( 31 août, 2009 )

Journal d’un génie – Salvador Dali

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Un livre en vrac ou la pensée fragmentée, voici un journal plein d’une formidable jubilation. Un endroit dans lequel le terme « modestie » et autres synonymes sont proscrits. Pas proscrits à la manière dont on bannit quelque chose ou quelqu’un, parce que cela importune les bonnes moeurs ou agace le potentat. Aucun tabou là-dessous. Dali ignorait la signification du mot tabou, tout comme il ignorait la modestie. Ici nous sommes dans une autre dimension avec la sublime surprise du plaisir mégalo. Le lecteur ne lit pas, il absorbe ou il poursuit son chemin frottant en le tournant avec frénésie son index sur la tempe, prenant l’auteur pour un fou ou pire encore. Le lecteur que je suis, a devant ce « Journal d’un génie » le regard curieux et souvent complice de celui qui découvre et non l’oeil accusateur de celui qui juge. Je suis portion, je suis néant. Je suis cet accent circonflexe qui chapeaute l’univers et ses complexes aurait pu écrire Salvador Dali sur la toile tendue d’un univers prosterné devant son génie.

Une mégalomanie absolument virtuose. Car qu’y avait-il de plus sublime que Dieu dans la pensée de Dali ? Dali lui-même ! Dali était un croyant de l’absolu. Quand Dali se mettait à imaginer une religion, il faisait plus que y croire, il remodelait la religion jusqu’au son paroxysme mystique, jusqu’à ce que la croyance devienne son artère principale, le boulevard de sa circulation sanguine. Quand il avait été convaincu de la nécessité de devenir surréaliste, il savait à l’avance qu’il serait le premier et le dernier surréaliste. Dali était le roi de la boucle.

Quand il lit Auguste Comte à la recherche d’un appui pour une nouvelle religion qu’il envisage de soumettre à André Breton, passablement irrité par le fourmillement mégalomaniaque de l’individu, Dali ne fait pas que lire Auguste Comte, il est déjà en train d’affiner les méandres de sa dialectique. Il bâtit l’édifice d’une religion ne pouvant souffrir la moindre contestation. Un jour, alors qu’un grand journal lui demandait sa définition du surréalisme il répondit avec une simplicité absolument charmante : « Le surréalisme c’est moi !» Plus tard, dans le livre de notes, je lis ceci et je me marre jusqu’aux larmes : « …Je suis le seul à le continuer (le surréalisme). Je n’ai rien renié et, au contraire, j’ai tout réaffirmé, sublimé, hiérarchisé, rationalisé, dématérialisé, spiritualisé. Mon mysticisme nucléaire présent n’est que le fruit, inspiré par le Saint-Esprit, des expériences démoniaques et surréalistes du début de ma vie. » Même dieu semble confus par le talent de ce trublion de génie. Comment voulez-vous, dès lors, que Dali puisse être encarté par une autre religion que celle de son génial égocentrisme ? Dali est à son propre service et cela suffit à notre bonheur.

En lisant Dali on se demande qui est le créateur de qui, tant la relation de cause à effet est naturelle et simultanée. Ici pas de place pour les demi-mesures. Le fil électrique de l’inconscient électrocute sans pitié tout esprit craintif. Une seule certitude chez ce génie paranoïaque : la conviction profonde de jeter un pont entre les rives tumultueuses de la conscience révolutionnaire. Il n’y a aucune gêne à entendre un homme dire ce dont il est capable avec le plus grand naturel. Surtout quand dans la minute suivante il vous le prouve. Un homme qui parvient à se pasticher, voltigeant d’une idée à une conception sublime avec une rapidité d’exécution stupéfiante ne peut qu’inspirer le respect. Le phénomène est assez singulier pour qu’on salue la performance. Dali est cet homme et cette sphère. Avec lui nous naviguons dans le sublime la conscience tranquille. Persuadés que quelque chose de grandiose a traversé et marqué de son sceau le ciel de notre médiocrité quotidienne.

Savoir que l’humilité ne fait pas partie de ce voyage extraordinaire est chose rassurante. Nous voici soulagé d’un poids et de sa culpabilité. La culpabilité d’un monde et d’un système religieux à la fois « sadique, masochiste, onirique et paranoïaque. »

Au pays des génies, le maître choisit ses propres termes et ignore le reste.

29 Commentaires à “ Journal d’un génie – Salvador Dali ” »

  1. Gaël dit :

    trés bon article, je ne connaissais qu’au travers du prisme de ces tableaux, mais là ça donne envie de découvrir ses mots

  2. babelouest dit :

    C’était un homme génial (vraiment). Très farfelu, complètement hors des conventions habituelles, horripilant parfois, sans doute, mais génial.

    Quant à ses œuvres…. j’aurais bien aimé en posséder, mais….

  3. b.mode dit :

    Le tout à l’ego, ça passe quand c’est l’espagouin aux bacchantes fines. Pas quand c’est le nain de jardin surexcité… Questions de style, de classe et de foncier. Un génie n’a jamais surgi du fumier… Algues vertes ou brunes…

  4. lediazec dit :

    @ bernard. Oui, je vois. Tous les nains ne sont pas géant. La preuve, celui dont tu parles apprend à peine à lire ! Quant à réfléchir…

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  5. poison-social dit :

    J’adorrrrre Dali, catholiiique, apostoliiiique, et rrrromaiiin !
    :)

  6. clarky dit :

    et amanda lear c’est pas du surréalisme ;)

  7. b.mode dit :

    Cette pub était comme un ovni à l’époque. Minot, elle m’a marqué, je ne savais pas encore pourquoi… http://www.youtube.com/watch?v=rK4Bh_arF-E

  8. lediazec dit :

    Vous avez fini, bande de trublions, de zoner avec Lavin et Amanda-je- sais-lire ! J’avais oublié ces épiphénomènes fort agaçants certes, certes.

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  9. babelouest dit :

    hi ! hi ! hi ! lediazec est chocolat, et il n’aime pas çà : il en broie du noir (pur Côte d’Ivoire)….

  10. b.mode dit :

    Avida Dollars tel était le surnom en forme d’anagramme qu’avait trouvé André Breton à cause de l’amour fou du maître pour le brouzouf ;) Frappe pas rodo : :)

  11. lediazec dit :

    Non, je ne vais frapper personne, Bernard. Dali aimait l’argent qu’il ne comptait pas souvent. Gainsbourg avait d’ailleurs plus d’un point commun avec Dali. Quant à André Breton et Aragon, ils ne supportaient pas l’ombre de ce ginkgo biloba de l’art. D’ailleurs, le personnage et ses excentricités les avait tellement agacé qu’en 1940/42, Breton a fait courir le bruit comme quoi Dali était un nazi. C’est suite à cette accusation calomnieuse que Dali a cessé de voir Breton. Dali avait appris la chose à New-York et ça l’avait profondément choqué. La vrai rupture définitive entre les deux hommes vient de là.
    Sinon, c’est vrai, Dali pouvait très bien faire du Gainsbarre !

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  12. Rouberol dit :

    Merci pour un article qui rend hommage à l’un des 180 textes de Dali. Si l’univers littéraire du Catalan et la cohérence de sa méthode créative (la méthode paranoïaque-critique) titillent votre curiosité, n’hésitez pas à lire « Dali et le dynamisme des formes » (Dijon, Les presses du réel, 2009: site web: http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=1373).

  13. lediazec dit :

    @ Rouberol Merci beaucoup pour le lien. Je le garde.

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  14. clarky dit :

    finalement le centre, cosmique/nouveau ou pas,du monde on sait plus trop si c’est l’hagard de perpignan biscotte une autre version semble émerger, il se murmure qu’il ait été déplacé sur une côte varoise, c’est fou non ??!!??

    mal à la tête après la lecture de mon post, voilà le remède
    http://www.dailymotion.com/video/x1k9lq_dali-fait-une-pub-1972-dalis-tv-adv_ads

  15. lediazec dit :

    Excellent remède, mon Laurent !

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  16. Mirabelle dit :

    J’adore Dali !!!

  17. Rem* dit :

    Salvador a un fils – spirituel évidemment -, c’est Lediazec !
    Je comprends enfin l’énergumène Rodolphe, au bout de 30 ans !

  18. b.mode dit :

    Rien à voir, ça vous dit les Rodo, Babel, Minotor, une petite bouffe à Nantes ? une sorte de kremLin du pôvre ,

  19. babelouest dit :

    Ok, très bonne idée, Bernard. Dans mon quartier alors, pour les raisons que tu sais. Par exemple, le japonais qui vient d’ouvrir tout près…..

  20. b.mode dit :

    Pas de sushi ! qu’en pensent les intéressés ?

  21. lediazec dit :

    Allez ! Je suis d’accord pour une bouffe du côté de Nantes. A réfléchir… J’avais des blèmes de bécane. C’est résolu. Ouf !
    Merci à vous et surtout à Dali pour les commentaires ! Bises à ta bande alpine de ma part Rém*
    Bonne nuit à tous !

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  22. b.mode dit :

    Gainsbourg était fasciné par Dali. Il était à la fois le peintre qu’il avait voulu être (il a brûlé toutes ses toiles) et l’architecte d’une vie délirante dont il a voulu s’inspirer. Même la déco de son hôtel particulier faisait référence à l’appart de Dali. Il y avait même couché jadis en cachette en compagnie d’une femme qui s’était procuré les clés.

    « Picasso est espagnol : moi aussi. Picasso est peintre : moi aussi. Picasso est communiste : moi non plus…» avait dit Dali. Le « je t’aime moi non plus » de Gainsbourg ne doit sans doute rien au hasard…

  23. lediazec dit :

    Quelle drôle de coïncidence, Bernard ! Pendant que ça bricolait dans ma bécane, hier soir, je suis tombé sur un petit bouquin de François Ducray consacré à Gainsbourg, dans la collection Librio musique. Et là, je lisais la même chose. La passion de Gainsbourg pour Salvador est allée au-delà de ce qu’on peut imaginer. Je ne peux m’empêcher de citer une phrase qu’il aimait bien : « J’ai mis mon génie dans ma vie et mon talent dans mon œuvre. » La citation est d’Oscar Wilde.
    Encore un qui mérite le portrait !

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  24. b.mode dit :

    Malgré mes taquineries, sache que j’aime beaucoup Dali mais que je ne connais pas son oeuvre écrite. Ton excellent billet va me permettre de chercher à combler cette lacune…

  25. lediazec dit :

    @Bernard. Mais je sais que t’es très taquin. Moi j’aime bien me faire taquiner. Ca met de la vie dans le piment. Non, c’est pas ça. Bref, ici on appelle ça le quart d’heure breton. Quand ton tour arrive, t’attends que ça passe. Sinon, j’ai voulu intervenir sur le très bon billet de Tophe à propos de la cuisine bretonne sur tes reins et j’ai foiré le lien, je crois.
    Totophe sera à Saint Brieuc au mois de novembre. Passerai le voir dans son stand.

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  26. clarky dit :

    kremlin du pôvre ??!!??, z’allez pas me faire croire que vous allez vous taper un oeuf au plat ou une boite de sardines à l’huile, le tout accompagné d’un kiravi :)

  27. lediazec dit :

    Nous allons essayer d’organiser ça comme il se doit. Avec des serviettes en papier de couleur, pour faire propre. Sinon, on fera en sorte (j’ignore encore comment) que tu sois là. Les left-blogueurs ont besoin de remontant !
    Je suis sérieux Laurent !

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  28. le coucou dit :

    Je ne doute pas que ce journal soit ébouriffant, mais laisse-t-il transparaître la grande passion d’Avida Dollars pour l’argent?

  29. lediazec dit :

    @ le coucou Ah, oui ! Trois fois oui. C’est même la pierre angulaire d’une réponse extraordinaire à Breton et autres…

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