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Série noises: Allée de la besogne à complices

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Série noises: Allée de la besogne à complices dans Politique serienoises

 

Je me tordais l’encéphale comme on tord une serpillère imbibée. Je tentais de lui faire cracher un bout de sens pratique. Rien. Je cogitais la meilleure façon de faire tourner la chose dans mon esprit, mais pas le moindre bout ne pointait son nez à l’horizon du réduit dans lequel mon esprit était confiné. Tel un canari en cage, mes idées avaient perdu de leur vitalité. Je me cassais la binette dans les convolvulacées qui envahissaient le potager de ma cortico-surrénale. C’est fou ce que ça démange une plaie !

Coincé dans cette pièce immaculée que j’avais allègrement mouchetée de mes chiures hémoglobines , je me prenais pour Rouletabille, investigant au mystère de cette chambre des jaunes. Pas la moindre ouverture. A croire que le milieu avait perdu le sens des relais. A quand un milieu relayeur ? Un vrai. Une attaque sevrée est une ligne frustrée et du mécontentement à gérer dans les vestiaires. De l’argent jeté par les fenêtres.

Justement ! Pas une, de fenêtre, dans mon réduit. Juste cette foutue porte de service qui ouvrait sur je ne sais quel coupe-gorge. Mon oeil, qui n’était pas plus lynx que celui d’une perdrix tant il avait payé de son corps, fut intrigué par un lot de camisoles de mauvaise qualité. De la contrebande textile sûrement. Du commerce pour un petit groupuscule vivotant en pratiquant l’arnaque sur des pauvres gens. La poignée de la porte se mit à chanter dans un murmure : « Sésame, ouvre-toi ! » Un Bibendum, tanguant comme bateau ivre se mit à gueuler comme un putois. En provençal ! Je crus comprendre (j’avais acquis quelques rudiments là-haut sur la montagne avec la fille du coupeur de joints) qu’il allait m’apprendre la langue d’oc, tout en causant du pays. De quel pays parlait-il ? Celui des copains d’abord ou celui des bannis de la terre ?

Ce gars avait l’air d’avoir croûté les restes des 40 repas des 40 voleurs et n’avoir pas digéré les aigreurs. Il était vraiment, vraiment de mauvais poil ! Je ne sais patois, mais moi ça ne me disait rien de rien. Pas des regrets, mais quelques souvenirs. Illico, le voyant déambuler avec nonchalance, je me suis dit, coincé entre les quatre murs de cette petite chambre de torture merdique où je me trouvais : « putain! Maïté va me faire le coup du lapin. Elle va me passer les rognons au Vouvray et me farcir le fion comme un vulgaire dindon. Il ne m’avait pas encore touché que je sentais l’agonie. Même pas le temps d’en griller une dernière. Triste fin que de se faire butiner par la Big Mama ! « Viens voir ma mère grand » chantait le Big Mac. Il arborait le sourire des fossoyeurs. C’est tout juste s’il ne sortait pas son banjo en me demandant de faire la truie. Saloperie de délivrance ,ouais ! Se faire récurer par une scotch brite, outre mon orgueil, cela froissait mon intimité.

Je me trouvais à présent dans ce putain de tunnel sans lumière. Tâtonnant dans le noir, personne n’avait eu idée de m’indiquer la place de l’interrupteur. Je ne sais pas, mais un tunnel sans lumière c’est pas bon signe. On y croise, qui déjà ? Des nudistes exhibant leur petitesse avec fierté et vantardise. J’avais fini de revoir les meilleurs moments de ma vie quand, les mains délicatement enroulées autour de mon cou, relâchèrent leur amicale strangulation. « Va pas me le tuer, oh, fada ! », vociférait le lilliputien. Le doc des animaux veut le voir! » Je n’avais plus la force pour supplier. Le colosse continuait son massage cervical.

Mon corps allait vraisemblablement devenir une sorte de fantasme à scalpel. Jacquou l’Eviscérateur faisait figure de novice à côté du bipède qui exerçait à ses heures l’heureux métier d’huissier. Une histoire de valeurs sans doute. J’avais connu le bonhomme, pas très bien, et avais éprouvé une certaine sympathie pour lui. Même si nos mondes n’entreraient jamais en collision, comme dans toute histoire de constellation, la nébuleuse ne se trouvait jamais très loin. Je redoutais cette voie lactée résonnant comme une highway to hell et, entre mes chicots rougis par un mélange baveux sanguinolent, franchement agrippé à mon ivoire qui ne valait plus un kopeck sur n’importe quel marché de brousse, je marmonnais un pathétique « Pater noster » dont j’avais oublié les paroles. Tu parles d’un tube !

Encore une voiture mais pas de coffre cette fois. Privilège des grands estropiés, des combattants meurtris, à moi les grands espaces de la banquette arrière. Le moteur ronronna. Dans un réflexe pavlovien, je tentais de me boucher le nez. Pas envie de recommencer ma séance de gazage. Le verrouillage des portières me fit sursauter. La clim s’enclencha aussitôt et la vie afflua quelque peu à mes joues. Pas à dire : le bigleux au volant savait vivre et laisser mourir ! Sauf que, quand la guimbarde entama son périple pour nulle part, je ne pu retenir un : « putain ! C’est Francis Heaulme au volant. » Je couinais comme un porc qu’on saigne. Il jeta un oeil dans le rétro. Prit une cassette audio, l’enfourna dans le lecteur et le calvaire commença. Une voix d’outre-tombe lamina mon circuit auditif, me grippa le cerveau et vida le grenier. La tumeur en série respirait plénitude et satisfaction de la besogne à complices, il me demanda poliment : « elle te plaît ma musique, mange merde ? » Ma bonne éducation m’ordonna de ne surtout pas lui dire oui de mon doigt le plus magistral.

C’est beau un vil la nuit !

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3 Commentaires

  1. b.mode

    21 août, 2009 à 2:24

    Putain, ça fait froid dans le dos, vot’ récit. Un gros énorme marinier surement et puis Heaulme carrément ! a quand sa greluche ? Momannnnnnnnnnnnnn ! J’ai peur…

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  2. babelouest

    21 août, 2009 à 6:19

    C’est aussi impressionnant qu’une Xérox bloquée sur marche rapide….

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  3. lediazec

    21 août, 2009 à 8:59

    Ca devient un véritable plaisir cette aventure qui fleure bon les noises !

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

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