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La couleur des drapeaux

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caricature01.jpgA force de dire n’importe quoi, vous verrez que le jour où nous aurons besoin de dire n’importe quoi, la chose n’aura plus l’effet que nous voulons lui donner. N’importe quoi !

Prenons le cas de Marie-Luce Penchard, la ministre de l’Outre-Mer. Ni chaud, ni froid. J’ignorais jusqu’à son existence. Qu’a-t-elle dit ou qu’a-t-elle fait pour qu’on la désigne à la réprobation de tous ? Je vous dirai que tout ça m’indiffère. Je ne vais pas me mettre à dos une cohorte d’excités gauchisants, pour défendre l’indéfendable… Permettez, je suis quand même un brin perplexe.

Voici, hors contexte, un extrait de la déclaration de l’outre-ministre : « Je n’ai envie de servir qu’une population, c’est la population guadeloupéenne. » C’est honnête. Elle dit spontanément ce qu’elle pense dans le cadre d’un « mandat électif ». Aucune ambiguïté, elle s’occupe de la Guadeloupe et elle le dit. Ce que chacun fait dans son coin à longueur d’année. Combien de ministres, de députés, d’hommes politiques, de tous bords, qui ne pensent qu’à leurs petites affaires ? Plan de carrière d’abord. Arrêtons de faire semblant de nous fâcher, d’aller chercher les valeurs républicaines pour fustiger le comportement d’une responsable politique qui ne fait que mettre en évidence ce que tout le monde pratique depuis toujours. Ne faisons pas semblant. Arrêtons de dire n’importe quoi !

A croire que les élections ne se gagneront pas sur un programme, ni sur des idées, mais sur l’impopularité du National Président. On peut penser dès lors que ce n’est plus l’opposition qui gagne sur la base d’un programme, mais Sarko qui se ramasse à cause de sa mégalomanie. Cela laisse songeur. Donner à un épisode microcosmique la dimension d’une révolution nationale est bien risible.

Battons-nous pour des idées, pour des programmes, pour un mode de vie, pour une forme de société plus humaine. Plus solidaire. Moins repliée sur des valeurs controuvées. Si chaque fois qu’une personnalité politique va sortir une bourde ou se montrer maladroite, nous allons nous tenir, tels des garnements dans la cour de récréation, lui adressant des grimaces ridicules, ce n’est pas demain que nous changerons quoi que ce soit à la manière de gouverner le pays.

Les élections approchent et je n’entends pas parler de projet de société. Si nous cherchons seulement à changer la couleur du drapeau, gardons notre rôle d’opposants, nous serons plus utile au pays. Je n’ai aucune espèce de sympathie pour madame Penchard ni pour aucun membre d’un gouvernement qui dirige le pays au petit bonheur la chance. Mais quand j’entends les cris de vierges effarouchées qu’on lance à la cantonade pour des déclarations certes inadmissibles, mais qui n’ont rien d’extraordinaire en soi, je me demande jusqu’à quel point tout ça n’est pas un mauvais rêve. Oui, Jean-François Kahn (et d’autres) a le droit de tempêter à l’endroit de la ministre. De lui rappeler le cas échéant, en quoi consiste son ministère : « C’est tout de même extraordinaire : la ministre qui est en charge des départements d’Outre-mer, et qui est candidate, en deuxième position, aux élections régionales en Guadeloupe, fait un discours bien senti dans lequel elle déclare qu’elle veut obtenir le maximum pour la Guadeloupe, seulement pour la Guadeloupe et que les autres départements ultramarins (dont elle est cependant également la ministre !) ne l’intéressent absolument pas. Mieux, il ne lui déplairait pas que la Guadeloupe ait tout et les autres rien. » Jean-François Kahn connait trop bien la politique pour ne pas être dupe. Pas à ce point là.

N’importe quel candidat (ministre ou pas) en campagne dira la même chose aux gens de l’endroit où il se présente. Le clientélisme est une règle d’or admise chez tous. Gauche, droite, centre, tout le monde le pratique avec plus ou moins d’adresse. Plus ou moins de bonheur. Tout le monde sait que plus le mensonge est gros, plus ça a des chances de passer. Nul ne l’ignore en matière de campagne électorale. C’est affligeant de banalité. C’est aussi très inquiétant ! On n’admire pas le programme d’untel ou d’untel, on s’émerveille devant l’astuce, le mensonge ou le coup bas de l’adversaire. Qui n’a pas entendu un jour, dans le cadre d’une campagne électorale, des choses de ce genre : « les autres, je m’en fous, c’est à vous que mes efforts iront en priorité ! Pour vous, chers compatriotes, chers citoyens, je ferai n’importe quoi. C’est pour votre terre que je verserai ma dernière goutte de sueur ! » Devant une telle abnégation, le peuple, la région, le patelin, le citoyen, le couillon (parfois tous ensemble) ne peuvent qu’applaudir à tout rompre. En loucedé tout le monde sait que c’est un truc de naze pour les nazes.

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