( 19 mars, 2010 )

François, je m’appelle François Fillon

598953160.jpgCela baigne pour le Premier Ministre. Malgré ses récentes maladresses, ça baigne pour lui. Homme d’apparence discrète et sans histoire, un peu frustré et un peu torve, il donne l’impression de vivre selon la règle d’un homme qui a tout son temps. Un homme sans pression est un homme heureux pouvant, à l’occasion, s’avérer redoutable adversaire. Vivant à l’ombre de son très remuant Chef, un peu à la façon du coucou, cet oiseau qui parasite le nid des autres en y pondant ses oeufs, le Premier Ministre prospère en silence. On dit que si le cri de ce volatile s’entend au loin, la bête est difficile à surprendre. On est enclin à penser que cette notoriété du Premier Ministre aurait tendance à lui coloniser le cigare. En un mot : il a le melon. Pas habitué à la clarté, la lumière des projos l’aveugle et la foule aurait tendance à le griser avec excès.

Mais qu’est-ce qui lui a pris, lui, homme de silence et de l’ombre, alors que les carottes sont cuites pour son mouvement dans ces régionales, d’aller guerroyer comme vulgaire bretteur dans des meetings populos pour pêcher de l’abstentionniste et du vert hésitant ? A casser du socialiste démago, limite fumeur de joint pour quelques voix de plus qui ne changeront rien à la donne. Moi qui pensais qu’il sortait de sa torpeur par politesse, contraint et forcé, et non par conviction ! Aurait-il soudain une idée derrière la tête ?…

Il était l’invité de marque de la cheftaine de liste UMP en Ile-de-France, Valérie Pécresse, pour un meeting de combat à la salle de la Mutualité. Alors que le bordel le plus total règne au sein de la majorité, que les coups bas se multiplient en coulisse, faisant sienne la parabole de la paille et la poutre, chose courante chez les politiques de tous bords, on avance à l’aveugle, on tape comme ça vient et on donne dans l’argument de foire pour attirer vers soi des citoyens écoeurés par ce cirque obscène. Un meeting UMP qui sentait quand même le cramé, le plat qu’on a oublié de sortir du four à la fin de la cuisson et qu’on présente aux convives les joues empourprées. Ainsi de l’alliance express PS-E.E.-Front de Gauche, jugée avec sévérité (allons bon !) par les orateurs UMP. Ils sont affirmatifs : «En face, la confusion est totale, les programmes se sont fondus comme par miracle. Il est où le projet de synthèse? On ne trouve que les répartitions de postes». Devant le propos, on songe au naufragé s’agrippant à la planche qu’on lui tend et qui demande à être remercié.

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( 18 mars, 2010 )

Notes de lecture – Hommage à René Rougerie

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L’actualité n’est pas faite que de politique, elle est aussi poésie. Gérard Lambert-Ullmann est libraire à Saint-Nazaire. Il est un ami de longue date de Rémi Begouen. C’est une actualité douloureuse qui le conduit sur Ruminances pour s’exprimer sur la mort du poète et ami René Rougerie

« Qu’il parle de son métier ou qu’il défende les droits d’un homme, René Rougerie s’investit tout entier dans une langue juste et savoureuse qui porte sa conviction, sa colère, sa détermination et son amour des choses bien faites, bien dites.

Défendant la poésie, il défend le langage le plus pur, au plus près de l’expression intérieure et de la vérité.

Lucide, et peut-être même pessimiste de nature, il fait confiance à la parole lorsque celle-ci sourd de l’être incarné qui cherche, par-delà le poids des mots, à traduire les jours et le déchirement de sa condition. »

Hélène Cadou – Un bâtisseur en poésie

On dira de lui qu’en « infatigable défenseur de la poésie française » il a édité, en plus de soixante ans, près de 1500 ouvrages. On citera Boris Vian, Max Jacob, René Guy Cadou, Joë Bousquet, Saint Pol Roux. On ne se souciera pas d’afficher les noms de bien d’autres qui ne parlent qu’aux vrais amoureux de la poésie : Baudry, Guénane, Spilmont… On rappellera le constat de Jean L’Anselme (dont il fut aussi l’éditeur) : « Rougerie, c’est, en poésie, deux fois Gallimard aussi bien pour le nombre de titres publiés à l’année que pour l’étendue de leur diffusion » (Rougerie-Cœur-De-Lion).

Mais ce dont le libraire se souviendra c’est du petit monsieur discret qui, descendant de son auto antédiluvienne, avec son cartable tanné, entrait dans la librairie pour présenter ses livres merveilleux avec une douceur si convaincante et un amour tellement évident qu’on ne pouvait pas lui répondre que la poésie se vend mal, très mal, et que la « trésorerie » des libraires souffre de s’y intéresser (Ce qu’il savait évidemment) et qu’on se retrouvait à chaque fois chargé d’une pleine brassée de ces volumes sans fioritures, comme d’un bouquet de lilas fraichement cueilli.

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( 17 mars, 2010 )

Xav’ qui peut !

mouche10.jpgMon cher Xav, c’est dans la difficulté qu’on compte ses amis. Malgré tes efforts, tu files un mauvais coton. Il faut le dire, tu n’a jamais hésité à faire preuve d’abnégation. Cela est à mettre à ton crédit. Incliner le front et faire acte d’allégeance avant même qu’on ne te soumette à la question fait partie de ton bagage. Au fil du temps, cela est devenu le catéchisme de ta foi. Un jour tu as pensé que l’ombre du bonsaï suffisait à se protéger du soleil. Ton sourire affecté, limite niais, cache cependant des haines bien chevillées, comme la fois où tu t’es montré ignoble avec un confrère picard qui avait eu la mauvaise idée de te poser des mauvaises questions au mauvais endroit, dans le cadre d’un entretien télévisé. Comment un type aussi lisse et dévoué que toi en est arrivé là ?…

Ce n’est pas de cela que je voulais t’entretenir. Mon propos, tu t’en doutes un peu, est en relation avec le désastre électoral dont vous êtes les victimes, toi et tes amis politiques. Au moment où vous devez serrer les rangs, marcher main dans la main, que tu t’épuises vainement à esquiver ou à trouver la bonne parade, cherchant des solutions au-delà des insomnies, tes propres amis du gouvernement, tels des rats désertant le navire, se lâchent. Ces faiblards n’en peuvent plus et ils le disent. Certains (tu les connais mieux que moi) frisant l’hystérie.

Mieux ! Un proche du président a confié à un journaliste du quotidien « Le Monde » (un comble!), un certain Arnaud Leparmentier, ses doutes quant à la compétence du chef à diriger la politique du pays. Ce n’est pas pour t’accabler, mais cette déclaration dépasse le cadre du simple « désarroi intellectuel des sarkozystes ». On y sent comme les prémices d’un séisme de grande magnitude, mon pauvre Xav. Malgré ça, debout dans tes bottes, tu prospectes encore. Ta dernière trouvaille m’a fait quelque chose. Elle ressemble à une petite annonce du pôle emploi. Je viens de lire ça dans Marianne. Y a pas à dire, Xav, tu ne manques pas d’aplomb. Ton idée m’a estoqué.

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( 16 mars, 2010 )

La vente électorale

daumiermitrailleuseelectorale1869.jpgLes élections se vendent bien. Même si le contenu des urnes reste modeste, les analyses sont nombreuses et le marché est à la hausse. Signe de bonne santé pas toujours citoyenne. Les bourses vides, ça spécule quand même. Il n’y a guère que ce pauvre Jean-Michel Aphatie pour exprimer bruyamment colère et dépit devant tant d’ennui, tant de morgue, tant d’inanité.

Force est de reconnaître que par ses choix et son implication personnelle le résultat de ces régionales est une bérézina pour le Lider Mínimo. Inutile d’aller chercher des boucs émissaires. En plaçant ces régionales (nous ne l’avons pas oublié) sous le signe d’un « test national », je pense qu’il ne s’attendait pas à un désastre d’une telle ampleur. C’est dire la vanité du personnage ! Sa connaissance du pays. Comme chez un prédécesseur (bien plus grand que lui tout de même) à Waterloo et lors de la retraite de Russie, il ne lui reste que ruines à contempler. Ses larbins (moins bêtes ou plus près de la réalité) avaient essayé de le convaincre de ne pas trop s’obstiner sur la savonnette régionale. A un moment donné, sentant venir l’impact, ils ont tout fait pour en minimiser l’importance. Évoquant la présidentielle comme seule priorité, ils avaient même ironisé : « à vous les régions, à nous l’exécutif ! ». Que nenni ! Môssieur a toujours raison. Môssieur est un goinfre de petite envergure. Dans son entourage, plus personne ne croit à la délicatesse de l’éléphanteau dans un magasin de porcelaine. Une idée de l’étendue de la déconfiture : pas un ministre candidat ne devrait remporter une région au second tour !

Les commentaires ont fusé et fusent toujours. Le sarcasme est à la mode. Les quolibets aussi. A propos de quolibets, un qui se marre bien, c’est Georges Frêche. Sa soudaine diabolisation a contribué à réveiller un électorat qu’on pense souvent idiot du côté des appareils. Avec son langage fleuri, le Louis Nicollin de la politique régionale, s’en donne à coeur-joie. Celui qui s’est forgé dans l’ambiance populo et a bu la sueur des vestiaires déteste les salonards et les faux-frères. Il profite de son score pour faire un retour à l’envoyeur agrémenté de commentaires très épicés. Les apparatchiks PS ramassent de quoi traverser l’hiver sibérien sans souci.

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( 15 mars, 2010 )

Dans le doute, abstiens-toi

peche.jpgPlus d’un français sur deux est resté chez lui. Ou alors il était allé taquiner le goujon ou la belette. C’est dire si nos politiques de tout bord présentent un visage avenant. En plein marasme économique, tandis que la société explose de toute part, une grosse moitié du peuple n’a pas jugé nécessaire de donner son avis. Ceci relativise la victoire du PS. Même si avec 29% contre 26 à l’UMP, il remet à sa place le parti présidentiel.

Sarkozy ne s’y est pas trompé. Dans son palais, il a improvisé une réunion de crise hier soir avec les pontes de son mouvement. La consigne était simple. Mettre en exergue l’énorme taux d’abstention et tenter de siphonner le juteux électorat écologiste ( plus de 12 %) en communiquant à tout va sur le Grenelle de l’environnement. En oubliant qu’il y a quelques jours, au salon de l’agriculture, ce même Sarkozy a fait le beau face aux paysans en affirmant que les questions d’environnement « ça commence à bien faire. » Rien de nouveau sous le soleil de Satan. Dire tout et son contraire en fonction du contexte est une constante chez notre guide suprême…

Un qui fait la gueule, c’est le béarnais Bayrou. Avec 4%, son Modem ressemble désormais à une peau de chagrin. Drôle de drame pour l’Orange amer. Cela réjouit Méluche qui avec ses presque 6% s’en tire mieux que le petit facteur scotché à 3,5%. Un qui pavoise, c’est le vieux borgne. Pas loin de 12% des français adhèrent à ses thèses douteuses. Sacré boomerang pour Sarkozy et son débat nauséabond sur la « francitude ». Réveiller l’odieuse bête qui dort, voilà qui est fait et bien fait.

La percée du Front National est frappante. Le Pen se requinque avec plus de 20% des voix en PACA, sa fille Marine fait jeu égal avec la candidate UMP Valérie Létard avec plus de 18% dans le Nord-pas-De-Calais et Bruno Gollnisch est à plus de 13% en Rhône-Alpes. « Nous cavalcadons » pérore le vieux chef qui retrouve ainsi son pouvoir de nuisance. Son parti pourrait se maintenir au second tour dans au moins douze régions.

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