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Quatre minarets mettent-ils le feu au lac Léman ?

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suisseminaret3.jpgRuminances prend le large. Après l’incontournable babelouest qui clouait au pilori le thème-leurre de l’identité nationale, voici venu le temps de l’ami remi qui réagit au vote helvétique…

On le sait, la Suisse est un pays paisible. Certes, depuis bien des siècles ses mercenaires se sont engagés nombreux dans diverses armées européennes ; certes la ‘garde suisse’ du Souverain Pontife (‘combien de divisions ?’ disait Staline…) en reste un petit témoignage ; certes les combats fratricides entre calvinistes et papistes furent féroces du temps pas si ancien des atroces ‘guerres de religion’. Et certes la fameuse ‘neutralité’ de la prospère Helvétie s’appuie sur une armée de conscrits unique au monde, car les mobilisables gardent des années leurs uniformes, armes et munitions chez eux, au risque de dérives criminelles, qui font les gros titres de faits divers tragiques, dus à la facilité de faire le coup de feu, dans un moment de colère…

Mais, comme on dit à Genève, ‘y a pas le feu au lac’, pour signifier que ‘tout s’arrange’, en particulier à l’ombre du secret bancaire d’un des plus gros coffres-forts des fortunes capitalistes…dont celles des potentats arabes du Golfe ou de Libye…

Et c’est là que tout commence il y a quelques années, par un fait divers, certes sordide, mais sans coup de feu : Un proche de Kadhafi est arrêté, à Genève je crois, en flagrant délit d’un geste de violence envers l’une de ses domestiques (pour ne pas dire esclave, restons polis !). Il sera libéré peu de temps après, avec versement d’une forte amende. Mais l’honneur libyen est en jeu. Il y aura rétorsions diverses dans des transactions bancaires (domaine, je l’avoue, où je ne connais rien), et, à ce jour il y a toujours deux citoyens helvètes ‘retenus’ (ou prisonniers pour être impolis) en rétorsion…

Et puis, plus récemment il y a la fameuse ‘crise bancaire mondiale’, qui ébranle le coffre-fort suisse en son sacro-saint ‘secret bancaire’… et qui ruine d’honnêtes et bien riches helvètes.

L’extrême-droite suisse en profite. Elle a toujours bien existé, minoritaire, mais influente sur la droite plus classique, ‘bien pensante’. Depuis le 11 septembre 2001 elle relève la tête, en Suisse comme ailleurs : après ‘le communiste’ d’hier, l’ennemi est ‘le musulman’ d’aujourd’hui, on connaît la musique nauséeuse…Elle vient de réussir un coup médiatique ‘sensationnel’ pour elle : une large majorité de citoyens votants (48% se sont abstenus !) ont approuvé ‘l’interdiction de construire d’autres minarets de mosquées en Suisse’. Une première mondiale !

Pour rappel, il y a 4 minarets en Suisse : d’ailleurs l’affiche de campagne de cette ‘votation citoyenne’ représentait, à côté d’une femme voilée, le drapeau suisse percé de 4 minarets en forme de fusées transcontinentales : l’amalgame est fait.

Pour rappel, il y a 500.000 musulmans résidant en Suisse – même si la grosse majorité, dit-on, ne sont guère plus pratiquants…que la grosse majorité des chrétiens des différentes Églises de Suisse. Mais voilà : quatre minarets-fusées vont mettre le feu, non pas au seul lac Léman, mais à toute la Suisse, voire à tout l’Occident !…

La ficelle est grosse. ‘Plus le mensonge est gros plus il passe’ disait à peu près Goebbels, qui s’y connaissait en propagande d’extrême-droite. Et là, la grosse ficelle risque bien d’étrangler le paisible citoyen helvète lambda, qui se croyait à l’abri d’une telle mésaventure, dans sa super-démocratie…

Précisions : je n’ai personnellement pas de sympathie particulière pour les minarets (tonitruants dès l’aube : mauvais souvenir de touriste au Maroc). Et je n’ai ni plus ni moins de sympathie pour la religion musulmane que chrétienne ou autre (les cloches d’églises m’exaspèrent aussi). Mais bien entendu je me dois de respecter ces divers pratiquants de ‘sectes qui ont réussi’, comme de celles que tentent de le faire (j’ai connu à Genève de redoutables propagandistes de ‘l’Église de Scientologie’) : Bref, en laïc et agnostique que je suis, je me contente de participer à l’occasion à divers débats sur l’éternelle question (si bien traitée par Paul Gauguin) : ‘D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?’… en séparant nettement l’aspect métaphysique, pour moi anecdotique, de l’aspect politique, si fondamental : la vie sociale concrète…

De ce point de vue, la percée de l’extrême droite dans ce bon peuple suisse est un souci de plus… pour tout le monde ! Oh, ce sont de bons pompiers : s’il y a le feu au lac, ils sauront l’éteindre, d’accord. Mais que de gâchis empoisonnants…

Rémi Bégouen

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21 Commentaires

  1. babelouest

    30 novembre, 2009 à 18:12

    Eh ! Les Savoyards sont les métèques des Suisses, au même titre que les gens de couleur. Bémol : il semble que les cantons francophones les plus proches de la frontière aient repoussé la votation, ce sont sans doute les germanophones qui ont fait la différence. Il serait intéressant de savoir pourquoi.

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  2. rem*

    30 novembre, 2009 à 19:01

    Oui, Babelouest, les cantons francophones de l’Ouest de la Suisse sont (depuis Rousseau et Voltaire!) beaucoup moins ‘réac’ que les ‘alémaniques’, grâce à leurs foyers libertaires du Jura et de Genève (les horlogers…). Et les cantons italophones du Sud leur sont proches, politiquement. Mais l’essentiel hélvétique est de la riche Zurich et de la galaxie de tribus alémaniques plus ou moins divisés par vallées, mais unis contre le prestige international de Genève !… : J’ai, à ce propos, une anecdote : venant, en compagnie d’une Allemande, à Zurich, nous entrons dans une librairie, où elle est heureuse de dialoguer dans sa langue. Mais non ! On lui répond en ‘alémanique’ (disons en picard par rapport au français), et elle doit se réfugier à parler anglais! Car, si le français de la Suisse Romande est d’excellente langue, par rapport au français parigot, par exemple, la Suisse dite germanopone n’a qu’un jargon moyen-âgeux de la langue de Goethe, ce qui explique sans doute son repli frileux à l’extrême-droite, misère, misère…

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  3. lediazec

    30 novembre, 2009 à 19:15

    Comme de bien entendu, notre Marine Nationale veut, elle aussi, son petit référendum hexagonal !
    Tant qu’on parle de ça, on ne fait pas autre chose.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  4. babelouest

    30 novembre, 2009 à 19:22

    @ Rem
    En quelque sorte, la Suisse alémanique, avec ses dialectes, est exactement dans la même position que la Belgique flamande. Selon Jean Quatremer, le correspondant à Bruxelles de libération, pratiquement chaque village a son patois légèrement différent de celui de la commune à côté. Même les Néerlandais ont souvent, paraît-il, des difficultés à comprendre les Flamands. Un peu comme les Allemands pour les Alsaciens, mais au moins ceux-ci ont-ils un dialecte commun.

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