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Des abeilles et des hommes *

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vieilescalierincurveacutethumb12227476.jpgJe viens de me livrer à une activité hautement inhabituelle chez moi : le ménage. Mais pas n’importe quel ménage ! Plus que du ménage, du temps consacré à enduire amoureusement de cire d’abeille les multiples marches de l’escalier centenaire de notre maison. Plusieurs générations d’une même famille y ont vécu jusqu’à ce que l’aïeule décède, et que, les enfants comme les petits enfants ayant réussi leur vie, elle se trouva sur le marché d’un immobilier encore abordable où je passais justement, à la recherche d’un nid douillet pour ma (à l’époque petite) famille.

Et à chaque marche de cet escalier majestueux, je repensais à un autre escalier que j’avais ciré aussi pendant de longues heures dans mon enfance, celui de la maison de ma grand-mère…elle aussi décédée depuis longtemps et dont le patrimoine est passé chez d’autres…ainsi va la vie, le timing n’est pas toujours optimal, et les familles ayant perdu l’habitude de vivre ensemble , leurs biens sont dispersés au vent…heureusement, de nouvelles familles se constituent et les maisons connaissent une nouvelle histoire…

Ma grand-mère était la femme d’un médecin. Pas l’un de ces grands spécialistes dont les honoraires extravagants déforment toute l’image de la profession, non, un petit médecin de campagne dont la rémunération était plus souvent une poule ou un panier de légumes que de l’argent sonnant et trébuchant. Un petit docteur qui allait visiter ses patients qu’il vente ou qu’il neige, se souciant de leur santé et non de son confort…C’était la fin de la guerre et les temps étaient frustres et durs, mais ô combien joyeux et remplis d’espoir après l’hécatombe où l’oncle avait été fusillé (résistant) et le frère incorporé de force puis capturé par les Russes (il rentra au bercail en traversant l’Europe d’Est en Ouest…à pied !. La valeur travail avait un sens , le New Deal  et les institutions crées par le CNR promettaient un avenir si ce n’est radieux, du moins crédible et à notre portée .

Mon grand-père et tous les morts de la Seconde Guerre mondiale se retourneraient dans leur tombe s’ils voyaient que l’Allemagne renoue avec ses penchants hégémoniques et s’apprête à conquérir la Grèce non par les armes, mais par l’argent , en l’asphyxiant si nécessaire…mais je digresse.

Sur cet escalier, je me réfugiais parfois le soir, lorsque, mes parents de sortie, à travers la porte entrouverte de la salle à manger, je volais quelques images de la télévision puisqu’il n’y en avait pas chez moi, dans la maison voisine. Croyez-moi ou pas, mais nous vivions très bien sans télévision, même s’il est indéniable qu’elle exerçât sur moi une attraction fractale. Pas de faux débat truqué , pas de documentaire orienté , pas de voyeurisme …une sorte d’innocence préservée. En tout cas, c’est ainsi que  je le vois a posteriori.

Revenons à l’escalier du présent, cet escalier en chêne dont les marches sont en train de sécher et que je vais aller lustrer tout à l’heure quand j’aurai fini ce billet. En prenant tout mon temps, pour que le travail soit bien fait. Maintenant, les escaliers sont en béton, carrelés. C’est bien plus pratique à nettoyer. Ca prend beaucoup moins de temps. C’est beaucoup plus froid. C’est beaucoup moins beau. Et ça tombe bien, car de la cire d’abeille, il n’y en aura bientôt plus.

Mais comment le nettoierai-je, après ?

* Titre directement inspiré de celui d’un billet d’Agnès, même si le contenu n’a rien à voir Sourire

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26 Commentaires

  1. babelouest

    25 avril, 2010 à 6:28

    Bravo Lætitia, on retrouve bien la même « patte » magique que chez Agnès ! Moi aussi, je me souviens d’un escalier ciré, chez ma vieille voisine où j’allais si souvent, petit garçon en culottes courtes et lunettes. C’est la servante (oui, il y en avait une) qui amoureusement étendait la cire, et puis faisait briller longtemps, longtemps. Je l’aidais parfois. Pendant ce temps-là, la voisine lisait son journal, faisait ses dévotions sur le prie-dieu de sa chambre, ou pire, venait déranger les travailleurs. C’était une rentière, une denrée qui est devenue plus rare : elle n’a jamais rien fait de toute sa vie. C’est l’un de ses parents, agent immobilier, qui gérait ses affaires. J’étais leur enfant, en quelque sorte. La pauvre servante avait été veuve une semaine après son mariage, et s’était ainsi offerte en tant que femme à tout faire. Elle faisait aussi la cuisine, très bien, son jardin était un modèle, elle n’arrêtait pas.

    Pour revenir à l’escalier, il présentait un inconvénient : il glissait ! Tenir la rampe était obligatoire. Rater la première marche risquait de vous faire retrouver nettement plus bas malgré le tournant des marches, et d’atterrir brutalement sur le froid carrelage majestueux de l’immense corridor, au rez-de-chaussée.

    Bien entendu, là aussi les biens avaient été dispersés au décès de la vieille demoiselle très prolongée, et c’est une famille nombreuse qui a pris la suite : à raison, car cette maison-là était monumentale. Bien sûr, à la saintongeaise, de dehors on n’en voyait rien, ou si peu.

    Je vous parle d’un temps Que les moins de vingt ans N’imaginent même pas…..
    http://i60.servimg.com/u/f60/11/40/28/12/saint_10.jpg

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  2. b.mode

    25 avril, 2010 à 7:39

    Il n’y aura plus d’abeille non plus. très joli texte avec un escalier en forme de madeleine de proust… dont le titre est inspiré de celui d’Agnes qui elle-même s’est inspirée du titre d’un roman de Steinbeck… ;)

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  3. babelouest

    25 avril, 2010 à 7:45

    @ B.mode : la photo n’est pas de moi, je l’ai trouvée sur le Net, mais c’est bien la bonne maison…..

    Pour les abeilles, disons-nous que bientôt il n’y aura pas qu’elles qui manqueront à l’appel. Soleil Vert…. ou la Matrice ?

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  4. laetSgo

    25 avril, 2010 à 8:09

    salut vous 2 ! merci babel, tu es trop bon de comparer mon écriture à celle d’agnès ! Je rougis, mes chevilles enflent, brefle, ça va être dur dur de jardiner comme ça :-)
    Chez ma grand-mère aussi, fallait voir à bien tenir la rampe ! l’escalier et ladite rampe étaient trop raides pour tenter une descente à cheval, et en plus, il se finissait par quart de tour droit redoutable ! Quant à la bonne, elle était là aussi puisque ma grand-mère s’est retrouvée veuve avec ses 5 enfants (le plus âgé avait 10 ans) et qu’elle a du recommencer à exercer son métier : infirmière !!! Le summum de cette histoire, c’est qu’elle s’appelait Madeleine justement !
    B_mode : joli escalier ! en pierre mais très joli !
    Bon, j’ai une pu***n d’angine je crois…grrrr…des remèdes ? (j’ai essayé le grog hier soir, ça m’a assommé et j’ai tjs la gorge en papier de verre :-(

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  5. lediazec

    25 avril, 2010 à 8:23

    Magnifique ! Le style est incomparable. Ah, oui ! J’entretiens avec les maisons, de par mon métier (mais il n’y a pas que ça) une relation particulière. J’en ai décoré des centaines. Ma première journée d’intervention a toujours été improductive : je stockais le matériel et en faisais le tour à la recherche d’une onde, d’un sentiment, d’une affinité. Ce n’est que le lendemain que j’entreprenais les choses sérieuses. Je parle de maison, pas de pavillon.Il s’est toujours passé des choses intéressantes. Une maison, une vraie, c’est comme un défilé d’ondes, un mascaret dont on ignore la source…
    Merci LaetSgo pour ce papier qui, à son tour, imagine et donne à imaginer des choses de la vie comme nous les avons oubliées.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  6. b.mode

    25 avril, 2010 à 10:04

    @ babel belle bâtisse !
    @ laetsgo c’est un vieil escalier sénégalais

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  7. laetSgo

    25 avril, 2010 à 11:22

    @b_mode : digne d’un palais des Mille et Une nuits…ce qui nous ramène au sujet d’hier de Lapecnaude sur les v(i)erges :-) ))

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  8. Didier Goux

    25 avril, 2010 à 12:59

    C’est vrai qu’il a l’air élégant et tranquille, cet escalier…

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  9. b.mode

    25 avril, 2010 à 13:43

    Tiens à propos d’escalier, la symbolique préférée de Sigmund, y’a le père Onfray qui tire au mortier sur le Freud
    http://www.humanite.fr/2010-04-21_Idees-Tribune-libre-Histoire_Onfray-Freud-de-la-haine-du-Pere-a-la-misere

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  10. remi begouen

    25 avril, 2010 à 14:06

    Parmi tant de choses qui m’ont interessé, dans ton très beau billet, j’ai envie de rebondir sur l’histoire de ce grand-père bon médecin de campagne dans un temps très ancien. Plus récemment, vers 1972, j’ai bien connu le même genre de bonhomme. C’était un ‘rabelaisien’ cinquantenaire, armé d’une très vieille mercédes avec la quelle il parcourait la campagne, muni de deux médicaments miracles : de l’aspirine et du baume du tigre, pour tout, tout soigner! C’était sutout un humaniste bavard et plus efficace que maints savants psy… et il nous a bien rendu service, ma compagne et moi, qui traversions des orages difficiles. C’est ainsi que j’appris qu’il avait connu ce genre de péripéties, résolues par une rupture radicale de vie : Alors qu’il était patron d’un important hopital dans l’Est de la France, il avait ‘fui’ dans un trou perdu de Bretagne, avec son infirmière chérie, recommencer la vie… Je l’ai d’abord connu là, maçon aménageant de ses mains avec sa compagne son futur domicile et cabinet médical dans un village de 100 habitants (plus 100 dans la campagne de la commune): Saint-Carreuc, proche de la ville de Ploeuc-sur-Lié (2000 habitants plus autant dans la campagne), dans les Côtes du Nord (de l’époque).
    Nous sommes devenus amis tous les quatre. Ils venaient parfois troquer chez nous un poulet ou un paté (le salaire donné par le patient) contre notre petite production de cannabis. Et c’était surtout l’occasion de fructueuses discussions sur…l’avenir à faire, révolutionnaire, à commencer par nos moeurs intimes !

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  11. laetSgo

    25 avril, 2010 à 15:36

    @rémi : belle histoire ! et très efficace le baume du tigre ! quant à vos échanges et moeurs, le troc, y’a que ça de vrai :-)

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  12. clomani

    25 avril, 2010 à 18:15

    A voir, la prise de bec entre Onfray et le psy/comédien/collabo de Ruquier de service, la semaine dernière au Grand Journal… c’était le jour où Massenet a demandé au leader de SUD-Rail de montrer de la solidrarité vis à vis des pauvres gens coincés par le nuage en interrompant la grève (des trains !!!).
    http://player.canalplus.fr/#/336876
    Hormis le fait que les deux « intellectuels » n’ont pas arrêté de parler l’un sur l’autre si bien que toute tentative de dialogue a été impossible, j’ai du mal à savoir lequel des deux, d’Onfray ou de Miller est le plus « profiteur »… Difficile de croire Miller qui se targue d’être prof de psyhologie/psychiatrie, d’être psy (tout en laissant vendre son spectacle en tournée par Michel Denisot en fin de partie « intello »), mais tout aussi difficile de penser que la question d’Onfray n’est pas dénuée d’intérêts iconoclasto/financiers (du genre : cassons cette nouvelle religion, ça va bien se vendre)…
    On aurait pu penser qu’un dialogue entre un psy et un philosophe eusse pu être passionnant… erreur ! Im-bi-table ! Mais j’adore regarder cette émission, surtout avec ses « animateurs-alibis ». Comme le disait Depardieu l’autre fois (en crachant dans la soupe) : à la télé, on n’a plus que des émissions où tout le monde vient se vendre : les politiques, les réalisateurs, les comédiens, les chanteurs…
    Emission pratique pour dîner en solitaire… on se dit qu’on est mieux tout seul avec un plateau-télé qu’en triste compagnie sur un plateau de télévision. C’est pas ça la philosophie ?

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  13. b.mode

    25 avril, 2010 à 18:20

    Un plateau-repas ouais, là où la mal-bouffe côtoie la sous-culture… Burp !

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  14. clomani

    25 avril, 2010 à 18:29

    Nan, chez moi, plateau-repas ne veut pas dire mal-bouffe !

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  15. b.mode

    25 avril, 2010 à 18:45

    ah bon ? donne nous la recette alors ! :)

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  16. clomani

    25 avril, 2010 à 19:16

    Ce soir, salade de roquette (bio) avec « chanklich » (fromage de chèvre libanais un peu plus costaud que la feta), hoummous (pas fait par moi, j’ai la flemme et le Libanais du coin en fait du délicieux)… yaourt et mangues séchées du Cameroun (bio) à se rouler par terre… et ‘halass… Pas mal non ? Et vite fait surtout ;o)).

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  17. b.mode

    25 avril, 2010 à 19:20

    arf là je donne ma langue au tchat ! ;) miam !

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  18. laetSgo

    25 avril, 2010 à 19:41

    miam miam !!! et ben pour ma pomme, ce seront des asperges fraiches (cueillies hier !) avec une mayo maison faite de mes blanches mains :-)
    je vous sers ça sur un plateau ?

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  19. b.mode

    25 avril, 2010 à 19:50

    yes ! avec une sauce mousseline : pas facile ! :)

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  20. clomani

    25 avril, 2010 à 20:12

    L’aut’jour, j’ai raté ma mayo (pour manger des asperges… pas géniales en plus)! Trois jours avant, j’avais fait un aïoli chez mes potes à Pornic, une réussite… Pige pas pourquoi je rate systématiquement mes mayonnaises à Paris… pourtant tous mes ingrédients étaient à la même température ???

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  21. cui cui fit l'oiseau

    25 avril, 2010 à 21:48

    Je viens seulement de lire ton billet car je reviens du travail…

    J’ai adoré, LaetSgo. Chez moi, j’ai un vieil escalier ciré patiné à la thérébentine. La couleur miel et l’odeur rappellent comme tu le suggères si bien un monde immuable et sans tâche probablement un peu fantasmé…

    Bravo.

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  22. b.mode

    26 avril, 2010 à 4:46

    @clomani et laetSgo essayez la sauce mousseline avec les asperges si vous ne connaissez pas !!! http://www.marmiton.org/Recettes/Recette_sauce-mousseline-froide-pour-asperges-legumes_28820.aspx

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  23. laetSgo

    26 avril, 2010 à 18:24

    @B_mode : je fais tjs la mayo en mousseline, avec le blan d’oeuf en neige ! c’est plus léger, donc on peut en manger plus :-) ))
    et ce soir, tarte à la rhubarbe meringuée à l’alsacienne…
    ah, la cuisine et le jardinage, y’a que ça de vrai !

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  24. laetSgo

    26 avril, 2010 à 18:25

    oups ! le blanC

    Répondre

  25. b.mode

    28 avril, 2010 à 18:38

    arf en fait ma femme vient de me dire que ce que j’appelais sauce mousseline est une vraie mayo améliorée. La vraie sauce mousseline est ici ! http://chefsimon.com/sauce-hollandaise.html Un dérivé de la hollandaise ! complexe !

    Répondre

  26. laetSgo

    28 avril, 2010 à 21:13

    si tu cites chef simon…nous avons les mêmes valeurs ! best site de cuisine que je connaisse ! pour les fêtes de fin d’année, je te suggère de regarder sa recette du chapon…testée 2x, un véritable délice, et un succès pour la cuisinière !!! (il est sur twitter d’ailleurs btw)

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