( 17 mai, 2010 )

La petite robe noire et la grande pâte blanche

rusticapennoni.jpgIl m’est souvent arrivé dans mes expériences de cuisine de faire des parallèles avec la peinture, la sculpture ou la musique, mais je n’avais jamais pensé à la mode. C’est la semaine dernière en voyant au rayon pâtes de mon supermarché habituel des pennoni fabriqués artisanalement en Italie par une petite marque inconnue que j’ai fait le rapprochement.

Les pennoni sont des penne géants, les plus grandes pâtes que je connaisse avec les cannelloni, et bien sûr les lasagnes mais celles-ci ne se consomment comme chacun sait que superposées en de savants empilements, dont la fourchette révèle la stratigraphie marine, charcutière ou végétale, suivant la fantaisie du cuisinier. Les canelloni eux aussi ne se servent que farcis. Les pennoni eux, s’offrent à la dégustation comme des pâtes à part entière, l’élégance de leur biseau les rendant inutilisable pour une quelconque farce. Une robe blanche, « rigate », c’est à dire délicatement rayée comme un velours côtelé, et usinées à la filière en bronze : l’aristocratie de la pâte, le fini « bronze » leur donnant un état de surface rugueux, plus enclin à retenir la sauce, ce qui donne au bout du compte plus de goût à la pâte. Les rayures jouent également du phénomène de capillarité pour retenir encore plus de sauce. La bonne pâte attire la sauce comme le riz rond absorbe le bouillon parfumé. Le blanc des pâtes s’imprègne des couleurs et des goûts que leur fournit le cuisinier, comme la toile blanche du peintre.

Alors pourquoi la mode ? Bien que j’aie peu de références dans ce domaine, la vue de ces pâtes hors gabarit me fit penser aux costumes surdimensionnés du couturier belge Martin Margiella, dont j’avais vu par hasard quelques images dans le magazine Crash, quelque part à la fin des années 90. Cette dimension improbable s’imposait comme un défi visuel au plat de pâtes, quelque chose qui rendrait les volumes habituels d’une assiette de pâtes caduques.
Les pâtes ne seraient plus multitude innombrable, banc de poisson dans l’assiette, elles accèderaient au statut d’individualités. On pourrait compter le nombre de pâtes dans l’assiette. On ne les servirait pas farcies comme des saucisses, vulgaires contenants, mais dans le plus simple appareil, seulement ornées de couleurs qui mettraient en valeur leurs formes élégantes, comme des modèles, des mannequins. Il fallait trouver des saveurs et des couleurs qui habilleraient dignement ces pâtes hors norme, et qui donneraient une irrésistible envie de les manger.
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( 17 mai, 2010 )

Le livre de la nature

rmi1.jpgContrairement à la joyeuse ‘caverne d’Ali Baba’ qu’est le grenier de notre ami Lediazec, je tente d’avoir du rangement (relatif) dans mes bouquins. Mon modeste logement est envahi d’une bibliothèque – ce n’est pas forcément la mienne, vu les départs et arrivées diverses – qui doit dépasser 1500 volumes, sans compter les rayons de revues et autres archives…

Une bonne moitié – au pifomètre – est attribuée à ‘la littérature générale’, classée à peu près par ordre alphabétique des noms d’auteurs (romanciers, essayistes, dramaturges, poètes…). Autres rayons :

- Ceux de la poésie, avec un beau rayon de la précieuse collection de Seghers ‘Poètes d’aujourd’hui’ et beaucoup de petites publications (qui seraient perdues dans les rayons alphabétisés… d’ailleurs où mettre des brochures de recueils de divers auteurs ?).

- Ceux des essais ou documents sur la société, l’écologie, etc. dont j’ai extrait récemment une sous catégorie, tant elle prenait de place, consacrée au ‘monde arabe’ en général, et en particulier au Moyen-Orient (je dois ce remaniement salvateur à un petit meuble à étagères, trouvé dans la rue et que j’ai ramené chez moi avec l’aide d’un jeune qui était par là… et qui fut assez maladroit – tant il était pressé de rejoindre sa copine – pour me faire chuter sur une arête de trottoir… mais c’est une autre histoire, comme c’est une autre histoire de vous confier que la moitié de mon ameublement vient de ‘récup’, et l’autre de bricolages ‘perso’…)

- Ceux des ‘beaux livres’, je veux dire plus simplement de documents sur des artistes peintres ou sculpteurs, et bien plus encore de photographes, mon autre passion avec la poésie. Et cela cohabite avec mes ‘monstrueuses’ archives mal rangées de milliers de mes propres photos (je solde !), datant d’une époque de 30 ans où je me croyais photographe en plus de me croire poète – avec le concept de ‘phoète’ (dont je devrais faire un essai de 500 pages !).

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( 16 mai, 2010 )

La saint cochon

cochon.jpgIl fait froid ce matin de janvier, un ciel gris et lugubre présage mal de la journée à venir. Tonton Marcel et Tonton Claude sont déjà arrivés. Les tantes sont à la cuisine et préparent les plats et les ustensiles pour la grande fête qui se prépare. Dans la cuisine tonton Marcel sort une bouteille de gnôle. « Allez, on a bien mérité un petit coup pour se réchauffer. » Les trois verres duralex se remplissent d’un vieux tord-boyaux à la provenance indéterminée. Je goûte : c’est encore pire que ce que je pensais. Je finis le verre cul sec pour abréger la cérémonie. Je sens aussitôt une brûlure m’arracher l’œsophage sur toute la longueur. Beurk !

Pendant qu’une brève discussion s’amorce sur la pluie, le beau temps et autres considérations de circonstance, je me demande soudain comment j’ai pu en arriver là. Je m’étais juré de ne jamais cautionner cette cérémonie barbare. Je suis vraiment trop con…  Les verres vides se reposent sur la table en chêne « Bon, ben c’est pas le tout », dit le tonton Marcel jovial, « On a du boulot maintenant, en route. » Il s’essuie la bouche du revers de sa main et sort dehors.

Chaque année tonton Marcel élève un cochon, « parce que c’est la tradition » mais aussi parce que « c’est bien meilleur que chez Leclerc ». Cette année, le cochon s’appelle Jean-Louis, un nom de baptême, un beau nom pour un cochon. Jean-Louis a gambadé dans le champ tout l’été, et s’est gavé tout l’automne de glands et de châtaignes dans le sous-bois. Jean-Louis est devenu énorme. A mesure que l’on s’approche de l’étable en pierres, on entend les couinements de Jean-Louis s’amplifier. Le cochon connaît le jour de sa mort. Une sorte de sixième sens le prévient. Il sait exactement ce qui va lui arriver. Son petit cœur noyé dans la graisse bat à tout rompre. Depuis des semaines déjà il est enfermé dans un petit réduit en planches avec juste un peu de paille pour dormir. Il couine, il grogne, il pleure : « je veux encore gambader dans les prés avec les porcelets !  Je veux encore des glands !  encore des châtaignes ! encore des siestes sous les chênes dans la douce brise de l’été !  Libérez-moi !  Libérez-moi ! grrrouirgghhhh !!!».

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( 15 mai, 2010 )

L’étrange bonheur du ras-le-bol

pavotbleu.jpgJ’en ai marre d’écrire sur la crise.

J’en ai marre des banquiers, des traders, des politiciens corrompus, des tricheurs, des mal-comprenants, des aveugles, des sourds, des cons et des connes, des malins, des souffreteux, des cinéphiles cannois, j’en passe et des meilleures.

Marre de fulminer mon bonheur dans l’indifférence générale. Qui ça intéresse un bonheur plein, un bonheur total, un bonheur cosmique ? Personne. Ou alors si peu…

Je m’en fous, je le proclame, le vocifère, le murmure ou le crache : marre d’être heureux !

Passez votre chemin, cohorte de pisse-vinaigre et autres béni-oui-oui. Laissez-moi respirer mon bonheur à trois sous en paix. Je n’ose plus écrire « bonheur à un euro » puisque cela ne vaut plus un clou !

Je lis les journaux, les magazines… Le programme de la télé. Le temps étant ce qu’il est, je m’en contente. Un homme heureux n’a pas d’état d’âme. Il regarde passer le temps. Se mouche sans ennui quand le rhume le prend et s’évade à tout instant, car il n’est plus maître de son esprit. Fou, dites-vous ? Mais pas du tout ! « Si d’autres n’avaient pas été fous, nous devrions l’être », écrivait William Blake.

Je repose le paquet de revues et file dans mon jardin contempler la beauté de mes pavots qui éclosent avec la magnificence d’un désir puissant et incontournable.

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( 14 mai, 2010 )

Baby’s on fire

brianeno.jpgPas l’envie ce matin d’en remettre une couche sur le climat délétère ambiant. Ni même de m’énerver une ixième fois sur l’auto-proclamé sauveur de l’Europe à fric. Juste le souhait, histoire de détendre trente secondes l’élastique, de proposer ici un billet musical paru il y a quelque temps sur le très confidentiel tes reins et tes terroirs, blog qu’alimente désormais avec talent l’Erby Kezako.

Voici la tronche qu’avait Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle dit Eno quand votre serviteur le vit pour la première fois en 1972 sur la scène du Bataclan, dans un concert retransmis à la télévision via la génialissime émission POP 2. Eno était alors ingénieur du son de la formation Roxy Music et il jouait d’un synthétiseur nommé EMS VCS3 avec lequel il repassait à la moulinette tout le son du groupe. J’avoue avoir encore du mal à me remettre du choc émotionnel provoqué par cette prestation. L’année suivante, il se fâchait avec Brian Ferry, le leader de la formation et commençait alors une carrière solo. En janvier 1974, sortait un véritable OVNI dans la galaxie pop-rock, le monstrueux Here come the warm jets, un album qui tourna en boucle dans ma chambre plus que de raison.

Le titre phare du disque reste sans conteste le mirifique Baby’s on fire repris plus tard par moult groupes comme The Creepers ou encore The Venus in furs. La guitare diabolique qui déchire le morceau était signée Robert Fripp, ancien leader du groupe King Crimson. Elle ajoutait une touche fatale à l’atmosphère pour le moins tendue de la composition.

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