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Lumières hérétiques

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libredefaireentendresavoix24x36.jpgLa France n’a pas le moral. Pas seulement à cause de Xynthia, la violente tempête qui en passant rappelle à l’humain l’extrême fragilité de sa présence sur terre. Vivre est un acte d’héroïsme, nous souffle-t-elle à l’oreille. La nature étant ce qu’elle est (plus personne ne devrait ignorer qu’il s’agit d’un être vivant), il s’en trouve encore qui pensent pouvoir la domestiquer en y modifiant les contours ; la redessiner, en y construisant des murets ridicules pour contenir l’incontournable. Là où jadis il y avait trois îles, les hommes en ont fait une. Toujours ce goût immodéré pour l’uniformité. Ne soyons pas étonnés si, à terme, la nature a le dernier mot. J’en ai entendu des choses stupides de la part de citoyens concernés dans le Thalassa de la semaine dernière. Non, je ne partirai pas, criaient certains fracassés du bulbe devant le micro ! Advienne que pourra ! Comme si cela allait changer quelque chose au va-et-vient de l’océan !

Ne parlez pas de loi littorale, de réchauffement climatique, de montée des océans, de prudence. De tout ça, le quidam n’a rien à glander. Lui, ce qu’il veut c’est sa bicoque au bord de l’eau. Vue sur mer ! En cela, ils sont servis par les promoteurs, les élus, profiteurs et autres instances décideuses. Tu la veux, la voilà, ta barque ! Sauf que la barque en question prend l’eau de partout. Ohé matelot ! Au final, reste le couillon, planté là, se demandant ce qu’il a fait au bon dieu pour mériter ça. Couillon, sans doute, mais pas stupide, car il se rebiffe, gueule, brandit un poing colérique, porte plainte,  demande des dommages et intérêts. Des sommes sont débloqués, le président et sa cohorte vont juger des dégâts sur place, déclarent la zone sinistrée, les pieds bien au chaud dans des bottes de marque… On a bien vu des américains achetant des maisons à moindre prix dans des zones traversées par la faille en Californie. Ainsi va le climat !

Justement. Maintenant que l’arnaque du Grenelle de l’environnement a payé, que la taxe carbone est toujours au programme pour le mois de juillet, voici ce que déclare le National Président au Salon de l’agriculture pour calmer ces ploucs qui l’agacent : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d’environnement, parce que là aussi ça commence à bien faire. Je crois à une agriculture durable. […] Mais il faut que nous changions notre méthode de mise en œuvre des mesures environnementales en agriculture. » Pareil que pour les permis de construire en zone inondable : « Cécile Duflot rappelle qu’en 2007, le candidat à la présidence de la République appelait à « ne pas entraver le développement normal des communes ». Si le mot guignol était un prix ou un titre honorifique on sait à qui l’attribuer.

L’injustice s’installe dans le pays au fil des ans et finit par coloniser les esprits les plus modérés. Selon un sondage (comment y échapper ?) 69% des français trouvent la société « injuste ». Il s’en trouve quand même 31% pour la trouver « assez juste ». Comme toutes les études de ce genre, la lecture se fait à la lumière de la situation personnelle de chacun. Selon que l’on soit plus ou moins heureux, plus ou moins rassurés question boulot, loisirs, sécurité, on juge la chose plus ou moins négativement. Si nous nous fions à certaines catégories ne craignant pas (pour l’instant) pour leur avenir (professions libérales et autres cadres supérieurs), 54 % « trouvent la société française « assez juste », contre 46 % qui la trouvent injuste. »

Ce 8 mars était la journée internationale des droits de la femme. L’hérétique a tagué Ruminances pour que nous donnions notre avis sur le sujet. A titre personnel, il a voté pour Elisabeth Badinter. Je fais d’une pierre deux coups. Toutes les femmes ne se nomment pas Xynthia, messieurs les météorologistes ! Pourquoi ne pas baptiser un coup de vent côtier du nom de « Nicolas » ? Ou faire annoncer chez Jean-Pierre Pernaut l’alerte météo suivante : « un Nagy-Bocsa de force inhabituelle s’abat sur les côtes françaises dévastant une partie de l’économie nationale » ? Avez-vous peur d’être licenciés sur le champ ?

De très nombreuses femmes ont consacré, à toutes les époques, leur vie à combattre l’injustice des hommes et à revendiquer le droit universel d’une même justice pour tous, hommes, femmes, enfants ou vieux. N’ayant pas d’ordre dans mes préférences, je lance les noms des combattantes de la liberté tels qu’ils me viennent à l’esprit. L’autre soir, j’ai regardé le téléfilm consacré à Louise Michel, la communarde déportée en Nouvelle-Calédonie. Magnifique exemple de révolte et d’humanité de la part de celle qu’on surnomma la « Vierge Rouge ». Sitôt, une suivante m’interpelle, la lituanienne Emma Goldman, militante anarchiste, combattante de la liberté et de l’émancipation féminine à une époque où cela faisait très « mauvais genre ». Je parle au présent parce que ce combat est toujours actuel. En Allemagne, mais née en Pologne, Rosa Luxembourg ou Rosa La  Rouge, cofondatrice  du mouvement spartakiste, sauvagement assassinée en 1919 par des nazis. En Espagne, Dolores Ibarruri, bien sûr, en sa qualité de femme et dirigeante communiste. Dans cette même Espagne, à la même époque, Federica Montseny, anarchiste, première femme ministre d’Europe Occidentale fit promulguer un décret qui légalisait l’avortement et mena un grand combat pour aider les prostitués à se libérer de leur condition. Elle est décédée à Toulouse en 1994.  La liste des femmes d’honneur est longue, voire interminable. Lire la biographie de ces femmes nous apprendrait beaucoup sur les luttes, la répression et les conquêtes.  Voilà pourquoi je ne peux arrêter mon choix sur une dame en particulier. Si je devais focaliser sur une… Non, ce serait stupide de ma part. Tellement réducteur ! Tellement impossible !

Cherchant des infos sur l’événement, je tombe sur l’excellent papier de Bakchich.fr consacré à Alexandra Kollontaï, russe et femme libre. Encore une ! Une combattante ! Une dure à cuire !  La révolutionnaire qui est à l’origine de cette célébration du 8 mars en personne. Bakchich.info trace un très beau portrait que je vous invite à lire. En 1910, se marier, divorcer, défendre l’amour libre, refuser la famille traditionnelle et trouver le moyen d’agacer Lénine en personne, il faut le faire. N’oublions pas qu’une bonne partie du mouvement révolutionnaire international était misogyne ou pas loin.  Kollontaï militait (déjà !) pour l’égalité des salaires hommes/femmes, pour le divorce donc et pour les congés maternité, entre autres. Elle en avait dans la culotte, la frangine Kollontaï !

Je ne voudrais pas fermer ce rapide aperçu sans avoir une pensée particulière pour les anonymes. Celles qui ont dégusté et dégustent encore. Pour ces millions de femmes disparues ou qui vivent dans l’indifférence et l’horreur, victimes d’actes de barbarie indignes de l’humanité, j’exprime ici solidarité et soutien indéfectible.

Je clos mon tag en embrassant deux collaboratrices de Ruminances, Françoise (lapecnaude) et Laetitia (LaetSgo), nos copines, nos égales, en talent et en droit.

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12 Commentaires

  1. babelouest

    9 mars, 2010 à 1:32

    Pour ma part, j’embrasse ici une amie que Bernard aura sûrement l’occasion de connaître bientôt, amie dont je rappelle le blog http://clomanidelatele.wordpress.com/

    Ah sans les femmes, que la vie serait triste, et la Vie courte !

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  2. lapecnaude

    9 mars, 2010 à 3:13

    En tant que femme, j’ai toujours cordialement détesté la gent féminine parce que trop…féminine justement. Mais au cours de mes aventures il m’est arrivé de rencontrer ce que je nommerais pudiquement des »exceptions » : Geneviéve, adjudant major, troupes coloniales, indochine, algérie et autres conflits … sacrée nana. Han Suyin, chirurgien aux pieds nus, cardiologue, serveuse dans un restaurant chinois par manque de papiers, retournée en chine … et puis ma mère, suffragette fille de suffragette, militante de toutes les heures jusqu’en 45, toutes ces femmes du peuple qui triment mais n’en pensent pas moins, sur tous les continents.

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  3. remi begouen

    9 mars, 2010 à 4:28

    Ha, ‘les belles passantes’ du copain Georges Brassens en prime de ton bel article sur les tempêtes et les femmes, sujets si voisins, merci lediazec!
    Merci d’avoir évoqué quelques grandes passantes pas anonymes. Les grandes passantes que sont les tempêtes n’ont pas de noms, n’en déplaise aux météorogues qui les baptisent si gentiment. Mais oui, les anonymes ‘passantes qu’on n’a pas su retenir’, tu as raison de les évoquer, avec tonton Georges : C’est leur fête tous les jours! …

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  4. b.mode

    9 mars, 2010 à 7:20

    Bel hommage aux femmes révolutionnaires et anarchistes ! ;)

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  5. l'hérétique

    9 mars, 2010 à 9:11

    Merci d’avoir répondu, Ruminances. Ce n’est pas pour attiser le feu, mais que pensez-vous du choix de Hashtable, et notamment du choix de Lady Godiva ?
    http://h16free.com/2010/03/08/1804-femmes-et-chocosuisses
    Et tant que j’ y suis, voyez-vous Antigone comme une héroïne libérale, à l’instar du collectif Antigone ?

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  6. lediazec

    9 mars, 2010 à 9:28

    @ L’hérétique. Antigone, oui, pourquoi pas, bien que le thème en soi ne fasse pas bander le populo. En fait, je résume, c’est une histoire de meurtre et d’antagonisme entre deux frangins pour la prise du pouvoir. L’un tue l’autre. La frangine désespérée veut enterrer le mort, on le lui interdit. Elle gueule, trépigne, se révolte. Bof !
    Tandis que lady Godiva c’est une autre paire de nichons. Elle, sa motivation est ô combien différente ! Elle est d’ordre social. Elle se met à oilpé sur un canasson et traverse la ville que son mari dirige pour réclamer la diminution des impôts que son mec prélévait pour la chose militaire.
    C’est pas Badinter que nous allons voir dans la tenue d’Ève au pied de Notre Dame pour réclamer l’égalité des salaires hommes-femmes !
    Je vote Godiva !

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  7. 2pasag the papoteur

    9 mars, 2010 à 10:13

    c bien vrai qu’il y a eu dans les temps anciens et qui sait encore maintenant des vraies femmes mecs :) Maintenant une question me trotte dans la tête : que pensez de ces femmes religieuses allant sur les tas d’ordures ou autre , sont-elles considérées comme révolutionnaires comme celles anarchistes citées dans l’article. Le social la révolution n^’auraient que la couleur du politique et de la poudre ? Et toutes celles qui ont choisi le combat non violent, donc bien souvent non anarchiste. Alors laissons au passé tout son honneur des combats et soutenons et luttons avec les femmes et hommes d’aujourd’hui( oui je ne crois qu’en la mixité et non au sexe dans le combat pour la démocratie donc contre la journée de la femme et que la st Valentin ne soit pas toujours réservée qu’à la gente féminine, mais cela est une autre histoire :) )qui dans les partis politiques, le social ou autres combattent pour une société plus juste. Je sais je sais, je ne suis pas très révolutionnaire c’est pourquoi j’irai voter ce dimanche ;) car dans certains de pays ce droit démocratique… beaucoup aimeraient pourvoir l’utiliser afin de se faire entendre. (En toute fanfaronnerie : c mon « poing » de vue et je le garde !!)

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  8. Hara Kiri

    9 mars, 2010 à 17:09

    Moi j’aurais bien cité Rosa Parks, cette femme noire qui un jour refusa de céder sa place à un blanc dans un bus.
    Mais, revenons-en à la femme en tant que femme, le problème de la femme aliénée est qu’elle est aliénée par son éducation…faite par les femmes.
    Entendez bien qu’en dehors d’une culture judéo-chrétienne qui place à la femme à un rang, au mieux subalterne, au pire diabolique (dans la bible les femmes ont toujours le mauvais rôle), l’éducation veut toujours que les femmes à l’heure actuelle, dans la majorité, recherchent le prince charmant afin de fonder une famille. Et c’est là que le bas blesse, dans ce désir là que la femme s’autosoumet à des codes, à des valeurs et à une hiérarchie.
    Mais, me direz-vous, avoir des enfants ne veut pas dire forcément devoir être plus bas dans la hiérarchie. Non, évidemment, mais l’homme a ce côté lâche et veul qui le pousse à renier ce dont il a besoin et ce qui est nécessaire à sa propre vie. La femme a ce pouvoir sur l’homme que c’est elle qui le met au monde, sans femme, pas d’homme et, pour nier cette supériorité féminine, l’homme, inconsciemment ou pas, minimise son rôle et son existence.
    Cependant, ce qui est le plus vicieux encore, c’est que la femme elle-même participe à ce travail de dénie en éduquant ses progénitures dans cet ordre d’idée : les petites filles auront des poupées et des dinettes, pendant que les gars auront des épées en plastiques et des costumes de super héros. Du coup, dès la naissance (rose et bleu) la femme est élevée dans cette idée que la force et le combat, c’est masculin, la cuisine et le ménage, c’est féminin.
    Il faut donc une force de caractère bien supérieure à la femme pour sortir de ce carcan qu’on lui a fabriqué dès la naissance et, surtout, échapper à la quête du prince charmant qui, les hommes le savent, n’existe pas. Ba oui mesdames, l’homme est lâche et veul, loin de l’iconographie d’un prince charmant.
    Du coup, je crois qu’il n’est pas rare de constater que ces femmes que l’on cite en exemple de par leurs luttes, se sont lavées de cette quête qui aliene la femme au grand bonheur de l’homme. Car, pendant que la femme cherche l’homme parfait, elle ne se rend pas compte que l’homme parfait, c’est elle (ouais, bon, c’était pour faire une figure de style). Mais la femme peut être aussi intelligente que l’homme, aussi forte, aussi courageuse mais également aussi lâche et aussi conne, mais en plus, elle a un avantage que l’homme ne comblera jamais, c’est elle qui donne la vie.
    Du coup, je pense que c’est cet avantage qui pèse sur ses épaules et que c’est sur cette responsabilité que joue l’homme pour la maintenir avant tout dans son rôle de mère. Je n’ai connu que très peu de femmes qui aient refusé de faire des enfants et qui n’en ai même jamais rêvé. Du coup, se devant de faire des enfants (inconsciemment ou par éducation), la femme en oublie qu’elle est la supérieure de l’homme au grand bonheur de la gente masculine qui tente de faire croire à sa supériorité depuis des millénaires.

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  9. lediazec

    9 mars, 2010 à 17:41

    @ Harakiri. Rosa Parks !!! Son refus de céder sa place dans le bus, un tournant politique majeur. Cela amena sur le devant de la scène un inconnu qui ne le restera pas longtemps : Martin Luther King. Si nous devions établir la liste de toutes celles qui…
    Comme les choses changent sans changer, voici un lien qui donne de la perspective au sujet http://www.marianne2.fr/Quand-Simone-Veil-nie-l-egalite-homme-femmme_a189717.html

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  10. Hara Kiri

    9 mars, 2010 à 21:59

    Oui, on en arrive toujours au problème que posent les quotas à savoir qu’on en arrive à vouloir élire ou intégrer quelqu’un en fonction de ses origines (sexe, couleur de peau, niveau social) plutot qu’en fonction de ses capacités et donc, d’interdir l’accès à des personnes qualifiées en leur préférant quelqu’un de « quantifiable ». Mais surtout, on en arrive toujours à cet amalgame que font les médias et les détracteurs de telle ou telle chose, celle de vouloir une équité au sommet de la pyramide alors qu’elle n’existe pas à la base.
    Ainsi, alors qu’à la base il y a moins de femmes engagées en politique, on veut tout de même qu’au sommet, l’équité se fasse. De la même façon qu’un Zemmour, avance que dans les banlieues, les dealers sont presque tous des noirs ou des arabes en occultant qu’à la base, la majeure partie des habitants des quartiers sont des gens d’origines africaine et nord africaine et que donc, du coup, il semble logique que cette répartition se retrouve dans les mêmes proportions dans la délinquance. De la même manière que l’on dit que les jeunes issus de l’immigration sont moins représentés à la télé ou dans le journalisme en occultant qu’ils ont moins facilement accès aux études y menant….etc.

    Il est clair que le jour où autant de femmes que d’hommes s’investiront en politique, alors, je serai le premier à me plaindre qu’on ne retrouve pas cette égalité au sommet.

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  11. lapecnaude

    10 mars, 2010 à 22:04

    Il est un fait certain qu’être femme est un handicap sociologique. Nous avons toutes été éduquées ( je parle de ma génération et aussi – méa-culpa – de celle de ma fille ) dans l’idée- même inconsciente- qu’il nous fallait perpétrer la race, et pour cela bien entendu avoir un homme pour le faire ! Mais cette foutue éducation judéo-chrétienne qui nous obligeait à nous soumettre « légalement » à un mâle pour l’élevage !!! Comment voulez-vous vous engager, poursuivre une carrière en toute liberté d’esprit et de moyens lorsque vous avez des petits à élever, parce qu’il ne fallait pas trop compter sur le mâle pour aider et participer. Nous n’étions libres qu’une fois la première carrière terminée …
    Faire la somme des frustrations engendrées par ce système est impossible et ce n’est pas une journée de parlottes annuelle qui nous comblera de joie !

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  12. babelouest

    11 mars, 2010 à 7:23

    Ah Lapecnaude, combien de mâles à peine castrés oublient leur condition d’humains, pour se prendre pour de simples éleveurs de mammifères ! Cela se voit dans leur cercle familial, et aussi en politique ou dans les entreprises. Qu’ils se rassurent : ce sont eux qui s’avilissent ainsi, même si ce sont d’autres qui subissent leurs brutalités, leurs brimades et leur condescendance.

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