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Le songe des héros – Adolfo Bioy Casares

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Plein les bottes !
Des campagnes électorales ; des débats semi-privés diffusés sur la télé publique. Des évangiles de l’objectivité selon le premier brigand venu. Du sentiment de frustration qui accompagne chaque échéance. De la victoire supposée des uns et des claques retentissantes chez les autres. De ces obscures combinaisons dont la récurrence finit par agir comme un vomitif chez l’homme (je n’ose plus employer le terme honnête) de la rue.

Besoin de prendre l’air. Besoin d’aller respirer la poussière de mon grenier. Ouste ! Les vrais-faux frères, les fausses convictions, les modes et autres arrangements avec la misère philosophique. Besoin d’écouter la catacoustique du silence !

Je me suis mis à faire ce que je fais toujours quand je cherche quelque chose dans mon grenier, je commence par toucher les livres et oublier ce pourquoi je suis là. Par un geste mécanique je commence par vouloir les ranger. Quelle idée ! Puis… Découvrir le titre. Les ouvrir…

L’automatisme est immédiat. Chaque volume correspond à un événement particulier qui traverse mon esprit d’une fulgurance. Il est une association d’images et un scénario singulier. Qu’elle est étrange la vie d’un livre.

Pour oublier ce festival d’illusions perdues qu’est devenu le présent, sans toutefois vouloir m’en évader, je m’attardai sur le carnaval selon Adolfo Bioy Casares. Je me souviens de la façon dont ce livre est arrivé entre mes mains. C’est un ami chilien d’origine polonaise qui me le transmit en disant : « un jour tu écriras des choses sur ce bouquin… » (?)

La vie est faite de choses inexplicables ou d’événements que nous n’avons pas envie de nous expliquer parce que le flou qui les entoure nous aide à continuer de naviguer dans le domaine salvateur de l’imaginaire ou du réel tel que nous le voudrions.

Trois jours et trois nuits de carnaval ont suffit pour transformer la vie d’Emilio Gauna au-delà de l’anecdote. Le livre est court, l’écriture précise et les mots ont le poids des idées dans la masse confuse des rumeurs magmatiques de l’esprit.

Si on vous dit qu’à la fin, quand les réalités se croisent, se donnant rendez-vous dans un avenir à la dimension improbable mais que vous restez les deux pieds plantés dans le présent, regardant et considérant les êtres et les objets comme s’ils se trouvaient amputés d’un élément que vous ne parvenez pas à matérialiser dans le temps et dans l’espace, il y a matière à confusion mais assez de place pour des lueurs utopiques.

La magie du destin le plaçant de fait à la frontière d’un univers que son entourage ne s’explique pas, le héros devient la proie de doutes et de visions fantastiques. Étrangeté et absurdité se donnent la main chez un auteur pour qui le fantastique consiste à rendre crédible ce qui, à première vue, ne semble être que le fruit d’une dérive intellectuelle.

Dans sa préface, Borges parle d’une « œuvre d’imagination raisonnée”, avant d’ajouter dans le style particulier qui était le sien : « J’ai discuté avec son auteur les détails de sa trame, je l’ai relue ; il ne me semble pas que ce soit une inexactitude ou une hyperbole de la qualifier de parfaite. »

Parce Bioy Casares et Borges étaient amis. Parce que l’un et l’autre s’appréciaient, sans toujours partager le même avis, quelqu’un a écrit que le premier était disciple du second. Encore une ineptie. La chose n’est pas rare dans le milieu littéraire ni dans bien d’autres domaines de l’activité humaine. La seule chose que l’on puisse proclamer avec conviction est la suivante : Adolfo Bioy Casares était son propre disciple !

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7 Commentaires

  1. Mancioday

    13 juin, 2009 à 3:20

    Ton édito donne envie de se perdre dans ce dédale romanesque.

    Ce livre sent le vécu. Tu évoques cette fameuse « matière à confusion », je pense que la complexité de la vie c’est justement de s’extraire de cette matière pour s’inventer un destin.

    Entre image projeté et triste réalité, même irréconcilié avec soi-même, il y a sans doute encore une place à trouver pour des « lueurs optiques ». Pour continuer à croire et à avancer…

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  2. b.mode

    13 juin, 2009 à 8:33

    En cherchant une photo de lui, j’appris qu’il avait des origines béarnaises comme Bayrou. :) Sinon beau texte comme d’habitude ! ;)

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  3. lediazec

    13 juin, 2009 à 8:50

    Moi aussi j’avais oublié une partie de ses origines (comme Henri IV ?) entre deux lectures. Merci Bernard pour les liens sympas qui émaillent cette chronique. Excellent ce « bien malaki(ne) ne profite jamais. »
    Je vais bricoler un peu. A toute.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  4. clarky

    13 juin, 2009 à 14:30

    poule au pot…encore une histoire d’aborloo ??!!??

    question bricole, tu t’en sors bien avec ce billet ;)

    sinon, superbe test match ce matin du XV tricolore, vivement samedi prochain pour la revenge.

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  5. Mancioday

    14 juin, 2009 à 0:25

    Tiens Lediazec, je relisais certains poèmes aujourd’hui. Et en relisant ce magnifique texte ce magnifique texte de Mallarmé, j’ai pensé à toi.

    L’ennui, la douleur, l’angoisse de la feuille blanche, pour au final rendre compte de cette « impotence », réussir à la sublimer à travers la poésie…

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  6. b.mode

    14 juin, 2009 à 2:01

    Houla Mallarmé ! c’est même pas que je l’adore ! je le vénère ! ;)

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  7. lediazec

    14 juin, 2009 à 8:57

    @Mancio. Merci David pour cette comparaison trop flatteuse !

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

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