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Linarchie – 1ère partie : les pyramides

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pyra01.jpgLe règne de Nicolas Sarkozy aura au moins le mérite d’avoir fait éclater une réalité au grand jour : la démocratie française n’est plus qu’une chimère. 60 ans après que le conseil national de la résistance ait redistribué les cartes et recréé les conditions d’une justice sociale, les forces de l’argent ont à nouveau pris les commandes de ce pays, et elles n’entendent pas les lâcher.
On peut alors se demander pourquoi, de façon inéluctable, chaque effort pour arriver à une société plus juste, chaque révolution est inévitablement vaincue au bout de quelques années par l’entropie, qui transforme les meilleures intentions collectives en enfer pour l’essentiel de la population, pendant qu’une infime minorité se goinfre sans retenue, sans même la moindre décence.


La monarchie a abouti à ce résultat, l’empire a abouti à ce résultat, le communisme a abouti à ce résultat, la démocratie représentative a abouti à ce résultat, ainsi que toutes les formes de dictatures exotiques qui ont sévi ou sévissent encore sur cette planète.
Quel que soit le point de départ, on en arrive toujours à ce résultat. On peut dès lors penser que ce phénomène est inéluctable, et donc renoncer à lutter contre lui, pour le plus grand bonheur de ceux qui en profitent. On peut également se demander si, malgré l’extrême diversité des modes de gouvernement cités, ils ne seraient pas finalement construits sur le même modèle, ce qui laisserait l’espoir de trouver un système différent, et sortir de cette ornière qui fait que régulièrement une guerre ou une révolution sanglante vient corriger les excès d’un système inégalitaire. On peut même aller plus loin et dire que finalement ce sont ces guerres et ces purges sanglantes qui permettent au système de continuer tel qu’il est…

« At the apex of the pyramid is big brother »
La pyramide est un motif graphique que l’on retrouve partout dans le monde. Les plus connues sont celles d’Egypte mais il y a aussi des pyramides moins connues, dont la présence est le signe d’autres pyramides, symboliques celles-là, comme celles qui ornent le billet d’1 dollar américain.
Loin du folklore de Gizeh, la pyramide est le symbole d’un système dans lequel les droits, les pouvoirs et les ordres sont distribués du haut vers le bas, pendant que l’argent, lui, circule du bas vers le haut. La pyramide est un système qui possède une grande cohésion interne, et qui supporte de nombreuses « révolutions » cosmétiques en continuant à fonctionner de la même façon. On pense au « tout changer pour que rien ne change » du Guépard. C’est exactement cela. Alors qu’on repeint la façade pour transformer la monarchie en démocratie (ou en autre chose) la pyramide s’adapte et continue à fonctionner à l’identique, y compris en remplaçant ceux qui occupaient les plus hauts postes par de nouveaux entrants. Qu’importe qu’on change les figures puisque la structure reste la même.
La monarchie est un système pyramidal, le communisme est un système pyramidal, la démocratie représentative est un système pyramidal. Toutes les dictatures sont des systèmes pyramidaux. Les partis de droite sont des systèmes pyramidaux, les partis de gauche sont des systèmes pyramidaux, les églises, les sectes, les ONG, les associations de grande envergure, toutes les grandes entreprises commerciales sont des systèmes pyramidaux.
Avec ce système, quelles que soient les intentions de départ, on aboutit inévitablement, plus ou moins vite, à enrichir le haut de la pyramide à mesure que le bas s’appauvrit. Ce ne sont pas les intentions ou le programme politique affichés par un parti politique qui vont définir ce qui va se passer, c’est le système pyramidal qui va en décider.
La personne qui est en haut de la pyramide elle-même n’a qu’un pouvoir limité dès lors qu’elle ne suit pas strictement le rôle qui lui est imparti par la structure.
C’est la structure elle-même, et non les individus qui la composent, pas plus que les intentions ou la quantité d’énergie qu’on va mettre dedans qui va définir ce qu’on aura à l’arrivée.

A SUIVRE 2ème partie : cloisonner pour mieux régner

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14 Commentaires

  1. babelouest

    12 octobre, 2009 à 20:56

    Toujours le truc du Pouvoir SUR. Se souvenir que Bakounine ou Fourier avaient préconisé le système horizontal, sans hiérarchie de personnes, avec uniquement une hiérarchie des préoccupations communes. Pour donner un exemple complètement différent, la distribution électrique est une préoccupation locale, mais pour des raisons géographiques la production électrique peut avoir une structure différente et plus vaste. Ceux de la vallée se débrouillent, mais pour bénéficier des éoliennes il faut s’entendre avec ceux de la Butte, qui en auraient trop pour eux seuls. (l’exemple vaut ce qu’il vaut)

    Et quand on pense que c’est Lénine qui a cassé les Soviets (les « cercles de décision »), qui fonctionnaient ! Le socialisme a perdu plus d’un siècle, grâce à lui.

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  2. minotor

    12 octobre, 2009 à 21:09

    Attends la suite babelouest :-)
    Je n’ai pas dit qu’il ne fallait pas s’entendre les uns avec les autres, simplement il faut changer de structure (et d’échelle) pour régir les échanges.
    La production électrique est un excellent exemple car précisément les structures pyramidales favorisent des solutions centralisées et hautement complexes comme les centrales nucléaires pour interdire l’accès à l’énergie à ceux qui ne voudraient pas passer par leurs fourches caudines. Il ne suffit pas au système pyramidal de produire de l’énergie, il faut encore interdire aux particuliers d’avoir accès librement à leur propre énergie et de se débrancher du réseau global.
    Le développement de fermes solaires ou éoliennes localisées commence à saper cette logique. Il va donc être intéressant de voir comment cela va évoluer, et si quelque loi scélérate ne va pas faire en sorte de ruiner ces premières avancées.

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  3. b.mode

    13 octobre, 2009 à 6:05

    Petit rappel du programme social du CNR que tu évoques, Christophe. Que reste-t-il de tout ça en Sarkozie ?
    o le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
    o un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
    o la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
    o la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
    o un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
    o la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
    o l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
    o une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
    o le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

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  4. minotor

    13 octobre, 2009 à 8:46

    Oui, d’ailleurs Denis Kessler, ex-maoïste et ex N°2 du MEDEF (comme quoi quand on raisonne en termes de structures on comprend mieux un tel parcours) avait avoué dans une interview que son travail consistait à détricoter le programme du CNR.
    On peut aussi retenir la citation de Warren Buffet, multi-milliardaire américain de la spéculation, qui a dit en substance « il y a bien une guerre des riches contre les pauvres, c’est nous les riches qui l’avons gagnée ». authentique.

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  5. BA

    13 octobre, 2009 à 8:49

    Dans les premiers mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, l?ex-numéro 2 du MEDEF Denis Kessler écrit :

    « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement Fillon s’y emploie.

    Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

    A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

    A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’« historiques » – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

    Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

    http://www.challenges.fr/opinions/1191448800.CHAP1020712/adieu_1945_raccrochons_notre_pays_au_monde_.html

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  6. BA

    13 octobre, 2009 à 8:51

    Dans le New York Times, le 26 novembre 2006, Warren Buffett parle de la guerre des classes :

    « There?s class warfare, all right, Mr. Buffett said, but it?s my class, the rich class, that?s making war, and we?re winning. »

    http://www.nytimes.com/2006/11/26/business/yourmoney/26every.html?_r=2&ex=1165554000&en=02ed48ae1473efe0&ei=5070&oref=slogin&oref=slogin

    Traduction :

    « La guerre des classes existe, d?accord, dit Warren Buffett, mais c?est ma classe, la classe des riches, qui fait cette guerre, et nous sommes en train de la gagner. »

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  7. lediazec

    13 octobre, 2009 à 8:56

    La simplicité de cette première partie met en évidence l’extrême complexité de tout changement et met en lumière une question non moins complexe : pour changer le système, changeons les hommes qui ne changeront pas le système. Gros, gros chantier. Cela a le mérite de démontrer une chose : quand un candidat quelconque vient frapper à votre porte pour se faire élire selon l’une des hypothèses formulée par Christophe, n’hésitez pas, claquez-lui la porte au nez ! C’est un menteur.

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  8. babelouest

    13 octobre, 2009 à 9:29

    Bien sûr Lediazec ! Le bon candidat, c’est celui qui ne l’est pas, qui par définition est candide, blanc comme neige. De toute façon, il faut le répéter : on ne peut pas donner un blanc-seing à quelqu’un. Il faut le mandater pour apporter la réponse à UNE question, quand cette réponse tend vers l’universalité, et non vers un petit groupe particulier. Sinon, c’est la dérive assurée.

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  9. lediazec

    13 octobre, 2009 à 9:41

    @ babel. C’est pour cette raison que mon tube préféré a toujours été : lèves-toi et marche, peuple stupide ! Mouton de tonte. Bouges tes neurones. Mais au top 50, cela n’a jamais été payant et, au lieu de voir mon nom écrit en lettres lumineuses, je me retrouve à ruminer des pensées sordides dans ma campagne merdique, attendant une réponse positive à ma candidature à l’Epad, réponse qui tarde à venir. Y aurait-il magouille ?…

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  10. clarky

    13 octobre, 2009 à 9:48

    intéressant tout ça.

    je vais aller à contre courant, mon pessimisme récurrent certainement, mais le bon candidat n’existe pas ou plus c’est selon.

    quant à buffet et ses déclarations puantes ça me fout dans une colère noire.

    purée, tout ça me sape le moral déjà que c’était pas le pérou, salauds de ruminants ;)

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  11. Rem*

    14 octobre, 2009 à 0:37

    Ayant été enfant à l’ombre des pyramides de Giseh, je connais. Et je voyage et j’ai appris que le voyage n’est pas d’aller à quelque part de précis (le pouvoir, le sommet ?) mais que seul le chemin importe. Ce que dit un sage chinois d’autrefois, ou un autre. Dans la pyramide, on voyage en poésie, on souffre et on rigole, bref on est poète quoi ! Mais la lucidité y croît; comme dit René Char, pour qui elle est la blessure la plus proche du soleil… Et bonne nuit sous les douce étoiles, ruminants !!! R*

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  12. b.mode

    14 octobre, 2009 à 4:18

    Salut Rémi. alors quand est ce que vous venez à Nantes avec le futur président de l’Epad ? ;)

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  13. lediazec

    14 octobre, 2009 à 10:17

    A ce que je vois, nous ne sommes pas seul à ruminer, Rém* a aussi ses heures pour cela. Oui, au fait, Nantes c’est à deux pas de St Naz.
    Bises Rémi !

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  14. Rem*

    14 octobre, 2009 à 15:52

    En presque végétarien, je rumine peu, tant mieux pour la couche d’ozone; mais j’aime bien cuver mon vin, oui… et pour en revenir aux payramides, ceci : Ayant (hélas) quitté celles de Gizeh pour celles d’Europe, je me suis trouvé à voyager dans une pyramide plus moderne, celle dont les sommets sont Londres, Paris et Trèves, ville natale de Karl Marx, pharaon des temps modernes, qui a travaillé à Paris et surtout à Londres . Bon, la 3° ville est moins célèbre que les 2 autres, mais c’est par là que j’ai commencé à connaître (en kaki!) l’Allemagne. Or la pyramide moderne du capitalisme c’est bâtie principalement, entre l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, avec son rejeton principal des Etats-Unis. Voilà, avant la ’3°Révolution’ annoncée par Fred Vargas. Pensées à ruminer dans la ‘liberté’ de voyager dans la pyramide!

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