des fanzines épisodiques, je les distribuais à la sortie des bahuts, les joues empourprées, de peur qu’on ne m’interroge sur le contenu. Après ma journée d’ouvrier dans le bâtiment, j’empruntais le costume d’un écharpé des causes perdues, une écharde plantée dans la langue. Je souffrais d’un panaris linguistique.

A une époque où tout le monde avait des tas de choses à dire, je gardais un silence analphabète dans le cachot de mon ignorance.

Voici donc mon tour d’horizon subjectif.

Je demande pardon à tous ceux qui ne figurent pas dans la liste et qui m’ont empêché de sombrer avec des écrits magnifiques. Moi aussi, je suis un être arbitraire.

Contrairement à l’ordinaire, ne sachant pas lire, le livre de mon enfance était le dessin animé : Tex Avery est mon symbole de résistance à la bêtise ou à l’incompréhension. Son radicalisme délirant continue de m’éclater encore et toujours.

Sinon, plus tard, Octave Mirbeau. « Les 21 jours d’un neurasthénique », « l’Abbé Jules », « Le jardin des supplices », « Le journal d’une femme de chambre ». J’aime le filigrane de Don Luis Buñuel dans cette voie lactée ! Le mélange de férocité et de jubilation de son naturalisme romancier lui donnent une place de choix dans mon esprit. J’ai aussi beaucoup aimé ses critiques artistiques sur ses contemporains.

Stefan Zweig est un grand moment de mon évolution et de mon plaisir. J’ai adoré son style. Sa profondeur et son humanisme. J’ai pratiquement tout lu de son combat contre les ténèbres : « Castellion contre Calvin », « Erasme », « Les heures étoilées de l’humanité » et « Souvenirs d’un européen »…

Garcia Lorca. Évidemment. Assassiné par la Garde Civile.

Michel Zévaco. Ah !  Michel Zévaco. Le chevalier de Pardaillan, la Fausta, Le Pont des soupirs et l’extraordinaire foisonnement de ses romans « historiques ». L’histoire de France depuis Philippe Le Bel jusqu’à la Pompadour passée à la moulinette de cet iconoclaste de la plume. Un vrai pirate, dans le sens noble du terme. Rien à voir avec un corsaire.

Je ne pouvais pas terminer ce vol rapide sans avoir une pensée pour Morvan Lebesque et ses chroniques du Canard publiées sous le titre « La loi et le système ». Breton de Nantes et, obligatoirement, homme libre. Mort au Brésil. Trop tôt.

Pour lui, dont le livre m’accompagne toujours :

Navire en partance
Sur l’océan en folie
L’équipage balance
Sur la houle éblouie

Couleur cendre et argent
Se marient dans le néant
Dans les creux malséants
Une voix libère son élan

Kenavo, mon frère !

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