( 27 mai, 2010 )

Mission pour l’enfer

somalie3.jpgAvant départ et voyage

En général, la mission à l’étranger est demandée par le chef du service Politique Etrangère, après examen de la situation : s’il y a urgence, l’unanimité est vite atteinte malgré la hiérarchie pléthorique. A cette époque (années 90) les missions sont encore un peu chères : équipes formées d’un Grand Reporter (titre honorifique typiquement français), d’un journaliste-reporter d’image (dit JRI), d’un preneur de son… très souvent d’un monteur d’images, quelquefois d’un assistant technique ou plus rarement d’un assistant de production.

Les équipes sont formées selon les desiderata des « plannings » concernés. Le « planning caméra » envoie le JRI de permanence, le « planning son » en fait autant. Sauf que souvent, le journaliste Politique Etrangère renâcle avec certaines personnes… Les palabres commencent alors pour que le Grand Reporter puisse partir avec les personnes de son choix. Dans les missions à risque, la complicité ou le respect aident à faire du meilleur travail, de toutes façons. La mission à l’étranger honore les gens désignés, en général… Ça leur permet aussi, quelquefois, de « gratter » un peu de monnaie sonnante et trébuchante grâce aux « frais de mission » et à la « régie ». Les frais de mission sont destinés à couvrir les frais de bouche et d’hôtel à l’étranger, la régie à régler les salaires des interprètes, les bakchichs éventuels, et les autres frais divers inhérents aux reportages qui seront faits.

La demande de mission est lancée et doit revenir avec les signatures de la hiérarchie (pardi, on ne va pas claquer des sommes astronomiques sans l’aval de la direction). Le service « missions étranger » gère les billets d’avion et les avances de frais de mission, le journaliste demande de la documentation sur le pays où il va, va à l’ambassade s’occuper des visa (ou envoie quelqu’un de l’équipe s’il n’a pas le temps) après que la secrétaire ait fait la demande officielle sur papier à en-tête. De leur côté, le JRI et le « sondier » préparent tout le matériel technique dont ils vont avoir besoin pour les reportages.

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( 26 mai, 2010 )

Strauss-Kahn ou le très moderato cantabile

porte.jpgDans une culture où l’abréviatif envahit le discours, avouez que DSK sonne bien. Ça fait tout de suite plus fastoche à retenir que Dominique Strauss-Khan. Ça a l’avantage de l’efficacité et vous parachute un ego au firmament des vanités à vitesse supersonique.

Vrai qu’il devient de plus en plus difficile de réfléchir tant les choses vont vite. Tant la rapidité voulue par chacun devient un obstacle pour tous. Les idées vacillent, la langue fourche et la cohérence en prend pour son grade. A peine reçue, réduite à son plus simple appareil, l’information se doit d’être catapultée en toute hâte, de peur que le retard pris par la réflexion vous empêche d’être le premier à l’avoir relayée et parfois commentée.

De ce point de vue, Dominique Strauss-Kahn est un homme qui prend son temps. Il jauge, calcule, compte et pèse. A telle enseigne qu’on peut se demander si, fort de toutes ces équations, il ne cherche pas à se faire désirer pour mieux nous prendre à ses filets. Depuis l’Amérique, malgré la somme de travail qui le submerge, il prend le temps de penser aux françaises-français. Quel citoyen !

Ce natif de Neuilly-sur-Seine – encore un ! -, directeur général du Fonds monétaire international depuis 2007, connait la musique. D’accord, tout le monde n’est pas de droite pure et dure – la preuve – dans cette commune, mais avouez que le pourcentage y est quand même très élevé. Le tempo de DSK se décline dans le moderato cantabile. Comme le dit Anne Desbaresdes, prof de piano dans le livre éponyme de Marguerite Duras, au gamin buté à qui elle donne des leçons : « tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. »

Voilà, hâtivement résumé, le fonds de commerce de Dominique Strauss-Kahn. Homme pondéré, on sent cependant bouillir en lui comme l’idée d’un destin national. Pour l’instant ça mijote.

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( 25 mai, 2010 )

Gravé dans le dentier

dentier.jpgIl est des jours où l’obsession pathétique du monde m’abandonne, cédant sa place à une non moins pathétique flemmardise. J’assume le fait sans mauvaise conscience. Le pire-que-pire est aussi une donnée philosophique dont je tire substance.

Je sommeillais à l’ombre de mon cerisier, ça prend de l’ampleur ces bestiole – et solide avec ça ! -, le regard mi-clos, suivant le camaïeu du gazon jouant avec mes pupilles à je ne sais quelle magnifique et vague nuance. Un temps estival et un silence absolu. Le quartier dormait ou suivait devant l’écran la quinzaine de Roland Garros qui démarre avec le tintamarre habituel.
Je venais de lire dans le Nouvelobs quelques pages sur « le pouvoir intellectuel », les fameux débats du magazine papier glacé. Je vous le dis tout net : on n’est pas sorti de l’auberge ! Finkielkraut m’insupporte. Mais il n’est pas le seul.

Pas mal de choses me sont insupportables en ce moment.

Je laissais la brise me parcourir à sa guise. C’était très agréable. J’entendais le bourdonnement des abeilles butinant les fleurs – des survivantes ? – comme la promesse d’un sursaut salutaire pour l’espèce et pour notre équilibre.

Dans une situation normale, aujourd’hui, lundi de Pentecôte, je devrais travailler. Consacrer ma journée de labeur aux plus vieux. Contribuer à apporter ma quote-part à l’effort national, pour le bien de tous, aujourd’hui et demain. Or, sur ce coup, ainsi que sur beaucoup d’autres, j’en lis des bonnes !

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( 23 mai, 2010 )

ICH LIEBE DICH…

dsertmaroc2.jpgAussi surprenant et invraisemblable que cela paraisse, j’apprends que la langue alsacienne (ne dites surtout pas ‘dialecte’, ‘patois’, ou ‘parler local d’allemand’ …) ne connaît pas l’équivalent du ‘Je t’aime’ ou du ‘Ich liebe dich’… !!!

On ne sait que trop que le ‘franc’ amoureux a déclaré à l’Alsace son ‘Je t’aime’, cependant que son jaloux ‘teuton’ lui déclarait son ‘Ich liebe dich’… Longue et tragique dispute qui explique peut-être (très peut-être) l’absence de l’équivalent, en langue locale, de la belle Alsace, on l’on s’aime tant, pourtant.

J’ai appris cela par hasard. Car le hasard veut (ah bon ? c’est qui c’lui là ?) que j’ai, en Bretagne, de bonnes relations amicales avec une alsacienne, ‘immigrée’ si l’on veut. Or, on le sait tous, il n’y a pas étanche frontière entre amitié et amour, surtout entre amis hétérosexuels des deux sexes. Donc, il m’arrive un moment de tendresse où je dis à l’amie ‘je t’aime’ – c’est grave docteur ?-, elle me répond ‘Je t’adore’ – c’est plus grave !… Puis on rigole et on ‘s’entre-psychanalyse’ gratis, quoi. Elle a son vécu, complexe comme le mien, si différent.  Nous avons en commun beaucoup de connaissances et de valeurs, soit ; et de subtiles différences de sensibilités, en plus de nos évidentes différences morphologiques, etc.

‘C’est pas que j’t’aime, mais y a de ça…’, chante récemment le merveilleux Jacques Higelin (à qui je dirais bien ‘je t’aime’). Il y a surtout des chansonnettes matraqueuses (‘Que je t’aime !’…) et autres matraques, du ‘roman de gare’ à ‘Paul et Virginie’ ou ‘Le grand Meaulnes’, et du pire au meilleur dans la pléthore des  ‘films d’amour’, etc.

Passons ? Non : Il y a Shakespeare… et moi, et elle. La vie. Nos pulsions et impulsions, désirs, freins.

Il y a l’immense misère sexuelle, parfois étudiée chez les travailleurs émigrés ou les militaires en opérations (2 variantes de ‘l’armée prolétarienne de réserve’ théorisée par Marx). Et ‘la vitrine’…

Sans doute à 95%, les publicités sont sexuées, axées sur la séduction féminine, parfois masculine, même pour un parpaing de ciment ou une déclaration d’impôt. On n’y échappe pas. Sexe = Fric.

Il reste le gratuit, le sourire d’entre inconnus et inconnues, comme on respire. Une seconde, avant que les ‘réflexes de bonne éducation’ – à multiples variantes – ne viennent mettre le ‘holà’… C’est la seconde seconde qui compte. Celle où le regard, puis le mot – bonjour ! – est plus fort, parfois, que le dit réflexe. Dans nos sociétés si policées (voire policières), c’est plus rare que dans des sociétés plus proches de la nature (provisoirement, vu l’appétit du capitalisme global)…

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( 22 mai, 2010 )

Déficits pour partouze électorale

ratier.jpgDans mon dernier papier, j’évoquais le mutisme présidentiel comme un palier franchi par Nicky dans sa stratégie pour une resucée quinquennale. J’allais presque jusqu’à le féliciter de sa nouvelle dimension. Je pensais – très faiblement certes – qu’à force de se faire bourrer le mou par l’opinion nationale, de se rendre ridicule partout où il passe, il avait fini par comprendre (lui ou ses conseillers) qu’il devait donner l’image du président de tous les français et non celle d’un chef de faction, occupé à ne servir que ses seuls intérêts. Il aura suffit qu’il la ramène un brin pour que le charme soit rompu. Le naturel du personnage a la vie dure.

Pour ceux qui douteraient encore de sa détermination à poursuivre l’aventure élyséenne au-delà de 2012, il suffit de se pencher sur son annonce du 20 mai pour comprendre qu’il n’est pas prêt – loin s’en faut ! – de lâcher le morceau sans livrer combat. L’homme est un ratier. Sinon à quoi bon chercher à inscrire dans la Constitution « l’obligation pour chaque nouveau gouvernement, à partir de 2012, de se fixer, en début de législature, un objectif de déficit public structurel sur cinq ans, et de geler « en valeur » les dotations de l’État aux collectivités territoriales » ? Fortiche. Et culotté avec ça, le pépère ! Il n’a pas peur des ronces ! Que celui qui propose le plus gros déficit lève le doigt ! On ne rit pas, c’est du sérieux.

Fidèle à la devise politique bien connue, il tresse la grosse ficelle avec l’art consommé du bonimenteur. Tout le monde sait, mais tout le monde marche dans la combine. Bon nombre se laissera peut-être, sûrement, prendre à son gros numéro d’illusionnisme, mais nous sommes tout aussi nombreux à ne pas avoir oublié ses mensonges dans cette foire au roulage de farine.

Et une plume dans le cul à tous ceux qui ont un instant pensé que Nicolas Sarkozy s’était amendé. Menteur, culotté, arrogant, imbu et ambitieux, tel il était, tel il demeure.

Aussitôt faite, cette annonce n’a pas tardé à mettre le feu aux poudres. Même si publiquement les réactions sont plus soft qu’en interne – on prend toujours des gants avec son « adversaire » -, les noms d’oiseaux ont volé au-dessus et autour du nid du National Président.

Monsieur Michel Sapin, secrétaire national du PS, n’a pas loupé le coup de louche : « C’est celui dont la politique aura creusé le plus grave déficit que la France a connu depuis 65 ans qui se veut, aujourd’hui, dans les mots, le chantre d’un retour à l’équilibre. (…) Quand le présent se dérobe sous ses pas, il se tourne vers l’avenir et créé des obligations à ses successeurs ! ».

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