( 12 novembre, 2010 )

Draquila – L’Italie qui tremble –

draquilaaffiche.jpgFilm italien de Sabina Guzzanti

Bon sang de bonsoir ! Je sors de la séance de cinéma et c’est comme si j’avais pris un upercut dans la tronche…

C’est l’histoire du tremblement de terre d’Aquila que la réalisatrice nous raconte. L’histoire des secousses d’avant (dont la Protection Civile disait qu’elles n’étaient pas inquiétantes), des victimes : 309 morts et des milliers de gens à la rue, des installations de fortune installées à la hâte ensuite et d’une com’ berlusconienne.

C’est aussi et surtout un gros plan sur la façon dont Berlusconi a sauté sur l’occasion pour instaurer une loi d’exception en distordant le mot « URGENCE » pour le transformer en « événement ».

Dans quel but ?

Dans le but d’avoir la mainmise sur tout ce qui a trait à l’immobilier, à la construction de villes-dortoirs à proximité de centres commerciaux, de fournir des investissements rentables à la mafia, de favoriser le Pape dans ses déplacements, etc.

Dans le but aussi qu’on n’arrive plus, en Italie, à voir la différence entre public et privé en matière de construction immobilière, tant ils sont imbriqués l’un dans l’autre.

A coup de voyages à Aquila (au moins 24) où il exploite la misère des délogés, de promesses rigolardes mais néanmoins mensongères du Condottiere, il arrive à sauver son image auprès de ses électeurs (chez lui aussi, on empêche les « grandes gueules » d’entrer) en jouant les généreux avec les victimes du tremblement de terre. Lorsqu’il n’est pas là, avec ses médias, les victimes sont soumises à  de la transformation lente et subreptice des camps de tentes en camp de concentration « light » (mais pas tant que ça). La révolte gronde chez les anciens habitants d’Aquila mais la diffusion quotidienne de mensonges par les télévisions berlusconiennes, de com. à deux balles et de diversion (sur ses prouesses sexuelles), font qu’on ne les voit ni les entend, ces pauvres gens. Un G8 se tient à Aquila, à des seules fins de publicité personnelle pour il Presidente ! Il a donné tout pouvoir à la « Protection Civile », y compris celui de museler les contestataires.

Pendant l’heure et demie du documentaire, le spectateur oscille entre rire (les simagrées de Berlu) et dégoût (certaines conversations téléphoniques entre deux responsables de la Protection Civile qui se réjouissent, la nuit du tremblement de terre, de l’événement enfin arrivé).

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( 28 octobre, 2010 )

BIUTIFUL – Alejandro G. Iñárritu

biutiful185241839374919.jpgUn film (2H20) à voir quand on a le moral… mais à voir.

Avant de vous parler du film, il faut que je vous avoue être une inconditionnelle d’Inarritu. « 21 grams«  avait été une révélation, « Babel«  a ensuite été une confirmation : Inarritu sait vous scotcher sur votre fauteuil de cinoche, en posant la responsabilité d’un être humain vivant, en mettant en scènes ces vies difficiles d’anti-héros, ces périodes où on se sent « de plomb » et où on voudrait sortir du tunnel pour se sentir léger comme une plume. Et en trouvant des lieux ad hoc. Je me souviendrai longtemps du plan qui m’a plombé le moral (dans « 21 Grams ») : on y voit Sean Penn agonisant sur les bords d’une piscine désaffectée, remplie de détritus… dans une zone quasi désertique de bordure de ville aux USA.

Pour « Biutiful », si mes souvenirs sont bons, le réalisateur a changé de scénariste. Il a par la même occasion posé le film en Espagne. Barcelone, la Barcelone des bas-fonds qui pique quelquefois la vedette à Javier Bardem. Entre autres un plan de tombée du jour sur la Sagrada Familia au loin, entourée de 5 grues, qui tendent toutes leurs sommets pointus bien haut sur fond de ciel rosissant… mmmmh. Des plages jonchées de cadavres, des immeubles délabrés, graffités, des terrains vagues, jusqu’au métro, Barcelone a sa part dans le film.

Javier Bardem, c’est Uxball, père de deux enfants, qui rame pour survivre dans cette Barcelone crasseuse, enfumée, noire, grise, interlope, moche et belle à la fois. Uxball a le cancer, prostate. Il n’a plus que quelques mois à vivre et il se débat, habitué qu’il est à ramer pour survivre. Pour ce faire, il gagne sa vie en traficotant avec des Chinois fournisseurs de main d’œuvre pour que dalle, en faisant le go-between entre des Sénégalais vendeurs à la sauvette, sans papiers, et les flics pourris qui ferment les yeux. Toutefois, il a une conscience, il est préoccupé par les autres, qu’ils soient Chinois ou Sénégalais, hommes, femmes ou enfants.

Tout au long du film, Uxball est confronté à sa responsabilité, au sentiment de responsabilité. Pendant que les Chinois parlent fric et exploitent des compatriotes, lui essaie de gérer les états d’âme de sa femme, bipolaire et ancienne alcoolique, le méli-mélo abominable des exploiteurs chinois, les exigences du flic pourri, la vente avec son frère de la tombe paternelle pour glaner un peu de fric … c’est trop pour lui… on le suit dans ses allées et venues dans cette Barcelone terriblement sale… dans des appartements sordides où il crève à petit feu, rêvant de son père, mort d’une pneumonie attrapée au Mexique après avoir fui les forces franquistes, dans une incroyable boîte de nuit qui honore les seins d’une curieuse façon (la séquence est complètement surréaliste !).

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( 18 octobre, 2010 )

L’été de la vie – J. M. Coetzee

coetzee.jpg

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler d’un Prix Nobel de Littérature. Bigre !… D’aucuns vont certainement y voir là une bouffée de prétention de ma part. Que nenni ! J’ai juste envie de vous parler de John M. Coetzee parce qu’en moins d’un an, cet écrivain m’a enchantée à deux reprises.

Coetzee est cet écrivain né en 40 au Cap (Afrique du Sud) et élevé dans l’austérité et la sévérité afrikaner de l’époque. Auteur de nombreux romans et essais, il a reçu le prix Nobel de littérature en 2003.

En ce qui me concerne, je l’ai découvert tardivement, sur les conseils d’une amie, avec « Disgrâce » (2001). Ce fut une plongée brutale dans la réalité de cette toute nouvelle démocratie. Les personnages du roman évoluent dans un pays libéré de l’Apartheid  mais ils sont hantés par leurs vieux démons, qu’ils soient luthériens, racistes, installés dans la violence et le ressentiment, ou par leur difficulté à franchir le mur de l’incommunicabilité. Dans mon souvenir, c’est un livre sur « les murs » et leurs contrecoups douloureux sur les êtres.

Fin d’année dernière, je lis « Journal d’une année noire » (paru en 2007). Alors que je m’attends à trouver un récit dans la continuité de la disgrâce sud-africaine, je découvre une étonnante et ébouriffante manière de romancer sa vie (ou pas).

Coetzee nous parle d’un écrivain sud-africain vivant en Australie, à qui un éditeur allemand a demandé de commenter l’actualité mondiale. Très banal, direz-vous. Pas du tout puisque le livre comporte trois « écritures » dès le moment où l’écrivain recrute une secrétaire : une jeune Philippine rencontrée dans la buanderie de son immeuble. Cette jeune femme vit avec un sale type qui sait à peine ce que littérature veut dire. Chaque page comporte 3 parties : la partie « réflexions », la partie « échange entre l’auteur et la Philippine », enfin la partie « vie de la secrétaire et de son amant ». C’est alors que le récit devient un roman, et que vous êtes emporté par ce triple témoignage : le couple qui observe et commente l’écrivain qui commente avec sa secrétaire ce que l’éditeur lui a demandé de commenter.

Lorsque le narrateur écrit : « Un roman ? Je n’ai plus l’endurance nécessaire. Pour écrire un roman, il faut être comme Atlas qui porte tout un monde sur ses épaules, et tenir bon des mois, des années durant [...]. C’est trop lourd à porter pour ce que je suis aujourd’hui », on prends alors conscience du génie de Coetzee, qui utilise de nombreux subterfuges pour ne pas lasser son lecteur.

Même combat pour « L’été de la vie » que je viens de terminer. On ignore si c’est un essai ou un roman, ça n’est marqué nulle part sur la couverture.

Après la mort de John Coetzee, un biographe britannique va tenter de reconstituer le portrait intimiste du Coetzee de 30/40 ans, expulsé des USA sans qu’on en connaisse la raison. De retour dans son pays où il va s’occuper de son vieux père tout en essayant de gagner sa vie. Pour ce faire, le biographe interroge une cousine, une ancienne maîtresse, une mère d’élève brésilienne qu’il a tenté de séduire, un ancien collègue professeur d’anglais, une Française ancienne  petite amie… Cinq personnages qui vont « raconter Coetzee » à leur manière, sans concession pour certains, en s’attendrissant pour d’autres. Cinq éclairages qui enfument complètement le lecteur à la recherche de qui est cet homme solitaire en grande difficulté de créer du lien qu’était le Coetzee mort. Mais un livre qui vous prend par la main et vous entraîne derrière le décorum, derrière les faux-semblants et paradoxalement vous installe comme spectateur de ce Coetzee masqué. On se délecte de « racontars » drolatiques, d’autres pathétiques, de sa volonté d’associer Schubert à l’acte sexuel. Tout ça sur fond d’Afrique dont Coetzee dit que ses habitants sont « incarnés », d’une manière qui s’est perdue depuis longtemps en Europe… En Afrique, disait- il, le corps ne se distingue pas de l’âme ». De son pays, il dit qu’il est insulaire puisqu’elle a si longtemps tourné le dos à ses pays-frères du Nord. Au centre de tout ça : la littérature, car Coetzee (le personnage du livre et l’écrivain) a lu, aimé et enseigné la littérature.

Petit extrait : l’enquêteur demande à l’ancien collègue de J.Coetzee qui dit que « Coetzee était antipolitique car la politique faisait apparaître ce qu’il y a de pire chez les gens, et qu’elle mettait au premier plan les individus les pires de la société… » :

- « qu’est-ce qui aurait été assez utopique pour lui ? » (le témoin vient de dire que la lutte de libération en Afrique du Sud n’était pas assez utopique pour Coetzee).

- « La fermeture des mines, l’arrachage des vignes, la dispersion des forces armées, l’abolition de l’automobile, le végétarisme universel, la poésie dans la rue, ce genre de choses… ».

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( 26 septembre, 2010 )

Mexique, calendrier de la résistance (suite et fin)

submarcos.jpgPour terminer son bouquin « Mexique, calendrier de la résistance » (éditeur, rue des Cascades), le sous-commandant insurgé Marcos fait un petit historique de l’EZLN et du Zapatisme.

Parti au Chiapas dans les années 80 pour se préparer avec ses compagnons à une guerilla révolutionnaire armée classique  (appelée Ejército Zapatista de Liberación Nacional), la rencontre avec la parole indigène les a fait évoluer vers une résistance moins meurtrière basée sur le refus de prendre le pouvoir.

Le 1er janvier 94, jour d’entrée en fonction de l’ALENA (Accord de libre-échange Nord Américain) apparaissent au Chiapas des cohortes d’indigènes au visage masqué par des passe-montagne ou des foulards rouges, munis de fusils en bois ou de bâtons. L’EZLN (l’armée entraînée pendant 10 ans) les encadre et les protège. Grosse découverte médiatique et premier enchantement occidental pour cette parole indigène. En même temps, des pourparlers avec les autorités mexicaines avaient lieu, afin que ces peuples indigènes pauvres, maltraités, méprisés, sans droit, ces « sans visages » deviennent visibles et audibles. En avril 94, a été lancée, entre la Société Civile et les Zapatistes, une rencontre internationale appelée « Aguascalientes » (en hommage à la ville où fut signée la 1ère convention mexicaine. Ces échanges furent pour tout le monde d’un profond enrichissement. Les liens étaient créés entre la Société Civile et les Zapatistes. Vu le succès de cette première rencontre, d’autres « Aguascalientes » ont été initiées dans le pays  – une même en Espagne – , créant des liens, faisant évoluer les uns et les autres. Des résistances se sont créées dans d’autres états, s’inspirant du modèle zapatiste, chacune adaptée au problème local à affronter.

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( 14 septembre, 2010 )

Tlaxcala – postface (situation actuelle)

souscommandantmarcos.jpgJe viens de lire un bouquin écrit par le Sub (sous-commandant insurgé Marcos, signe-t-il), « Calendrier de la résistance » – Éditions « rue des Cascades » – mai 2007.

Il s’agit de 12 chapitres, correspondant à 12 mois, où il raconte ce qui se passe dans 12 états différents où les Zapatours et autres Caracols sont passés les années précédentes. A chaque état, Marcos commence à rappeler le passé lointain et indigène, puis dénonce les 3 chefs de l’État Fédéral mexicain ayant succédé à Salinas de Gortari. Il dénonce les divers gouverneurs et caciques dans chaque état et le sort qu’ils font subir au peuple indigène, aux plus pauvres de chez les pauvres…

Une fois de plus, ça risque d’être un peu long mais on voit les reculades, le non respect des accords de San Andrés (accords signés avec l’Etat mexicain pour la reconnaissance et le respect des peuples indigènes). Globalement, le Mexique est la succursale « drogue » et « main d’œuvre pas chère » des USA. Extraits :

***

Le Tlaxcala

« Selon les statistiques de l’INEGI, en 2000, cet état avait un peu moins d’un million d’habitants, dont près de 30 000 âgés de plus de cinq ans parlent une langue indigène. Sous le ciel du Tlaxcala, vivent des indigènes nahuas, otomis, hnahnus et totonaques.

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