• Accueil
  • > Archives pour octobre 2010
( 18 octobre, 2010 )

L’été de la vie – J. M. Coetzee

coetzee.jpg

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler d’un Prix Nobel de Littérature. Bigre !… D’aucuns vont certainement y voir là une bouffée de prétention de ma part. Que nenni ! J’ai juste envie de vous parler de John M. Coetzee parce qu’en moins d’un an, cet écrivain m’a enchantée à deux reprises.

Coetzee est cet écrivain né en 40 au Cap (Afrique du Sud) et élevé dans l’austérité et la sévérité afrikaner de l’époque. Auteur de nombreux romans et essais, il a reçu le prix Nobel de littérature en 2003.

En ce qui me concerne, je l’ai découvert tardivement, sur les conseils d’une amie, avec « Disgrâce » (2001). Ce fut une plongée brutale dans la réalité de cette toute nouvelle démocratie. Les personnages du roman évoluent dans un pays libéré de l’Apartheid  mais ils sont hantés par leurs vieux démons, qu’ils soient luthériens, racistes, installés dans la violence et le ressentiment, ou par leur difficulté à franchir le mur de l’incommunicabilité. Dans mon souvenir, c’est un livre sur « les murs » et leurs contrecoups douloureux sur les êtres.

Fin d’année dernière, je lis « Journal d’une année noire » (paru en 2007). Alors que je m’attends à trouver un récit dans la continuité de la disgrâce sud-africaine, je découvre une étonnante et ébouriffante manière de romancer sa vie (ou pas).

Coetzee nous parle d’un écrivain sud-africain vivant en Australie, à qui un éditeur allemand a demandé de commenter l’actualité mondiale. Très banal, direz-vous. Pas du tout puisque le livre comporte trois « écritures » dès le moment où l’écrivain recrute une secrétaire : une jeune Philippine rencontrée dans la buanderie de son immeuble. Cette jeune femme vit avec un sale type qui sait à peine ce que littérature veut dire. Chaque page comporte 3 parties : la partie « réflexions », la partie « échange entre l’auteur et la Philippine », enfin la partie « vie de la secrétaire et de son amant ». C’est alors que le récit devient un roman, et que vous êtes emporté par ce triple témoignage : le couple qui observe et commente l’écrivain qui commente avec sa secrétaire ce que l’éditeur lui a demandé de commenter.

Lorsque le narrateur écrit : « Un roman ? Je n’ai plus l’endurance nécessaire. Pour écrire un roman, il faut être comme Atlas qui porte tout un monde sur ses épaules, et tenir bon des mois, des années durant [...]. C’est trop lourd à porter pour ce que je suis aujourd’hui », on prends alors conscience du génie de Coetzee, qui utilise de nombreux subterfuges pour ne pas lasser son lecteur.

Même combat pour « L’été de la vie » que je viens de terminer. On ignore si c’est un essai ou un roman, ça n’est marqué nulle part sur la couverture.

Après la mort de John Coetzee, un biographe britannique va tenter de reconstituer le portrait intimiste du Coetzee de 30/40 ans, expulsé des USA sans qu’on en connaisse la raison. De retour dans son pays où il va s’occuper de son vieux père tout en essayant de gagner sa vie. Pour ce faire, le biographe interroge une cousine, une ancienne maîtresse, une mère d’élève brésilienne qu’il a tenté de séduire, un ancien collègue professeur d’anglais, une Française ancienne  petite amie… Cinq personnages qui vont « raconter Coetzee » à leur manière, sans concession pour certains, en s’attendrissant pour d’autres. Cinq éclairages qui enfument complètement le lecteur à la recherche de qui est cet homme solitaire en grande difficulté de créer du lien qu’était le Coetzee mort. Mais un livre qui vous prend par la main et vous entraîne derrière le décorum, derrière les faux-semblants et paradoxalement vous installe comme spectateur de ce Coetzee masqué. On se délecte de « racontars » drolatiques, d’autres pathétiques, de sa volonté d’associer Schubert à l’acte sexuel. Tout ça sur fond d’Afrique dont Coetzee dit que ses habitants sont « incarnés », d’une manière qui s’est perdue depuis longtemps en Europe… En Afrique, disait- il, le corps ne se distingue pas de l’âme ». De son pays, il dit qu’il est insulaire puisqu’elle a si longtemps tourné le dos à ses pays-frères du Nord. Au centre de tout ça : la littérature, car Coetzee (le personnage du livre et l’écrivain) a lu, aimé et enseigné la littérature.

Petit extrait : l’enquêteur demande à l’ancien collègue de J.Coetzee qui dit que « Coetzee était antipolitique car la politique faisait apparaître ce qu’il y a de pire chez les gens, et qu’elle mettait au premier plan les individus les pires de la société… » :

- « qu’est-ce qui aurait été assez utopique pour lui ? » (le témoin vient de dire que la lutte de libération en Afrique du Sud n’était pas assez utopique pour Coetzee).

- « La fermeture des mines, l’arrachage des vignes, la dispersion des forces armées, l’abolition de l’automobile, le végétarisme universel, la poésie dans la rue, ce genre de choses… ».

Lire la suite…

( 17 octobre, 2010 )

Woerth : sonate en rot majeur

woerth2.jpgCela met vraiment du baume au cœur de voir ainsi ce si bon monsieur Woerth renaître tel un phénix, de ses cendres encore tièdes. Donné comme mort ou au bas mot zombifié, il y a encore un mois, le voici qui s’affiche à nouveau en radio et sur les plateaux téloche, à l’assemblée et au sénat. Fier comme un bar-tabac, l’arrogant mord désormais façon roquet. La dernière victime du revanchard n’est autre que la douce dame Voynet qui le moins qu’on puisse dire s’est pris une avoinée.

Que n’avait-elle pas dit au sénat en arborant de façon péremptoire la balle reçue dans sa ville par le gamin de seize ans !  L’indigente s’indignait face à la violence des forces de l’ordre et soulignait la fébrilité du pouvoir, stigmatisant un peu plus la déliquescence de l’état sarkozyste. Pur symbole de cette décrépitude, le bourgmestre de Chantilly ne pouvait laisser passer cela. Lui qui avait été sauvé à bout de bras par la Sarkozie au grand complet, mobilisée comme quatre pour éviter l’opprobre. Quitte à s’asseoir sur la justice la plus élémentaire, quitte à falsifier les dossiers gênants, quitte à confisquer l’enquête et à la confier au seul bon vouloir d’un magistrat ami.

Oubliée la tonne de casseroles que trimbalait derrière lui, l’ancien trésorier de l’UMP. Enterrés ses mensonges à répétition. Exit l’emploi de sa femme auprès de la Bettencourt. Disparues les légions d’honneur fumeuses distribuées généreusement aux financiers des campagnes électorales. Tout cela n’avait jamais existé. De la roupie de sansonnet pour journalistes à scandales.

Ainsi donc, monsieur Woerth, le roi de la réforme, s’était auto-réhabilité. Et il allait le montrer, remerciant au passage ses puissants soutiens. Hors donc, face aux honteux propos de la dame de Montreuil, il se levait comme un seul homme et entonnait un vibrant couplet sur le professionnalisme des forces de l’ordre. Au passage, il stigmatisait tout ceux qui attisaient la colère des jeunes et envoyaient dans la rue nos chères têtes blondes. Pas un mot de compassion pour l’adolescent qui allait peut-être perdre son œil. Pas un regret face aux excès policiers.

Lire la suite…

( 16 octobre, 2010 )

Fertilité & Stérilité

monocultureeeu.jpg

Mes 14 premières années ont été vécues, entre fertilité et stérilité, à la frontière très concrète de terres irriguées et enrichies par le Nil et le dur désert saharien que seul ce fleuve est capable de franchir. C’est dire que ce thème m’est familier.

J’écoutais récemment une émission de France-Inter (‘La tête au carré’) où il était question de la stérilité très progressives de riches terres agricoles d’antan. Il y était question de la disparition des vers de terre qui favorisent tant l‘agriculture. Et plus généralement de toute la vie – des microbes aux oiseaux en passant par les abeilles, les taupes, les campagnols etc. … Et des arbres, bien sûr, avec leurs milliards de kilomètres de racines !

On sait la vogue, depuis deux siècles, mais surtout depuis une soixantaine d’années, d’une agriculture moderne, devenue ‘industrielle’, qui ne pense que labours profonds, par d’énormes tracteurs, plus engrais et pesticides chimiques, monocultures, démembrements des taillis et talus, arrachages d’arbres isolés, j’en passe…D’énormes superficies agricoles (de l’Ukraine au Texas en passant par la Beauce…) furent ainsi un temps des ‘champions en rendement’, pour le blé notamment.

Puis on commença enfin, il y a 40 ans au mieux, à s’apercevoir que l’on ‘tuait la poule aux œufs d’or’, la terre nourricière, avec ses méthodes trop brutales. Certes, cela a enrichi – de façon inouïe ! – divers propriétaires et surtout divers spéculateurs. Lesquels s’entêtent, avec la complicité de pouvoirs politiques à leur botte, à pratiquer cette agriculture prédatrice de la riche nature. Non seulement par la monoculture céréalière, mais aussi par l’élevage intensif (bovins, porcins, volailles, poissons…). Non seulement la terre se meurt, mais les eaux s’empoisonnent, ainsi que les rivages marins : ravages, ravages !

J’ai beau être citadin – et j’aime ça ! – depuis fort longtemps, je suis, comme tout un chacun je l’espère, très sensible à la campagne, à sa beauté… Très affligé, comme beaucoup, de la voir défigurée. Non seulement par cette agriculture folle de profits à court terme, mais par la laideur envahissante de toutes ces ‘zones’ qui ceinturent villes et villages, avec prolifération de super-super-super marchés, etc. : uniformisation de ‘la société de consommation’, bouffe, jette, roule, vote, bosse ou chôme… et tais-toi !, ‘lémarché’ et ‘lémédia’ pensent pour toi…

Ils y pensent si peu, ou si mal, que les ravages de la nature, y compris la nôtre, s’accélèrent. On sait, mieux que ce dramatique appauvrissement de sols malmenés, qu’il y a aussi épuisement en vue des ressources pétrolières. D’où la folie par exemple de cette exploitation de forages très profonds, qui a entraîné l’immense marée noire du Golfe du Mexique…après tant d’autres marées noires ! – Folie à rapprocher d’autres catastrophes prévisibles comme Tchernobyl, Bhopal, les ‘boues rouges’ de Hongrie, etc. …

Et puis il y a nos vies concrètes…dans ce merdier. Nos vies devant des étalages de richesses inaccessibles à moins de tomber sur ‘le gros lot’ (ou d’épouser Mme Bettencourt !)…ou devenir gangster. Ou rêver. Ou lutter. En tant que lucide citoyen, jamais assez. La lucidité, ce n’est pas par l’étude savante de la société que cela s’apprend, même si elle est nécessaire. Cela s’apprend par ‘se frotter à la société en lutte’, y vivre c’est-à-dire en apprendre et y apporter.

Lire la suite…

( 15 octobre, 2010 )

Le chant du rossignol à minuit

personnageblessconstelletion7breton.jpgIl s’en passe des choses ces temps-ci. Même si l’avion n’atterrit pas, ça plane un max chez les frondeurs. Dans ce monde dominé par l’ennui, un peu d’exercice ne peut nuire. Même si la chose n’est ni prescrite ni remboursée, ça booste le métabolisme militant au-delà des limites espérées. Pour le vioc que je suis, sans dentier – pas encore -, mais la rage intacte, de tels événements me font monstrueusement bander. Le viagra ? De la gnote pour dépressifs à côté de la chaleur qui s’annonce. Sentir le vent du printemps à l’automne, y a pas à dire, je vote tout de go pour le réchauffement climatique, la dérive des continents et le changement de saisons, tempête à la clé ! Faut pas rigoler avec le bonheur d’être !

L’entrée en piste des jeunots est une nouvelle que je classe de fait dans la catégorie cinq étoiles. Foutez le bordel, nom de dieu ! Foutez le bordel jusqu’à l’occlusion intestinale de l’Autre ! Celui qui apostrophait : «tu vas voir ce que tu vas voir», caché derrière sa garde prétorienne. Faut le faire cracher au bassinet.

Or voici que ça bouge aussi au PS. Pas qu’un peu. Cette intrusion de la jeunesse dans le débat sur les retraites devient un casse-burne pour le «parti de gouvernement» qu’il veut devenir. Pour cela, il lui faut présenter patte blanche. Déranger sans offusquer telle pourrait être sa devise. Si vous avez le temps, cherchez l’intrus. Le fait est que le débat s’est installé dans les médias.

Accusée par la horde UMP d’avoir appelé les jeunots à manifester contre les retraites, Ségolène s’en défend mettant les points sur les i : elle n’a pas appelé, mais elle a appelé. Pas facile de s’y retrouver. L’a-t-elle fait ou pas ? On s’explique : elle a exhorté la jeunesse à descendre dans la rue, mais attention, cool, sans testostérone ! De qui se moque-t-on ? Qui ignore encore que sans viagra un djeun, ça te nique une mouche en plein vol dix fois de suite sans rien cracher à côté !

Lire la suite…

( 14 octobre, 2010 )

Bouclier-la !

bouclierfiscalcbfec.jpgC’est beau un bouclier ! Surtout quand on lui accole de l’adjectif.

En 2007, paradant comme un capitan – capitan désigne un personnage guerrier vantard, fanfaron, matamore -, Minimus ne jurait que par cet avatar de la religion ultra-libérale : le bouclier fiscal !

C’était sa façon de faire revenir au pays les affairistes et les riches français exilés dans les pays limitrophes afin de booster l’économie. C’était aussi l’occasion de faire de jolis cadeaux à des personnages pas très nécessiteux, comme madame Bettencourt et ses 30 millions d’euros.

Malgré les vives protestations suscitées par une mesure qui ne cachait pas le penchant de Minimus pour ses amis de classe, il persistait et signait. Ses subalternes, toujours prompts à baver devant le Maître, comme Luc Chatel, claironnant que le bidule fiscal était une « vraie conviction ». C’est beau les idées !

Un peu plus de trois ans après son élection, au milieu d’une tempête sociale qui gagne du terrain, c’est par la voix de son futur ex-Premier ministre, François-le-discret, que nous apprenons que le Bouclier en question n’était pas « un sujet tabou ». Traduction : « nous pouvons très bien le supprimer ». Adieu religion ! Aux oubliettes l’engagement de campagne, ce « signal durable aux investisseurs », comme le proclamait le félon Éric Besson avec cet aplomb de jésuite qui le rend si agréable auprès des citoyens qui ont su garder une certaine idée de la dignité.

C’est donc officiel, l’homme qui ne recule jamais devant rien ni devant personne, avalant comme un forain en représentation un boa constrictor, a donné ordre de supprimer dès 2011 le bouclier et l’ISF.

Au mess des officiers UMP, ce revirement trouble la troupe au plus haut point. Par ces temps de tensions extrêmes et de manœuvres épuisantes sur le terrain – les grèves reconductibles s’enchaînant, les manifestations prenant du volume -, le barda posé au pied des sièges, ils n’imaginaient pas voir leur idole plier bagage et faire marche arrière sans autre formalité. Pas lui. Pas Minimus !…

Chez certains offs, le coup est dur à digérer et ils ne cachent pas leur désarroi. Bref, ça couine en cuisine. Les commandes sont mal prises et au service on se trompe de table et de clients. Le repas est déplorable et la cantinière désagréable. A ce point de confusion, il suffirait de pichenette pour que le bel édifice de la Sarkozie ne s’écroule comme château de carte.

Lire la suite…

1234567
« Page Précédente  Page Suivante »
|