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EADS-toi, le ciel t’aidera

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bruegelchasseursdansneige.jpgLa neige me procure un effet tranquillisant. La douceur de son manteau m’entoure et m’emporte vers une autre dimension. La Bretagne est somptueuse sous la neige. Un autre temps. Une autre histoire. Le présent s’est absenté de nos vies pendant ce laps de temps que les hommes maîtrisent peu ou mal. C’est le temps du silence. Celui de l’écoute et des impératifs oubliés. De l’attente et du regard. Du feutre et de l’écho de ses pas.

J’aime la neige. J’aime la Bretagne. Moi, le méditerranéen, je trouve en elle je ne sais quel mouvement tellurique qui me pousse à constamment admirer le bonheur qu’elle diffuse. Nous n’étions pas nombreux à nous plaindre de cette « paralysie » passagère. Hormis, comme souvent, quelques acrimonieux. Pas de voiture donc, mais des bonnes chaussures vagabondes. J’ai emprunté le sentier des randonneurs qui borde la mer sur quelques kilomètres. Muni de mon tube MP3, j’ai laissé la fatigue décider de la longueur du parcours. Je ne suis pas très musique classique, je l’avoue malgré Liszt, Chopin, Albeniz, Casals… mais j’ai au fond de ma mémoire, rangés dans un coin, des morceaux récurrents qui me font bander. Ainsi ce poème symphonique de Richard Strauss : « ainsi parlait Zarathoustra ». Quelle ouverture ! Une merveille ! Avec ça, je te pète une planète et construis un monde meilleur. Un bijou serti dans le chaos d’un métal oublié. Je l’ai réécouté, encore et encore, pendant que la dentelle du paysage brodait dans ma tête le tissu soyeux d’une poésie plusieurs fois millénaire, mes yeux se noyant dans l’espace, ne cherchant dans l’horizon autre chose que le bonheur sidéral de l’instant absolu.

C’était mon petit voyage du dimanche. Terminus, tout le monde descend. Retour sur terre. Finie la neige et autres caprices de l’esprit. Aussi blanc que la neige sale, le dossier EADS vient d’être décroché du fil à linge. Après passage à l’essoreuse de l’Autorité des marchés financiers, l’affaire se termine par un non-lieu général. Un scandale et son couvercle. Magouilles, arnaques et délit d’initiés. Circulez, rien à voir ! L’autopsie a été pratiquée et il y a eu crime, en effet. Crime, mais pas de preuves matérielles. Vous rigolez ?… Bien vu, pas pris. Circulez ! J’ignore sur quels critères la justice est rendue, mais ça ne rassure pas du tout le citoyen quant au sérieux de l’autorité qui la rend.

Ce qui apparaît clairement dans le dossier c’est l’enrichissement de certains dirigeants d’EADS et de sa filiale Airbus, grâce à une information privilégiée (non publique) sur des retards concernant l’A380, qu’ils ont utilisé à leurs avantages personnels. Les enquêteurs diligentés pour éclaircir la magouille ont fait chou blanc. Cela ne signifie pas qu’ils ont mal fait leur boulot. En aucun cas. Mais la chose n’est pas aussi simple. Les conclusions ressemblent un peu aux trucs qu’on voit dans les séries policières ou à la fin, le méchant ou le maquignon, se fait alpaguer. Sauf que dans la réalité : « vice de procédure », ou quelque chose du genre. Les enquêteurs ont fait leur boulot, la Commission des sanctions le sien.

De quoi s’agissait-il ? Une banalité financière dont nous avons hélas l’habitude. Des hommes et de l’argent. L’éternelle histoire entre morale et cupidité. Des mecs qui travaillaient dans la boite ont utilisé les infos secrètes pour aller boursicoter et se faire à titre personnel un max de fric. C’est interdit par la loi. Or nous le savons, là où il y a de l’argent, l’éthique n’a pas grand-chose à y faire. Quant à la loi… Tout ce beau monde est libre.

Pour être complet, les enquêteurs sont toujours convaincus que les acquittés ont bel et bien utilisé ces infos confidentielles pour s’en mettre plein les fouilles. Ils ont la rage, les enquêteurs ! Je le comprends. Comble de l’ironie, c’est tout juste si les ex-prévenus ne vont pas se constituer partie civile pour diffamation et atteinte à l’intégrité morale. Que vont dire les voisins ! Des dommage et intérêts à la clé ?…

Pas la peine de nous mettre dans cet état pour si peu. D’aller crier sur les toits que la chose est honteuse, patin, couffin. Ni d’aller se suicider par noyade dans le premier gave venu. Le désespoir c’est comme un rhume, ça finit par passer. Gardons notre énergie pour ricaner un brin… Pour quand ils viendront nous demander d’aller voter pour eux…

Comme le souligne Olivier Gutkès, avocat de l’un des prévenus : « La commission des sanctions démontre son indépendance, son impartialité et son courage. Elle ne s’est pas laissé dicter son comportement par l’opinion publique.« 

Italo Svevo, fils d’un juif allemand et d’une mère italienne, né à Trieste il y a un bail, écrivait : « La maladie est une conviction… » !

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6 Commentaires

  1. babelouest

    21 décembre, 2009 à 7:17

    Ne nous y trompons pas. Aussi longtemps qu’il y aura de grosses affaires d’argent, des initiés qui savent de quoi il en retourne, il y aura des délits d’initiés. Car bien entendu, ceux qui sont plus malins vont se servir de leur avantage sur le reste de l’humanité de façon subtile, légère : personne n’y verra que du feu. Quant à ceux dont on parle, et qui sont condamnés parfois, c’est leur assurance et leur morgue qui les auront conduits à en faire trop. Chose amusante, s’ils sont vraiment importants, le jugement qui pourrait les clouer au pilori s’enfonce dans les marais de la procédure, les preuves se perdent, et ils se retrouvent blanchis. Ils pourraient en effet en profiter pour déballer d’autres panières de linge très sale à propos de nos édiles. Blanchissons!

    « Lavons nos mains
    Et soyons bien certains
    Que la Justice
    N’en saura rien »
    (Labiche – L’affaire de la rue de Lourcine)

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  2. b.mode

    21 décembre, 2009 à 11:10

    On va dire que c’était le blanchiment de noël… EADS, Dray, Gasquet… La justice à géométrie variable… En attendant Villepin, Chichi et Pasqua…

    Bon titre, Rodo !

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  3. Remi Begouen

    21 décembre, 2009 à 12:43

    EADS-toi…moi je préfère le ciel neigeux, qui fait blanche justice sous nos pieds…bretons !
    Bravo de ta rando blanche et musicale, qui m’en rappelle une autre. Du temps où je m’ignorais, comme toi, breton – mais pas méditérranéen comme toi, mais ‘levantin’ du canal de Suez, où le sable fait office de neige. Bref cela se passe à Lanloup, petite commune littorale d’entre Paimpol et St-Brieuc, fin décembre 1965, hier. On y débarque à une dizaine d’étudiants parisiens, pour une auberge de jeunesse désaffectée : faut demander la clef à l’épicerie, c’est gratos ! Coup de pot, il y a cinq filles et cinq garçons, on s’arrangera…à se tenir chaud ! Oui, car, à l’arrivée, c’est la panique : tempête de neige, froid lapon ! Le paysage est magnifique : du Gauguin. Plus de routes, des coupures d’électricité et de téléphone, razzia sur l’épicerie : pâtes,sardines et vin rouge : cinq jours de réveillon. On a abattu quelques arbres, pour alimenter la grande cheminée et y chauffer la marmite. On s’est récité des poèmes, et des amours…
    On a refait le monde à l’endroit, quoi ! Au diable EADS…
    C’est là que j’ai connu la (future) maman, bretonne, de mon fiston. Et que je suis devenu breton – comme toi…

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  4. babelouest

    21 décembre, 2009 à 14:28

    En tout cas, les amis, à la minute où j’écris la neige forcit comme une malade….. Là, pour le blanchiment, il suffit d’aller se rouler dans l’herbe soyeuse et douce. Ici le nord de Nantes, radio Breizh, à vous les studios !

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  5. eric citoyen

    21 décembre, 2009 à 17:46

    z’oli le ze de mots … j’ai des z ailles qui me poussent !!

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  6. le coucou

    21 décembre, 2009 à 20:36

    Billet de Noël en somme, sauf que la neige du conte était noire…

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