Accueil Politique « Un frère » Yasmina Khadra – Les sirènes de Bagdad

« Un frère » Yasmina Khadra – Les sirènes de Bagdad

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Choisir un écrivain musulman Algérien, alors que nous sommes en plein « débat sur l’identité nationale » n’est certainement pas de bon goût, ni sans risques, surtout si celui-ci évoque des sentiments incompris et un conflit qui nous fait encore grincer des dents….

Voici Mohammed Moulessehoul, autrement dit Yasmina Khadra, cet écrivain atypique, né en 1955 aux confins du désert algérien, fils d’un berbère et d’une bédouine nomade. Il porte, selon lui, sur les évènements « le regard d’un citoyen qui aime atrocement son pays« .

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Enfant de troupe à l’âge de 9 ans, il poursuit une carrière militaire brillante jusqu’à devenir le responsable de l’organisation anti-terroriste de la région d’EL BAHIA (pour les nostalgiques ORAN), secteur regroupant 14 départements, de 1992 à 2000. A la suite de « chikaïa » avec les gouvernants de son pays, il quitte l’armée et poursuit sa carrière d’écrivain.

Car il écrivait, et même bien, des fictions policières où racontant les aventures du commissaire Llob (toujours mal fringué) et son adjoint Lino (sorte de Berurier jeune, mais mieux habillé) il décrit l’état de pourrissement de la société de son pays (royaume du bakchich où la promotion-canapé ne peut survivre mais où la démonstration du théorème de Peter s’épanouit) dans un style « écriture du parler » particulièrement savoureux.

A le lire on entend les bruits et on sent les odeurs…

Son divorce avec l’armée consommé, il peut laisser aller sa plume. Il décrit la réalité tout simplement dit-il. Ainsi est né « Les sirènes de Bagdad« .

Tout roman contient une part d’autobiographie, tels le village, la vie, les sentiments, les rêves d’un jeune bédouin du sud de l’Irak en guerre, qui sait qu’elle est là, à quelques kilomètres, mais qui ne l’a jamais vue.

Ce jeune homme, étudiant sans université, a dû se réfugier dans sa famille « au bled », là où on lui a inculqué les traditions ancestrales de respect, amitié, devoirs. Arrive ce qui n’aurait jamais dû arriver, la bavure militaire qui anéanti une partie du village lors d’une fête de mariage. S’en suit bien évidemment la continuité de ce haut fait de guerre, un ratissage en règle, avec fouilles, exactions, maltraitances de la part de ces joyeux « libérateurs« .

Ces barbares, ces incultes, offensent et maltraitent le père (invalide) et surtout l’humilient devant ses enfants. Cet affront incommensurable retentit dans le cœur et l’esprit du fils d’une façon insoutenable. Il lui faut partir, il ne peut plus regarder son père dans le yeux, il a honte, pas pour son père, non pour lui, qui n’a rien pu faire. Honte de son incapacité à le défendre. Il a manqué de respect à son père.

Donc, il fuit, où, à la grande ville, Bagdad, avec le feu dans son cœur, se venger, sur qui, comment, il ne le sait mais il faut qu’il arrive à cette ville. Tant pis si celle-ci est à feu et à sang, tant pis si rester sur un trottoir ou dormir dans une mosquée est risque mortel, les bombes explosent partout, des hommes et des femmes avec, des passants innocents aussi. C’est la guerre de libération après tout. Il ne voit rien, se fait voler, ne pense qu’à cette douleur qui le ronge, il est prêt à tout pour venger l’offense, laver l’honneur, pour revoir son père.

De là, une dérive, des rencontres, heureuses et surtout malheureuses, il est mûr pour être embrigadé, par besoin de l’éduquer, c’est fait, il est devenu un presque zombie. Il sent confusément que l’on va se servir de lui, il est si malheureux qu’il voudrait exploser en mille morceaux et disparaître. Dieu, il ne le cherche plus, il ne prie plus, il ne pense plus. Il a encore la notion du mal et du bien, du chaud et du froid, presque…

Ses nouveaux mentors vont l’embrigader, sans explications, ou alors si fumeuses « un grand destin », « tu sauveras l’islam tout entier », lui veut laver l’affront fait à son père, c’est tout, le reste lui importe peu, il ne le comprend pas.

C’est une dernière rencontre, un être plus déchu que dans l’échelle de ses propres valeurs qui va lui ouvrir les yeux et lui faire réaliser l’énormité qu’on veut lui faire accomplir. Les principes moraux inculqués depuis son enfance resurgissent dans son esprit, il est l’héritier de bédouins droits et fiers, il s’arrête et refuse d’être celui par qui la mort viendra et quelle mort, la mort bactérienne. Pour lui c’est trop tard, il est inoculé, alors il attend sereinement le coup de grâce, il va mourir et aura la paix.

Khadra tente de nous faire comprendre le dilemme des populations civiles qui subissent cette guerre de libération faite par des hommes d’une autre culture que la leur.

C’est le dialogue de sourds entre l’occident et l’orient. Il n’essaie pas de mythifier le terrorisme, ni d’expliquer le fanatisme islamique, sans approuver une telle démarche, il constate tout simplement que « les arabes sont capables d’accepter la tyrannie que quand elle est exercée par un des leurs« .

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