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Contre-révolution : le retour du despotisme éclairé

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velbruck.jpgOn gagne souvent à relire les définitions des mots, car on a parfois tendance à oublier quelle est leur réelle signification, et on emploie des mots pour d’autres. J’ai été ainsi  particulièrement frappé par cette définition trouvée dans Wikipedia concernant le despotisme éclairé : « On parle de despotisme éclairé, dans l’Europe du XVIIIe siècle, pour désigner des chefs d’État qui passent outre les droits de débat, d’opposition ou de remontrance des pouvoirs constitués pour imposer certaines réformes dans les systèmes politiques et sociétés de leur pays. »

A part l’époque, n’est-ce pas une définition qui colle très exactement avec la réalité de la France d’aujourd’hui dirigée par Nicolas Sarkozy ? Une révolution a eu lieu sans qu’on s’en aperçoive, une contre-révolution plus exactement, à la suite de laquelle, un despote élu sur un programme mensonger met en place des réformes dont l’unique but est de satisfaire une oligarchie financière cupide, laquelle a financé sa campagne. Est-ce que ce n’est pas plus clair comme ça ? On a l’impression qu’un voile se déchire. On associe en France révolution et 1789, oubliant qu’une révolution peut prendre d’autres formes, y compris silencieuses. Eh bien nous y sommes.

Malgré la dérouillée des élections régionales et la fronde qui commence à monter au sein même de la majorité, Sarkozy continue sur sa lancée ses réformes, en éreintant l’état et les services publics. A ce niveau de casse c’est de la haute trahison. La prochaine réforme des retraites n’a qu’un seul but : arriver à des retraites si misérables qu’elles prépareront le terrain à la privatisation des retraites, dont le pactole fait saliver depuis longtemps les assureurs et les fonds de pension. Bien sûr on ne fait pas ça d’un coup, sinon on aurait une révolution, mais par tranches, ça s’appelle le saucissonnage, comme on l’a vu pour la privatisation graduelle de France Télécom, de GDF, maintenant de la Poste, pour ne prendre que quelques exemples. Après les retraites, il restera encore l’éducation nationale que Sarkozy s’occupe pour l’instant de saigner à blanc, et il ne sera pas loin du grand chelem.

Il y en a qui pensent que Nicolas Sarkozy finira par s’en aller, et que l’alternance nous ouvrira des lendemains qui chantent. A ceux-là je répondrai que le gouvernement qui a imposé le programme d’austérité qui a déclenché la grève générale en Grèce est socialiste, socialiste aussi Zapatero qui a imposé des mesures draconiennes aux Espagnols, et déclenché des grèves et d’immenses manifestations. O surprise, le programme dans ces pays est : suppression des services publics, allongement de l’âge de la retraite, privatisations, etc. Comme chez nous ! Ce qui nous attend après les prochaines élections, c’est la continuation de la même politique avec un autre visage.

Un an après la crise financière, et par un invraisemblable tour de passe-passe, les aigrefins de la finance (qui devaient être éradiqués l’année dernière à la suite du G20, rappelez-vous !) nous ont fait les poches et sont maintenant pleins aux as : les grandes banques américaines distribuent des primes record à leurs traders, les actionnaires empochent de confortables dividendes.

Quant à nous les benêts, il ne nous reste plus qu’à payer la facture de la crise, et pour un nombre toujours croissant d’entre nous, à aller pointer au chômage, avec moins de remboursements médicaux, moins de retraite pour l’avenir, moins de services publics, moins de pouvoir d’achat.

Quel que soit le gouvernement qui sera élu en 2012, il s’appliquera à nous faire payer cette facture, de gré ou de force, et on repartira ensuite pour un nouveau tour de crise financière, jusqu’à ce que tout ça s’effondre définitivement.

La démocratie c’est fini, et cela devient de plus en plus évident au fur et à mesure que les libertés et le pouvoir d’achat diminuent, et que les risques de crise majeure du système et de conflits internationaux augmentent. Ouvrons les yeux. La déroute de la droite hier n’y changera rien. Le verdict des urnes n’a plus aucun effet sur la réalité. Le pouvoir est ailleurs.

Il est donc temps de repenser la façon dont nous vivons ensemble, et peut-être d’envisager sérieusement une révolution, mais cette fois-ci au grand jour, et peut-être avec l’aide d’internet.

En attendant n’oubliez pas le NO SARKOZY DAY samedi 27 mars !

 

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26 Commentaires

  1. babelouest

    23 mars, 2010 à 11:27

    Je ne sais plus qui, avait comparé cette période-ci à la Restauration sous Charles X. Même âpreté dans les contre-réformes, même intransigeance sourde des édiles vis-à-vis des représentants du peuple, même modérés et intelligents. En raison du rapport de forces, un jour ou l’autre une telle disparité qui s’accroît, entre les plus pourvus et les plus indigents, finit en bain de sang. Même si les « Gardiens de la Paix » gagnent la première manche, un jour ou l’autre ils sont submergés par le nombre. Quand la petite bourgeoisie en arrive à une pression du travail intenable, quand la précarité devient la règle, les neuf dixièmes de la société en sont à un niveau explosif que plus rien ne peut contrecarrer, car trop de gens n’ont plus rien à perdre que la vie.

    Il semble que nous ne sommes pas loin de ce point de bascule vers le grand boum, une fois de plus.

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  2. b.mode

    23 mars, 2010 à 11:36

    Christophe le retour ! Et en forme olympique qui plus est ! ;)

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  3. lediazec

    23 mars, 2010 à 11:40

    Salut mon Tophe. Comment va ? Si je lis bien, t’as un pêche d’enfer. Un très beau portrait et un très beau rappel : « Qui me donnera le burin que Job désirait pour graver sur l’airain et sur le marbre cette parole sortie de sa bouche en ses derniers jours, que…. » [Bossuet, Oraisons funèbres]

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  4. laetSgo

    23 mars, 2010 à 11:45

    Despotisme, oui, drapé dans les oripeaux de la démocratie moribonde ! Eclairé, bof…éclairant en tout cas !

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  5. El Favor

    23 mars, 2010 à 12:21

    RENDEZ l’ARGENT !!! ce devrait être un mot d’ordre avant d’autres conclusions qui couleront de sources… celles de la forfaiture organisée de nos dirigeants et de nos médias, co-responsables de ce meurtre à petit-feu certes, mais meurtre tout de même de la Démocratie, avec les armes de cette dernière!! Chapeau bas les artistes… bientôt vous ne pourrez plus les porter du tout, vos chapeaux!! A la lanterne!

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  6. Christophe Certain

    23 mars, 2010 à 12:27

    Ah, merci les gars :-) C’est vrai je suis en pleine forme pour une nouvelle saison sur Ruminances !

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  7. remi begouen

    23 mars, 2010 à 12:27

    Un certain Christophe avait jadis découvert ce qu’on appela ensuite l’Amérique, c’est certain. Notre Christophe à nous, hardi navigateur d’Internet, découvre la terre réelle du Capital, qui se cachait dans les brouillards de la ‘démocratie’, c’est certain. Bravo de nous éclairer si dru. Le roi est nu, sous ses oripeaux de droite et de gauche, théatre d’ombres ou de Guignol… Nous reste à inventer la révolution sociale, rien que ça. Il y a des pistes. Moi, je m’interesse de plus en plus à celle de LA DECROISSANCE. A suivre ?

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  8. Christophe Certain

    23 mars, 2010 à 13:05

    @Remi à suivre oui ! J’ai quelques articles sous le coude, on va reparler de tout ça.
    Pour la décroissance, je vois bien l’idée mais je n’aime pas tellement le mot, qui n’est guère plus explicite que la croissance… Croissance ou décroissance de quoi au juste ?
    Qu’on fasse croître le logiciel libre ou la création artistique ne peut guère nous faire de mal, au contraire, de la même façon que de faire décroître les pesticides et croître l’agriculture bio. Le tout est d’agir avec discernement.

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  9. recriweb

    23 mars, 2010 à 13:20

    Ca me fait penser à ce ministre (dont j’ai oublié le nom.. Peut-être un obcur secrétaire d’Etat) qui, le soir du second tour, sur Inter, expliquait posèment que les électeurs de la droite ne s’étaient pas déplacés car ils souhaitaient un approfondissement et une accélaration des réformes…

    Bon, quant à la révolution, mille fois d’accord. Oui, avec internet, et avec tous les autres médias du reste, si ça aide les travailleurs à prendre les armes, les boîtes, les institutions, bref : le pouvoir… Mais là n’est pas l’essentiel, c’est sûr.

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  10. des pas perdus

    23 mars, 2010 à 14:51

    Entièrement d’accord. Il aurait peut-être fallu insister sur l’UE ? Parce que tant qu’on ne sortira pas des dogmes monératistes et néo-libéraux, l’alternance sera en effet un doux euphémisme.

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  11. Christophe Certain

    23 mars, 2010 à 17:00

    @Des Pas Perdus, oui, mais j’avais peur de brouiller le propos en parlant de l’europe, car tant qu’à faire il ne faut pas s’arrêter là : l’europe remonte jusqu’aux Etats-Unis, ce sont eux qui donnent les ordres. J’ai beaucoup apprécié une série de vidéos http://www.wikio.fr/video/2361982 qui explique très clairement pourquoi et comment l’union européenne est largement une entreprise créée de toutes pièces par les Etats-Unis, malgré le paradoxe apparent de la situation. Il suffit de réfléchir à qui profite l’ouverture des marchés européens, l’euro fort, l’impossibilité des pays européens à se mettre d’accord sur une politique étrangère commune, etc.

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  12. BA

    23 mars, 2010 à 18:31

     » L’Union Européenne est un despotisme éclairé et doux.  »

    (Jacques Delors, dans ses Mémoires)

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  13. 2pasag the papoteur

    23 mars, 2010 à 18:33

    Si la révolution c pour arriver au premier des napoléons et au vu des suivants et si vous êtes autant de révolutionaires qu’au premier tour des résultats de LO et NPA (déjà incapable de s’entendre), j’suis pas certain que demain sera la grand jour du combat pour le gd soir. Cuba grandeur nature sur le territoire. Bof j’préfère retourner cultiver mes roses :)

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  14. babelouest

    23 mars, 2010 à 19:04

    Bof j’préfère retourner cultiver mes roses :)

    L’important, c’est l’arrose, l’important

    ou

    L’important, c’est la rosse qu’il faut arracher de son fauteuil Louis Kékchose à l’Élysée.

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  15. Christophe Certain

    23 mars, 2010 à 19:50

    @Ba et quand on sait que Martine Aubry est sa fille… Ca fait mal quand même.

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  16. babelouest

    23 mars, 2010 à 19:53

    @Christophe : encore deux générations, et ce seront des gens bien dans cette famille… En attendant, on a tout juste un peu moins mal.

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  17. lapecnaude

    23 mars, 2010 à 19:59

    Je viens d’écouter les vidéos de François Assoulineau, très éclairantes en la matière, quoique en considérant qu’il a été lui-même complice du système et qu’il a fait partie du RPF cher à de Villiers et à Pasqua (ce qui est drôle c’est que maintenant Pasqua est sur la touche et de Villiers s’est rallié à Sarko), je sois obligée de me dire qu’il n’apporte pas de réponse au problème qu’il expose.

    J’ai voté non au référendum et ai considéré comme un viol de ma citoyenneté l’adhésion en douce au traité de Lisbonne, comme au retour de la France dans l’OTAN.

    L’historique de la création de l’Europe éclaire bien en effet le système auto-bloquant de sa construction, avec un peu de folkore en plus. Mais comment en sortir ?

    Dans l’urgence il faut empècher cette loi territoriale qui nous dépuillerait, nous pauvres péquins d’électeurs, d’avoir une chance de nous expliquer.
    Il faut bloquer par tous les moyens les pseudo-décisions du gouvernement de panouilles qui nous cuisinent une retraite sur « fonds de pensions » et réclamer un référendum sur ces sujets.

    Ben, puis comme disait Babelouest, j’m'en vas r’tourner mon daï, et du geste auguste du faucheur moissonner les guiboles !!!!

    @ Bab – tu me rencardes sur Gaïa ?

    Répondre

  18. Christophe Certain

    23 mars, 2010 à 20:15

    @lapecnaude, c’est vrai, il ne propose pas de solution et il cache au passage que l’euro nous a au moins protégés des attaques spéculatives sur nos monnaies, qui avaient coûté très cher à la Grande-Bretagne. On imagine ce qu’il en serait aujourd’hui pour la Grèce, qui serait déjà à poil, sans parler des autres pays de l’union. Mais ça n’enlève rien à la pertinence de ses propos. Comment sortir de là c’est une autre histoire…

    Répondre

  19. babelouest

    23 mars, 2010 à 20:38

    @Lapecnaude: si tu veux mes coordonnées, demande à B.mode, Remi Begouen ou Lediazec : c’est pour éviter de mettre mon adresse en clair ici. Si j’ai ton adresse, je t’envoie mon dernier exemplaire (excepté celui que je me garde tout de même) aussitôt ! Boudiooouuu, va falloir que je demande un retirage !

    Répondre

  20. lapecnaude

    23 mars, 2010 à 21:15

    @ Babelouest – j’ai, depuis longtemps, je t’envoie un mail. Dis moi Didier Goux est d’une humeur de dogue aujourd’hui, on lui a chahuté son gri-gri ?

    Répondre

  21. remi begouen

    24 mars, 2010 à 10:03

    Christophe Certain, je reviens sur l’idée de ‘décroissance’, qui t’as fait réagir : je suis bien d’accord que c’est très ambigu, comme la ‘croissance’. Mais c’est déja beaucoup plus clair avec le titre du nouveau bouquin, passionnant, de Paul Ariès : ‘La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance’ (ed. les empêcheurs de penser en rond et La Découverte). Paul Ariès est rédacteur du (bon) journal La Décroissance et dirige le journal Sarkophage. Je suis en train de lire son tout récent livre, je t’invite à le faire. Peut-être pourrions nous (à 4 mains?) en faire un papier sur ce blog de ruminants ?

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  22. Christophe Certain

    24 mars, 2010 à 10:22

    @remi begouen je ne connaissais pas ce livre, qui m’a l’air effectivement bien intéressant.
    Je vais me procurer ça. On en reparlera après, histoire que je ne fasse pas de contresens sur le sujet sans l’avoir lu. Pour le papier ce serait alors plutôt à 4 sabots :-)

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  23. laetSgo

    24 mars, 2010 à 18:52

    J’hésitais à l’acheter (étant relativement bien informée sur la question), mais si c’est recommandé, alors je ne vais plus hésiter et me précipiter chez mon libraire (moins « polluant » et avec beaucoup plus de valeur ajoutée qu’Amazon et consorts !) puisqu’il n’est vraisemblablement pas encore chez mon bouquiniste :-)

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  24. lapecnaude

    24 mars, 2010 à 20:18

    @ Christophe Certain – j’ai écouté sur Daily motion les dires de Besson sur « Quand Besson désingeait la Sarkosie » les avis de Besson concordaient alors entièrement avec la thése d’Assoulineau.

    Répondre

  25. babelouest

    26 mars, 2010 à 5:26

    Rappel : demain le No Sarkozy Day. Je tremble : pourvu que ce soit un succès ! Cela me mine d’autant plus que je ne pourrai pas y aller : mon épouse est depuis quelques jours particulièrement souffrante, et demande une attention de chaque instant.

    Répondre

  26. Christophe Certain

    26 mars, 2010 à 6:37

    En tout cas moi j’y serai ! Je ne m’inquiète pas, je suis sûr qu’il y aura du monde, et de toute façon ce n’est qu’un premier ballon d’essai, ce ne sera pas le dernier !

    Répondre

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