Accueil Politique Les mendiants – Louis-René Des Forêts

Les mendiants – Louis-René Des Forêts

7
0
245

mendiants01.jpg

Si l’enfance est le port de toutes les angoisses, de tous les rires, de tous les bonheurs, de tous les désordres et de toutes les perspectives, mon grenier en est l’échancrure. Il est l’estuaire d’une nécessité inaltérable.
Si passer sa vie à lire, à découvrir et à partager passe pour un luxe aux yeux des gens pressés, ce luxe a un prix, je persiste et je signe : lire est le négatif sur lequel est fixé l’ombre et sa lumière.

Lire c’est inventer quelque chose qui n’existe pas. Du moins pas encore. Mais ces réalités paradoxales ont ceci de tangible : c’est quand on les oublie qu’on mesure le vide qu’elles laissent. Mais que le tcheuf tcheuf du moteur vienne par hasard à se faire entendre dans le subtil réseau des exigences et c’est tout un pan de l’histoire universelle qui se met à virevolter dans votre tête pour un inévitable come back.

Qui dit enfance, dit grenier, dit vieille malle qu’on ouvre comme on découvre une vie avant la vie. Cette cantine à l’intérieur de laquelle ondoie la cartographie du monde intérieur que la mémoire préserve comme ultime refuge. L’endroit où sont conservés les objets les plus incongrus et des choses beaucoup plus secrètes. Le lieu où votre coeur entend la rumeur des galets sous la houle tranquille ou le terrible grondement des orages pendant la tempête. Le coffre de toutes les émotions, l’océan de toutes les passions réduit aux dimensions d’un simple objet de fabrication artisanale ! Si nous devions rendre réelle la somme de toutes ces miniatures nous découvririons avec perplexité que notre planète ne suffirait point à contenir sa totalité. Elle serait pour ainsi dire ridiculement petite !

Pas facile d’entendre l’écho et son murmure dans le vacarme du présent. Le grenier de monsieur Louis-René Des Forêts recèle tant de choses ! Tout est extraordinairement supérieur dans les pages que l’auteur des mendiants soumet à notre curiosité. N’importe quelle petite misère devient par le sortilège des émotions drame shakespearien. N’importe quelle nullité devient par la conscience ou l’inconscience de l’esprit, l’acte fondateur d’une geste féodale à jamais gravée dans le marbre de l’histoire.

C’est à cela que ressemble «Les Mendiants » de Louis-René Des Forêts. L’éditeur parle de ce livre comme d’un roman divisé en trois parties et trente-cinq monologues. Je lisais le contenu de cette note dans mon grenier avant de l’emprunter pour relecture. Il ajoute qu’il s’agit aussi d’une construction polyphonique. J’ignore ce que le mot polyphonie évoque chez vous mais en ce qui me concerne il a suffit pour que je me laisse embarquer pour un second voyage avec un écrivain d’une grande originalité.

Un livre qui résiste à la crise, c’est assez rare pour se laisser convaincre.

agora.gif

Les mendiants – Louis-René Des Forêts dans Politique wikio5

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par lediazec
Charger d'autres écrits dans Politique

7 Commentaires

  1. b.mode

    24 mai, 2009 à 21:55

    Très joli texte avec des vrais morceaux de poésie dedans ! ;)

    Répondre

  2. mrsclooney

    24 mai, 2009 à 22:17

    je suis d’accord avec b.

    Répondre

  3. clarky

    25 mai, 2009 à 0:07

    je me souviens d’une pensée d’un vieux juif errant dans la complexité de la vie qu’on se construit, il disait en substance que la véritable richesse est celle que l’on a dans la tête et qu’on ne peut nous ôter, tout le reste n’ayant que peu d’importance.
    rodo, cette richesse là tu l’as, et quel bonheur de pouvoir y gouter en te lisant.

    un jour prochain, j’espère vraiment pouvoir te serrer la paluche même si je sais que je serai vachement intimidé.

    Répondre

  4. mancioday

    25 mai, 2009 à 1:22

    « N’importe quelle petite misère devient par le sortilège des émotions drame shakespearien. N’importe quelle nullité devient par la conscience ou l’inconscience de l’esprit, l’acte fondateur d’une geste féodale à jamais gravée dans le marbre de l’histoire. »

    Tu as bien résumé l’essence de l’écriture à travers ces deux phrases. Merci.

    Répondre

  5. b.mode

    27 mai, 2009 à 18:21

  6. b.mode

    28 mai, 2009 à 7:42

    J’ai pas compris ce que voulait dire le furtif sur agora ?

    Répondre

  7. lediazec

    28 mai, 2009 à 7:55

    Salut Bernard. Moi non plus, je n’ai pas compris. La faute aux alcools forts ?

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

La ruminance attitude

La secouade de Sarko, c’est la lambada du minable Qui a peur de qui ? Aubry connait …