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( 21 juillet, 2010 )

Les Misters de Paris-partie 1

Les Misters de Paris-partie 1 dans Série noises images3.vignetteJe me souviens, c’était le mois de la terre qui crève sous le soleil, les vieux fous du coin appelaient ça l’enfer du décor. L’affaire avait fait grand bruit dans ce no man’s land balayé par le hurlement des cigales et la lente agonie des arbres torturés par le feu tombant du ciel. Tout avait commencé quand la vieille folle avait perdu la boule. Me semble bien qu’elle se faisait appeler la Liliane. Ici, quand une vieille peau se tanne, les charognards ne sont jamais très loin…

On les avait vu rappliquer sans trop y prêter attention au début, faut dire que dans ces contrées reculées, les histoires des uns s’évaporent dans les nausées des autres. Mais la vieille canaille avait un sacré bas de laine. Entre nous, on déconnait en la surnommant la reine Magot, c’était pas Chéreau payé. Une tête patibulaire, mais presque, dans le coin et débutait la chevauchée fantastique. Tous se massaient en loucedé derrière les volets entrebâilles et affûtaient l’esgourde, mais étant donné que les trois quarts d’entre nous étions sourds comme des pots, c’était à celui qui aurait le plus d’imagination. Seul Pierrot, dit le fou, pouvait rivaliser d’ingéniosité quand il s’agissait d’infiltrer les lignes ennemies. Faut dire que ledit Pierrot était à bout de souffle depuis qu’il avait vu la fille de la Liliane. Il avait bien tenté de savoir deux ou trois choses d’elle mais, vu qu’il était pas sorti de la cuisse de Jupiter, son seul luxe abordable était la grande goulue de la RN 13, et la RN 13 était connue pour être le terminus de l’amour. Pierrot y avait chopé le chantre mou et s’était mis à déblatérer du Proust. Nous, on était tellement à la masse qu’on pensait qu’il s’agissait d’une connerie genre versets sataniques ou fièvre du samedi soir, parce que l’autre se grisait dès qu’il voyait une queue de cheval ! Tu m’étonnes qu’il la ramène avec Proust.

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( 20 juillet, 2010 )

Une trop bonne journée

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Mes passions récentes furent très liées à mon travail passé au desk étranger d’une télé publique. Elles s’appelaient Indigènes zapatistes mexicains, condition des noirs sous l’apartheid, Palestine en Israël. J’ai essayé d’en explorer quelques-unes en partant dans les pays concernés, seule et le plus près possible des « vrais gens ».

L’Afrique du Sud était un rêve de longue date. J’ai dû me le fabriquer le jour de la libération de Nelson Mandela (j’étais de permanence au desk étranger et j’ai même failli traduire en direct le discours de Nelson à sa sortie de prison au Cap car l’interprète n’arrivait pas). Quelques jours après, un journaliste de retour de Johannesbourg me donne une cassette et me dit : « va sur tel time code et là, mets le son à fond ». Ce que je m’empresse de faire. Le stade de Soweto plein à craquer de noirs vêtus de jaune et vert. Entrent alors Nelson et Winnie Mandela. La foule, qui attendait depuis des heures en plein soleil dans le stade se met alors à entonner « Nkosi sikelele Africa».

Moi, ça m’a complètement chavirée ! Les noirs sud-africains ont tellement souffert qu’ils sont devenus les spécialistes de l’appel à dieu, du gospel… Comme disait Nougaro, « les chants les plus beaux sont les plus désespérés » ! C’est ça qui m’a donné envie d’aller en Afrique du Sud. Quelques mois après en avoir fini avec chimios et rayons, une fois remise sur pieds, j’ai décidé que j’irais au bout de ce rêve-là. Je suis donc partie pour 3 semaines en Afrique du Sud en mai 2006. Jo’burg est une terrible capitale faite pour les bagnoles. Il n’y a aucun « centre » mais beaucoup de centres commerciaux. Les blancs y vivent comme retranchés derrière de hauts murs ceints de barbelés ou piqués de tessons de bouteilles. On ne peut pas marcher dans les rues… les seuls marcheurs sont les noirs venus en bus des townships du pourtour.  Les townships où étaient cantonnés les travailleurs noirs du temps de l’Apartheid sont difficilement solubles dans la nouvelle Afrique du Sud. La plus grande de Jo’burg s’appelle Alexandra, énorme amas de bric et de broc entouré de barbelées située à l’entrée de la ville lorsqu’on vient de l’aéroport. L’autre, la plus célèbre pour sa résistance, en passe de réhabilitation, c’est Soweto.

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( 19 juillet, 2010 )

Le silence des Chagos

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Pour fuir les turpitudes de ‘l’affaire’ et le tapage à propos d’une île de ‘la dame’, j’ai eu idée de retourner silencieusement aux îles de l’Océan Indien, via ma bibliothèque, voyage pas cher. Je n’ai jamais été à Madagascar, aux Comores, aux Mascareignes, aux Seychelles, aux Maldives, aux îles Crozet et Kerguelen (etc.), moins encore aux Chagos… mais c’est là que je vous emmène, en silence.‘C’est une pluie d’îles posées sur la mer.’ Telle est la première phrase du récit signé  Shenaz Patel , édité en 2005 aux éditions de l’Olivier : ‘Le silence des Chagos’. Cette femme est née à l’île Maurice : elle est bien placée pour recueillir avec émotion les confidences de ‘déplacé(e)s d’office’ de Diego Garcia (des Chagos) vers Maurice.

Silence ! : Le récit est du registre de l’intime, si émouvant qu’il est impossible ici de le résumer. Sachez seulement que la langue créole locale y est parfois employée, avec un tel bonheur poétique qu’il est très souhaitable d’aller le découvrir dans le texte !

silencedeschagoscover.jpgMais j’ai retrouvé dans ce livre une coupure de presse (j’aime bien glisser ce genre de document dans mes bouquins) à propos des Chagos : Dans ‘le Monde’ daté du 6 mai 2005, Sarah Tisseyre signe un long article intitulé ‘Revoir Diego Garcia’. Extraits : ‘C’est en 1961, en pleine guerre froide que s’est noué le sort des Chagossiens. Le choix (de la Grande-Bretagne et des États-Unis) se porte sur les Chagos. Cet archipel (…) occupe une position stratégique, à distance raisonnable de l’Asie, du Proche-Orient, et de l’Afrique. Le plus vaste de ses atolls, Diego Garcia, s’étend sur 40km2, avec un lagon interne immense et profond, capable d’accueillir des porte-avions et sous-marins. (…) Aux Chagos, personne n’a connaissance des tractations en cours. Ils sont alors un peu moins de 2.000, essentiellement descendants d’esclaves, à peupler ces îles depuis près de deux siècles. (…) Pour finir, il suffira de trois rotations de cargo, entre 1971 et 1973, pour expulser les derniers habitants vers les Seychelles ou l’île Maurice.’

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( 18 juillet, 2010 )

Il y avait…

erby19.jpgC’était dans une petite maison centenaire de la Saintonge, toute basse avec deux petites jardins, un de chaque côté, clôturée de murs en pierres sèches, avec le grenier aménagé en chambres à soupentes et un rosier grimpant à fleurs rouges à côté de la porte.

Un jardin avec de vieux fruitiers et un bananier (qu’est-ce qu’il faisait là ?) à gauche, le chai, derrière la maison, donnait sur le second jardin en friche et comportait un poulailler. Donc, me dis-je, je vais élever des poules. Et c’était parti, en acheter au marché, les trimbaler dans ma vieille deudeuche et installer tout çà, puis les faire grandir. A les regarder, c’est joli des poules, un coq aussi, çà garruche partout, çà chante et çà met de l’animation l’hiver quand elles viennent cogner du bec contre le carreau de la cuisine pour réclamer de la pâtée chaude …

Il y avait « la petite grise », « la rouquine » etc. … et toute cette petite bande, bien dressée par le coq, chaque soir s’alignait le rentrait l’une après l’autre dans le logis après avoir reçu chacune son « somnifère » de la part du maître de la basse-cour. Sauf, sauf … une, qui était rousse, méchante, hargneuse, qui se battait avec les autres, et qui m’attaquait quand j’allais dans « son » poulailler.

Ben ouiche, me dis-je un jour où elle m’avait énervée, tout tu vas à la casserole !

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( 17 juillet, 2010 )

Ah, les gueules d’oxygène !

excesvitesse.jpg- Tu l’entends ?
- Quoi ?
- Le bonheur. Il rôde.

Médée, extraordinaire Médée ! Formidable Jean Anouilh !

C’est depuis le Japon que François Fillon a confirmé ce que tout le monde sait depuis un moment, mais que le gouvernement tait par excès de pudeur : François Fillon assume le terme de rigueur et les soubresauts corrélatifs, avec le courage de celui qui a une idée derrière la tête. Nous aussi, nous avons une vue panoramique des visées gouvernementales et une idée précise sur les grandes et les petites manœuvres.

Jusqu’à ce vendredi, celui qui avait déclaré, peu après sa prise de fonction, que la France était en faillite, ce qui, à l’époque, lui avait attiré les foudres du président, enfonce le clou, loin de l’hexagone, devant une assemblée d’hommes d’affaires japonais, à Tokyo précisément. En évoquant la rigueur comme une donnée désormais acquise, monsieur Fillon fait évoluer le gouvernement dans le sens de la prise de tête. En ce qui le concerne, il a, comme on dit, la conscience tranquille.

Je ne sais pas si cette déclaration fait partie d’une stratégie de la diversion, pratique assez courante en Sarkozie, détournant l’attention de l’opinion sur des affaires autrement plus épineuses, mais cela risque de filer la migraine au grand chef, lui qui fait le funambule pour éviter de parler de rigueur, terme qu’il juge négatif pour son image et pour son oeuvre. Dans le contexte actuel mieux vaut donner dans le divertissement à outrance.

Un provocateur, ce Fillon ! Non seulement il lâche le mot qu’il ne fallait pas, mais en plus il le considère comme une vertu. Un comble !

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