Misère philosophique
Tous les matins, tôt, je vais chiner sur les blogs amis de quoi nourrir la phrase du jour. Phrase qui illustre l’actualité politique du moment.
Ainsi, cherchant, l’autre jour je suis tombé sur un billet de Guy Birenbaum dans lequel il fait état d’une interview de Raphaël Enthoven – mensuel Médias – où il est question, entre autres considérations, de blogs et de blogueurs.
Selon monsieur Enthoven, le blogueur serait un exhibitionniste, un narcissique dont le paradoxe réside dans le besoin irrépressible qu’il a de l’Autre pour que son nombril prenne enfin le volume qu’il mérite. Pour finir d’enduire le muret de sa connaissance blogosphérique, Rapha pète une explication à faire hennir mon bardot : « le blogoïste, dit-il, me fait l’effet d’un homme qui vit sa solitude comme une séparation, une déchirure. Or, il existe d’autres manières, plus joyeuses, de vivre sa solitude. »
Monsieur Enthoven est une sommité. Il n’y a que les sommités, sauf rares exceptions, pour avoir peur du Net et utiliser un temps précieux à dénoncer une menace maléfique.
On sait le travail de Guy sur son blog et la connaissance qu’il a de la blogosphère. On sait aussi les efforts qu’il fournit pour démontrer que le blogueur est un citoyen qui a trouvé dans ce mode d’expression le moyen d’exister en sa qualité d’individu impliqué dans la vie de la cité et engagé dans une action politique qui le concerne. A ce titre, le blogueur peut représenter un danger pour tous ceux qui veulent gouverner ou penser en rond…
Normal donc qu’en lisant les déclarations de monsieur Enthoven, Guy ait rebondi pour, utilisant le relief, mettre en évidence ce qu’il considère de la part du philosophe comme un gros plantage. Et ça l’est !
Or le lendemain, rapide, réponse de monsieur Enthoven himself.
Là, monté en chaire, il pérore. Tout y passe. Du général au particulier et de l’impression à la théorie, monsieur Enthoven disserte avec l’aisance d’un séminariste sur les lumières de son firmament. Nuls que nous sommes – on écarquille les yeux ! – il nous balance à la figure du René Char pour commencer. Tiens, prends ça ! doit-il se dire en pianotant – ou faisant pianoter – son irrécusable réquisitoire.
Finalement, il avoue ne jamais trouver ce qu’il cherche dans le « continent virtuel ». Enfin de la reconnaissance ! Nous passons de l’état de blogoïste déchiré, sorte de néandertalien saturé d’ego, à celui de « continent virtuel ».




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