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( 12 décembre, 2009 )

On va s’aimer

montagne02.jpg« La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour on en fera des discours »
Louis-Ferdinand Céline

Après le clip des jeunes UMP, le buzz qui fait mourir les morts et ressusciter l’ancien et très coiffé ministre Luc Ferry, jugeant la chose « dégoulinante de bêtise » (bravo à lui pour sa brutale franchise), ça barytonne toujours dur en Sarkozie. Les régionales approchant, l’usine à tubes s’est mise en route. C’est le retour des 3/8 et des hommes-orchestres ! Des larfeuilles et de l’identité.

Voulant récupérer un peu du terrain perdu lors du précédent scrutin, l’UMP a trouvé un chanteur-candidat pour animer les veillées auvergnates. Ce Ray Charles pour malentendants à la pupille exaltée et au swing travaillé n’est autre que Gilbert Montagné, secrétaire national chargé du handicap au sein de l’UMP. Sourire en bandoulière, il s’en va battre la province pour représenter la majorité présidentielle à une place éligible dans l’Allier. Contacté par Brice Hortefeux, Gilbert a eu le coup de foudre pour le ministre de l’intérieur. Il a cependant « longuement réfléchi » avant de prendre sa décision. Pas facile de trouver la lumière dans la grotte Hortefeux !

Soudainement visité par la grâce, Gilbert a vu dans les territoires du Bourbonnais un pays ouvert aux influences atlantiques. En effet, la région bénéficie d’un climat doux et humide, dominé par les vents d’ouest. Rassurez-vous, cet ouest là n’a rien à voir avec l’ouest breton. Idéal pour les séjours prolongés, surtout quand on envisage de ce faire élire. Combien de paysans… Une très jolie région qui n’est pas, selon Gilbert, assez valorisée. Ni par les pouvoirs publics, ni par les Syndicats d’Initiative locaux. C’est la perplexitude, ni plus ni moins. Ces institutions font preuve d’un manque d’originalité flagrant pour promouvoir une région qui mérite plus que quelques formules publicitaires stupides du genre : « un volcan s’éteint, un être s’éveille ». L’Auvergne a besoin d’autre chose. Cette région mérite mieux que le rôle de rond-point auquel le destin et les pouvoirs publics le confinent depuis des lustres. Ce pays a besoin d’un plan plus vaste. Plus panoramique.

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( 11 décembre, 2009 )

Estrosi ou le pire contre-attaque

estrosi02.jpgOn avait déjà en magasin une troïka de perruches dont le maître oiselier avait pour leur pitance omis de séparer le bon grain de l’ivraie. Etait-ce la présence de Neotyphodium coenophialum – champignon toxique s’il en est – dans la plante enivrante qui rendait le moindre de leur propos grotesque et abscons, nul ne saurait l’affirmer. Quoiqu’il en soit, leur faculté crasse a singé leur éleveur forçait le respect et même l’admiration. On les appelait respectivement Brice, Frédéric et Xavier. Un triumvirat de drôles d’oiseaux dont même le grand Hitch n’aurait point voulu pour le casting de son film éponyme. Un trio de baltringues assurément plus à même de figurer dans un remake chip de Le bon, la brute et le truand (répartissez les rôles) que dans une adaptation modern style de Trois hommes et un coup fin.

Contrairement à ce qu’affirme le vieil adage populaire, pour que la cage soit pleine (en même temps que sa cour), l’apprenti fauconnier se devait d’y jeter encore quelques volatiles. D’y ajouter quelques espèces rares qu’on espère de tout cœur en voie de disparition. Ainsi hérita-t-il en sus, d’un vautour converti sur le tard à sa cause, dont la mission fut bientôt de bouter les coucous étrangers hors de la volière et d’une dinde blonde à souhait dont la disposition à enflammer les dance-floors ovipares n’avait d’égal que son populisme et sa médiocrité.

Avec ces cinq-là, madame, monsieur, on croyait avoir tout entendu en matière de flatteries, de dérapages verbaux, de poujadisme et d’obscénité. Depuis bientôt trois ans, ce pathétique quintet de psittacidés thuriféraires nous avait saoulé par sa logorrhée répétitive et lénifiante. Force est désormais de constater que nous n’étions pas au bout de nos peines et que le pire était encore à venir.

Le pire était objet de moqueries et possédait deux sobriquets : le motodidacte à cause de son passé de coureur de deux roues entre 1972 et 1983 qui lui apprit persévérance et ténacité. Une passion débordante qui ne lui permit pas de gagner le moindre trophée mais qui explique en partie son second surnom, Bac-5, une appellation d’origine incontrôlée qui se passe de commentaires. Poursuivi par ses études sans jamais qu’elles le rattrapent, il fut néanmoins repéré en 83 par ce vieil hibou de Jacques Médecin qui en fit son adjoint aux sports pour la bonne ville de Nice.

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( 10 décembre, 2009 )

La lutte des déclassés

1830.jpgJe me souviens, gamin, dans une autre vie, dans un autre monde, dans un rêve qui avait des allures bizarres, j’accompagnais ma mère au Mont de Piété. El Monte de Piedad comme nous prononçons encore si bien dans la famille. En échange de quelques pesetas, ma mère déposait au guichet, pour une période de un an et un jour, bijoux et autres breloques. Le jour d’après, comme dans le film éponyme, c’était catastrophe et bonjour tristesse ! Une fois la mauvaise passe traversée (dans le délai légal de un an et un jour), on revenait, on remboursait avec un petit intérêt et on récupérait son bien. Souvent, ces objets ne valaient pas tripette, mais le montant récupéré en échange permettait de rembourser la dette chez l’épicier et de reprendre le lendemain la formule consacrée : « tu me marqueras ça ? » en rangeant les courses dans le panier, la voix coincée par la gêne.

Combien de fois, me suis-je entendu dire par señor Arturo : « Tu diras à ta maman qu’elle passe me voir… » Sympa, Arturo, un puits de délicatesse. Sous-entendu : elle casque ou je coupe les vivres. Il ne faisait ça pratiquement jamais. Je me souviens sentir mes joues prendre feu. La honte m’envahissant, une colère horrible s’installait en moi. C’est ainsi que la conscience politique m’est venue. Par la misère et la honte. C’était le moment choisi par ma pauvre mère pour éviter de passer devant l’Ultramarinos (épicerie) pendant un laps de temps variable. Cela l’obligeait à un grand détour. Pour le mont de piété c’était moi (je suis l’ainé) qui m’y collait. Elle avait toujours peur de croiser quelqu’un qui se dépêcherait d’aller raconter dans le quartier que la señora Maria était au moins aussi pauvre que les autres. La grosse tache dans ton putain d’orgueil !

Ce terme de mont de piété ramène à la surface des choses d’un autre monde. Dans mon bled (60 000 habitants quand même) le Mont se trouvait dans la rue la plus fréquentée, la rue royale. Le point de conjonction de tous les quartiers. Situé au rez-de-chaussée l’endroit était sombre. C’est là que j’entendis pour la première fois parler de carats. Plus il y avait de carats dans la chose, plus nous pouvions espérer d’argent. Nous arrivions, nous déposions notre colis sur le comptoir, le monsieur tout gris qui officiait saisissait, disparaissait derrière un rideau, revenait et vous disait un montant, faisant semblant de noter des choses dans un livre ouvert. Sans discussion. A prendre ou à laisser. Tout ceux qui contestaient le taux usurier et qui tournaient les talons l’air indigné, revenaient plus courbés que jamais et repartaient avec pécule et bon correspondants. Bien ranger le bon, disait invariablement monsieur Grivert, si vous le perdez… Il finissait sa phrase d’un geste de la main en direction du bordel qui s’entassait autour et au-delà de sa guérite et qui grimpait le long des murs jusqu’au plafond, se perdant dans une arrière-salle sans fonds.

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( 9 décembre, 2009 )

Mort à crédit – Céline

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Rien n’est plus horrible que l’attente. L’attente c’est la mort. La mort à petit feu. L’espoir des bonnes nouvelles qui n’arrivent jamais. Collé au front, il vous colonise, vous empêche de penser à autre chose. L’espoir, toujours l’espoir… Il vous interdit toute forme de pensée. C’est ça l’espoir, attendre un putain de moyen de transport qui ne te conduira jamais là où l’évasion t’appelle. L’espoir c’est la douleur du désespoir sans remède, c’est de ne plus rien espérer, ne plus vouloir penser à quoi que ce soit, surtout pas à l’espoir.

L’espoir c’est la vie. C’est le coma et ta punition, ton connard de caillou de Sisyphe que tu roules dans ton sensorium de la naissance à la mort. L’espoir est une île déserte où jamais rien ne vient. J’avais graillé de l’infini, accroupi au bord de cette grève à contempler la ligne d’horizon sans que jamais rien n’arrive. Sans que jamais rien ne s’échoue, à part quelques bouts de branchages que les vagues poussaient dans le roulis des galets. Ça, et parfois quelques bouteilles sans messages. J’étais là à lancer le glaviot sur l’écume, l’oeil qui chavire d’ennui et le cerveau aussi sec qu’une branche morte.

Louis-Ferdinand Céline, on est pour ou on est contre. Nous sommes terriblement influencés par l’étiquette qu’on lui a collé dessus. Il était comme ça, à l’intérieur et à l’extérieur de la réalité. Il était une île qui dérivait selon ses propres lois. Paralysé par la lourdeur des contraintes idéologiques : « collabo, quelle horreur ! »

Le temps passe, passe et le bouquin qui vous regarde passer, qui, comme vous, prend la poussière, mais pas de rides. Il s’établit entre le livre et vous une sorte de relation surréaliste. Une partie de cache-cache d’où vous, lecteur, vous le savez, sortirez vaincu. Vaincu et totalement stupide, ébranlé, secoué, remué, coupable de l’avoir délaissé aussi longtemps. Une œuvre de mort, de souffrance, d’errements, de génie, d’esprit non conventionnel…

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( 8 décembre, 2009 )

Y’a pas photo

newyorker1.jpgNotre national président ne peut-il plus se voir en peinture (ou plutôt en photo) ? Tel le Dorian Gray d’Oscar Wilde, ne perçoit-il pas derrière les images figées de sa propre représentation, les travers et les vices d’une vie marquée par l’ambition, les coups bas et les trahisons ? Ce sont des questions qu’on est en droit de se poser quand on voit l’étrange réaction que le chouchou de Carlita a eu face au célèbre photographe Platon qui avait décidé de tirer le portrait des chefs d’état du monde entier lors de l’assemblée générale de l’ONU en septembre dernier.

 49 des puissants de la planète se sont prêtés au jeu du cliché. Pas notre taupe modèle. Il s’est même encore énervé comme à son habitude. « Il était si impoli et agressif. C’était un choc pour moi. Quand je lui ai tendu la main, il l’a regardée et a refusé de la serrer. Il a dit (en français dans le texte, ndlr):  » Qu’est-ce que c’est?! Non! Je déteste les photos! ». Et il est parti en agitant la main en l’air et en criant: « Je déteste les photos », témoigne Platon.

Pourtant, à une époque pas si lointaine, notre Narcisse aimait admirer son visage. Il pensait même chaque matin à la présidence  en se matant dans la glace tout en se rasant la barbe. Sont-ce les calamiteux résultats de sa première moitié de quinquennat qui l’empêchent désormais de se regarder en face ? Craint-il que la vision de son image fixe lui dévoile toute l’inanité de son mouvement perpétuel ?

Quel mal interne a-t-il peur qu’un cliché nous apprenne ? L’immobilité d’un instantané risquerait-elle de servir de révélateur de sa vaine politique ? Pourquoi son agitation frénétique n’accouche-t-elle que de chimères ? Que reste-t-il  de la politique de civilisation sortie du diable vauvert un jour de voeux présidentiels ? Quid dans six mois de sa nouvelle marotte, l’identité nationale ? Quelle logique y-a-t-il à prôner la mémoire collective, la nation et tutti quanti tandis qu’on cherche en même temps à supprimer l’histoire ?

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