Le bal des corps rompus

« Si seulement je pouvais ne jamais me réveiller. »Bon, sachez que ça c’est le genre de truc qu’on dit sans vraiment le penser, quand on en a plein le cul, qu’on a envie de taper sur quelqu’un et que la seule chose qu’on tape c’est la semelle sur le caillou. Ça, et son pendant végétatif aussi : « rester dans cet état de légumineuse sauvage, sentir l’air galoper sur mon visage tuméfié et posséder la femme fractale dont le seul souvenir que j’engloutissais dans ma descente aux enfers, était ce tatouage au creux du mollet… » En gros cela signifie que malgré mon état de tuméfaction avancé j’avais encore envie de baisser mon froc pour autre chose que de me faire tabasser par des charognards. Même dans le coltard, l’esprit en état de veille, j’entendais des voix, je voyais des ombres qui fluctuaient, je sentais des mains qui me laceraient avec leurs ongles. Malmenée par ces multiples rencontres, la chair faciale me donnait l’impression d’avoir été sillonnée par un instrument aratoire.
L’odeur d’un moteur qui dégazait semblait s’amuser à envahir mon organisme comme un Amoco Cadiz gerbant sa marée noire et visqueuse sur le blanc bec que j’étais ! A peine défiguré et déjà gazé. Les inconnus qui me fouillaient avaient-ils vu que j’avais le bout coupé ?…
J’ai toujours trouvé les coffres de bagnole trop petits. Pas assez profonds. Peu fonctionnels. Celui dans lequel on m’avait balancé n’échappait pas à la règle, même de trois. Ça puait sérieux là-dedans. A croire que j’étais pas seul à me décomposer sous l’effet de la canicule. Amplifiée par le confinement, drôle de songe d’été, la petite musique qui envahissait mon Cocciante intellectuel s’apparentait plus à un « Requiem pour un con », avec drôle de tête de chou, qu’à un hymne à la joie. Je connaissais quelques prières que je n’avais presque jamais récitées, dont quelques-unes étaient d’ordre blennorragiques que je marmonnais sans trop de conviction à l’entrée des hôtels de passe sordides d’où s’échappaient des hurlements qu’on aurait souhaité de plaisir mais qui devaient être des saloperies de viols. Et puis merde, même Mike Brant avait eu beau chanter « c’est ma prière » que ça ne l’avait pas empêché de se défenestrer, alors à quoi bon implorer la pitié ou un quelconque pardon quand on était dans le coffre de Joe Pesci accompagné de toute sa famille!
D’un coup imparable, l’agitation cérébrale cessa, mon circuit général disjoncta et l’odeur de puanteur extrême fut oubliée. Mon retour chez les excités du bocage fut aussi violent que lorsqu’ils m’avaient fait croire à une séance d’hypnose à coup de taloches. Avec ma gueule de temps X, mon futur proche se déclinait dans le visionnage intensif de films hot. Vous dire où je venais d’atterrir ? Aucune idée. Aucun molosse à l’horizon. C’était déjà ça de gagné. Pourtant quelqu’un se penchait sur moi. Il semblait faire un constat. Il devait me prendre pour une putain de voiture à vendre. Ses mains couraient sur mon corps. J’avais envie de lui dire que la carrosserie était pas mal pour son âge. Bien que le moteur soit un peu encrassé par la nicotine y’avait moyen de faire une bonne affaire. Avec une petite révision la chose pouvait encore durer. Le prix restant négociable.
Le zigue qui faisait zag sur le relief accidenté de mon espace temporal portait de petites lunettes et avait une gueule de fourbe. Ça je l’ai vu tout de suite. Je savais que dans le milieu, des histoires circulaient concernant un toubib free qui carburait au soda. Le type se faisait appeler Campanule-des-carpettes, autrefois grand habitué des mondanités, il avait sévi dans certains salons. Il était tombé pour une sombre affaire de pray station et de pro evolution sucker. Il avait confondu « vitesse » et « précipitation ». Deux putes de l’est fraîchement coachées par Oreille Cassée…l’une était d’origine, l’autre complètement refaite à neuf, dans le quartier du panier faut toujours envoyer la main d’abord ! La méprise l’avait rendu hystérique.
Il me colla une première gifle. Privilège des faibles ! Devant mon incapacité à brailler ou à gémir, une deuxième suivit la petite soeur. Machinalement, ce malade, docteur malgré lui, sautillait tout en se prenant pour Marvin-la-glaire, roi du ring ! Le round terminé, j’avais le profil de Boris Karloff postulant pour un nouvel opus de Frankenstein. J’en avais plein les fouilles qu’on prenne mon visage pour le sac de sable d’entraînement d’une salle de boxe. Le corps humain, surtout le mien, avait appris à vivre avec l’idée profondément ancrée en lui de son insondable instinct de survie. Le toubib ne voyait pas cette lueur noire briller dans mon regard, lui signifiant : « toi, t’es mort ! » Un coup suffit à lui faire réciter la Bible, la Torah, le Coran en langues qui ne lui étaient pas si étrangères , mais fermement appliquées. L’univers cité, ça a du bon parfois ! A peine effleuré aussitôt maîtrisé, le généticien du vice fut mis à mâle. Muselé comme Renaud, ligoté comme Ali, maintenant j’attendais, impassible, les 40 voleurs !


Franchement chapeau. A mi chemin entre J.Thompson et Manchette, on se régale.
Ca mériterait d’être décliné en bouquin.
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yeah rital, lost in la manchette de terry
pour le bouquin, tu veux qu’on monte une association de mâles fêtards, avec trésorier/président et tout le barnum ??!!??
je sais pas si vous vous régalez mais je sais à qui je dois un grand merci pour avoir canalisé la petite musique qui trotte dans ma tête !
tu crois que le nouvel obs serait intéressé ??
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Femme fractale, docteur Mabuse, marrant comme ses personnages me sont familiers. Enfin virtuellement parlant. Bravo à vous 2 pour ce palpitant récit. Vivement le quatrième opus !
Le coeur y est. Et une tournée pour clarky, une ! Il est foisonnant, ce sudiste !
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Foisonnant oui c’est le mot… et bouffi !
je foisonne comme le sable gorgé d’eau et pourtant je gâche pas mal!
bouffi quasiment plus ou alors des nerfs ça oui mais là y’a pas grand chose à faire ou alors bien trop
Dernière publication sur le sens de l'avis : Carla's song
Nan, bouffi avec tous les coups que tu as reçus du vil émule du docteur Mengele…
@ Clarky
Le Nouvel Obs peut être pas mais l’écho des savanes surement
Dernière publication sur Mancioday : Petite présentation
Pourquoi pas Fleuve noir ?
la collection marabout ouais tant je suis possédé… »ta mère suce des bites en enfer!!! », arf ça recommence, syndrome l’exorciste!!
merci les ruminants, je crois que je vais introduire du lefblogs pour les faire réagir, putain vont pas apprécier
remarque personne ne lit alors je peux introduire qui je veux et j’introduis même en pantacourt miss!!!
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@clarky. Pour consolation. Selon une récente étude, il est démontré (la chose reste cependant à prouver) que les articles récoltant le plus de commentaires sont généralement ceux qui sont, soit pas très bien écrits, soit ceux qui jouent volontairement de la provocation pour recueillir un max d’avis contraires en suscitant le débat. En revanche (toujours selon cette étude)les textes bien faits sont lus, appréciés, mais ne suscitent ou n’attirent pas le commentaire.
Bonne journée à tous. Vais bricoler un brin chez mon voisin.
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Ouais ! Très bon ! A mon avis, çà vaut largement la « Petite Histoire entre amis » qu’avec mes potes du Bar des Liber’terre (ah, vous ne connaissez pas…) nous avons écrite à plusieurs mains (neuf pour être précis). Du coup, grâce à une boîte sur Internet, après avoir corrigé et mis en page le tout, je l’ai fait imprimer à mes frais. Si quelqu’un est intéressé, je peux lui envoyer un exemplaire de la bête, il m’en reste 4 ou 5. C’est naturellement inégal en style et en intérêt, mais l’expérience était amusante, et pas si mal après tout.
@ babelouest. Non, je ne connais pas le « Bar des Liber’terre ». Peut-on en savoir un peu plus. Depuis que j’ai quitté Paris (ça remonte) la CNT, la FA, les Vignoles et autres, je suis déconnecté, mais toujours en érection en ce qui concerne mes idées libertaires.
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