( 7 mai, 2009 )

La dictature constitutionnelle en 12 étapes

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  1. La dictature constitutionnelle a pour objectif de mettre les ressources et les richesses d’un pays à la disposition d’un groupe d’individus restreint (oligarchie), au détriment de l’ensemble de la nation.
  2. La dictature constitutionnelle utilise les institutions publiques (administration, justice, investisseurs institutionnels, medias…) en les mettant sous tutelle et en les détournant de leurs fonctions premières pour les mettre au service de cette oligarchie. C’est pour cela que la dictature constitutionnelle est dans un premier temps difficilement attaquable : elle reste dans le cadre de la loi, mais en la détournant de son esprit pour n’en retenir que la lettre, ce qui rend vain ou hypothétique toute poursuite. Les lois existantes sont complétées ou remplacées par d’autres lois plus favorables aux intérêts des oligarques.
  3. La dictature constitutionnelle s’appuie également sur le réseau de médias des oligarques. Ceux-ci, bien qu’ayant des activités industrielles dans différents secteurs, contrôlent la quasi-totalité des médias privés, non pas uniquement pour gagner de l’argent, mais surtout pour ne pas laisser de place à un discours qui risquerait de remettre en cause la dictature constitutionnelle. Tout discours différent est aussitôt ridiculisé par l’ensemble des ténors du pouvoir en place. Par un martèlement du discours officiel permanent et étendu à tous les medias , l’individu finit par douter de ses propres pensées et n’ose plus remettre en question le discours universel de la dictature constitutionnelle. Profitant d’une couverture médiatique universelle, la dictature constitutionnelle peut mentir à tout instant, en toute occasion, et à tout propos, sans risquer d’être contredite. Les medias reprennent même les contre-vérités les plus grossières au premier degré, sans oser le moindre commentaire.

  4. La dictature constitutionnelle s’attache à dissoudre, décrédibiliser ou à rendre impuissants tous les corps intermédiaires et de manière générale tout ce qui peut créer du lien social. L’individu doit se retrouver seul et isolé face au pouvoir.
  5. La dictature officielle s’emploie à désespérer les individus. Toute possibilité d’amélioration des conditions de vie est présentée comme impossible. La dictature constitutionnelle présente la réussite des oligarques comme étant de leur seul fait personnel. Elle présente l’échec social des individus et leur incapacité à améliorer leur niveau de vie comme étant de leur seul fait, alors que tout est mis en oeuvre, à tous les étages de la société, pour transférer les richesses des individus vers les oligarques.
  6. La crise n’est pas un accident dans l’histoire de la dictature constitutionnelle, elle est pour les pays les plus avancés dans cette voie une étape franchie dans le transfert des richesses des individus vers les oligarques. Après avoir capté le maximum d’argent possible et avoir poussé les individus à s’endetter à long terme au delà de ce qu’ils pouvaient payer, les oligarques doivent passer à un stade supérieur pour continuer à s’enrichir. Les oligarques vont maintenant accélérer la captation des richesses des états, et pousser les états à s’endetter à long terme au delà de ce qu’ils peuvent payer, de façon à pouvoir profiter de cet argent sous forme de subventions diverses, de prêts, de défiscalisation, d’exonérations de charges, de baisse de TVA, etc.
  7. Pour favoriser le tranfert des ressources de l’état vers les oligarques, les dépenses des états doivent être réduites en supprimant les fonctionnaires et les services de l’état non indispensables à la conservation du pouvoir.
  8. La dictature constitutionnelle crée de façon délibérée une stratégie de la tension sociale, en ne laissant à ses adversaires d’autres choix que l’humiliation ou la violence. En stigmatisant, criminalisant et manipulant la violence résiduelle, la dictature constitutionnelle peut ensuite légitimer un contrôle renforcé des individus et une réduction progressive des libertés. Cette stratégie est destinée à anticiper les risques de rébellion liés à la montée généralisée de la pauvreté, et aux noyaux de contestation qui ne manqueront pas de se créer devant le désespoir grandissant. En généralisant la violence policière et en la présentant comme normale (multiplication des gardes à vue et des procédures humiliantes, des coups, des bavures), en durcissant les peines de prison et les amendes on cherche également à faire peur aux individus, qui n’oseront plus se rebeller, de peur d’avoir affaire à une justice brutale et injuste.
  9. Le tout numérique permet un fichage de toute la population et un contrôle généralisé de toutes les conversations téléphoniques, SMS, emails, sites internet. Tous les membres d’organisations hostiles au pouvoir sont filmés en détail par la police lors des manifestations. Il deviendra obligatoire d’installer un mouchard sur son ordinateur qui sera relié en direct et en permanence au pouvoir central. Toutes les procédures pénales possibles seront utilisées systématiquement pour décourager les individus ou organisations d’exprimer par quelque moyen que ce soit des idées contraires à celles de la dictature constitutionnelle, ou de mettre en cause l’un de ses responsables.
  10. La dictature constitutionnelle, avec la complicité de ses médias relais, utilise ou crée en permanence des évènements pour faire diversion, empêcher que l’attention des individus se cristallise sur leur mécontentement personnel, et différer éternellement toute résolution possible des problèmes sociaux. Ces évènements renforcent et légitiment le rôle de la dictature constitutionnelle comme unique rempart entre l’individu et un monde extérieur caricaturé jusqu’à la paranoïa, d’où ne ressortent plus que des dangers potentiels.
    Evènements positifs où la dictature est mise en valeur : sommets internationaux, visites du chef de l’état à l’étranger ou en province, mariages présidentiels ou oligarchiques, manifestations culturelles, vacances, interviews complaisantes, etc.
    Evènements négatifs extérieurs à la responsabilité de la dictature et contre lesquels elle doit lutter en permanence : crise économique, insécurité, bandes, famines, épidémies, terrorisme, guerres, drogue, mafia, etc…
  11. Quand le transfert intérieur des richesses est en passe d’être achevé et que la contestation ne peut plus être contenue par le contrôle policier, c’est alors à l’armée de prendre le contrôle du pays et d’éliminer durablement et de la façon la plus directe toute résistance. La dictature constitutionnelle rejoint alors toutes les dictatures du monde, mais nombreuses seront encore à ce moment les personnes qui penseront que ce qui est arrivé devait arriver, et qu’il n’y avait pas eu, à aucun moment, la possibilité de faire autrement.
  12. Après avoir écrasé toute résistance intérieure et exploité toutes les ressources du pays, pour continuer à augmenter la richesse des oligarques, la dictature constitutionnelle se tournera alors inévitablement vers l’annexion d’autres états moins puissants militairement, de façon à s’en approprier les richesses.

Je vous laisse trouver vous mêmes les exemples qui abondent pour chacun de ces points, et définir à quelle étape nous en sommes rendus. Certaines étapes peuvent être commencées simultanément ou inversées, et certains pays sont en avance sur les autres. Comme d’habitude nous sommes en retard sur les pays les plus avancés, mais pas pour longtemps…

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17 Commentaires à “ La dictature constitutionnelle en 12 étapes ” »

  1. lediazec dit :

    Douze bonnes raisons de ne pas oublier les douze travaux d’Hercule. Sur le point numéro 9 qui n’est que la résultante de tout ce qui précède et succède, je viens de lire ceci :
    http://fr.news.yahoo.com/73/20090507/tmedia-la-loi-hadopi-fait-une-victime-tf1-ac9eae5.html

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

  2. b.mode dit :

    « Quand t’auras 12 belles dans la peau, t’auras du plomb dans l’aile et même dans la cervelle… » SG

  3. Viniou dit :

    A noter également : les membres de la tribu placés systématiquement à la tête de tout ce qui peut servir de pantoufle ou tout ce qui peut avoir accès au moindre chiffre clé économique ou social.
    Pour l’exemple : le CIRAD (établissement public à caractère industriel et commercial travaillant sur la recherche agronomique en milieu tropical) l’a échapée belle cette année (mais ce n’est certainement que reculer pour mieux sauter), son président a bien failli se faire renverser par un des « proches »… Et pourtant, ce n’est qu’un EPIC d’un budget annuel de 200 millions d’Euros…
    Allez, un tout petit effort, on y est presque…

  4. clarky dit :

    12 hommes en colère voire les 12 salopards…sinon j’ai toujours 12 points sur mon permis !!!

  5. b.mode dit :

    Article d’une terrible actualité…

  6. Peretz dit :

    P.S. On a une réponse : une autre constitution, mais réellement citoyenne celle-là : http://www.voixcitoyennes.fr (si elle vous convient, faites la circuler !)

  7. Hillen dit :

    Remplacez a chaque fois le mot « dictature » par « démocratie ».

    Effet garanti.

  8. yellowstone dit :

    Je propose un 13° point qui semble se profiler sur un horizon tres proche:
    13. Enfin pour nettoyer la terre d’une grande partie de la racaille socialement problématique et inutile à leurs visées, les oligarques sont en mesure de programmer une gigantesque pandémie mondiale en inoculant au plus grand nombre le vaccin mortel (Baxter et Pasteur vont se remplir les poches) prétendument destiné à les protéger d’une épidémie bénigne. On a déjà vu tel scénario avec la grippe dite asiatique, pandémie générée par le retour au sein des populations civiles des soldats de la guerre de 14-18 hyper vaccinés.

  9. yellowstone dit :

    Voici un 13 ieme point qui se profile sur un proche horizon :

    13. Enfin pour nettoyer la terre d’une grande partie de la racaille socialement problematique et inutile a leurs visees, les oligarques sont en mesure de programmer une gigantesque pandemie mondiale en inoculant au plus grand nombre le vaccin mortel pretendument destine a les proteger d’une epidemie benigne. On a deja vu tel scenario avec la grippe dite asiatique, pandemie generee par le retour au sein des populations civiles des soldats de la guerre de 14-18 hyper vaccines.

  10. b.mode dit :

    Intéressant, Roselyne en réincarnation lippue du Docteur Menguélé ! ;)

  11. consomm'acteur dit :

    incroyablement lucide et c’est vrai qu’on peut associer enormement d’exemple concret a chaque points.
    la nomination de jean Sarkozy a l’Epad
    la vraie double parole et l’omnipresence de Sarkozy son parler d’avocat et une division systematique manicheenne de la societe (bons/mechants, avec/contre moi,…bien connu de l’ere Bush)
    taxation des accidents de travail (qui n’est pas un salaire comme un autre comme dit JF COPE mais bel et bien une indemnisation pour un manquement de securite de la part de l’entreprise envers le travailleur)…
    Une vigilance citoyenne est que necessaire mais de en difficile

  12. b.mode dit :

    Bien d’accord avec vous, consomm’acteur, ce texte est incroyablement d’actualités…

  13. Schrouki dit :

    Oups, je suis encore là !
    Lisez (et regardez) cela SVP :

    http://www.sos-detresse.org/dossiers/francais-la-democratie-est-en-jeu.htm

    Merci :)

  14. babelouest dit :

    Excellent ! je le répercute sur Dazibaoueb !

  15. laetSgo dit :

    oui, excellent, merci du lien @b_mode ! tout à fait cohérent avec le billet d’aujourd’hui !
    et ça me rappelle la proposition de Constitution de Babel il y a qqs temps :-)
    à compléter en fonction de ces éléments

  16. killthemoney dit :

    très jolie analyse
    j’ai toujours beaucoup d’admiration pour ces personnes qui savent mettre en forme ce que je n’arrive qu’à pressentir
    encore bravo

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