On dit souvent que le temps passe, oubliant de souligner qu’il dure. Vrai que la mesure est élastique. Selon les circonstances il donne le sentiment de ne pas dérouler la même vitesse pour tous. Il est donc concevable de ne point le trouver aussi long selon que l’on converse, sirotant une boisson stimulante, avec Perséphone, que subissant les âneries d’un Nicolas Sarkozy monté sur estrade, rattrapé par ses tics.
Il est dimanche matin et je fais mon petit tour de jardin les pieds dans la rosée. Il fait beau. Frisquet mais beau. Le feuillage des ailanthus a la couleur rougeoyante de l’automne. Le café à la main, je constate que les dahlias s’épuisent, alors que les schizostylis, vermillon et rose, affichent une belle santé. Merci Giscard, le presque prince charmant de lady Di, pour ces stupides et incessants changements horaires. Merci à tous ceux qui ont suivi, perpétuant la même stupidité. En cela gauche et droite ont plus d’un point en commun. Cela me fait plaisir de regarder les fleurs, le cloches voisines sonnant à la volée. J’aime les schizos, ces petits glaïeuls de la famille des iridacées originaire d’Afrique du sud. J’arrive au pied du mimosa chenille de l’ami Laurent pour constater que lui aussi est bien installé, à proximité du céanothe. Déjà dimanche ! Je n’ai pas senti le poids de la semaine me rouler dessus. Mes articulations ont l’air de penser tout le contraire.
La semaine a été pleine d’un tas de choses. Des pleins containers de produits nocifs, comme seule une république en décomposition avancée est en mesure d’en livrer.
Il y a le procès Clearstream qui vient d’être mis en délibéré. La traduction de Clearstream étant « eau de roche » ou quelque chose d’approchant, je crains qu’en la circonstance la locution « clair comme de l’eau de roche » ne puisse hélas s’appliquer à ce numéro de pantomime d’où la justice du pays ne dégage pas l’image d’indépendance à laquelle elle peut et doit toujours prétendre.
Ayant pour toile de fond les élections de 2012, ce procès met en évidence la guerre entre deux clans cherchant à contrôler la droite française, dévoilant de manière indécente dysfonctionnements, combines, mensonges et main-mise de l’état dans ce que les journalistes voisins, goguenards, nomment le « Watergate à la française ». Qui a dit république ?
Dans cette république sous assistance médicale pour cause de décompensation psychique une affaire chasse l’autre à des allures impensables. Le jugement Clearstream mis en délibéré jusqu’au mois de janvier, c’est le minimum syndical pour dépeloter la bobine, c’est au tour de la polémique sur la promo de fiston à la tête de l’Epad qui a mis le feu aux poudres. Au-delà d’une gauche engluée mais colérique, c’est du côté de l’UMP que certains élus montraient qu’ils en avaient, eux aussi, plein on ne sait quoi des affaires aussi nulles que la réforme de la fiscalité locale, de la taxe carbone ou de l’affaire Mitterrand pour devoir en prime traîner la pire de toutes les casseroles, celle de fiston. Parce que ces élus UMP pensaient qu’avec Sarko, la lessive se portait plus blanc ? On se croirait revenus à la belle époque de l’état UDR !
Il s’en passe des drôles. Inspiré par les corses, sous couvert d’anonymat, sur l’affaire du fiston, un ministre a déclaré : « Le président ne cédera en aucun cas à la pression médiatique« . Colère, hissé sur son estrade portative, le président aurait même lâché un « Je ne lâcherai pas » du plus bel effet. Après le « Jean Sarkozy est le meilleur d’entre nous » d’Isa Balkany, ça en jette en max dans les paillettes. Un véritable feu d’artifice.
Pour finir, au bout de deux semaines grand-guignolesque, le conseiller général des Hauts-de-Seine, a renoncé à briguer la présidence de l’Epad. « Mon fils, ce héros », aurait murmuré son père dans un souffle.
Tout ça étant bien établi, la vie continue. Les affaires aussi. En réalité ça se corse, et pas qu’un peu. L’affaire Clearstream étant surtout destinée à empêcher de Villepin à venir le chasser du Château, lui collant sur le dos une sanction d’inéligibilité, voilà que vient frotter le nez de Sarko avec insistance l’affaire Karachi. Sombre et terrible histoire d’attentats, de rétrocommission et de vrais morts civils travaillant pour des sociétés françaises au Pakistan. Depuis des années les familles sont dans l’obscurité totale, malgré demandes d’explication et pétition. A cause d’accords secrets passés entre monsieur Chut français et monsieur pas très Chut pakistanais pour le compte de messieurs Chut et Chut, en France et au Pakistan… la lumière tarde à venir dans ce couloir de l’obscur. Vous suivez ? L’important est que l’intéressé, lui, ne perde point miette. Lisez et relisez l’enquête formidable de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme pour le compte de Mediapart. Un vrai roman d’espionnage avec des vrais morts et de vrais bénéfices pour les protagonistes de ce thriller républicain.
Encore des retombées de la guerre de clans que se livre la droite française depuis que Chirac avait décidé de ne plus rien verser à quiconque pour empêcher Balladur d’utiliser cet argent à des fins électorales… Vous suivez toujours ?
Mediapart ayant levé le gros (très gros) lièvre de garenne le petit président ne dort plus ou très, très mal. Pourquoi dort-il si mal et de façon si agitée, puisqu’il ne s’agit que de monsieur Balladur ? Se ferait-il des soucis pour ce vieil ami ? Quel grand homme, ce Sarko !
A moins que… A moins que ces insomnies ne lui viennent du Rapport d’enquête de la Cour des comptes, dont Mathilde Mathieu dans « la folie des grandeurs de Sarkozy… » pour Mediapart du 24 octobre touche un mot. Le chapitre sur le budget de la présidence française de l’UE, vaut son pesant d’irresponsabilité présidentielle : « …tout juste remis à la commission des Finances du Sénat – qui l’avait commandé en octobre 2008, bien inspirée… Ce document d’une centaine de pages (que Mediapart publie sous l’onglet Prolonger) vient jeter un éclairage nouveau, très peu flatteur, sur les coulisses de la «campagne européenne» de Nicolas Sarkozy (l’une de ses plus grandes fiertés). » Allez ! Bonne soirée à tous !

