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La mort y a plein de vie dedans !

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Après moi le Déluge ! Cette expression courante (souvent employée au second degré, ouf !), je l’ai récemment relue dans un commentaire (et c’était au 3°degré). Mais elle renvoie quand même, au tout premier degré à la réalité, mourir. Nous sommes tous et chacun immortel(s), soit. Boris Vian y compris, qui concluait sa célèbre chanson ‘Je voudrais pas mourir avant’… par un magnifique : … ‘et à la grande rigueur, ne pas mourir du tout !’

Comme tout un chacun, chacune, nous sommes affligés de la mort d’humains, surtout s’il s’agit de gosses, de jeunes, d’adultes, de vieux… de notre proche entourage. Voire de l’autre bout du monde…

‘Après moi le Déluge’ m’évoque surtout, sur le plan principal de la vie de la cité, de la res-publica, cet égoïsme crasse, voire pire, celle de l’immortelle Liliane Bettencourt (par exemple et entre autres !) qui ‘achète’ son immortalité à coup de millions (milliards ? je m’y perds !), cependant que de vénérables artistes ou scientifiques célèbres ‘cassent la pipe’ tout simplement, comme ça, laissant belle trace de vie dans la société. Comme X ou Y de par le monde, à tout âge, font de même en laissant une belle trace, douloureuse, dans leur entourage proche… au moins.

‘La mort, y’a plein de vie dedans’ chante merveilleusement le poète Félix Leclerc. Et c’est exactement le contraire de l’affreux ‘après moi le déluge’. C’est dire que chacun et chacune, à sa mort, quel que soit son âge, son statut… reste ‘vivant’ pour d’autres vivants, etc. à n’en plus finir de cette humanité, dont la seule religion, basique partout, est le culte des morts, avec nombreuses variantes…

De grandioses sépultures de très riches personnages, ignorés de tous, tombent en ruine – j’ai vu cela au Père-Lachaise, où je vais à l’occasion méditer au Mur des Fédérés, fusillés là en 1871 – cependant que des fosses communes ont accueillis des génies comme Mozart ou tant et tant de victimes anonymes de massacres (Srebrenica, Rwanda… pour en rester aux dernières décennies, mais il y a en tant eu…).

Bref, je ne voulais surtout pas faire un billet morbide, mais c’est vrai qu’on a du mal à rigoler sur le sujet. Nous avons pourtant chacun(e) besoin de rigoler, malgré la nouvelle d’un décès : ‘Faut vivre’ comme le chante le poète chanteur Mouloudji. Rigolade du genre : ‘On y passera aussi, à trépasser… mais, après vous je vous en prie’. Entre amis, cela passe à peu près (on boit un coup de remonte-pente après une cérémonie mortuaire).

Mais la guerre de classes ignore la frontière vie/mort, malgré le malicieux clin d’œil de Brassens : ‘les morts sont tous des braves types’… Non, avec les ennemis de classe, du genre ‘après moi le déluge’, là, je trinque pour boire un coup en rigolant franchement à l’annonce de la mort d’un richard : ‘tout ce fric volé pour finir par crever comme tout le monde ?’… Ben, çà t’apprendra, na !

Je dédie ce petit billet à la mémoire du prolétaire Thierry, dont la mort m’avait inspiré le texte suivant, il y a quelques semaines :

Échec et Mort

Thierry, 56 ans, 1m85, a quitté ce bas monde, je viens de l’apprendre au bistrot où je jouais aux échecs contre lui, assez souvent. Il n’était pas un ami intime, mais un très bon copain, un mec avec qui échanger – entre deux parties d’échecs – beaucoup de considérations sur la vie en général et en particulier. Encore qu’il ait toujours été très réservé à parler des particularités de sa vie privée. Je sais simplement qu’il fut ouvrier très hautement spécialisé à l’usine ‘Air Bus’ de Saint-Nazaire, à en intimider de vaniteux ingénieurs. Et qu’il avait de fortes attaches, en plus de son amour immodéré pour l’aviation, avec la montagne, celle de ses Pyrénées…

Sans nouvelles de lui depuis un bon mois, nous supposions donc qu’il était retourné là-bas (là-haut) une fois de plus. Mais non. Mis en ‘arrêt maladie longue durée’ depuis quelques années (souffle au cœur, je crois), il semble avoir vécu ses derniers jours, voire semaines, tout seul. Où quelqu’un de sa famille, enfin, a découvert le drame, bien plus tard que le décès…

Thierry ne nous avait jamais donné son adresse ni son n° de téléphone, raison pour laquelle nous ne savions rien de son absence si prolongée. Il y avait bien une femme, marrante comme lui d’ailleurs, qui ‘avait été avec lui’ et devait bien savoir cela, mais avait disparue de la circulation locale et Thierry ne voulait pas aborder le sujet de leur séparation, sinon d’un sourire et d’un haussement d’épaules… avec un ‘c’est la vie’… Soit !

Reste que Thierry est mort, seul comme un chien abandonné. Alors que, à défaut de compagne, il avait la chaude amitié de copains de bistrots (quelques copines aussi) qui pensaient à la si belle chanson de Brel : ‘T’es pas tout seul, Jeff !’

Lorsque j’ai appris la triste nouvelle à un copain de bistrot, il s’est mis à pleurer, sans retenue. Malgré que l’on soit attablés auprès de gens que nous ne connaissions que de vue (histoire de fumer un clope en terrasse !) et qui ne connaissaient pas Thierry. C’étaient des Maghrébins qui parlaient en arabe et dont nous avons, ainsi, brutalement interrompu la conversation. Je m’en suis excusé auprès d’eux, mais l’un d’eux m’a répondu (à peu près) : ‘Votre ami Thierry est aussi le nôtre, qu’il repose en paix !’

Merci les amis… et d’autant plus que l’une des divergences que j’ai eu avec Thierry tournait justement autour du racisme (si latent partout) qui le tentait envers les Arabes… Mais il admit très bien mes énergiques arguments : c’est même de là que nous sommes devenus très copains. Repose en paix, Thierry. En avion, dans les Pyrénées, où tu veux. En fin de partie d’échecs, lorsqu’un joueur déclare à l’autre ‘échec et mat’, cela veut dire le roi est mort, en arabe ‘cheikh el mout’

Thierry est mort, et je ne me sens pas bien vivant…

Salut l’ami, je t’aimais bien, tu sais…

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55 Commentaires

  1. lapecnaude

    9 octobre, 2010 à 4:03

    J’imagine fort les débats bucoliques entre FIFI et Clarky … petite souris chaperonnée que je voudrais être ! Remarques Fifi, que Lolo est très très fort en botanique, il peut te servir de guide.
    Clarky – hélas, nous ne sommes pas tous pareils, tout en aimant les mignardises (les cerises à l’eau de vit avec leur petite queue, sans çà elles n’ont pas leur délicieux de petit goût de noyau à l’eau de vie) j’aime la pleinitude. Sans çà je m’entoure de mon duvet « à l’ancienne rouge bordeaux rempli de plumes d’oies et je dors sans brâhmer.

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  2. Remi Begouen

    9 octobre, 2010 à 11:23

    Jolie trouvaille de Clarky dans ses espiègleries avec l’espiègle Fifi : ‘Rien ne sert de discourir, faut répartir à point’…
    Tout un beau programme! Sous ce titre, je vous suggère de vous associer tous les deux à nous pondre un ‘beau discours’, dans un prochain article sur notre blog!

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  3. olivier bourdic

    11 octobre, 2010 à 0:04

    bonsoir, les amis !
    En direct de Marseille où le temps est enfin pourri et automnal (je peux dissimuler la chouette crève que j’ai ramené de Saint-Naz’ y’a une semaine !)
    Rémi, ton texte m’a fait chialer, salaud ! Quand j’ai lu le passage de ton copain en pleurs à l’annonce du décès de Thierry… Connaissant le lieu-bar, je me suis vu la scène et les larmes sont venues: merci.
    Elles sont venues aussi cet après-midi lorsque je regardais Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. Pour ceux qui n’y sont pas encore allés, allez-y de bon coeur ! Voilà un film qui remue la liberté, du choix, de l’engagement et du ne-jamais-renoncer (malgré-les-doutes)… et en plus en Algérie dans les années d’Enfer !… C’est beau et touchant comme c’est pas permis, les amis! Et je vous parle même pas de la distibution (Lonsdales, Wilson et compagnie, au sommet comme on dit ) !
    Sinon, ici aussi la technologie est minable : mon ordi portatif s’est pris un verre de bière et ça ne lui a pas réussi. Pas vraiment résistantes, ces machines ! (on le savait, mais quand même, une bière ! Comme si nous, on grillait après une p’tite binouze ! Ah, si Mc Inteush était breton, y cram’rait pas même au Picon !!!)

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  4. Remi Begouen

    11 octobre, 2010 à 9:53

    La dernière page de Politis est consacrée chaque semaine à ‘une digression’, signée d’un invité, souvent un écrivain. Cette fois, il s’agit d’une sociologue, Anne Copel, qui titre son beau billet ‘M.le Maudit’. Cela m’est entrée en résonnance avec la mort absurde de mon ami Thierry, car il s’agit là de la mort absurde d’un ami à elle, qu’elle essayait de protéger des drogues dures administrée dans des établissements psychiatriques, qui l’ont tué. Il s’appelait Bruno Fabre et était un très grand mathématicien… traité de fou simplement parcequ’il était épileptique !!!…

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  5. Remi Begouen

    15 octobre, 2010 à 12:31

    Anne – tu me signalais que ‘et à la grande rigueur ne pas mourir du tout’, c’était du Brassens, pas du Vian… Excuses moi d’avoir tardé à répondre : tu as tout à fait raison !!!
    Je ne pense pas que ces deux grands artistes m’en auraient voulu, de leur vivant, de cette erreur, ainsi rectifiée. Merci à leurs ‘ayant droit’ de ne pas m’en faire un procès – sauf si cela donnerait matière à une belle chanson, dans la veine Brassens-Vian-et-suite…

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