( 24 décembre, 2010 )

D’Europe N°1 à Antenne 2

elkabbach.jpgAprès l’élection de Giscard, la petite bande que nous étions a continué à travailler dans l’ambiance qui avait précédé l’élection. Rien n’a considérablement changé dans l’immédiat.
En revanche, dès la rentrée de septembre, il est apparu que l’équipe qui manageait Europe N°1 démissionnait. L’Etat (par l’intermédiaire de la SOFIRAD dirigée de main de maître par Denis Baudouin) devenait majoritaire au sein de la station. Suite aux démissions de Siegel, Gorini et Leroy, il y eut des assemblées générales, des négociations, et les délégués syndicaux obtinrent que tout le personnel de la station puisse jouer de la « clause de confiance » (si mes souvenirs sont bons) et partir avec des indemnités de licenciement proportionnelles au salaire.

Bizarrement, je ne me souviens pas avoir vu ou assisté à des adieux de la part des patrons… Mougeotte avait pris la relève. C’est lui qui présidait (avec Floirat) la petite fiesta organisée pour les Catherinettes, au cours de laquelle on me remit des fleurs et un cadeau d’une valeur de 500 F. Il n’y avait pas une super ambiance et nous n’avons pas traîné dans le bureau de Siegel, le soir après la fête.

Mougeotte m’a proposé de devenir sa secrétaire mais j’ai décliné l’offre parce que mon patron m’avait proposé de le suivre à la télé. Je n’ai pas eu à réfléchir longtemps avant de me décider. J’avais « fait le tour » de la radio, j’étais impatiente de découvrir l’univers de l’ex-ORTF. De surcroît, j’avais une somme rondelette d’argent, ce qui m’a permis de m’acheter un billet d’avion Paris-Beyrouth aller-retour pour les fêtes. J’y rejoignais mon copain et nous avons fait le tour du Liban et de la Syrie pendant les fêtes.

En janvier, Leroy m’invita à le rejoindre dans un des immeubles loués par l’ORTF, avenue de Matignon ! Alors que l’Etat devenait majoritaire à Europe 1, l’ORTF avait été « éclaté » en plusieurs unités : TF1, Antenne 2, France 3, la Société Française de Production, Télé-Diffusion de France et l’INA et enfin Radio-France pour les radios.

Les nouvelles chaînes s’organisaient, visiblement pas rapidement, si bien qu’on me « planqua » au secrétariat du directeur général de la chaîne (ancien responsable du secteur film et coproductions), qui occupait encore ses anciens bureaux.

Mon arrivée dans ces locaux très cossus m’a marquée : des portes capitonnées se déroulaient au long des couloirs. A chaque étage, on trouvait un « planton » qui s’occupait de recevoir les visiteurs et de distribuer le courrier pour les directeurs de l’étage. Tout était très feutré et vieillot. Je partageais le bureau avec la secrétaire du futur D.G. : X. L. ! Elle arrivait toujours assez tard, en minaudant, allait s’enfermer immédiatement dans le bureau de son patron et en ressortait bien plus tard l’air un peu émoustillé… une fois, elle m’a demandé « est-ce qu’on entend ce qui se passe de l’autre côté ? » de façon si appuyée que j’ai fini par comprendre qu’elle voulait m’informer de ne pas toucher à son boss.

Je ne le savais pas, mais j’avais été propulsée dans l’univers de la « promotion canapé », des gens payés à ne pas faire grand chose, gardés pour leur ancienneté… Je me souviens avoir été un peu gênée d’avoir si peu à faire.

Après un mois, j’ai atterri avec mon patron au 6e étage de Cognacq-Jay. C’est là qu’était la rédaction d’Antenne 2. Il était directeur-adjoint de l’information. Je partageais mon bureau avec l’assistante de Jacques Sallebert, le Directeur. Mon boss avait dans son bureau une espèce de mini-standard téléphonique d’où on pouvait joindre la direction, probablement l’Elysée et Matignon directement (du secrétariat, il n’y avait qu’à faire un numéro à 4 chiffres et pour l’Elysée et pour Matignon). Mon patron héritait du bureau d’Elkabbach qui venait de partir.

Dès mon arrivée, toutes les autres secrétaires m’ont fait la gueule sauf Brigitte de S. ma collègue de bureau. J’étais mieux payée qu’elles. Mon patron m’avait obtenu un salaire identique à celui que j’avais à Europe 1. Du coup, Brigitte, qui avait de l’expérience dans la maison, avait vu son salaire augmenté indirectement grâce à moi. J’avais des contrats de « conseiller audiovisuel ».

Je travaillais de 9h du matin à 9h du soir. Et j’ai eu une sacrée chance de tomber sur Brigitte. Dès le second soir, elle m’a emmenée partout dans ce labyrinthe qu’était Cognacq-Jay. Au 5e, il y avait la rédaction de TF1. Les studios étaient au rez-de-chaussée.

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( 22 décembre, 2010 )

Voisins/voisines et neige

voisinvoisinedidierjeanzad.gifSi mes souvenirs sont bons, j’ai fait un petit tour des voisins/voisines en parlant de la fête des voisins il y a quelques mois donc inutile que je me répète. La Fête des voisins est toujours lancée par les deux mêmes : Françoise et moi, toujours « alimentée par les mêmes 4 ou 5 personnes », toujours boycottées par la même dizaine de personnes habitant toutes dans le 1er immeuble, celui qui a l’ascenseur. Les 3 immeubles du fond n’en ont pas : ils ont 4 étages, dont le 3e est souvent constitué de duplex. Il n’empêche qu’au fond, on se tutoie tous, et que ceux du 1er immeuble nous snobent.

Je voudrais vous conter la dernière aventure entre voisins.

Notre immeuble est raccordé au câble par Numéricable, société ô combien « légère » sur tous les plans. J’ai résilié mon ADSL depuis longtemps et depuis 2 ans, j’ai Free (donc la télé Freebox). Toutefois, j’ai gardé une mini-connexion au câble pour la télé : 5 chaînes en plus qui nous étaient proposées moyennant 5 €/mois par la société gérant l’immeuble.

Cette option a déjà empêché ceux qui le voulaient de se brancher sur le numérique via un décodeur. Il leur a fallu investir dans un autre décodeur fourni par Numéricable en plus du « numérique » !

En novembre dernier, il y eut le passage de Canal au numérique. Nos écrans (branchés sur Numéricable) sont devenus brouillés (son et image).

Excédés d’avoir une image « enneigée », mes voisins du dessus ont décidé de mener une action. C’est un couple de Bretons bretonnants (la seule fois où je suis allée chez eux, j’ai vu un drapeau breton collé au mur). Leurs deux filles, aux prénoms bretons ont quitté le nid. Ils sont grands-parents puisque j’entends les pas de leurs petits enfants le mardi soir et les fins de semaine.

Donc M. et Mme A., n’en pouvant plus d’avoir une si mauvaise qualité d’image à la télé, ont collé dans le hall d’entrée une longue feuille-pétition demandant à Aximo, la société gestionnaire de l’immeuble, de bien vouloir régler ce problème vu que Numéricable donnait une explication, jamais la même, à ceux qui lui adressaient des réclamations. Ce sont deux pages collées l’une au-dessus de l’autre, à laquelle ont contribué, comme d’habitude, ceux des immeubles du fond (comme si les locataires du premier immeuble étaient des nantis).
J’y ai apposé une petite gueulante, par principe, car j’ai eu des démêlées incroyables avec Numéricable dans le passé (4 lettre recommandées avec A.R. de ma part, menaces non signées de la leur) et que je paie les 5 €/mois en plus de mon loyer pour l’abonnement aux 5 chaînes censé nous fournir des images de meilleure qualité que l’antenne !

Juste après moi, le flic du rez-de-chaussée a écrit sur les 3 colonnes, en largeur qu’on était dans l’erreur vu que chez lui, ça marchait ! Bien sûr que ça marche chez lui puisqu’il a la Freebox !

L’éternel mec qui sait tout, qui fait scier les arbres squelettiques sous prétexte qu’ils gènent l’accès à la lumière (alors que ce sont les immeubles de 6 étages qui entourent sa cour qui l’empêchent de voir clair chez lui), qui me prédit une récidive du cancer vu que sa mère en a eu une etc. Qui écrit à Aximo pour régler une querelle entre voisins et met un double dans toutes les boîtes aux lettres, nous prenant en otages dans son problème personnel, etc. Le mec sympa quoi… un flic !

Donc ce con plante toutes nos râleries en nous traitant presque d’abrutis et en montrant que c’est « çuikiditquil’est » puisqu’il ne prend même pas la peine de savoir ce qu’il se passe chez ceux qui paient 5 € de plus par mois pour avoir des chaînes brouillées depuis novembre. Au-dessous du flic, la liste des râleurs contre la neige sur leur écran s’est allongée même si le fait qu’il ait écrit en travers a pris de l’espace (une fois de plus). Du coup, il a l’air ridicule avec « sa leçon de technique » au beau milieu de la pétition.

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( 21 décembre, 2010 )

Le voleur de lumière – film d’Aktan Arym Kubat

120voleurdelumieredef1.jpgCe film sortira le 2 mars prochain, et si vous pouvez aller le voir à ce moment, n’hésitez pas une seconde parce qu’il va certainement passer inaperçu, hélas, dans la liste des distributions hebdomadaires de gros « blockbusters » américains ou de « comédies légères » à la française…

Le film est en kirghize et se passe au Kirghizstan, ancienne république soviétique devenue indépendante, située au fin fond des plaines de l’Asie Centrale. Le Kirghizstan est aussi appelé « le pays des montagnes célestes ». Son réalisateur est kirghize et joue le rôle principal de surcroît.

C’est l’histoire d’un électricien-bricolo qui vit dans un petit village aux pieds des montagnes kirghizes et qui travaille à vélo. Dans le village, il a acquis une certaine notoriété pour deux raisons. La première parce qu’il a un rêve : celui de construire des éoliennes un petit peu plus près des montagnes, là où il y a beaucoup de vent, permettant ainsi au villageois et aux environs d’avoir de l’électricité moins chère que celle venue d’ailleurs. La seconde parce qu’il aime rendre service aux pauvres qui n’ont pas assez d’argent pour payer leurs factures d’électricité… il va donc bricoler leurs compteurs, détourne l’électricité en grimpant aux poteaux  à l’aide de crampons en forme de croissant (de mon temps, les techniciens EDF en avaient aussi pour aller voir là-haut ce qu’il se passait… après on a eu des poteaux en béton, c’était moins sympa). Bref, l’électricien bricolo monte plus près du ciel grâce aux petits ailerons à pointes métalliques qu’il chausse, tel un  Hermès des steppes. Et les montagnes, là-bas au fond, surveillent placidement le va-et-viens de la plaine. Le vent, lui, balaie les feuilles des arbres sur les contreforts des montagnes, selon son gré.

« Voleur de lumière » puisque tel est son surnom a une femme et quatre filles. C’est son grand malheur : pas de garçon ! C’est qu’au Kirghizstan, visiblement, on n’est pas un homme si on n’a pas engendré de garçon. On apprend ce chagrin caché au cours d’une séquence où il revient d’un  « bouskachi » qui a eu lieu la veille, et dont la troisième mi-temps a semblé bien arrosée. Son meilleur copain; légèrement plus « moderne » et lui sont « pleins comme des outres » à tel point  qu’il abandonne sa bicyclette, pleure et s’endort brutalement après avoir demandé à son pote de faire un fils à sa femme ! Bref la belle cuite. C’est le cheval qui ramène les deux hommes à la maison  de son maître.

Hélas, dans le village, dirigé dignement par le maire et un conseil des anciens, règne aussi un caïd, qui roule en 4×4 et a ses gardes du corps. Il a une tête de turc (alors que notre héros a les traits mongoloïdes et porte, comme tous les anciens du village, un couvre-chef en feutrine) et véhicule une mentalité pourrie.

Tout le village sait qu’il veut transformer la belle plaine dont les feuillages d’arbres sont gentiment balayés par les vents, paysage ô combien enchanteur et enchanté, en ville bétonnée avec ses hôtels et surtout son centre commercial. Dans le village, rares sont ceux qui en veulent, de ce projet, surtout pas le maire, qui est alors éliminé.

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( 17 décembre, 2010 )

Poupoupidou à Europe N°1 et mort de Pompidou

4223189394.jpg1974 allait être ma dernière année à Europe N°1. J’étais secrétaire de Direction, mon boss avait cessé de m’impressionner et mon petit cercle de copains s’était renforcé d’une autre jeune femme. Jeannine, la secrétaire de Gorini ayant abandonné le boulot pour faire la mère de famille en Alsace, avait été remplacée par Danièle K. Même que c’est moi qui l’ai suggérée à mon patron qui gérait la Rédaction. C’était une belle brune aux cheveux longs, très discrète, qui tapait les flashs de la soirée. Elle était du soir, j’étais du matin, nous étions très complémentaires. Elle rejoint très vite la bande dont le noyau dur était composé de Josée, la secrétaire de Pierre Bonte (qui faisait son émission « Bonjour M. le Maire »), Paule ou Andrée du service reportages, Pascal, Dudu et moi.

Je pris l’habitude de traîner dès que mon patron était en studio… ma vie sentimentale se délitait et les petites fêtes improvisées très souvent m’aidaient à franchir ce cap (classique) du mec un peu absent, ou présent juste lorsqu’il s’agissait de frimer en invitant des copines aux débats politiques de mon patron, qui se déroulaient en public. Grâce à moi, il pouvait faire entrer ses amies de Science Po. Le copain de ma nouvelle collègue, surnommé « Popeye » avait été intronisé dans le groupe. Nous faisions des soirées chez les uns ou les autres, au restaurant, ou dans le bureau de Siegel lorsqu’on le pouvait.

Le 2 avril 1974, le Dr Europe et Albert Ducrocq ont invité, comme tous les ans, toute la rédaction à leur buffet. Cela se passait au sous-sol, à la cantine. C’était charcuterie et tonnelets de vin rouge, à partir de 19h. C’était une habitude qu’ils avaient prise et à laquelle tout le monde se prêtait bien volontiers. Nous étions donc nombreux à festoyer parmi lesquels Siegel, Gorini, même « Papy Floirat » qui aimait bien passer à Europe en fin de journée. Le petit groupe d’amis n’étant guère décidé à retourner chacun chez soi, nous avons donc décidé de finir la soirée dans le bureau de Siegel, lequel était parti depuis belle lurette, ainsi que toute la hiérarchie. Pascal avait monté les restes de pâtés, saucissons et autre cochonnaille, les autres avaient pris des gobelets, récupéré les tonnelets… et nous continuions allègrement la fête dans le bureau directorial, en musique.

georgespompidou.jpgTout à coup, Pascal de passage dans le bureau du secrétariat, surgit dans le bureau et nous annonça : « Pompidou est mort« . C’était Levaï qui avait entendu l’urgent (une sonnerie sur le telex) en passant devant la salle des télex ! A moitié éméché, il était descendu faire un flash spécial que Pascal avait entendu au vol.

Re gros branle-bas de combat. Nous avons déblayé le bureau de Siegel, posé les plats et tonneaux sur la table de la rédaction, et rappelé nos patrons respectifs. Ils étaient de retour une demi-heure plus tard. Nous étions chacun dans notre bureau, dans les starting-blocks pour la nuit de travail que la mort d’un président allait représenter.

Gorini n’en revenait pas de nous voir tous à nos postes, pas un seul n’a pensé que nous nous apprêtions à faire la fête quand la nouvelle nous avait « chopés ». Il se frottait les mains, tout content et répétait sans arrêt « enfin, il se passe quelque chose… on s’emmerdait à la longue« . Il me semble bien que nous avons travaillé toute la nuit. Un moment, faute de boustifaille, nous avons téléphoné au bar d’à côté au petit matin pour qu’on nous apporte des sandwiches, des oeufs durs et du café, de quoi tenir le coup.

Je découvrais enfin ce qu’était la venue d’un événement majeur dans une rédaction. J’ai bien aimé ce moment où chacun sait ce qu’il a à faire, définit ses propres priorités, prend des initiatives et pallie au plus urgent. C’est beaucoup plus tard que je prendrai conscience de ma capacité à réagir vite et bien mais j’étais très à l’aise dans ce genre de situations.

Bien sûr, la mort de Pompidou a provoqué des élections présidentielles après l’intérim de Poher. A Europe, des étudiants étaient recrutés tout spécialement pour travailler avec l’IFOP sur les intentions de vote. C’est donc là que j’ai vu arriver Anne Sinclair en jupe plissée bleu-marine et en catogan.

Notre petit groupe de copains continuait à bien fonctionner, nous faisions régulièrement la bringue ensemble, j’étais devenue très amie avec ma collègue Danièle chez qui j’allais dormir de temps en temps, lorsque mon studio a été inondé… à moins que je n’aille chez Pascal qui me prêtait son studio. Nous avions pris l’habitude de jouer de temps à autre au poker (sans argent car personne n’en avait). Nous misions des trombones.

Ces soirées contribuaient à souder le groupe . Nous avions tous du pain sur la planche et passions beaucoup de temps au bureau car la campagne électorale battait son plein entre les divers candidats dont Giscard d’Estaing et le Premier Secrétaire du P.S. François Mitterrand. Un débat entre ces deux-là, animé par mon patron, eut d’ailleurs lieu dans le studio d’Europe N°1 et fut couvert par toute la presse française.

Bien sûr, les veilles et jours d’élections, nous étions au taf, sans rechigner. Un célèbre traiteur était en charge d’un énorme buffet qui se tenait sous une toile de tente dans une des cours intérieures de la station. Nous avions des badges pour accéder à ce buffet pour nous sustenter à tour de rôle puis remonter dans nos bureaux.

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( 10 décembre, 2010 )

Europe N°1 – vitesse de croisière

europe119551647gogd.jpgLe changement géographique de bureau ainsi que le fait de partager un espace avec une collègue m’ont, en fait, aidée à sortir de l’emprise de ce patron quelque peu possessif qui était le mien.

Par la même occasion, mon univers personnel s’est ouvert sur ce média où j’évoluais et les autres gens qui y travaillaient. Je commençais à m’y trouver bien, je partageais de grands moments de rigolade avec mes copains, particulièrement avec P.M., l’assistant de Siegel, Dudu, son chauffeur, Jean-Claude, Toulonnais, monteur fou de musique, les secrétaires du service des reportages, ou quelques unes des « soeurs frappe-frappe », souvent des femmes assez originales voire excentriques, plus toutes jeunes mais intéressantes. L’une d’elles qui faisait le soir venait travailler avec son chien.

Nous passions notre temps libre au bar d’à côté où nous croisions les artistes du moment, Gainsbourg et Birkin entre autres. L’ambiance y était bon enfant. C’était la succursale de la station de radio.

De temps à autres, nous faisions de petites fêtes impromptues dans le bureau de Siegel, après qu’il ait tourné les talons. Chacun allait acheter de quoi boire ou grignoter et nous passions la soirée ensemble, vautrés dans le bureau du directeur. Il m’est arrivé un soir de faire une danse du ventre sur le bureau directorial. Le lendemain, Siegel aurait demandé à son assistant ce qu’étaient ces traces de pas sur son bureau (j’avais pourtant quitté mes chaussures).

Un soir, l’hôtesse d’accueil étant absente, j’ai dû la remplacer au pied levé et aller servir à boire à l’invité de l’émission-débat de mon patron. François Mitterrand, alors 1er Secrétaire du P.S. attendait l’heure dans le bureau de Siégel, avec son staff, celui du service politique de la rédaction, mon boss, Siegel etc. Je devais servir à boire à tout ce petit monde et j’étais littéralement tétanisée à l’idée d’avoir à m’adresser à Mitterrand, qui était glacial et pour qui j’avais l’impression d’être transparente. Michèle Cotta, qui le connaissait fort bien à l’époque, a dû sentir ma timidité extrême et m’a proposé d’aller lui demander ce qu’il souhaitait boire… ce qui m’a permis de l’éviter. Jamais été aussi impressionnée par un homme de ma vie.

JJSS (Servan-Schreiber) qui s’était lancé dans la politique après l’Express, s’asseyait sur mon bureau, lorsqu’il était l’invité de mon patron, j’avais eu un soir Giscard appelant directement de son Ministère (sa secrétaire avait dû rentrer dans ses foyers). J’évoluais dans ce monde politico-médiatique en sachant où était ma place et je n’avais qu’ un intérêt assez léger pour lui. Le seul qui m’ait intimidée a été Mitterrand. Le lendemain, l’hôtesse à qui je contais ma « soirée dépannage » m’a dit qu’un jour, alors qu’elle l’accompagnait du parking au bureau de Siegel, l’ascenseur s’était bloqué entre 2 étages. Mitterrand, seul avec elle s’était alors muré dans un terrible silence en la fixant d’un regard très noir. Elle gardait de ces 15 mn de solitude avec F.Mitterrand un très désagréable souvenir.

Si, de mon côté, je m’épanouissais, mon patron, lui, n’avait pas changé. Toujours aussi exigeant, méfiant, paternaliste… J’arrivais à 9h (plus souvent avant) le matin et partais souvent à 9h, voire plus tard s’il y avait du taff, le soir. Je travaillais tous les samedi matin et de temps en temps faisais une permanence le samedi après-midi.

C’est un samedi après-midi que mes rapports avec mon boss ont changé. En fin de matinée, il avait exigé que je reste l’après-midi alors que ça n’était pas mon tour. Il avait un rapport confidentiel à me faire photocopier (environ 250 pages dactylographiées) ! A l’idée de passer mon après-midi à la photocopieuse, j’ai commencé à râler. Inflexible ! Je devrais donc passer le samedi après-midi à faire ce boulot passionnant ! C’est vraiment à reculons que j’ai commencé, en pestant parce que j’avais prévu autre chose pour mon après-midi. Deux heures plus tard, j’en étais à peu près à la page 200 quand la photocopieuse s’est coincée ! J’eus beau tirer sur le papier, « débourrer » la machine ! Bloquée. Je suis descendue à la Rédaction voir si je pouvais trouver un bricoleur pour m’aider… personne. J’ai donc appelé mon boss chez lui pour lui annoncer la nouvelle. Il a déboulé comme une furie dix minutes plus tard à la photocopie où j’essayais toujours de bricoler.

- « Mais vous l’avez fait exprès« , a-t-il commencé en vociférant.

- « Oui, bien sûr, pour prolonger d’autant mon temps de travail si passionnant » ai-je répondu au bord de la crise de nerfs.

A la suite de quoi il a plongé le nez dans le moteur, s’est énervé, n’a pas décoincé le bouzin, s’est re-énervé et m’a ré-engueulée. Je me voyais rester là jusqu’à 9h du soir à cause de cette satanée photocopieuse ! Car c’est couru : ces engins tombent toujours en panne lorsqu’on est pressé d’en finir avec eux.

Un moment, mon boss a voulu vérifier les 200 feuillets déjà imprimés et a trouvé une photocopie loupée (l’original était passé en biais). En me rendant le bloc de photocopies et en montrant la page « en biais », il m’a dit ce qu’il aurait mieux fait de garder pour lui :

- « Quand on n’est même pas fichue de prendre la pilule et qu’on se retrouve enceinte, comment voulez-vous être capable de prendre des photocopies » !

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