Des abeilles et des hommes *
Je viens de me livrer à une activité hautement inhabituelle chez moi : le ménage. Mais pas n’importe quel ménage ! Plus que du ménage, du temps consacré à enduire amoureusement de cire d’abeille les multiples marches de l’escalier centenaire de notre maison. Plusieurs générations d’une même famille y ont vécu jusqu’à ce que l’aïeule décède, et que, les enfants comme les petits enfants ayant réussi leur vie, elle se trouva sur le marché d’un immobilier encore abordable où je passais justement, à la recherche d’un nid douillet pour ma (à l’époque petite) famille.
Et à chaque marche de cet escalier majestueux, je repensais à un autre escalier que j’avais ciré aussi pendant de longues heures dans mon enfance, celui de la maison de ma grand-mère…elle aussi décédée depuis longtemps et dont le patrimoine est passé chez d’autres…ainsi va la vie, le timing n’est pas toujours optimal, et les familles ayant perdu l’habitude de vivre ensemble , leurs biens sont dispersés au vent…heureusement, de nouvelles familles se constituent et les maisons connaissent une nouvelle histoire…
Ma grand-mère était la femme d’un médecin. Pas l’un de ces grands spécialistes dont les honoraires extravagants déforment toute l’image de la profession, non, un petit médecin de campagne dont la rémunération était plus souvent une poule ou un panier de légumes que de l’argent sonnant et trébuchant. Un petit docteur qui allait visiter ses patients qu’il vente ou qu’il neige, se souciant de leur santé et non de son confort…C’était la fin de la guerre et les temps étaient frustres et durs, mais ô combien joyeux et remplis d’espoir après l’hécatombe où l’oncle avait été fusillé (résistant) et le frère incorporé de force puis capturé par les Russes (il rentra au bercail en traversant l’Europe d’Est en Ouest…à pied !. La valeur travail avait un sens , le New Deal et les institutions crées par le CNR promettaient un avenir si ce n’est radieux, du moins crédible et à notre portée .
La lutte des classe, pour moi a commencé lorsque j’étais très, très petite. L’éternelle lutte des petits contre les grands. Petite, je le suis restée mais suis devenue grande gueule. Je n’ai jamais perçu l’importance des grands hommes que je côtoyais, pourtant cela me faisait de l’effet quand mon mètre douze à dix ans rencontrait de Gaulle au détour d’une haie au cours d’un jeu de piste, ou prendre un fou rire au côté du Préfet Pisani en entendant son Sous-Préfet parler de « poisson qui nageait de ses propres ailes » à un discours de 11 novembre … Cela ne m’a pas fait grandir pour autant Mais, mais…



