Accueil Politique Papiers collés – Georges Perros

Papiers collés – Georges Perros

14
0
499

papiers02.jpg

Je n’ai aucun critère dans le choix d’un livre. Aucune directive ne me guide vers tel bouquin plutôt que vers tel autre. Le hasard est ma seule nécessité. Aucun éditeur pour me contraindre à parler de tel ou tel navet pour les besoins libéraux d’une entreprise prenant le livre pour un objet et l’objet pour de la littérature ou de la philosophie. Parfois c’est bien, voire très bien, et cela me rend heureux. Souvent, c’est très mauvais et cela me met en rage. C’est pour cela que je préfère le terme de chronique à celui de critique. Critique de quoi ?

Quand je file dans mon grenier, je cherche un peu de quiétude et le plaisir solitaire du silence qui m’entoure, à l’écart des doigtés politicards des uns, loin du propos raciste des autres et de cette obscénité qui pourrit la vie des sociétés.

Sentir l’odeur indéfinissable du papier qui dort. Entendre le bruit d’une respiration apaisée et me demander quel phénomène est à l’origine de ma présence dans cet espace à la fois minuscule et immense. Cela est pour moi la source d’un plaisir dont je revendique le besoin. Qu’on le veuille ou non, une bibliothèque est aussi vaste que l’univers et aussi discrète que les choses qu’on ignore. Quand Rémi Zetwal a appris que j’allais toucher un mot sur Georges Perros, il s’est dépêché de me proposer un titre de sa bibliothèque, soulignant de sa voix usée par des plaisirs iconoclastes : « tu le lis et tu me le renvoies. » Ma réponse est toujours la même : « Évidemment ! Tu me connais. » C’est ainsi que je me retrouve avec tout un rayon de bibliothèque rempli de livres de l’ami nazairien.

 Georges Perros n’était pas un homme de choix mais de préférence. A la capitale, il a préféré la Bretagne. A un mauvais ouvrage, il préférait un bon article. La subtilité qui sépare (ou réunit) ces deux termes le définit beaucoup mieux que ne pourraient le situer des dizaines d’études. Comme un livre est une histoire de sensations, celui de Georges Perros l’est assurément autant que n’importe quel grand livre de n’importe quel très grand auteur.

Ces « papiers collés« , publiés après sa mort, est le troisième d’une quête permanente du bien-être dans la pénombre de son contraire. Voici un livre rare. Un livre en trois volumes qu’on lit sans aucun souci de l’ordre ni des règles. Rien ne nous oblige à tout lire d’un coup. Ni, non plus, à entreprendre sa lecture, par le début. Vous l’ouvrez n’importe où, vous lisez, c’est tout. Un livre qui s’est construit au hasard de l’humeur de l’auteur. Sans doute pendant la période où il travaillait en qualité de lecteur chez Gallimard. Quel boulot ! Gagner sa vie en perdant ses yeux et parfois son temps, lisant des choses qu’on chercherait plutôt à fuir. Y a pas à dire : il n’existe pas de travail heureux ! Pour se distraire, pour combler une halte ou remplir un vide, il jetait des notes sur un cahier, comme pour libérer son esprit d’on ne sait quel malaise. D’où un sentiment de tristesse et parfois de ras-le-bol !

Né à Paris en 1923, Georges Perros a été comédien à la Comédie Française avant de devenir  lecteur de la NRF, grâce à l’intervention de Jean Grenier que j’ai déjà évoqué ici même. Il était aussi l’ami de Gérard Philippe dont il lisait des manuscrits pour le TNP (Théâtre National Populaire).

Ayant préféré la Bretagne à Paris il s’installe avec femme et enfants à Douarnenez où il meurt à l’âge de 55 ans. C’était un jour comme un autre. Un jour où « l’horloge sonne. C’est le temps qui tâte son pouls. »

Les « papiers collés » que je viens de terminer est publié dans la collection l’imaginaire de Gallimard. Un gars qui écrit, entre autres choses magnifiques : « notre postérité c’est le présent« , on se dépêche d’aller le découvrir.

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par lediazec
Charger d'autres écrits dans Politique

14 Commentaires

  1. b.mode

    14 septembre, 2009 à 16:37

    55 ans c’est pas bien vieux dis-moi… ;) Merci pour ton écrit.

    Répondre

  2. babelouest

    14 septembre, 2009 à 17:00

    55 ans…. eh bien, j’ai dépassé ce cap depuis un moment déjà, je n’en suis pas écrivain pour autant.

    Bonjour aux nazairiens !

    Répondre

  3. lediazec

    14 septembre, 2009 à 17:59

    Merci à vous. @ Babel. T’as plus de 55, dis-tu ? Tu ne donnes pas l’impression quand on te lit. T’as une écriture qui ne fait pas ton âge !

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

  4. babelouest

    14 septembre, 2009 à 18:12

    eh, lediazec, 61 fromages sur la bascule !

    Là-dessus, vive Georges Perros !

    Répondre

  5. lediazec

    14 septembre, 2009 à 18:16

    @ Babel. Je te dois le respect : 58 dans un peu plus d’un mois.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

  6. clarky

    17 septembre, 2009 à 14:19

    « l’horloge sonne. C’est le temps qui tâte son pouls. » c’est joliment dit ça !!!

    ça fait du bien à la tête de te lire rodo ;) et puis les histoires de perros y gatos ça a du chien.

    punaise, je me rends compte d’un seul coup que je suis encerclé par des vieux :)

    Répondre

  7. b.mode

    17 septembre, 2009 à 17:03

    Branleur, va ! :)

    Répondre

  8. Rem*

    18 septembre, 2009 à 9:59

    L’encerclement continue, clarky! Je vais avoir 71 ans dans quelque temps…mais on n’est pas sérieux quand on a entre 17 et 71 ans : merde je n’ai plus que quelques jours avant de devenir sérieux. Raison de plus de savourer le jeune Perros, de le resavourer via le jeune Lediazec…qui nous fait partager son ‘plaisir solitaire’ dans son grenier, ce libidineux…Rem*

    Répondre

  9. ventdamont

    20 septembre, 2009 à 9:46

    J’ai un peu connu Perros à Douarnenez lorsqu’il habitait à trois pas de la plage des Dames (ca ne s’invente pas).
    Je le pleure toujours car lui qui se disait tout ordinaire était un être des plus singuliers et des plus attachants.
    Il parlait comme il écrivait. Bluffant!

    Répondre

  10. lediazec

    20 septembre, 2009 à 12:43

    @ventdamont. Merci pour votre commentaire. Cela fait plaisir de lire que l’homme qui alimente cette chronique était à l’image de l’idée que sa lecture dégageait.
    La plage des dames doit vous sembler bien déserte, en effet.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

  11. Audrey

    21 septembre, 2009 à 17:12

    Bonjour,
    Je vous prie de m?excuser. Je n?ai malheureusement pas trouvé comment vous contacter autrement que par commentaire.
    Je souhaitais vous faire découvrir le service Paperblog, http://www.paperblog.fr dont la mission consiste à identifier et valoriser les meilleurs articles issus des blogs. Vos articles sembleraient pertinents pour certaines rubriques de Paperblog.
    En espérant que le concept de Paperblog vous titille, n?hésitez pas à me contacter pour toutes questions ou renseignements…

    Audrey
    Responsable communication
    audrey@paperblog.com

    Répondre

  12. b.mode

    21 septembre, 2009 à 20:54

    Pas de problème prenez ce que vous voulez… Sans ça, à croire qu’on est mauvais en com, y’a pas moins de trois formulaires pour contacter ruminances. Un truc en haut qui s’appelle A propos. Deux trucs en orange à droite « créature polymorphe etc..;  » et un peu plus bas contacter ruminances… ouinnnnnnnnnnnnnn !

    Répondre

  13. lediazec

    21 septembre, 2009 à 22:43

    @ Audrey. Merci à vous pour l’intérêt que vous nous portez. Comme mon collègue et ami le souligne plus haut prenez ce que vous voulez, si vous jugez que cela est susceptible d’intéresser vos lecteurs.N’oubliez pas de citer la source. Tenez-nous informés.
    A bientôt.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

  14. rotko

    23 décembre, 2009 à 19:13

    bonjour,

    quelques pensées brèves de georges Perros

    « le drame de la vie, c’est qu’il peut ne rien s’y passer »

    « Il y a pire que la modestie. C’est la peur de l’orgueil »

    Un petit texte interessant, et d’actualité il me semble,
    Georges Perros, Gardavu, Edition Le temps qu’il fait.

    il en est question ici :
    http://grain-de-sel.cultureforum.net/auteurs-francais-et-d-expression-francaise-f3/georges-perros-t3716.htm?highlight=perros

    Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Mauvaises nouvelles de la toile

. 2011, odyssée de l’espèce sonnante et trébuchante Je ne sais pas si dieu est un fu…