( 5 décembre, 2010 )

Europe N°1 : près de la salle des télex

telex.jpgPendant le déménagement, mon patron avait eu de l’avancement : il était devenu le n° 2 de la rédaction, Gorini étant le Directeur de l’Info. Je passai donc à l’autre bout de la rédaction, me retrouvant avec une collègue : Jeannine A. , la secrétaire de J. Gorini. C’était une petite femme boulotte, brune, dotée de pas mal d’humour et elle était très proche de l’assistante de Siégel, Christiane B. C’est avec plaisir que je suis sortie de mon isolement (du fond). Dans ce bureau, j’étais plus près géographiquement de l’endroit où ça « bougeait ».

C’était juste après l’entrée de la rédaction à laquelle on accédait par 3 marches. C’était aussi le coin où se posaient les pigistes tels Albert Ducrocq, Frédéric Pottecher, Philippe Bauchard, le Dr Europe, etc.

J’étais tout près de la salle des « télex » : une bonne demi-douzaine de télex imprimait en permanence les « dépêches » sur une épaisseur de 5 feuillets. Une jeune étudiante les découpait au fur et à mesure pour les répartir dans des corbeilles à destination des gens concernés selon le thème. Les « chefs » recevaient la totalité. Une clochette tintait lorsqu’il y avait des « urgents ». A force l’époque, nous avions tous plus ou moins les mains sales à force de manipuler le côté carboné des dépêches et les journaux à l’encre baveuse.

Dans le même endroit, se trouvaient aussi les secrétaires, les soeurs « frappe-frappe » comme se plaisait à les appeler Pascal, l’assistant du Directeur Général. Il y avait celles du matin, celles de la journée et celles de la nuit. Elles étaient à la disposition des journalistes présentant les journaux et les flash pour taper leur texte sous la dictée. Il y avait donc beaucoup plus de passage qu’au début. Et le passage crée les rencontres.

J’ai donc fort bien vécu ce déplacement géographique. J’étais dans mon élément : l’animation et l’agitation, et notre bureau était très passager et animé. Gorini me paraissait très amusant… beaucoup plus drôle que mon patron qui paternalisait toujours autant, regardait sa montre quand j’arrivais (toujours en avance) ou quand je partais. En plus de mon travail (qui atteignait facilement plus de 50h/semaine), je m’étais inscrite en 1ère année de licence de droit à Assas. Mes T.D. avaient lieu au lycée Montaigne, le soir après le boulot où je ne chômais pas. J’avais 21 ans et de l’énergie à revendre.

Leroy, lui, administrait la rédaction en même temps qu’il continuait ses éditoriaux et son émission de débat quotidienne. Il ne m’était pas apparu que le droit allait être chronophage jusqu’au jour où… Une après-midi, j’étais en train de peaufiner mon premier exposé en droit constitutionnel prévu pour le soir. (Mon petit copain m’avait conseillé le « plan sciences-po : thèse, antithèse et synthèse ». Mon travail tenait donc sur une page). Las ! Mon boss, arrivé subrepticement derrière moi m’arracha la feuille manuscrite des mains et me convoqua illico dans son bureau. J’ai dû m’expliquer sur ce que je faisais qui n’avait rien à voir avec le travail pour lequel j’étais salariée ! Et j’ai eu droit à un « double avertissement » sans mise à pied. Au prochain écart, je serais mise à pied. Ca m’a complètement bouleversée… il avait été très menaçant et j’avais été humiliée. J’ai eu le sentiment d’être grondée par un père tyrannique. C’était un tyran paternaliste. Je n’ai plus jamais fait un travail personnel au bureau. Une autre fois, j’avais fait un courrier à la machine pour un copain journaliste stagiaire. C’était pendant l’heure du déjeuner, donc sur mon temps de loisir. L’après-midi, je me suis pris un savon. Je ne devais travailler que pour lui, il était mon patron et je ne devais pas travailler pour d’autres ! Quand je lui ai demandé comment il l’avait su, il m’a répondu « j’ai fouillé dans votre corbeille à papier et ai vu le double que vous aviez jeté« ! Pathétique ! Mais j’ai continué à subir.

Il était odieux avec tout le monde. Lorsqu’il a fallu virer l’éditorialiste économique du matin (Pierre Meutey) parce qu’il avait eu le malheur de critiquer un des principaux clients de la régie publicitaire, c’est Leroy qui s’en est chargé. C’était lui l’exécuteur des mauvaises tâches ! Un matin d’ailleurs, j’eus la surprise de voir le verre de son bureau à l’entrée de la rédaction -encore une cage de verre- complètement fendillé. C’était Levaï qui s’était énervé au cours d’une prise de bec avec J.C. Dassier -deux tempéraments volcaniques et opposés-. Il avait donné un coup de poing dans la vitre pour se défouler puisque certains les avaient séparés ! Quelle ambiance ! En fait, je me frottais avec l’atmosphère qui régne dans les médias, qui n’avait absolument rien à voir avec celle, finalement très décontractée et harmonieuse dans laquelle j’avais évolué avant, chez les Amerlocains.

J’avais de grands moments aussi, par exemple lorsque Frédéric Pottecher arrivait, immédiatement il y avait foule autour de lui pour l’écouter raconter le procès qu’il couvrait pour Europe 1. De temps en temps, les éditorialistes offraient des « pots » à la rédaction… c’est là que j’ai commencé à me faire plein de copains, même l’équipe qui travaillait pour Siégel. Dudu, son chauffeur ne me faisait plus peur, je supportais mieux ses blagues, d’autant qu’il avait cessé de me draguer. Comme c’était le soir, mon patron était à l’antenne, et l’ambiance de la rédaction devenait beaucoup plus conviviale. Je commençais à connaître des techniciens, des monteurs-son et à rigoler avec eux. Ca me changeait de la psycho-rigidité de mon boss. Jeannine était une collègue agréable mais nous n’avins pas les mêmes préoccupations. Elle cherchait l’âme-soeur, moi je l’avais trouvée (pour un certain temps). Je vivais ma vie de soixante-huitarde avec mon petit copain soixante-huitard et je faisais mon boulot. J’avais trouvé un petit studio dans le 18e arrondissement, en bref j’étais bien… heureuse.

En Suisse, j’avais pris la pilule donnée sans problème par les médecins mais à Paris, le toubib conseillé par ma collègue m’a ordonné des examens supplémentaires à faire. J’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment « chaud » pour me donner la pilule. Et, bien sûr c’est à ce moment-là, « grâce à un préservatif », que je me suis retrouvée enceinte ! C’était d’ailleurs au moment où le Nouvel Obs avait titré sur le  »manifeste des 343 salopes« , toutes des femmes en vue qui avouaient s’être fait avorter et demandaient qu’on libéralise l’avortement en France où il était réprimé. Inquiète, je lisais tous les témoignages de ces pauvres femmes passées entre les mains de « faiseuses d’anges », dont la vie avait souvent tourné au drame suite à des infections. Je n’étais pas prête du tout pour une grossesse. Je devais donc me faire avorter. Quelques copains « mis dans la confidence » m’avaient trouvé des adresses qu’on se passait sous le manteau. La police de Poniatowski s’était raidie suite à l’article du Nouvel Obs. De mon côté, j’étais désespérée. Si je trouvais un avorteur, il se défilait toujours quelques jours après et je ne voulais pas être « sabotée » par une faiseuse d’anges.

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( 1 décembre, 2010 )

Secrétaire de 3 rédac-chefs à Europe N°1

rumeurope1.jpgTrès vite, j’eus un contrat. Je serais donc la secrétaire des trois rédacteurs en chef. Leur bureau se trouvait tout au fond de la Rédaction. Derrière une baie vitrée à stores, siégeaient G. Leroy et J. Paoli, l’un à côté de l’autre, mon bureau était devant le leur, aussi derrière une baie vitrée à stores, avec Altschuller à ma gauche. C’était un très vieux monsieur, qui renâclait beaucoup lorsqu’on lui demandait un éditorial mais finissait par accepter, et me demandait alors d’appeler les conseillers d’un Ministre ou du Président (Pompidou à l’époque). A la suite de quoi il s’exécutait et partait l’enregistrer au studio.

Jacques Paoli avait à l’époque un édito quotidien, Leroy aussi, mais en plus son émission de débat politique le soir. C’est là que j’ai croisé des politiques comme Lecanuet, JJSS, Giscard mais aussi des artistes ou des sportifs. Le carnet d’adresse de mon principal patron était bien rempli et j’ai vite pris l’habitude d’évoluer dans ce genre de milieu où tout le monde se tutoie et se fait la bise, mais où on vous attend le ragot ou le couteau entre les dents à la moindre alerte. Mais peu m’importait à l’époque. J’étais dans ma phase d’observation, j’étais loin de tout ragot.

Le matin à 9h, lorsque j’arrivais, je devais traverser toute la rédaction, alors que Gorini avait convoqué la conférence en prévision des journaux du soir. Les journalistes, composés majoritairement d’hommes, étaient autour d’une table, et les reportages du jour étaient lancés après moult discussions. Les premiers jours furent intimidants pour la provinciale que j’étais, habituée à la décontraction américaine chez Du Pont. Je sentais les regards me suivre mais je marchais la tête haute sans voir personne, jusqu’au bureau du fond où, une fois assise, c’était mon tour d’observer ce qui se déroulait devant mes yeux.

Mon travail consistait beaucoup à répondre au téléphone. Politiques, auditeurs, Siegel, syndicalistes, épouses, enfants, maîtresses… il fallait éconduire, faire patienter, passer immédiatement, prendre les messages, savoir de quoi on me parlait si c’était une sollicitation, prendre garde de « passer ensemble » avec la secrétaire à l’autre bout du fil sans quoi on se serait fait gronder ! Je trouvais ça dérisoire mais je m’y pliais. Ma courte expérience avec Siégel m’avait suffi.

Je devais aussi répondre au courrier que recevait mes patrons… Altschuller et Paoli ne s’en occupaient guère mais Leroy répondait à toutes les lettres. C’était en gros toujours les mêmes questions : « je veux devenir journaliste, puis-je venir travailler avec vous » ou « puis-je avoir les coordonnées de la personne, de l’association, etc. que vous avez reçue hier soir » ? Un jour, lasse de taper 60 fois la même lettre dans une journée, je suis allée voir Leroy, pour l’informer qu’il existait des machines électriques munies de cassettes sur lesquelles on enregistrait un texte. On pouvait alors répéter inlassablement le texte, il suffisait seulement de taper le nom et l’adresse du destinataire. Ce gain de temps me permettrait de me consacrer à des activités plus intelligentes. Que n’avais-je pas dit ! « Mais vous n’êtes pas là pour faire la révolution, s’indigna mon patron, alors vous allez continuer à faire comme jusqu’à présent« .

Les rapports que j’avais avec lui m’agaçaient. Il était terriblement paternaliste et tyrannisait tout le monde. Guindé, donneur de leçons de surcroît, il disait « je dois vous apprendre à travailler » ! Pourtant, je trouvais la gestion du personnel et de la bureaucratie complètement obsolète. La comptabilité était faite à la main, les bulletins de salaires mesuraient 80 cm de large sur 1 cm de haut ! Les machines à écrire étaient mécaniques (les premiers mois). J’étais habituée aux IBM électriques.

Ca, c’était pour les côtés négatifs, mais j’étais trop contente de travailler à Europe, la station qui avait bercé mon adolescence, dans cette ambiance où il fallait être intuitive, réactive, avoir le sens des priorités, réfléchir rapidement, travailler vite. C’était « mon truc ». Ca l’est resté d’ailleurs. Je déteste le travail répétitif et une rédaction où tout peut arriver et tout doit être prêt en deux temps trois mouvement, c’était le lieu de travail idéal pour moi.

Leroy me donnait ses éditos à taper à la machine sous forme de trois ou quatre feuillets manuscrits. Pas toujours faciles à déchiffrer au début. Je savais que ses commentaires étaient le fruit des conversations avec les personnes que je lui avais passé(es) ? au téléphone. Paoli, lui, me les dictais directement. Il venait donc s’asseoir à côté de moi et hop, en un quart d’heure c’était fait. Quarante ans plus tard, j’aime toujours autant écrire sous la dictée. Ca me repose l’esprit : c’est un peu comme si j’étais en mode automatique et que mes oreilles soient directement reliées à mes doigts.

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( 27 novembre, 2010 )

Avant-première – HARRY BROWN, film de Daniel Barber

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HARRY BROWN, film de Daniel Barber, avec Michael Caine, Emily Mortimer, David Bradley et Ben Drew (alias Plan B). Sortie en salle le 12 janvier 2011.

Harry Brown pourrait s’appeler « Dirty Harry » sauf que ça n’a rien d’une pâle copie british des films de l’Inspecteur Harry. En fait, il pourrait avoir comme sous-titre : « le vieil homme indigne » ! Ou alors, à la Hemingway : « le vieil homme et sa cité perdue ».

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Daniel Barber fait fort :  premier rôle : (celui d’Harry Brown)  Michael Caine !

Harry Brown est un vieux monsieur qui vivote dans une cité bordant une grande ville anglaise. Sa femme agonise dans un hôpital et son seul ami, aussi vieux que lui, est harcelé, parce qu’ancien flic, par des jeunes voyous du coin.

La première séquence nous « met tout de suite le nez dedans ». Dans l’ambiance « quartier », dans la violence des banlieues abandonnées de tout le monde, où traînent des jeunes incultes, sans éducation, sans travail, laissés pour compte.

Harry et son copain flic assistent régulièrement à des règlements de compte gratuits, qui se déroulent au su et au vu de tous. C’est que la violence, elle s’affiche, elle est décomplexée, elle est partout, elle s’offre au regard du passant qui évite de traîner dans les mauvais coins, à celui des habitants des cités, à celui d’Harry. Il observe de loin ces machos violenter les filles, les plus jeunes qu’eux, agresser les noirs… c’est à celui qui se montrera le plus fort. La drogue est leur quotidien, la vente d’armes les enrichit, les filles sont de la marchandise à pornographie.

Ils sont de tous les trafics sans complexe dans ce monde parallèle qui est bel et bien présent, où une vie n’est rien, où la responsabilité, la conscience, n’existent pas. La seule valeur : les rapports de force.

Harry va être tour à tour confronté à la mort  »attendue » de sa femme et à celle, redoutée de son ami flic : les voyous qui le harcelaient l’ont tué après avoir maculé son appartement de graffitis ! Il va aussi être témoin de scènes de violence qui se passent en bas de chez lui.

La police diligente une jeune femme et un jeune inspecteur pour faire l’enquête. Leur chemin croise celui d’Harry, qui a une idée derrière la tête : venger son ami. Il a perdu les deux êtres qu’il aimait, il se sent donc libre d’aller jouer au justicier dans le « panier de crabes ». Il a été « Marine » au service côté anglais en Irlande du Nord. Il est aguerri aux méthodes de combat et la maîtrise de soi apprises dans sa jeunesse.

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( 23 novembre, 2010 )

L’arrivée à Paname : Europe N°1

arch2cvhr.jpgJe m’étais présentée un jour à Europe N°1, tard le soir. Une petite annonce disait qu’on y cherchait une secrétaire. Alors que je prétextait l’heure tardive (19h), mon petit copain étudiant m’avait expulsée de la 2 CV en disant : « allez, vas-y« . Je n’y croyais pas. « Europe N°1, faut pas rêver » pensais-je. Pourtant, mon adolescence peu lointaine avait été bercée par Salut les Copains, les matinées avec Maurice Biraud, et d’autres émissions de cette station de radio. J’entrai à la réception où on me fit patienter.

Au moment où, lasse d’attendre, je venais de quitter les lieux, l’hôtesse m’avait rattrapée dans la rue. « Madame, la chef du personnel va vous recevoir »… A ma montre : 19h30 ! Perdue derrière son grand bureau, une petite dame à lunettes m’avait expliqué qu’il s’agissait de travailler pour le Directeur Général, Maurice Siégel, mais qu’il voulait absolument juger sur photo en plus du Curriculum Vitae. – « à cette heure-là, c’est difficile » dis-je (il était 8h -10) – « sisisisi, allez vite au Prisu des Champs, c’est à 200 mètres, il y a un photomaton au sous-sol, ils ferment à 8h… après, revenez et demandez à venir dans mon bureau, vous poserez vos photos à côté de la pile de dossiers, là » répondit la chef du personnel en montrant une bonne centaine de dossiers.

Vite fait, bien fait, je revins avec les 4 photos et les déposai sur le bureau déserté par son occupante. Puis je retournai à mon hôtel borgne où j’avais une petite chambre à 10 F la nuit. En fin de semaine, un message téléphonique m’attendait à mon retour des différents rendez-vous « boulot ». « Merci de passer à Europe N°1 chez Mme H. au plus vite« . Ce que je fis le lendemain. Pour apprendre que M. Siégel avait sélectionné deux candidates dont moi. L’assistante du directeur me présenta l’autre candidate. Mon double : grande, blonde, lunettes. On nous demandait de se partager la semaine. Pressée d’avoir du travail, je me proposai pour commencer la semaine d’essai puisque j’étais libre. L’autre blonde à lunettes ferait le jeudi, vendredi et samedi. C’est ainsi que je fis mes premiers pas à la radio. Trois jours à l’essai dans le bureau jouxtant celui du « big boss », occupé par l’assistante, Christiane B. (épouse d’un ex député paraplégique) et un drôle de type brun et bedonnant au regard scrutateur et à l’air « alléché ». « Dudu » était le chauffeur de la Mercedes du patron. Il me fit peur dès la première heure.

On me présenta à Maurice Siégel. Curieux accent gouailleur de titi parisien. Surréaliste pour moi, provinciale formée à la raideur suisse-allemande, ensuite au travail « à la cool » mais efficace chez Du Pont de Nemours. A Paris, à la radio classée N° 1, le patron n’avait aucun style… pourtant, il fréquentait les arcanes du pouvoir, les stars se bousculaient dans son bureau, et Sylvain Floirat était le visiteur le plus fidèle puisque la radio lui appartenait. Ses bureaux étaient déjà chez Matra, vers l’Arc de Triomphe, et la rue François 1er était très proche. Siégel passait son temps à biper sur son téléphone : « appelez-moi M. X », « passez-moi Mme Y« . Aidée du carnet d’adresses (très mondain dont je n’avais que faire), j’appelais les personnes demandées et les passais ensuite au « chef ».

Le lendemain, second jour d’essai, l’assistante vint me transmettre la réflexion du patron. « Maurice Siégel se demande pourquoi vous lui passez les secrétaires. Il ne faut pas qu’il leur parle. Faites en sorte de vous mettre d’accord avec la secrétaire de l’interlocuteur pour passer ensemble afin qu’ils puissent se parler directement sans être obligé de passer par la secrétaire« . Je m’aperçus soudain que j’étais dans un monde de dupes et de snobs où on avait guère de respect pour la « valetaille », le petit personnel de bureau. Déjà chez les Suisse-Allemands, ça m’avait « chatouillée » mais ce qui m’humilia, c’était que Siégel n’avait même pas eu le courage de m’expliquer ce qu’il attendait de moi, qu’il passait par « l’habituelle », celle qui le connaissait bien. J’avais rarement l’honneur d’aller dans le magnifique bureau derrière la double porte. Tout y était feutré, moquetté marron même sur les murs, lumières modernes, télévision, platine stéréo, baffles, placard, réfrigérateur, canapés confortables… En face, de l’autre côté du couloir : un coin-cuisine, une douche et des w.c. privés.

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( 15 novembre, 2010 )

L’homme qui veut donner des étoiles

suleimanbaraka.jpgSuleiman BARAKA est un astro-physicien qui s’est fait connaître dans quelques media pendant l’Opération israélienne  « PLOMB DURCI »  fin 2008-2009.  Quelques photos pour se rafraîchir la mémoire…

Cet astro-physicien était en formation à la NASA à Washington,  lorsqu’il apprit que son fils de 11 ans avait été très grièvement blessé lors du bombardement de sa maison à Gaza et était mort de ses blessures.  Il avait alors écrit une lettre ouverte complètement déchirante dans laquelle il exprimait son incompréhension et sa douleur. Incompréhension car il découvrait que grâce à l’astrophysique, les  missiles israéliens étaient guidés avec précision. Et douleur parce qu’il était loin, qu’il ne pouvait pas retourner à Gaza pour aider sa famille.

Il était hier soir à la Librairie Résistances, au sortir d’une conférence avec ses collègues astro-physiciens français et je suis allée l’entendre.  Après la mort de son fils, il est retourné vivre à Gaza. Il ne pouvait pas rester aux Etats-Unis parce que la bombe qui a tué son fils avait été fabriquée là-bas. Il a en effet découvert que l’opération Plomb Durci n’a pas été lancée pour pourchasser les membres du Hamas vivant à Gaza, mais que c’était le prétexte pour qu’en réalité Israël se débarrasse de tout son vieil armement U.S. difficile à stocker… ben tiens, autant s’en débarrasser en chassant le Palestinien de base à Gaza ! D’autre part, en détruisant quasiment intégralement les constructions gazaouies, Israël s’assurait d’être le prochain fournisseur de ciment et autre matériel de construction après…

Suleiman est donc retourné à Gaza. Il confirme ce que tout le monde (sauf ceux qui croient encore aux pourparlers de paix) sait : Gaza est une prison géante dont il est extrêmement difficile de sortir, même pour lui. Impossible de fuir par la mer, au large, circulent des bateaux israéliens (dont on a pu voir qu’ils interdisaient la moindre incursion -même dans les eaux internationales- d’un quelconque rafiot. Même le ciel, rempli d’hélicoptères et de drônes sert de couvercle à la boîte !

Les enfants sont les premières victime des souffrances dues à l’enfermement… leur horizon est bouché,  ils vivent quotidiennement dans la violence. Pour leur donner du rêve, Suleiman a donc décidé de créer un centre d’astronomie à Gaza. Il affirme avec certitude que se plonger dans l’infiniment grand à l’aide de télescopes entre autres, ne peut que contribuer à ouvrir l’horizon des enfants de Gaza et leur apporter la notion de la liberté, qu’ils ignorent tous depuis leur naissance.

Il avait eu il y a quelques mois un entretien avec CAPJPO-Europalestine dans lequel il définit son projet.

Après un court film sur les premiers pas réalisés et l’explication de son projet, Suleiman BARAKA s’est gentiment soumis à nos questions sur la vie quotidienne à Gaza. Nous avons donc appris que rares étaient ceux qui pouvaient sortir de Gaza. Lui, ne passe plus par Eretz (poste-frontière avec Israël)  depuis 1987 mais voyage par Rafah (poste-frontière avec l’Egypte). Il faut attendre des mois (au moins deux) afin que la demande d’autorisation de traverser l’Egypte soit accordée aux Gazaouis, soit approuvée par les services secrets égyptiens, puis le ministère des Affaires Etrangères égyptien, etc. Finalement, lorsqu’ils ont cette autorisation, il raconte qu’ils sont traités comme du bétail par la police égyptienne. Sous haute surveillance, ils doivent traverser le Sinaï pour se rendre à l’aéroport du Caire. Pour eux, pas de salle d’attente avec des sièges, mais un cabanon rugueux et inconfortable  dans un coin caché. Où ils entendent les annonces par haut-parler « le vol El-Al à destination de Tel Aviv est ouvert, etc…« . C’est au compte-goutte qu’ils sortent de leur petite prison aéroportuaire, surveillés par des hommes en arme bien sûr…

A une question sur l’existence des tunnels, il répond qu’il n’en sait rien mais qu’ils doivent toujours fonctionner puisqu’on trouve même du chocolat suisse sur les étalages des petits commerces. Pour expliquer cet enfermement dans lequel les Gazaouis sont forcés de vivre, il parle de « dirty politics« , visant particulièrement les compromissions des autorités égyptiennes et leur soumission aux States.

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