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Les garçons sauvages

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portementdecroix.jpgL’autre jour, j’écoutais sur Inter une émission sur Burroughs (William de son prénom). Ça m’a ramené des siècles en arrière. En effet, ce monsieur déjanté était, avec les sieurs Kerouac et Ginsberg, l’incarnation de la beat génération, même si pour ma part, je l’ai toujours considéré un peu à part, différent des deux autres tant dans sa prose – si on peut appeler ça comme ça – que dans son attitude. En tout cas, ces trois-là étaient amis. J’avais 20 ans et j’étais étudiante à Paris. Je suis tombée par hasard sur Les Garçons Sauvages, un bouquin qui m’a vraiment interpelé tant il était politiquement, littérairement, spirituellement, intellectuellement incorrect … un de ces bouquins qui vous retourne les tripes et met vos pensées sens dessus-dessous, d’où vous émergez titubant, avec l’impression que le monde ne sera plus jamais le même.

Du coup, je me suis passionnée pour cet auteur et ai lu tous les romans qu’il avait publiés, faisant ainsi la connaissance de Ginsberg et Kerouac. Si les élucubrations de Burroughs n’étaient pas des plus accessibles, ses livres n’en étaient que plus intéressants : il fallait décrypter, se tordre les neurones, oublier et recommencer, lire une autre œuvre pour comprendre, en y revenant, ce que tel paragraphe signifiait ou pouvait signifier dans cet autre livre…un vrai jeu de piste pour malades mentaux (quand je dis malade mental, c’est dans le sens Dickien d’extra-ordinaire, une pensée « a »normale) ! A cette époque sortait d’ailleurs au ciné une adaptation du Festin Nu, si je ne me trompe, de Cronenberg qui n’avait pas grand-chose à voir avec le texte, mais parvenait cependant à traduire l’ambiance du bouquin. Si vous avez eu l’occasion de le voir, vous comprendrez ce que je veux dire.

Toujours est-il que j’ai l’impression étrange depuis quelques temps d’avoir glissé sans m’en rendre compte dans l’univers onirique bizarre et hallucinant de Burroughs. Un peu comme une Alice au pays des Merveilles, à la poursuite non pas d’un lapin blanc, mais de sanité, tout simplement.

J’ai basculé dans un monde où des milliardaires, gamins montés en graine, mal élevés et sans le début du commencement de l’once d’une réflexion crachent sur leur pays, sur leurs supporters et ridiculisent la France devant les nations, ébahies par cette tragi-comédie.

Un monde où un sinistre personnage, tellement éloigné de la raison commune que c’en serait hilarant si ce n’était aussi grave, un ministre donc, ne comprend pas qu’on le soupçonne de conflits d’intérêts, ce sinistre étant non seulement à la tête du Budget de la France, donc grand pourfendeur des fraudeurs du fisc mais également trésorier de l’UMP et dont la femme a pour métier d’aider les grandes fortunes à échapper tant que faire se peut à l’impôt. La schizophrénie n’est pas où on l’attend, et ce triste sire annonce lui-même la démission de sa dame – après avoir clamé devant les grands dieux son innocence et celle de Madame. On croit tomber des nues. Mais ce n’est pas tout.

Ce ministre a reçu mandat d’un chef de l’Etat de pacotille, dont l’équipe gouvernementale n’a rien à envier à celle qui représente notre pays dans les joutes footballistiques, pour détruire une bonne fois pour toutes nos insupportables avantages sociaux, à commencer par le plus emblématique d’entre eux, le droit à vivre une vieillesse dans la décence, qui soit plus que quelques mois en sursis dans un mouroir après une vie de labeur.

Le chef de l’Etat, quant à lui, continue à favoriser ses coquins, en leur offrant qui la présidence de Radio France, qui un boulevard pour capter l’argent de français trop crédules, qui une tribune dans un quotidien vespéral dont l’indépendance ne tient plus qu’à un fil

Les rares voix dissonantes qui s’élevaient au beau milieu de l’incantation matinale sont bannies.

Je me pince. Vais-je reprendre mes esprits, me sortir de cette hallucination ? Non, on dirait bien que tout cela est réel…

Et je me rends compte avec effroi que ce n’est pas dans l’univers onirique de Burroughs que je suis tombée, mais dans celui, bien réel, d’Orwell !!!

La seule chance qui me reste, c’est que le bruit, dans la rue, aujourd’hui, me réveillera de ce cauchemar et que ces perspectives de Moebius retourneront au néant d’où elles n’auraient jamais dû sortir…wait and see !

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21 Commentaires

  1. b.mode

    24 juin, 2010 à 6:25

    La démocratie n’est plus qu’un lointain souvenir pour jeunes filles en socks. La dictature de l’argent est plus que jamais au pouvoir et toutes les mesures prises par le monarque tentent à la renforcer. Toute critique est désormais muselée. France inter est désormais en garde à vue avec Val comme maton de service.

    Vive la grève et vive la sociale ! Et bravo pour ton texte !

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  2. lediazec

    24 juin, 2010 à 6:38

    Très beau résumé de la sale ambiance qui règne dans les allées du pouvoir. Guillon et Porte à la lourde ! Il n’y a qu’un seul humour qu’on respecte dans ce pays, l’humour « auvergnat » et le « casse-toi pôv’ con ». Le pouvoir confisque petit à petit les derniers espaces de liberté avec l’aide de quelques laquais pour la besogne.
    Vive la grève générale !

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  3. babelouest

    24 juin, 2010 à 7:35

    Sans Guillon, sans Porte, ni fenêtre, sans….. sans Mermet sans doute, bientôt,

    Francer Inter n’est plus que la carne à Val, et ce n’est même pas drôle.

    Face à ces quelques trublions qui nous prennent pour des imbéciles, LA RUE doit crier sa détermination malgré la présence des syndicats, dont les grosses sonos tenteront de l’étouffer.

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  4. laetSgo

    24 juin, 2010 à 8:41

    j’ai décidé hier de boycotter France Inter ! Même pas eu à me donner cette peine puisque ses propres employés lui ont coupé le sifflet ce matin :-)
    Babel, j’espère bien que Mermet restera là, même si je suis très dubitative ! Autant je me passerai de Guillon et, plus difficilement, de Porte, autant Mermet est irremplaçable !!!
    bonne grève à tous !

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  5. remi begouen

    24 juin, 2010 à 10:00

    Hier, Daniel Mermet a terminé son émission de 15-16h par une vieille chanson décapante de Brigitte Fontaine, en ‘clin d’oeil d’amitié à Guillon et Porte’. Puis il a annoncé qu’il serait avec nous dans la rue aujourd’hui… et rendez-vous demain pour en causer dans le poste (pendant qu’il y est encore?)!

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  6. b.mode

    24 juin, 2010 à 11:48

    Françoise, tu arrives vers quelle heure à Nantes ? N’oublie pas mon numéro de portable !

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  7. des pas perdus

    24 juin, 2010 à 12:45

    allons… allons défoulons-nous dans les rues, et n’oublions nos piques !

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  8. b.mode

    24 juin, 2010 à 12:57

    Henry reçu en ce moment comme un chef d’état à l’Elysée ! hongrois rêver suite mais malheureusement pas fin !

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  9. laetSgo

    24 juin, 2010 à 13:10

    je te le dis : c’est orwell ! voire kafka !

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  10. babelouest

    24 juin, 2010 à 13:12

    Bernard, je viens de vérifier : Françoise ne peut prendre que l’intercités depuis Rochefort, qui arrive à 18h10 la veille. Après, c’est totalement dans l’après-midi, donc bien trop tard. Voilà qui complique….

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  11. b.mode

    24 juin, 2010 à 13:15

    Jean claude, je croyais qu’elle venait en caisse ?

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  12. ZapPow

    24 juin, 2010 à 13:43

    Plus le temps passe, et plus l’on doit se convaincre que la conjuration des imbéciles ne l’a pas encore emporté.

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  13. clomani

    24 juin, 2010 à 13:46

    Totalement hors sujet, Babel et B.mode, voici ce que j’ai lu sous la plume de La Pecnaude :
    Je sais pas où je vais atterir, c’est pas moi qui conduit. Mais de toutes façons je vous trouverai.
    C’était en fin de commentaires du papier d’hier ! Elle pourrait prévenir, la Pecnaude, qu’elle vient plus en train !!! Non mais…

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  14. b.mode

    24 juin, 2010 à 13:49

    Mais non enfin, elle vient en voiture conduite par un de ces petits fils ou assimilés ! :)

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  15. lapecnaude

    24 juin, 2010 à 14:33

    JE VIENDRAI EN VOITURE / decision du conseil de famille !!!!! comme si je ne pouvais pas conduire seule. Heureusement qu’ils ne sont pas toujours sur ma peau, mais çà fait plaisir d’être un peu chouchoutée. De toutes façon, je serai, au moins avec une belle femme !

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  16. lapecnaude

    24 juin, 2010 à 14:35

    @ LaetSgo – je viens justement de relire « la ferme des animaux », tellement évocateur Orwelle !

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  17. b.mode

    24 juin, 2010 à 14:41

    Bon et tu sais où on a rencart ?

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  18. lapecnaude

    24 juin, 2010 à 15:45

    Prudent Bernard, j’ai le plan, je sais aussi que tu seras au bistrot devant la gare c^té du jardin des plantes vers 12h et après….. c’est çà ?

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  19. b.mode

    24 juin, 2010 à 16:04

    nan ! à partir de 11h15- 11h30 !

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  20. b.mode

    24 juin, 2010 à 17:07

    Des oeufs au lait laetitia de troller ton bobiyé ! ;)

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  21. laetSgo

    24 juin, 2010 à 22:32

    arf ! oui, ça c’est du trollage grande classe !!! devriez avoir honte !!! quand je parlais de cut up, c’était pas pour ma pomme !
    heureusement, que @ZapPow me parle d’iniatius (Ignatius ?) mon anti-héros favori…un peu de baume sur mes plaies purulentes…btw, dans le style, même si très différent, mais cela m’y fait penser : l’irremplaçable expérience de l’explosion de la tête : un bouquin dont il faudra que je fasse une note de lecture à l’occase
    sinon, plein de monde dans les rues, ça fait plaisir, mais cela fera-t-il reculer le naboléon ???

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