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ICH LIEBE DICH…

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dsertmaroc2.jpgAussi surprenant et invraisemblable que cela paraisse, j’apprends que la langue alsacienne (ne dites surtout pas ‘dialecte’, ‘patois’, ou ‘parler local d’allemand’ …) ne connaît pas l’équivalent du ‘Je t’aime’ ou du ‘Ich liebe dich’… !!!

On ne sait que trop que le ‘franc’ amoureux a déclaré à l’Alsace son ‘Je t’aime’, cependant que son jaloux ‘teuton’ lui déclarait son ‘Ich liebe dich’… Longue et tragique dispute qui explique peut-être (très peut-être) l’absence de l’équivalent, en langue locale, de la belle Alsace, on l’on s’aime tant, pourtant.

J’ai appris cela par hasard. Car le hasard veut (ah bon ? c’est qui c’lui là ?) que j’ai, en Bretagne, de bonnes relations amicales avec une alsacienne, ‘immigrée’ si l’on veut. Or, on le sait tous, il n’y a pas étanche frontière entre amitié et amour, surtout entre amis hétérosexuels des deux sexes. Donc, il m’arrive un moment de tendresse où je dis à l’amie ‘je t’aime’ – c’est grave docteur ?-, elle me répond ‘Je t’adore’ – c’est plus grave !… Puis on rigole et on ‘s’entre-psychanalyse’ gratis, quoi. Elle a son vécu, complexe comme le mien, si différent.  Nous avons en commun beaucoup de connaissances et de valeurs, soit ; et de subtiles différences de sensibilités, en plus de nos évidentes différences morphologiques, etc.

‘C’est pas que j’t’aime, mais y a de ça…’, chante récemment le merveilleux Jacques Higelin (à qui je dirais bien ‘je t’aime’). Il y a surtout des chansonnettes matraqueuses (‘Que je t’aime !’…) et autres matraques, du ‘roman de gare’ à ‘Paul et Virginie’ ou ‘Le grand Meaulnes’, et du pire au meilleur dans la pléthore des  ‘films d’amour’, etc.

Passons ? Non : Il y a Shakespeare… et moi, et elle. La vie. Nos pulsions et impulsions, désirs, freins.

Il y a l’immense misère sexuelle, parfois étudiée chez les travailleurs émigrés ou les militaires en opérations (2 variantes de ‘l’armée prolétarienne de réserve’ théorisée par Marx). Et ‘la vitrine’…

Sans doute à 95%, les publicités sont sexuées, axées sur la séduction féminine, parfois masculine, même pour un parpaing de ciment ou une déclaration d’impôt. On n’y échappe pas. Sexe = Fric.

Il reste le gratuit, le sourire d’entre inconnus et inconnues, comme on respire. Une seconde, avant que les ‘réflexes de bonne éducation’ – à multiples variantes – ne viennent mettre le ‘holà’… C’est la seconde seconde qui compte. Celle où le regard, puis le mot – bonjour ! – est plus fort, parfois, que le dit réflexe. Dans nos sociétés si policées (voire policières), c’est plus rare que dans des sociétés plus proches de la nature (provisoirement, vu l’appétit du capitalisme global)…

Il me souvient d’une anecdote, proche du ‘point sublime’ que cherchait André Breton, qui se situe au sud-est du Maroc, entre des dunes. Avec une amie, nous gambadions dans ce beau décor minéral et avions été attirés par un chant venu de nulle part. Puis nous l’avions repéré : ‘c’est par là !’… Nous avons pu ainsi assister à un concert – le mot n’est pas de trop – de deux lingères qui, en prime de leur invraisemblable travail de faire bouillir la lessiveuse avec des épineux, chantaient, chantaient… et étaient tout heureuses d’avoir ‘un public’ imprévu…

On est loin de l’Alsace ? Pas tant que cela : J’ignore comment on dit ‘Ich liebe dich’ dans la langue berbère de ces femmes, dont les chants, très vraisemblablement, devaient parler d’amour. Puisque l’amour n’a pas de frontières et toutes les langues. Donc, je t’aime, lingère marocaine et chômeuse alsacienne. Et puis tant d’autres…

Comme (presque ?) tout le monde masculin, j’ai fait l’amour avec des femmes que je n’aimais pas, et je n’ai pas fait l’amour avec des femmes que j’aimais. Passons les détails – cela prendrait des pages, pleines d’erreurs – et revenons à l’essentiel. Avec ou sans le mot de passe – ‘je t’aime’ -, je sais bien que (presque ?) tout le monde féminin a fait le symétrique du masculin.

L’essentiel reste. La domination sociale du sexe masculin, même bousculé – pas assez – par le féminisme récent. Car cette domination s’exerce fortement, par exemple, dans la presse genre ‘Femme Actuelle’ et bien d’autres domaines (salon de coiffure… sermon de curé… devoir d’éducation des enfants…). L’essentiel reste, aimer : aimer la nature, respecter sa complexité. Celle du brin d’herbe, du sourire ou de la grimace de la voisine, du voisin… On y passe sa vie ? Oui, mais c’est bien mieux que le délire de ‘dominer le monde’ pour le fric, et donc détruire le monde… sans que ce fric ne donne ni l’éternité ni l’amour.

Au fait, ‘l’alsacienne’, ich liebe dich, entre autres… lectrices et lecteurs de ce billet d’humeur.

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15 Commentaires

  1. babelouest

    24 mai, 2010 à 5:23

    Merci Rémi, comme c’est joliment dit ! Une des particularités de l’amour vrai, je pense, c’est qu’il se dit avec des gestes, un langage du corps et de l’action – non je ne parle pas forcément de certains gestes qu’on accomplit à deux, mais d’une caresse en passant, d’une porte ouverte, d’une chaise avancée, de petites attentions minuscules qui font le quotidien du bonheur.

    L’amour des poèmes et de la littérature est un amour mort, les mots le figent dans un présent qui est déjà du passé. Il est intemporel, tout en étant le résultat de pensées déjà rangées, déjà presque oubliées. La lecture le réveille, le rend présent à nouveau, et encore, et encore. Chacun y aura imprimé ses propres souvenirs, ses propres désirs, ses propres chagrins aussi.

    Mais aussi : l’amour s’arrête où commence l’argent. Ils sont antinomiques. L’argent qu’on donne exige, il ne demande pas. L’argent qu’on reçoit vous étrangle, vous enchaîne. L’amour donné et reçu, c’est la même chose, le don grandit son donneur et magnifie son receveur, souvent les deux actions se croisent, s’entrecroisent, se renforcent mutuellement. L’amour est plus grand que ses parties.

    L’argent est un gouffre sans fond et effrayant.

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  2. lediazec

    24 mai, 2010 à 9:24

    Voilà un sujet consensuel en ce lundi de Pentecôte. Ca change de la guerre, du colonialisme et des habituelles prises de bec. De la haine à l’amour il n’y a qu’un pas. Mais quel pas !
    Merci au barbu XXL de Rémi pour cette piqure de rappel.
    Toujours l’été chantaient les Négresses Vertes.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  3. clomani

    24 mai, 2010 à 10:09

    Me prenant pour une femme libérée, j’ai fait les mêmes erreurs qu’un homme : comme dit Rémi, j’ai fait l’amour avec des hommes que je n’aimais pas… mais pas du tout. Je les utilisais la plupart du temps… ils étaient mes sex toys en taille normale.
    L’erreur ? Je croyais être libre alors que je ne faisais que me rassurer : je plaisaiss, j’attirais… et comme j’étais plutôt gentille, j’allais à l’amour comme à l’abattoir…
    c’était un vrai défilé… en bonne don juane que j’étais ! j’ai eu de la chance, je suis passée entre les gouttes des MST et du SIDA.
    Les hommes aimables me faisaient peur. J’avais aimé, je ne le voulais plus, ça fait trop mal ! Petit à petit, la réflexion et la sagesse ont mis leur grain de sel dans ma vie. Ce que je prenais pour de la libération et de l’égalité n’était en fait qu’un commportement « en réaction » à ma mère. Dépendante affective de mon père et de ses 2 filles, manipulant tout son monde en dispensant ses jugements hatifs et cul-bénits : voilà l’exemple que j’ai eu. Après ça, j’ai fooncé dans la direction inverse. L’indépendance, je l’avais depuis longtemps, je ne le savais pas.J’étais en revanche esclave des diktats de notre société (surtout dans le monde clos d’une rédaction : une femme doit être « baisée » pour être épanouie, libérée, désirable, bien habillée, mince, bronzée, etc. Les journaux féminins reproduisent ces diktats avec leurs articles d’été : êtes-vous un bon coup ? J’en étais un, d’après Elle. D’ailleurs, un journaliste mâle se vantant de ses conquêtes et de leur minceur, m’a interpelée bêtement en faisant une réflexion sur ma taille (1,80) et mes rondeurs (10 kg de trop à l’époque). En rigolant, je lui ai répondu « toi, tu sors avec elles, moi, ils rentrent tous avec moi ». Ca lui a cloué le bec.
    Rien de plus énervant que ces pauvres machos qui se vantent de leurs prouesses, alors qu’une femme doit être gracile, fragile et discrète. A force de cotoyer des gens de ce milieu « superficiel » correspondants pourtant aux poncifs en vigueur, j’ai fini par avoir le même jargon qu’eux. C’était pour renforcer ma carapace.
    Il m’a fallu la maladie pour mieux comprendre cette peur que j’avais de l’amour. J’en ai eu deux, d’amours… je n’en ai plus. Je n’ai aucun regret. Je sais maintenant que je suis une handicapée de l’amour.
    Ma solitude, je l’aime… elle est tout sauf de l’isolement puisqu’elle me permet d’avoir la liberté de rencontrer beaucoup de gens, de belles personnes, de moins belles… Je refuse d’aimer pour ne pas être seule… j’aime parce que j’ai envie, parce que je me sens bien avec la personne, j’aime des causes pour lesquelles je lutte, j’aimme la bonne bouffe…
    j’aime la fête des voisins, j’aime la chaleur humaine, j’aime les forums, etc. Et encore tant de gens à venir…

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  4. lediazec

    24 mai, 2010 à 10:16

    @ Clomani. Ah, le 7ème ciel masculin alors qu’on s’éclaire à la lumière tremblotante d’un briquet dans les sous-sols glauques des conquêtes féminines ! Super, mon chéri !
    Bien vu, parce que bien vécu, Clo.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  5. lapecnaude

    24 mai, 2010 à 13:07

    Dans le fond, le plus bel amour que vous évoquez, c’est l’amour de soi ….

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  6. babelouest

    24 mai, 2010 à 14:33

    L’amour de soi….. pour certains sans doute.

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  7. lapecnaude

    24 mai, 2010 à 15:31

    Bien évidemment, sans être bégueule, je ne rapproche pas la notion d’aimer avec baiser, et, en l’occurence pour une femme, se faire baiser. Je ne crois pas que ce soit cela. Il me semble que cela n’est pas une question de sensations, mais surtout de plaisir intellectuel, le jeu du désir, de la conquête, de la domination. Lorsque vous quittez ou êtes quittés(es) ce qui fait mal, c’est le manque, mais le manque de quoi, de physique, de ce vous donniez ou de ce que vous receviez ? Ce que raconte Clomani, c’est un peu l’histoire d’une mouche sous un verre, qui se heurte aux parois cherchant sans cesse à s’échapper, elle dit le devoir à l’éducation que lui a donné sa mère (bon sang, Lolotte, la mienne, a tout essayé avec moi, cela a été épique) elle a réagi en fonction de son époque, de son entourage, et je me demande si elle n’a pas l’impression d’avoir perdu du temps. Elle en parle avec un certain mépris, elle ne doit pas avoir tort, mais se punit-elle ainsi d’avoir marché dans le système ?
    Refuser d’aimer parce que à un certain âge on se sent seule, non, je ne crois pas cela possible, ce sentiment de conquête, de jouissance lorsque l’on a gagné le cocotier est tellement fugace que l’on ne devrait pas s’en priver.
    Bizarre, pour nous , gens de l’est germanisants, dire « je t’aime » cela ne se fait pas, en aucune langue.

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  8. clomani

    24 mai, 2010 à 17:04

    Que nenni, la Pecnaude… pas perdu du temps… Je n’ai pas perdu mon temps pendant que les mecs défilaient, j’étais libre de voyager, d’aller enfin me frotter aux autres cultures, comme jje le souhaitais depuis longtemps.
    Un moment, qui n’a d’ailleurs pas été trop long parce que j’avais tout de même une bonne dose de bon sens, je me suis auto-détruite dans ces relations sans but. C’était vraiment du domaine du suicide. Et un beau jour, je me suis réveillée putôt mal en point moralement et j’ai filé chez une psy. Après, je choisissais… des mecs qui ne resteraient pas.
    Quand je dis que je suis une handicapée de l’amour, c’est un peu comme le cormoran de…euh, Verlaine ? l’oiseau à qui les marins ont coupé les ailes et qui boîte d’une telle façon qu’il fait rire tout le bateau. Sauf que je me suis habituée à cette démarche chaloupée… et que ça ne crée pas l’hilarité.
    J’assume, je ne regrette rien. J’ai beaucoup de mal à partager mon espace avec qui que ce soit… donc je vis en solitaire. Et j’aurais beaucoup de mal à re-ressentir cette vague impression de ne plus avoir la main qui me prenait de temps à autre quand j’étais amoureuse (ce qui n’a pas grand chose à voir avec l’amour). En fait, j’aime les débuts, les histoires courtes. Dans le boulot, j’étais excellente dans l’urgence. C’est pareil dans le privé : je me lasse très vite… un peu la bougeotte quoi. C’est devenu une seconde nature si ça n’était pas naturel au départ ;o).

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  9. remi begouen

    24 mai, 2010 à 18:49

    Nenni, Clomani, ce n’est ni de Verlaine ni de cormoran qu’il s’agit. Mais de Baudelaire dans son évocation de l’albatros, que ‘ses ailes de géants empêchent de marcher’…
    Mais c’est pas grave.
    C’est pas grave non plus, Lapecnaude, que tu écrives que ‘le plus bel amour (que nous évoquons) c’est l’amour de soi’. Mais, sans l’amour-propre, sans enflure narcissique pourtant, je pense que l’on ne peut pas donner et recevoir de l’amour des autres. Il reste l’amour-sale, triste, commercial, exploité… le pire!

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  10. clomani

    24 mai, 2010 à 20:21

    Benvoilà : plantée. Inculte je suis, à confondre Verlaine et Baudelaire et un cormoran avec un albatros !
    Comment s’aimer quand on en est là ??? telle est la question…
    En tout cas, à l’heure qu’il est, je ne suis tjrs pas sûre de m’aimer… je suis sûre d’être incapable de recevoir de l’amour… ça doit être ça mes ailes cassées…

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  11. lapecnaude

    25 mai, 2010 à 0:26

    Bien sûr que tu t’aimes Clomani, sinon tu ne serais pas toi-même à t’emballer pour une cause de miséreux ou une autre. Quand à trouver « l’être suprème » à qui tu permettras d’envahir ton intimité … ah non! îl faudra qu’il te passe sur le corps avant ! tu ne te rendras pas sans combattre. Il y a des femme comme çà qui ne seront JAMAIS dociles, évanescentes, chochotte quoi, mais des dures, qui ont de la poigne, qui se conduisent comme des hommes « à la hussarde ». Je plaisante, bien sûr, en fait je ne sais pas du tout dans quelle catégorie te ranger. Je sais, par tes écrits que tu sais te battre et que les mâles-machos risquent avec toi, mais c’est tout.
    L’amour, si vous voulez une définition, c’est de partir ensemble sans que l’un ou l’autre n’aie, ni l’envie, ni le besoin de dire « tu viens ? ».
    Ensuite, on bouffe les minutes une par une, à deux et cela dure trente cinq ans.

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  12. laetSgo

    27 mai, 2010 à 14:16

    Salut les Ruminants ! veux pas foutre ma zone après une semaine d’absence mais…ça existe bel et bien en alsacien le « je t’aime » ! (bon, je continue mon rattrapage des billets en retard ;-)

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  13. remi begouen

    28 mai, 2010 à 19:31

    Il y a à mes côtés une petite strasbourgeoise (pas bourgeoise!) qui voudrait bien savoir, LaetSgo, comment se dit ‘Je t’aime’ en alsacien… au cas où cela lui serait utile, ce qui n’est pas le cas actuel.

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  14. laetSgo

    28 mai, 2010 à 21:55

    @rémi ich hab die lieb, er hoan dich gear, ech liab dich – ms bon, à Stbg, ce sont des bas-rhinois :-) )))

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  15. remi begouen

    1 juin, 2010 à 10:39

    Merci, LaetSgo, pour ta réponse, mais non à Stbg, on ne sait pas parler comme ça, mais Rémi a beaucoup aimé…

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