La France n’a pas le moral. Pas seulement à cause de Xynthia, la violente tempête qui en passant rappelle à l’humain l’extrême fragilité de sa présence sur terre. Vivre est un acte d’héroïsme, nous souffle-t-elle à l’oreille. La nature étant ce qu’elle est (plus personne ne devrait ignorer qu’il s’agit d’un être vivant), il s’en trouve encore qui pensent pouvoir la domestiquer en y modifiant les contours ; la redessiner, en y construisant des murets ridicules pour contenir l’incontournable. Là où jadis il y avait trois îles, les hommes en ont fait une. Toujours ce goût immodéré pour l’uniformité. Ne soyons pas étonnés si, à terme, la nature a le dernier mot. J’en ai entendu des choses stupides de la part de citoyens concernés dans le Thalassa de la semaine dernière. Non, je ne partirai pas, criaient certains fracassés du bulbe devant le micro ! Advienne que pourra ! Comme si cela allait changer quelque chose au va-et-vient de l’océan !
Ne parlez pas de loi littorale, de réchauffement climatique, de montée des océans, de prudence. De tout ça, le quidam n’a rien à glander. Lui, ce qu’il veut c’est sa bicoque au bord de l’eau. Vue sur mer ! En cela, ils sont servis par les promoteurs, les élus, profiteurs et autres instances décideuses. Tu la veux, la voilà, ta barque ! Sauf que la barque en question prend l’eau de partout. Ohé matelot ! Au final, reste le couillon, planté là, se demandant ce qu’il a fait au bon dieu pour mériter ça. Couillon, sans doute, mais pas stupide, car il se rebiffe, gueule, brandit un poing colérique, porte plainte, demande des dommages et intérêts. Des sommes sont débloqués, le président et sa cohorte vont juger des dégâts sur place, déclarent la zone sinistrée, les pieds bien au chaud dans des bottes de marque… On a bien vu des américains achetant des maisons à moindre prix dans des zones traversées par la faille en Californie. Ainsi va le climat !
Justement. Maintenant que l’arnaque du Grenelle de l’environnement a payé, que la taxe carbone est toujours au programme pour le mois de juillet, voici ce que déclare le National Président au Salon de l’agriculture pour calmer ces ploucs qui l’agacent : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement, parce que là aussi ça commence à bien faire. Je crois à une agriculture durable. […] Mais il faut que nous changions notre méthode de mise en œuvre des mesures environnementales en agriculture. » Pareil que pour les permis de construire en zone inondable : « Cécile Duflot rappelle qu’en 2007, le candidat à la présidence de la République appelait à « ne pas entraver le développement normal des communes ». Si le mot guignol était un prix ou un titre honorifique on sait à qui l’attribuer.
L’injustice s’installe dans le pays au fil des ans et finit par coloniser les esprits les plus modérés. Selon un sondage (comment y échapper ?) 69% des français trouvent la société « injuste ». Il s’en trouve quand même 31% pour la trouver « assez juste ». Comme toutes les études de ce genre, la lecture se fait à la lumière de la situation personnelle de chacun. Selon que l’on soit plus ou moins heureux, plus ou moins rassurés question boulot, loisirs, sécurité, on juge la chose plus ou moins négativement. Si nous nous fions à certaines catégories ne craignant pas (pour l’instant) pour leur avenir (professions libérales et autres cadres supérieurs), 54 % « trouvent la société française « assez juste », contre 46 % qui la trouvent injuste. »
Ce 8 mars était la journée internationale des droits de la femme. L’hérétique a tagué Ruminances pour que nous donnions notre avis sur le sujet. A titre personnel, il a voté pour Elisabeth Badinter. Je fais d’une pierre deux coups. Toutes les femmes ne se nomment pas Xynthia, messieurs les météorologistes ! Pourquoi ne pas baptiser un coup de vent côtier du nom de « Nicolas » ? Ou faire annoncer chez Jean-Pierre Pernaut l’alerte météo suivante : « un Nagy-Bocsa de force inhabituelle s’abat sur les côtes françaises dévastant une partie de l’économie nationale » ? Avez-vous peur d’être licenciés sur le champ ?
De très nombreuses femmes ont consacré, à toutes les époques, leur vie à combattre l’injustice des hommes et à revendiquer le droit universel d’une même justice pour tous, hommes, femmes, enfants ou vieux. N’ayant pas d’ordre dans mes préférences, je lance les noms des combattantes de la liberté tels qu’ils me viennent à l’esprit. L’autre soir, j’ai regardé le téléfilm consacré à Louise Michel, la communarde déportée en Nouvelle-Calédonie. Magnifique exemple de révolte et d’humanité de la part de celle qu’on surnomma la « Vierge Rouge ». Sitôt, une suivante m’interpelle, la lituanienne Emma Goldman, militante anarchiste, combattante de la liberté et de l’émancipation féminine à une époque où cela faisait très « mauvais genre ». Je parle au présent parce que ce combat est toujours actuel. En Allemagne, mais née en Pologne, Rosa Luxembourg ou Rosa La Rouge, cofondatrice du mouvement spartakiste, sauvagement assassinée en 1919 par des nazis. En Espagne, Dolores Ibarruri, bien sûr, en sa qualité de femme et dirigeante communiste. Dans cette même Espagne, à la même époque, Federica Montseny, anarchiste, première femme ministre d’Europe Occidentale fit promulguer un décret qui légalisait l’avortement et mena un grand combat pour aider les prostitués à se libérer de leur condition. Elle est décédée à Toulouse en 1994. La liste des femmes d’honneur est longue, voire interminable. Lire la biographie de ces femmes nous apprendrait beaucoup sur les luttes, la répression et les conquêtes. Voilà pourquoi je ne peux arrêter mon choix sur une dame en particulier. Si je devais focaliser sur une… Non, ce serait stupide de ma part. Tellement réducteur ! Tellement impossible !
Cherchant des infos sur l’événement, je tombe sur l’excellent papier de Bakchich.fr consacré à Alexandra Kollontaï, russe et femme libre. Encore une ! Une combattante ! Une dure à cuire ! La révolutionnaire qui est à l’origine de cette célébration du 8 mars en personne. Bakchich.info trace un très beau portrait que je vous invite à lire. En 1910, se marier, divorcer, défendre l’amour libre, refuser la famille traditionnelle et trouver le moyen d’agacer Lénine en personne, il faut le faire. N’oublions pas qu’une bonne partie du mouvement révolutionnaire international était misogyne ou pas loin. Kollontaï militait (déjà !) pour l’égalité des salaires hommes/femmes, pour le divorce donc et pour les congés maternité, entre autres. Elle en avait dans la culotte, la frangine Kollontaï !
Je ne voudrais pas fermer ce rapide aperçu sans avoir une pensée particulière pour les anonymes. Celles qui ont dégusté et dégustent encore. Pour ces millions de femmes disparues ou qui vivent dans l’indifférence et l’horreur, victimes d’actes de barbarie indignes de l’humanité, j’exprime ici solidarité et soutien indéfectible.
Je clos mon tag en embrassant deux collaboratrices de Ruminances, Françoise (lapecnaude) et Laetitia (LaetSgo), nos copines, nos égales, en talent et en droit.



