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La dernière drague

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martineprudhomder.jpgC’est pas pour dire, il y a quand même des touristes plus cons que nature dans nos parages ! J’espère que cette histoire va vous faire sourire en ces temps pénibles.

Fin d’après-midi. Jour morose en dedans. Ensoleillé au dehors . Je sors  les chiennes, la corvée quand on se sent lamentable. Encore une journée à guetter une étincelle de joie dans le charabia médiatique – à faire et refaire le monde dans sa tête.

Sortir les chiennes, fermer la maison, attendre le bon vouloir de Peï pour la faire monter dans la voiture – sortir du qeureu sans égratigner les voitures des voisins. Attendre un trou dans les files de véhicules  et enquiller la route de l’étang :  calcule ma vieille, çà doit passer !

Mais quelle idée m’a prise de descendre derrière cette foutue église (pas mal en fait l’église XII° à première vue, aux abords fleuris et bien entretenus. Mais elle est tout en pente, avec des marches  – il me faudra remonter. Dur de remonter avec une seule nageoire, je rame (j’ai oublié l’autre quelque part la semaine dernière).

J’ai l’impression d’être une petite baleine tentant de regagner le large. Je souffle autant.

Peu ou prou de pékins à l’horizon, les « filles » vaquent à leurs affaires et je vise le couvercle du sarcophage qui va me servir de siège. Loupé ! Un couillon apparu sur ma droite (côté nul de ma vision) veut caresser la grande et m’engage derechef en conversation sur les canidés.

Polie, j’opine du bonnet et de la voix : hum ! hum ! … ouiiii … Avec force hochements de tête et sourire en coin. L’est grand, cet apôtre, il se drape les épaules avec un grand truc en velours blanc – en velours !

« Touchez, c’est du vrai, comme on n’en fait plus, dit-il. Chevelure blanche (çà me rassure un peu), short et baskets, l’allure type spécial toutou.

Mais, nom de dieu, il me drague cette andouille ! … C’est bien à moi qu’il parle ! Et çà, pour parler, il parle. De son chien, qu’il a tant aimé, qui est mort il y a deux ans. Il lui a écrit un poème. Lisez Madâame, dit-il en sortant un papier de son porte-feuille. Une ode  !…

Il l’aimait tant, son chien, qu’il vient de le faire « empailler ». J’ai les boyaux qui commencent à se tordre. Il a signé un contrat devant notaire comme quoi le survivant de son couple (il est marié) en prenne soin et le garde jusqu’au bout.

Toujours polie, je lui demande où il a garé son épouse, « elle m’emmerdait, je suis parti me promener ». Discrètement, je tanguote sur la tombe où je suis installée. Il enchaîne : « Depuis toujours j’aime la campagne… » Ma parole, il me prend pour une paysanne native ! Une limousine… Les charolaises (je parie que ce mec roule en R4), les provinces françaises, il est du nord, près de Lille (va me demander d’où je suis – gagné !) …

Nous voilà partis pour un tour de France. Mazette, il connait mieux la carte des vins que des chapelles, celui-là ! Il aime les monuments historiques, les châteaux (du dehors, parce que les histoires des guides c’est barbant) - et zou, atterrissage à Oradour sur Glane (j’ai dû louper quelque chose dans son discours, l’aurait pu trouver quand même quelque chose de plus gai cette gonfle)

Commence à faire long, le gonze. Il raconte ses visites, on s’y croirait.: Ah ! Pétain, quel grand homme ! (mais il est vraiment con). Il a accepté de prendre le déshonneur de la France sur sa personne ! Sans Pétain, il n’y aurait jamais eu de Gaulle et le reste ! (le reste, la peste et le choléra, on le subit, pas la peine d’en rajouter).

Je glisse toujours :  » Savez-vous, Madâame, que j’étais contre la guerre d’Algérie (ces vieux schnocks, quand ce n’est pas celle du grand-père, du père, ils se rabattent toujours sur leurs hauts-faits, va bien finir par me raconter son enfance malheureuse), on m’y a envoyé en stage 3 mois, fallait leur laisser leur pays à ces gens là, en pleine guerre Madâame (et brave en plus, l’a pas été objecteur, l’a dû se faire réformer) « .

Petit pas par petit pas, je glisse sur la tombe où je me suis installée. J’écoute, je subis : « finalement la Bretagne, c’est pas çà, il pleut, mais ils ont de belles vaches, des normandes, celles qui donnent beaucoup de lait (l’a pas vu les cochons). J’ai voyagé partout en France, Madâame, je suis spécialiste en hydraulique des trains d’atterrissage d’avions. Je me disais bien, un planeur, mais c’est pas vrai, il est shooté !

Intarissable, il babille, grand escogriffe harnaché de son dessus de lit en « vrai velours » (vais finir par croire qu’il sort de l’H.P) –   « J’ai travaillé à Lyon, infirmier visiteur de l’H.P (une reconversion, c’est possible mais il y a loin des roues d’avions à la psy) – Là, je décroche vraiment, je suis bien élevée et ne rigole pas franchement, il va me faire un petit tour sur l’alzeihmer et l’euthanasie maintenant –  » Vous ferez-vous « empailler » pour votre femme ?  » –  » Elle n’y tient pas  » – du surréalisme à l’état pur.

Soudain, il se souvient qu’il y a des langoustines à dîner, il se fait tard, il a de la route à faire.

chiens.jpeNous nous séparâmes, émus et attendris de cette rencontre par deux poignées de mains – prolonge pas ou je tombe.

Je regarde s’éloigner cet olibrius dégingandé en rigolant.

J’ai oublié de lui demander de quelle race était son chien, et si c’était un Saint Bernard ?

Ah ! ces aventures de vacances !!!

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15 Commentaires

  1. babelouest

    19 août, 2010 à 7:20

    Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Du grand, du très grand La Pecnaude ! Encore ! Encore ! Il avait un béret, ou un panama, le gonze ?

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  2. lediazec

    19 août, 2010 à 7:22

    Ah, la Françoise ! On ne peut pas la laisser seule deux minutes. C’est du propre !

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

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  3. b.mode

    19 août, 2010 à 7:42

    Même pas la bise ?

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  4. Phildp

    19 août, 2010 à 7:45

    Je vois bien un Saint Bernard empaillé trônant près d’une cheminée rustique, levant une papatte (avant, n’est-ce pas ?) et le cou tendu, offrant le précieux breuvage de son tonnelet…

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  5. clomani

    19 août, 2010 à 8:37

    Tu t’es bien gardée de me raconter l’empaillage l’aut’soir, hein… maline Pecnaude ! Comme ça je rigole encore plus ce matin en te lisant.
    M’étonnerait qu’il ait roulé en R4 le con (même s’il aimait Pétain ! -faut le faire-). Je le verrais plus en Mercedes, s’il a travaillé dans l’aviation…
    Les petites ont la cote, je le savais ;o)) !

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  6. clomani

    19 août, 2010 à 9:40

    Purée, la zique du jour ! Les Beatles « plânant » en chemises à fleurs !
    Petite madeleine proustienne pour moi ;o)).

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  7. b.mode

    19 août, 2010 à 11:33

    I am the walrus est avec All along the watchtower par Hendrix et Jumpin Jack flash des stones un de mes morceaux préférés de cette époque bénie. Et que dire du clip totalement délirant concocté sans doute aucun sous l’emprise de Lucy in the Sky with Diamonds si vous voyez ce que je veux dire…

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  8. lapecnaude

    19 août, 2010 à 11:59

    Faut dire que le coup du chien empaillé, je ne l’avais jamais eu, en céramique, oui, mais çà ! Et ce n’est qu’une partie de son discours … N’empèche, même si c’est la dernière, çà fait bien plaisir. Na !

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  9. b.mode

    19 août, 2010 à 12:17

    @Phildp Il aurait même pu le mettre sur la plage arrière de sa R4 ! ;)

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  10. lapecnaude

    19 août, 2010 à 12:27

    Bernard, tu l’as pas mis ou je l’ai oublié, mais je lui ai même demandé « et vous, vous vous ferez empailler pour que votre femme vous garde ? il m’a répondu  » non, elle ne veut pas ! » texto.
    En fait, là ou j’étais, il y a des sarcophages préhistoriques, bien utiles pour servir de sièges.
    J’ai toujours rencontré de drôles de gens en baladant mes chiennes, dans le marais, ils sont aussi gratinés mais il faut les comprendre.
    Les vieux, ils sont comme Didier Goux, forts en gueule et tout en gueule, y a qu’à lire les descriptions des petits plats que lui prépare sa « tendre », après tout c’est tout ce qu’il leur reste, quand on en veut !

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  11. b.mode

    19 août, 2010 à 13:16

    ah bah tu as du l’oublier ? tu veux que je le rajoute où ?

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  12. b.mode

    19 août, 2010 à 13:39

    Si si Françoise, il figurait dans ton texte original ! j’ai pas compris pourquoi le paragraphe a sauté ! Rajouté !!!

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  13. clarky

    19 août, 2010 à 14:58

    voilà ce qui arrive quand on trainasse avec des chiennes, y’a toujours un médor pour venir te renifler le cul ;)

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  14. des pas perdus

    19 août, 2010 à 18:15

    quelle aventure, en plein marais poitevin… ?

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  15. lapecnaude

    20 août, 2010 à 0:32

    Des Pas Perdus – pas poitevin – CHARENTAIS et en Saintonge en plus !

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