Accueil Politique Tlaxcala – postface (situation actuelle)

Tlaxcala – postface (situation actuelle)

19
0
714

souscommandantmarcos.jpgJe viens de lire un bouquin écrit par le Sub (sous-commandant insurgé Marcos, signe-t-il), « Calendrier de la résistance » – Éditions « rue des Cascades » – mai 2007.

Il s’agit de 12 chapitres, correspondant à 12 mois, où il raconte ce qui se passe dans 12 états différents où les Zapatours et autres Caracols sont passés les années précédentes. A chaque état, Marcos commence à rappeler le passé lointain et indigène, puis dénonce les 3 chefs de l’État Fédéral mexicain ayant succédé à Salinas de Gortari. Il dénonce les divers gouverneurs et caciques dans chaque état et le sort qu’ils font subir au peuple indigène, aux plus pauvres de chez les pauvres…

Une fois de plus, ça risque d’être un peu long mais on voit les reculades, le non respect des accords de San Andrés (accords signés avec l’Etat mexicain pour la reconnaissance et le respect des peuples indigènes). Globalement, le Mexique est la succursale « drogue » et « main d’œuvre pas chère » des USA. Extraits :

***

Le Tlaxcala

« Selon les statistiques de l’INEGI, en 2000, cet état avait un peu moins d’un million d’habitants, dont près de 30 000 âgés de plus de cinq ans parlent une langue indigène. Sous le ciel du Tlaxcala, vivent des indigènes nahuas, otomis, hnahnus et totonaques.

Avril

L’aigle (du drapeau) se mue à nouveau en un nuage bleuté qui survole le Tlaxcala. Pénétrant la vallée par le volcan Matlaleuyetl, également appelé « Malinche », le nuage emprunte le « couloir industriel » Apizaco-Xalostloc-Huamantla, grimpe jusqu’à la cité industrielle de Xicohténcatl, puis vire au sud vers la vallée industrielle Malintzi, à hauteur de la lagune d’Atlonga, pour déboucher enfin, une fois franchie la zone industrielle de Panzacola, sur Cacaxtla. Arrivé là, notre nuage prend appui sur la clinne et, plissant les yeux, ouvre son coeur à une histoire dans laquelle rébellion et dignité font se rejoindre les années du calendrier passé et celles du calendrier présent.

Sur le calendrier de la conquête espagnole, il est dit que l’indigène Xicohténcatl Axayacatzin se rendit compte que l’arrivée des Espagnols ne signifiait pas le retour de Quetzalcoatl, que leurs châteaux flottants était le résultat du travail de l’homme, admirable parce que jamais vu auparavant et suggéra donc aux 4 plus grand seigneurs de Tlaxcala de « considérer ces étrangers  comme tyrans de notre patrie et des dieux ». Les gouvernants ne tenant pas compte de ce point de vue, Xicohténcatl tenta peu après de convaincre les autres seigneurs de s’allier avec Ciutlauac qui venait de succéder à Moctezuma sur le trône après sa mort. De son côté, Hernan Cortés essaya vainement de rallier à sa cause Xicohténcatl, mais notre rebelle indigène s’y refusa. Aussi Cortés le fit-il capturer et pendre.

Selon certains, Tlaxcala signifie « terre du pain de maïs ». Pour le néolibéralisme cependant, et comme en témoigne le nuage sur son chemin, cela signifie « terre des maquiladoras ». Dans le Tlaxcala, 62% de la population vit et travaille là où ces ateliers d’assemblage et de confection se sont implantés.

Ici, l’implantation de maquiladoras qui « avalent » ou subordonnent les plus petites entreprises ne cesse d’augmenter. C’est simple, une entreprise s’installe en ville et ensuite se dédouble en envoyant les contremaitres installer leur propre atelier clandestin dans des communautés, de préférence de deux ou trois mille habitants, où ils payent des salaires plus bas qu’en ville et se servent de maisons louées pour quelques mois seulement, de façon à pouvoir changer d’endroit souvent. Il existe une variante qui consiste en ce que l’atelier de confection le plus gros ou qui est déclaré « achète » ou accapare la production des plus petits, clandestins.

Dans certains endroits, les entreprises fournissent les machines et les habitants la main d’œuvre. Les parents laissent même embaucher leurs enfants dès l’âge de 8 ans. Comme au XIXe siècle, les pères de famille deviennent des gardes-chiourmes qui surveillent le travail de leurs propres enfants (payés 5 €/semaine), de 13h – heure de sortie de l’école – à 19h. Les enfants souffrent de malnutrition et désertent l’école primaire.

Comme c’est une région produisant un grand nombre de migrants, les mères et leurs enfants dépendent entièrement du caprice des maquiladoras pour avoir des revenus. La destruction du tissu social communautaire qui en résulte entraîne la prolifération des drogues et de la prostitution.

De plus en plus frénétiquement, le Tlaxcala se couvre d’ateliers… et de résistances à ces maquiladoras car le fait est qu’elles n’arrivent pas seules.

En même temps qu’une recrudescence de l’embauche de mineurs, les organisations sociales ont détecté un nombre toujours plus grand de « brigades d’opérations mixtes », de barrages de contrôle, de caserne des différentes polices, etc…

Dès qu’une route est bloquée par des manifestants, la police arrive et la répression se déchaîne. Des ouvrières ont voulu fonder leur propre syndicat indépendant (elles fabriquent des pièces d’automobiles pour Volkswagen), ce qui fait qu’elles se sont d’abord battues pour obtenir un contrat en bonne et due forme. Évidemment, le syndicat officiel a expédié là-bas des gros bras qui sont allés jusqu’à chasser la police – envoyés surveiller les lieux et empêcher qu’un conflit n’éclate – pour pouvoir cogner librement sur les travailleuses qui voulaient changer de syndicat.

Le « miracle » des maquiladoras, ateliers si chers aux gouvernants et aux intellectuels de droite, ne débouche nullement sur la création d’emplois mais sur un cercle vicieux cauchemardesque entraînant des conditions de travail qui feraient honte aux « encomenderos » de l’époque coloniale espagnole :

« Si vous n’acceptez pas de travailler dans les conditions que je dicte et pour ce salaire, je m’en vais voir ailleurs », disent les maquiladoras. De sorte qu’il existe dans des communes, des ateliers opérant dans des conditions quasi coloniales et produisant selon un régime de surexploitation.

Certains paysans s’opposent radicalement à l’installation de tels ateliers car les ateliers empiètent sur des terrains agricoles irrigables. Deux villages ont ainsi déclaré qu’ils étaient prêts à tout pour résister et défendre leurs terres irrigables. A Panotla, les élèves se sont aussi battus contre la fermeture des écoles que voulait l’administration du Tlaxcala et contre l’alarmante militarisation de l’ensemble du territoire de la commune, reconverti en zone militaire dès 1994.

Les habitants de la commune d’Apizaco ont engagé une bataille juridique et une résistance civile pacifique contre le projet de réglementation en matière de protection et de circulation routière (contre le plan Puebla-Panama), projet calqué sur celui de Los Angeles en Californie qui imposerait un modèle dictatorial de surveillance de la circulation. Pour s’y opposer, les routiers comme les commerçants et les habitants en général firent un débrayage de huit heures. Il en résulte que l’administration judiciaire mène une enquête préalable dans le but d’intimider le mouvement.

Et le gouvernement local, dans tout ça ? Comme il s’est senti exclu du Plan Puebla-Panama (et des fonds débloqués à cet effet), M. Sanchez Anaya a contre-attaqué en lançant le projet « Grande Vision » pour prendre « le train de la modernité » (ça ne vous rappelle pas certaines paroles de nos dirigeants français ?). Sept voies rapides traverseraient donc tout l’État en s’entrecroisant du nord au sud et d’est en ouest, s’incorporant ainsi aux nouveaux réseaux logistiques. Les yeux et les mains néolibéraux sont fermement décidés à s’emparer de l’axe Puebla-Tlaxcala, qui est le 4e couloir de population le plus important du Mexique. C’est normal, il regorge de consommateurs et de main-d’œuvre. Mais ce n’est pas tout : la rébellion aussi y abonde. En 2003, un groupe de Tlaxcaltèques se rassembla à Mexico dans le cadre de la Rencontre nationale des braceros, les travailleurs des champs. »

S’ensuit une itw d’un bracero qui rappelle que 10% des revenus des travailleurs agricoles mexicains aux USA leur serait restitué suite à un accord bilatéral. En 42, l’accord a été signé entre les deux pays concernant les travailleurs agricoles, en 43 un autre concernant les cheminots dans lesquels les 2 gouvernements accordèrent une retenue de 10% à titre d’épargne sur le salaire des braceros qui iraient travailler aux Etats-Unis. Or, à ce jour, les 10% auraient été restitués par les USA à l’État mexicain, mais rien n’a été redistribué aux braceros revenus chez eux « parce qu’ils sont arrivés trop tard pour le demander » prétexte l’état fédéral !…

Viennent ensuite plusieurs témoignages de ces braceros, dont un qui cite Luz, ma Luz, celle qui m’a prise par la main pour m’emmener dans les diverses communautés de l’Etat militant avec la CNUC :

« Au début, en 99, cette lutte est née à Tlaxcala. C’est là que ça a commencé cette année-là parce que c’est en 99 que nous avons appris que l’un de nos compañeros de l’époque était allé en Californie chez un de ses enfants là-bas et qu’il avait vu, par pure coïncidence, le journal où on parlait de cette histoire des 10% , déjà versés au Mexique et qu’il fallait aller toucher notre argent. La 1ère chose que nous avons faite, c’est communiquer la nouvelle à tout le monde. En 2000, nous avons été reçus par le gouverneur de l’Etat de Tlaxcala. Avant, nous avions parlé avec un député du PRD (genre socialiste) mais ça n’avait rien donné. Deux ans plus tard, nous avons pris contact avec la compañera Luz Maria. Ca fait donc 3 ans que nous nous démenons sans cesse. On a commencé à 6, après on a été 60 et maintenant on est 5 mille, grâce à notre lutte, grâce à notre ténacité et grâce à la patience que nous avons eue. En 2002 un député  nous a dit que nous toucherions chacun 5 mille dollars et qu’il nous communiquerait aussitôt le résultat de la séance. C’était du pur mensonge parce que nous n’avons plus jamais rien su de lui. La seule chose qu’il voulait, lorsqu’on l’a rencontré ensuite, c’était accaparer le micro le plus longtemps possible parce que, quand des compañeros ont voulu passer le micro à un compañero bracora, il l’a interrompu; il ne l’a pas laissé placer un mot et est passé à autre chose… »

« Y en a marre d’avoir leur pied sur la nuque », conclut El Sub. Comme on peut le voir, la France n’est pas « grève-land » comme disent nos bourgeois du MEDEF et de notre gouvernement…

Les méthodes mexicaines sont terribles mais c’est, à mon avis, un avant-goût de ce qui peut se passer bientôt en Europe, si on n’y prend pas garde.

Retrouvez l’intégrale de la suite mexicaine

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par clomani
Charger d'autres écrits dans Politique

19 Commentaires

  1. lediazec

    14 septembre, 2010 à 6:58

    Longue et belle bafouille, Clo. Foisonnante et pleine d’enseignements sur une partie du monde que nous connaissons désormais un peu mieux, grâce à tes nouvelles, étouffée par la cupidité d’une cohorte ultra-libérale et la cupidité de quelques actionnaires.
    Merci.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

  2. lediazec

    14 septembre, 2010 à 8:10

    Oyez ! Oyez ! Toutes les rubriques (colonne de droite) sont en visuel. Un collector, ascenseur pour l’échafaud, avec itv de Louis Malle. Magique. Merci Bernard.
    A ne pas rater non plus le Super Mario d’Erby. Enfin tout.
    Bonne lecture, bonne écoute et bon appétit avec le granité de melon au miel.

    Dernière publication sur Kreizarmor : Place Vendôme, haut lieu de l'indécence

    Répondre

  3. b.mode

    14 septembre, 2010 à 8:41

    La sélection du mythique ascenseur est l’oeuvre de Claudine ! Avec ma bénédiction, il bas de soie !!! ;) J’ai juste privilégié le live + l’itw plutôt que la musique seule !
    ps : merci à elle pour sa suite mexicaine !

    Répondre

  4. babelouest

    14 septembre, 2010 à 8:47

    Merci, Clo, toujours aussi sublime ta prose ! Merci Rodo et Bernard, pour les succulents desserts que vous nous distillez chaque jour. Miam !

    Répondre

  5. clomani

    14 septembre, 2010 à 9:22

    Ooooh là, si cette prose est belle, c’est justement parce qu’elle n’est pas de moi : elle signé Marcos (et son traducteur). Moi je n’ai comme mérite que de m’être abîmé les yeux à recopier quelques paragraphes et à résumer ce qui était trop long.

    Pour prendre de la distance, j’ai lu un autre livre : « le rendez-vous de Vicam » ! Il regroupe les discours des représentants des diverses ethnies indigènes de l’Amérique (de l’Alaska à la Terre de Feu) lors d’un grand « pow wow » qui a eu lieu dans le Sonora, à l’initiative des Zapatistes. Des milliers de gens, délégués par leurs tribus, se sont réunis à Vicam, chez les Yaquis (dont on dit qu’ils sont parmi les rares ethnies à n’avoir jamais plié sous le joug des divers envahisseurs mais qui visiblement résistent difficilement au libéralisme). Tous ces indigènes, réunis en 2008, ont dénoncé les diverses spoliations que leurs peuples ont dû subir depuis 500 ans, mais auxquelles ils sont encore maintenant confrontés (détournements d’eau, construction de golfes pour riches, d’hôtels dans des réserves) ainsi que la répression et les mauvais traitements qu’ils subissent par les patrons, les milices privées, les armées nationales etc. lorsqu’ils manifestent, organisent des blocus, font grève.
    Du Nord au Sud, les premiers habitants de l’Amérique sont toujours les derniers des citoyens, ostracisés, méprisés, exploités, ce dans un silence retentissant.
    Récemment, on a entendu parler dans la presse française des Mapuches, assimilés à des terroristes par une vieille loi chilienne de Pinochet « Trente-deux Indiens Mapuches en grève de la faim demandent que la loi antiterroriste adoptée sous la dictature de Pinochet ne leur soit plus appliquée. Comme d’habitude, leur cause est passée sous silence et mobilise moins que celle des pingouins menacés par un projet de centrale » constatait le 31 août un journaliste de la télévision chilienne… »
    C’est un peu comme si le libéralisme écrasait en premier tous ceux qui sont respectueux des autres et de la terre.
    C’est ça, la vraie violence.

    Répondre

  6. b.mode

    14 septembre, 2010 à 9:28

    Mais quelle est la réalité actuelle des zapatistes ? que contrôlent-ils effectivement ? Comment vivent-ils en 2010 ?

    Répondre

  7. clomani

    14 septembre, 2010 à 9:32

    Sinon, pour la « zique »… merci Bernard ! C’est aut’chose que ce que je t’avais fourni. Je cherchais d’ailleurs ces images de l’illustration sonore en direct de Miles ! Avec en prime la voix de François Chalais et l’itw de Louis Malle ! Génial. Merci.

    Répondre

  8. b.mode

    14 septembre, 2010 à 11:00

    J’ai passé un bon moment à les retrouver mais je pense que ça valait le coup ! Le film et la musique tout au long sont sublimes ! A noter la présence du hussard Nimier au scenario !

    Répondre

  9. remi begouen

    14 septembre, 2010 à 11:17

    Ton commentaire çi-dessus (à 9h22) mérite aussi d’être salué, Clo, ((o!))… Que d’informations sur les peuples aborigènes d’entre Ala&ska et Terre de Feu! Merci! Merci aussi de ce flash sur le désastre culturel actuel du ‘libéralisme’ (= capitalisme) contre tous les peuples, de partout, finalement!
    Et c’est donc de partout que monte le désir, la conscience, d’une révolution sociale à réussir… avant de tous crever pour la gloire du fric, aveugle, sourd, meurtrier…

    Répondre

  10. Fifi d'Ardèche

    14 septembre, 2010 à 14:18

    En vous lisant, Clomani, j’ai l’impression de « voir » ces Hommes et ces Femmes marchant en files silencieuses des différents points du continent, confortés et renforcés par ceux qui, comme vous, portent leur parole à travers le monde, traversant ruisseaux, torrents, forêts, déserts pour se rejoindre et finir par former une formidable armée qui, comme le dit Rémi Begouen ,réussira cette révolution sociale mondiale.

    Répondre

  11. lapecnaude

    14 septembre, 2010 à 15:04

    Fifi, çà ferait un beau tableau hein ? Clomani est une « pure » et elle connait son sujet, on ne rève pas en imaginant ce ce qui se passe avec les maquiladoras. Leur système n’est pas nouveau, il a été exploité par les Français dans tout le « Cochinchine » et s’est terminé comme l’on sait. Il est appliqué en Inde où cela va exploser aussi …
    Fifi, je peux partir, la relève est assurée.

    Répondre

  12. babelouest

    14 septembre, 2010 à 15:25

    Mais, La Pecnaude, on ne veut pas que tu partes ! Tu restes bien trop précieuse, même si d’autres marchent sur tes traces. J’vais aller te passer un licol, me ! Et pis bouge pas !

    Répondre

  13. clomani

    14 septembre, 2010 à 15:38

    Comment ça, partir chère Pecnaude ? Cavapas non ?
    Vous savez, ce que je vous ai livré là n’est que le fruit de mes lectures de « rattrapage » car je l’avoue humblement, après ma soutenance de mémoire d’ethno (où je m’étais trouvée nulle), j’ai un peu pris le large de mes chers petits indigènes du Chiapas et d’ailleurs en Amérique.

    Pour répondre à B.Mode, je pense que le Chiapas et l’EZLN et les communautés zapatistes sera le dernier chapitre de mon bouquin… je n’en suis qu’au chapitre 8 !!! Va falloir attendre mais je pense que la situation s’est enkystée au niveau des communautés proches des Zapatistes : elles se sont renforcées… il y a toujours une vie communautaire dans certains villages, mais la répression s’est elle aussi enkystée, voire pire puisque les gouvernement successifs se sont empressés de ne pas respecter les accords de San Andrès. Donc si les indigènes des communautés se font choper par des paramilitaires ou des militaires (avec ma copine, lorsque nous étions au Chiapas, nous avons pris un bus pour aller de Comitan aux Lagunas de Montebello… un coin magnifique dans une zone de rébellion zapatiste. A mi-chemin, le bus a dû s’arrêter et deux flics douteux sont montés à bord et ont pratiqué une sorte de délit de « sale gueule »… moi j’avais oublié mon passeport à l’hotel à Comitan, ils ne m’ont pas emmerdée (c’était en 95). Alors que nous allions chercher notre bus au retour, les trouffions sont venus nous inviter pour célébrer « el dia del ejercito » (jour de l’armée)… à deux pacifistes comme ma pote et moi ! Z’étaient mal tombés ! Dans les années 2000 l’EZLN se plaignait amèrement de la présence de troupes armées dans toute la zone, et de la recrudescence de la violence et… de la prostitution évidemment.
    Comitan, qui était un petit bourg tranquille, a dû devenir une espèce de noeud de déversage de troupes en tout genre… mais les Zapatistes sont malins et entraînés. Sinon, il est question de transformer la zone d’Agua Azul (pas vue mais qui est magnifique, selon les guides) en zone touristique « éthique » … et j’ai lu l’autre jour un papier disant qu’il semble que, derrière ce « tourisme éthique », l’état planque des velléités de s’approprier une réserve naturelle toute proche de la forêt Lacandonia où quelques indiens Lacandons survivent avec leurs anciennes coutumes, et de transformer l’endroit en grosse industrie = déforestation = plein de fric = corruption = troupes de sécurité pour protéger les gros touristes US etc.
    Mais dès que j’ai fini le bouquin, je vous tiens au courant…
    Sinon, le rendez-vous de Vicam est paru chez le même éditeur que celui dont tu as montré la couverture… visiblement spécialisé dans ce qui touche aux indigènes du Mexique ;o).

    Répondre

  14. clomani

    14 septembre, 2010 à 18:53

    Petit complément d’information, différent puisqu’il parle de l’action des femmes pour les cartels de la drogue mexicains (merci à une brève d’@si) :
    « Des femmes sont, de plus en plus, impliquées dans le trafic de drogue entre le Mexique et les Etats Unis. Les trafiquants, les emploient, y compris comme tueuses, mais ils recrutent aussi au sein de la police américaine, via la corruption, comme le montre l’histoire de Martha racontée par le Washington Post dans une longue enquête publiée dans son édition dominicale.

    « Le cas d’une employée américaine montre comment les cartels de la drogue reçoivent de l’aide de notre côté de la frontière » titre le Washington Post avec une grande photo du poste frontière d’El Paso au Texas, face à la ville mexicaine de Ciudad Juarez , tristement réputée pour le record de morts dans la guerre des gangs de la drogue.

    « Elle avait une double vie. A la frontière, c’était l’agent Garnica, un policier chevronné. Dans l’ombre, elle était La Estrella qui aidait les cartels de la drogue à se jouer de la frontière américaine. Martha Guernica utilisait des codes secrets, elle passait des paquets d’argent liquide, elle dessinait une carte pour que les passeurs puissent faire franchir la frontière à la drogue et aux travailleurs clandestins. Elle était richement récompensée. Elle vivait dans une grande maison avec une piscine intérieure, possédait deux gros 4 X 4 Hummer, et passait ses vacances en Europe. Pendant des années jusqu’à ce qu’une opération d’infiltration la fasse tomber. (…)° En août dernier la double vie de Garnica a pris fin (…) 20 ans de prison après avoir plaidé coupable. (…) elle était un atout maître pour le syndicat du crime La Linea basé à Ciudad Juarez au Mexique. (..) Dès 1997, ses collègues avaient eu des soupçons. »

    Le Figaro évoque l’article en soulignant étrangement « Ce qui frappe dans la saga de sa chute, révélée lors de son procès, est le parallèle entre les méthodes de recrutement des cartels et celles des agences de renseignement communistes au temps de la guerre froide. »

    Les enquêtes pour corruption au sein de la police des frontières sont passées de 245 en 2006 à 770 cette année, et de 66 à 220, sur la même période au sein de des services des douanes et de l’immigration. 90% de la cocaïne consommée aux USA vient du Mexique.

    Washington Post, Martha

    Washington Post 12 septembre 2010

    De plus en plus de femmes travaillent et meurent pour le compte des cartels de la drogue à Ciudad Juarez. Selon Reuters, 179 femmes ont été tuées par des trafiquants rivaux en 2010. Au total, 6 400 personnes ont été abattues en deux ans et demi dans cette ville. La crise a entraîné 75 000 licenciements dans les usines de la ville qui travaillent pour les USA. 90% de la cocaïne consommée aux USA vient du Mexique. »

    Répondre

  15. Fifi d'Ardèche

    14 septembre, 2010 à 20:39

    La Pecnaude, n’oublie pas: « pire que la mauvaise herbe… » , j’ai su emmener mes parents jusqu’après quatre-vingt ans, je saurai le faire pour toi, et puis, si je porte leurs noms,ce n’est pas par hasard, alors JE T’INTERDIS FORMELLEMENT DE PARTIR ! Non mais…Que ferions-nous sans toi? Que serais-je sans toi…

    Répondre

  16. remi begouen

    14 septembre, 2010 à 22:21

    B.mode – MERCI pour cet ‘ascenseur pour l’échafaud’, si génial. D’autant plus que ce film est lié pour moi à un sacré souvenir. Après avoir vu ensemble ce film, nous étions si émus, ma copine et moi que nous avons pris ensemble, pour la 1°fois, l’ascenseur…vers le 7° ciel !

    Répondre

  17. Fifi d'Ardèche

    15 septembre, 2010 à 0:35

    Clomani, l’histoire de Martha et le parallèle établi par le Figaro  » entre les méthodes de recrutement des cartels et celles des agences de renseignement communistes au temps de la guerre froide  » donne froid dans le dos… On se rend bien compte du fait que ni la nature, ni les humains n’ont d’importance pour ces multinationales ,et que, pour ces « entités » seul l’argent, le pouvoir comptent…Mais on se rend compte aussi et surtout que les peuples refusent cela et se battent!
    Alors, je veux rêver que cette belle règion d’Agua Azul que vous évoquez et qui, je crois, est le berceau de la civilisation Maya , ne tombera pas aux mains de ces vils profiteurs ,je veux rêver que cette prophétie à propos du calendrier maya concerne bien l’année 2012 et pas l’année 2220(parce que, hein! il faut qu’on puisse le voir,)et que cette prophétie est l’annonce d’un renouveau , sur le plan mondial…Rêver un monde meilleur , c’est espérer un monde meilleur, c’est en avoir l’image en soi et, partant de là, c’est savoir que c’est possible…

    Répondre

  18. b.mode

    15 septembre, 2010 à 2:39

    Miles en live en fond et l’interview de Malle par Chalais, un reportage comme on n’en fait plus ! ;)

    Répondre

  19. Ferocias

    7 novembre, 2010 à 11:28

    La résistance des « indigènes » du nord au sud de l’Amérique aux profiteurs, spoliateurs,… n’est pas à ngliger. Il se passe quelque chose en Amérique Centrale et en Amérique du Sud.

    Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

“Margot, mémoire d’une reine” de Goran Bregovic

C’est par hasard que je suis tombée sur l’affiche du Festival “Métis” (Méditer…