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Le passé se conjugue au présent

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passprsent.jpgCe matin, longeant la baie, contemplant la brume qui l’encerclait, l’image d’un ami aujourd’hui disparu s’est pointée à mon esprit. J’ai souris. L’amitié ne s’efface pas. Elle est la griffe du besoin. Elle est la brûlure et son remède. J’ai aimé cet instant pendant lequel il m’a accompagné au boulot. Les bateaux étaient figés comme dans une carte postale. Le reflet des bouées de corps mort tremblotaient à la surface de l’eau. Le beau temps s’annonçait doucement, tout était paisible.

Alain – ainsi se prénommait mon ami – aimait beaucoup cette partie de la côte. Lui, le citadin du treizième trouvait là de quoi se souvenir de son Vietnam natal et de la baie d’Along ! De son vivant, quand la prison lui laissait le loisir, il aimait à contempler ce coin de la côte bretonne. Un type bien, mon ami. J’ai honnêtement bossé avec lui pendant un temps et cela avait cimenté une relation durable que nous entretenions en jouant aux échecs et en buvant abondamment du planteur. Nous avions un faible pour le rhum 3 rivières. Avec ou sans additif. Sacré Alain ! Les parties de franche rigolades que nous tirions en jouant au tarot !

Il n’avait qu’une faiblesse cet homme, de père français et de mère vietnamienne, il aimait le jeu. Les chevaux de courses le faisaient jouir dans son futal, disait-il. Le jeu et les serrures, une autre passion. Dès qu’il en voyait une, de serrure, il fallait qu’il teste sa résistance, qu’il montre son savoir-faire. Une fois crochetée, il lui fallait récupérer chez le particulier, ce qu’il avait laissé comme argent sur la table de jeu ou dans les hippodromes. Et plus si possible. D’où une vie partagée entre sa cellule en Centrale et sa vie en plein-air.

La loi lui avait fait payer son addiction un prix très élevé. Mérité ? Peut-être, mais cher quand même.

Prenons monsieur Woerth, par exemple. Lui aussi souffre de ce mal compulsif qu’est l’addiction. Jugez-en : depuis 1987, il n’arrête pas d’être pris la main dans le sac. Mon pote c’était les serrures, lui c’est les coffres. Si vous lui posez la question, il jurera, la main sur le coeur, qu’il est innocent. Que jamais de la vie, il n’a cherché à outrepasser le cadre de la loi. Que tout ça, il le faisait de manière naturelle et pour le bien de tous, sinon du pays. Tout le portrait de mon pote !

Seulement voilà, à peine parti en vacances, avec son dossier retraites sous le bras, l’affaire Bettencourt en veilleuse, le voilà rattrapé par l’affaire sur la succession du sculpteur César. Entre temps, le discours hyper-musclé du gnome à Grenoble sur les Roms faisant diversion, tout le pays s’étant lancé dans des débats et contre-débats, monsieur Woerth pouvait enfin continuer à réfléchir à la meilleure façon de préparer sa rentrée sur les retraites.

Manque de bol, le voici rattrapé par une obscure affaire de prêt bancaire que le site Mediapart se fait un plaisir de porter à la connaissance du public.

Ne rions pas, c’est du sérieux.

Je résume : en 2008 pour sa campagne des municipales, monsieur Woerth, sollicite un emprunt de la banque pour couvrir ses frais de campagne. Il était à l’époque maire sortant de Chantilly. Il la jouait facile, assuré qu’il était d’un remboursement par l’État s’il dépassait les 5% de suffrages. Fastoche !

Là où l’affaire prend de la saveur, c’est quand la banque lui demande, comme à tout emprunteur moyen, l’état de sa situation financière. Non, pas ça, trop, c’est tropico !

Je cite : « selon le document reproduit par Mediapart, le ministre aurait déclaré un revenu de 3 000 euros mensuels. Pire : il déclare n’avoir que 112 euros par mois de revenu disponible une fois remboursés ses différents emprunts, soit un endettement de 89 %. Il omet par ailleurs de déclarer combien il paye d’impôts sur le revenu.»

Comment peut-on nommer cela ? Dans quel type de délit pouvons-nous enregistrer le fait de monsieur Woerth, voire son méfait ?

Pour ce genre d’asservissement à la cambriole, à moindre échelle, mon pote Alain, mon ami, celui avec qui je riais et qui parfois me faisait chier, mort suite à une chute alors qu’il peignait une souche de cheminée chez un client, parce qu’il voulait se « racheter » – il trouvait risible le mot rachat – est mort à l’âge de 47 ans. Pour cause d’addiction – et parce qu’il le méritait, selon la loi – il a passé douze ans de sa vie en prison.

Combien pour monsieur Woerth, messieurs les procureurs de la République de monsieur Sarkozy ?…

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9 Commentaires

  1. b.mode

    17 août, 2010 à 5:13

    Woerth doit être une déclinaison de l’anglais worst qui comme l’anglophone qui sommeille en chacun de nous le sait bien signifie pire… Beau récit Rodo sur le souvenir d’un ami !

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  2. remi begouen

    17 août, 2010 à 9:29

    Tout est dans l’échelle, en effet. Entre ton pote Alain et le ‘Worst’ que signale ci-dessus B-Mode, c’est la distance des bouts de l’échelle. Combien de taule pour le Monsieur W, ZERO ?
    Ces messieurs d’en haut nous soufflent une ‘morale’ bien hypocrite : ‘Qui vole un oeuf vole un boeuf’, contre toute évidence…jusqu’au jour où la poule pondra un boeuf et que l’oeuf ruminera dans le pré!
    Honneur donc à ton pote Alain et Déshonneur à l’escroc W et sa bande de grands coquins…
    La sculpture murale est belle et étrange : on peut en savoir plus ?

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  3. clomani

    17 août, 2010 à 9:33

    Pas plus tard que dimanche dernier, j’ai papoté longuement avec une précieuse amie rencontrée l’an dernier en cure à Bagnères de Bigorre. Elle a la cinquantaine et est pensionnée par la Sécurité Sociale depuis une dizaine d’années : diabète, un gros problème de lombaires suite à un accident dans son enfance (en Guadeloupe d’où elle est originaire, elle s’est fait renverser par une bagnole et a été très mal soignée à l’hopital où elle était arrivée toute cassée).
    Elle touche 640 Euros par mois ! Comme elle a un loyer de plus de 400 Euros, son fils et sa famille vivent chez elle (où elle a une petite place). Elle n’a, bien sûr, pas de mutuelle (pas les moyens) donc fréquente plutôt les dispensaires pour ses soins annexes et pour ses dents. L’an dernier, elle a pris un crédit chez les usuriers pour payer son hébergement en cure : du 18% ! Depuis quelques mois, elle n’y arrive plus parce que les médocs sont moins bien remboursés, ou plus du tout. Ce qui rogne à peu près dans les 100 Euros sur sa pension !

    Et, le jour même, je lis Mediapart et vois que M’sieur Woerth, lui, on lui prête à taux très bas pour qu’il puisse organiser sa campagne électorale, même si on sait qu’il est Ministre (ou plutôt parce qu’on sait qu’il l’est) ! Et je repense à ma conversation avec mon conseiller. Lorsque je lui ai dit que j’étais une mauvaise cliente pour ses patrons vu que je n’ai jamais de découvert et que j’en apprenais pis que pendre sur les saloperies du boss, pote de Sarko (je suis à la Caisse d’Epargne) il m’a proposé l’abonnement à la carte VISA à moitié prix.

    Victoire (car c’est le nom de ma Guadeloupéenne), elle, n’a même pas les moyens d’avoir une carte bleue. Et elle a l’élégance de m’inviter dans le studio qu’elle a loué à Bagnères avec ses économies.

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  4. clomani

    17 août, 2010 à 9:40

    Questions trolleuses (en rapport avec l’illustration du papier de Rodo et à la « zique » du jour) :
    - où ai-je vu ce « passe-muraille »… ça me rappelle quelque chose…
    - En Espagne, comment sont traités les Gitans (ça c’est à cause de la « Cigala » qui a une magnifique tête d’homme libre) ?

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  5. lapecnaude

    17 août, 2010 à 17:59

    A signaler que son assurance ADI, sur son contrat de prêt ne lui garantire rien du tout, s’il claque, les assureurs trouveront tout de suite la fausse déclaration et pas de capital à la clé … sa femme s’en fout, elle ira voir Liliane !

    Mais qu’est-ce que cet autre emprunt de plus de 1500 euros de remboursement ? un ministre qui emprunte … c’est d’un drôle !

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  6. lapecnaude

    17 août, 2010 à 18:01

    Tout compte fait, je crois que sa demande d’emprunt avec déclaration sur l’honneur a été autrement bidonnée et qu’il y a un os là-dessous.

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  7. lediazec

    17 août, 2010 à 18:08

    Salut Françoise. Pas trop patraque ?
    Sinon, sûr que ce gars sent la corruption à pleins nez. A croire qu’il a été formaté pour. Bonjour le dossier retraites à la rentrée !

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  8. clomani

    17 août, 2010 à 18:51

    Bon, puisque personne ne répondait à mes questions, j’ai cherché au moins une réponse :
    Comment sont traités les Gitans en Espagne… ben on dirait bien qu’ils ne sont guère plus gâtés que nos « gens du voyage » (que ça peut m’énerver ces expressions qui ne veulent pas dire ce qu’elles signifient vraiment).
    http://humanite.fr/1999-03-11_International_GITANS-D-ESPAGNE-LE-DROIT-A-L

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  9. lediazec

    17 août, 2010 à 18:57

    Il faut savoir que gitano est une insulte en Espagne. Pire, quand tu es gitan né pied-noir. Ca m’a toujours mis en boule.

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