( 29 mai, 2010 )

Syngué sabour, pierre de patience – Atiq RAHIMI

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Je n’aime pas les « prix », ces livres certainement bons, qui ne sont que le fruit de tractations entre grands éditeurs. Ils me semblent toujours entachés de la suspicion du bakchich. Mais, voyant cette fois-ci en rayon librairie d’un petit supermarché un prix Goncourt (vieux de 2 ans quand même) en édition Folio à 6 euros 35, je me suis dit que je pouvais me risquer, d’autant plus que cet auteur est un atypique, afghan méconnu du grand public (peut-être plus maintenant). Son livre est un texte intimiste au féminin écrit par un homme, arabe en plus.

On parle beaucoup de femmes soumises, dominées, esclavagées, c’est une de ces femmes qui parle, seule avec ses deux fillettes et son mari blessé, grabataire, inconscient. Il n’y a personne d’autre qu’elle pour lui donner des soins et si peu, il ne bouge pas, il ne parle pas, il respire. Elle vit de ses respirations, a chacune d’elle elle égrène un grain de son chapelet de prière en prononçant un des 99 noms du Prophète Allah. 99 fois par jour et pendant 99 jours a dit le mollah qui vient chaque jour contrôler entre ses appels à la prière. La vie de cette femme est rythmée par les respirations de son mari, les repas des enfants, les soins, et les prières du muezzin… par la guerre aussi, les incursions des « autres », ceux du camp de son mari et ceux d’en face, elle va se cacher après l’avoir dissimulé dans un coin, et elle revient, et recommence.

Elle lui parle, elle se parle, elle finit par se convaincre que la vie de son époux dépend de ses secrets, de ce qu’elle n’a jamais dit, Nis surtout à lui, alors elle raconte. Sa jeunesse, ses désirs, ses désillusions de femme et d’épouse sans amour, elle lui raconte tout, elle essaie de le faire revivre. Elle croit en Dieu mais finit par lui poser des questions, long soliloque qui la mène à découvrir le dernier nom de Dieu, Syngué Sabour, pierre de patience, la Kahbah, la Pierre Noire de la Mecque auprès de laquelle tous les Croyants vont confier leurs péchés pour se faire absoudre. Syngué Sabour sera SA pierre de rédemption et de résurrection.

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( 24 avril, 2010 )

A Moïse, toujours à la recherche de son Aziza…

petitpoucetanim.jpgLa lutte des classe, pour moi a commencé lorsque j’étais très, très petite. L’éternelle lutte des petits contre les grands. Petite, je le suis restée mais suis devenue grande gueule. Je n’ai jamais perçu l’importance des grands hommes que je côtoyais, pourtant cela me faisait de l’effet quand mon mètre douze à dix ans rencontrait de Gaulle au détour d’une haie au cours d’un jeu de piste, ou prendre un fou rire au côté du Préfet Pisani en entendant son Sous-Préfet parler de « poisson qui nageait de ses propres ailes » à un discours de 11 novembre … Cela ne m’a pas fait grandir pour autant Mais, mais…

Tu me forces à réfléchir dur, mais je crois que le jeu en vaut la chandelle, bien sûr, je n’ai pas connu autant de gens que toi et ma culture est faite de bric et de broc, que veux-tu ce n’était pas la lecture de l’Echo d’Alger et les petites annonces d’Ici Paris qui pouvaient améliorer mon sort.

Mais en relisant mon dico au mot : Lucidité – je trouve : qualité, état de celui qui est lucide ou de celui qui voit nettement, qui conçoit clairement les questions.

Synonymes : clairvoyant, perspicace, conscient, éclairé, sain.

Pour ma part, si je considère le cas Sarkozy, je ne pourrai pas dire qu’il voit nettement ou qu’il conçoit clairement les questions, car il me semble que son cerveau est compartimenté de telle façon que seules quelques idées arrivent à émerger et que là elles deviennent fixes. Sa lucidité consiste à ne voir qu’elles et là alors il les pratique avec une rare efficacité. Peut-être que ses séides arrivent à lui en inculquer d’autres, comptant ainsi former un esprit hybride, fonctionnant sur un seul mode, le sien.

A notre époque peut-on être lucide ET conscient ? Oui, dirait Freud (ou ses petits, il en a eu tant) : en rêvant. Et c’est bien la seule chose que l’on nous laisse pour l’instant. Avoir des rêves qui ne sont pas des rêves puisqu’ils sont conscients. De là à les réaliser, il n’y a qu’un pas

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( 31 mars, 2010 )

Du rêve pour les ouf – Faïza GUENE

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Je serai certainement très maladroite pour vous conter ce livre car, en moi, se mêlent des colère, de honte et aussi une certaine fierté de savoir que beaucoup résisteront et vivront librement dans le pays qu’ils ont choisi.

D’un bout à l’autre l’histoire de cette jeune algérienne, de son frère tous deux sans-papiers et de leur père naturalisé vivant dans cette cité « de l’insurrection » est racontée dans le langage parlé des « djeunes » qu’ils soient nés en France ou immigrés. Ils vivent dans cette cité de banlieue où des voitures ont été incendiées, celle qui fait peur à toute la bonne société bourgeoise.

Elle se nomme Ahlème, son frère Foued, son père « le patron », il a fait partie de ces milliers de travailleurs maghrebins que la France a drainé par manque de main d’œuvre, il est handicapé, un accident du travail qui lui a laissé des séquelles, il bat « à Niort » parfois. Elle a 24 ans, Foued 15, c’est elle qui l’a élevé depuis qu’en Algérie, la guerre civile ai assassiné sa mère, un jour de mariage dans un autre village que le sien. Elle avait 11 ans quand son oncle l’a mise dans l’avion d’Air France, son bébé de frère dans les bras en direction de ces maisons hautes comme le ciel et froides comme … Elle est allée à l’école jusqu’à 16 ans, élevant son frère, s’occupant de son père, puis après des petits boulots, intérim, ménages, intérim, la vie quoi. Elle a des amies de son âge avec qui elle sort parfois, celles-ci veulent à tout prix qu’elle trouve l’amour (normal hein ?) et lui présentent des mecs en « mode 2 de QI » qui friment comme pas permis, des prétentieux, des types qui n’ont pas de conversation ou des dépressifs chroniques. Trucs de ouf quoi !

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( 23 janvier, 2010 )

« Un frère » Yasmina Khadra – Les sirènes de Bagdad

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Choisir un écrivain musulman Algérien, alors que nous sommes en plein « débat sur l’identité nationale » n’est certainement pas de bon goût, ni sans risques, surtout si celui-ci évoque des sentiments incompris et un conflit qui nous fait encore grincer des dents….

Voici Mohammed Moulessehoul, autrement dit Yasmina Khadra, cet écrivain atypique, né en 1955 aux confins du désert algérien, fils d’un berbère et d’une bédouine nomade. Il porte, selon lui, sur les évènements « le regard d’un citoyen qui aime atrocement son pays« .

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Enfant de troupe à l’âge de 9 ans, il poursuit une carrière militaire brillante jusqu’à devenir le responsable de l’organisation anti-terroriste de la région d’EL BAHIA (pour les nostalgiques ORAN), secteur regroupant 14 départements, de 1992 à 2000. A la suite de « chikaïa » avec les gouvernants de son pays, il quitte l’armée et poursuit sa carrière d’écrivain.

Car il écrivait, et même bien, des fictions policières où racontant les aventures du commissaire Llob (toujours mal fringué) et son adjoint Lino (sorte de Berurier jeune, mais mieux habillé) il décrit l’état de pourrissement de la société de son pays (royaume du bakchich où la promotion-canapé ne peut survivre mais où la démonstration du théorème de Peter s’épanouit) dans un style « écriture du parler » particulièrement savoureux.

A le lire on entend les bruits et on sent les odeurs…

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( 25 décembre, 2009 )

Un mouton dans la baignoire – Azouz Begag

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Nous avons pris l’habitude sur Ruminances de demander à ceux qui viennent y poser un commentaire et qui ont pris coutume de nous côtoyer au fil des chroniques d’élargir leur propos sur un sujet de leur choix en devenant à leur tour chroniqueur du jour. Au fil du hasard, ces intervenants, en toute liberté, apportent l’écho d’un autre son, d’une autre voix. D’un voyage différent et plus riche. Aujourd’hui nous sommes heureux d’accueillir Françoise, alias La Grignette, alias la pecnaude, cette dernière dénomination étant celle sous laquelle elle s’exprime dans son tout nouveau blog.

Bernard m’a demandé si je pouvais écrire quelque chose sur un bouquin et en pensant aux insanités qui passent en ce moment je suis allée chercher « un mouton dans la baignoire » (dans les coulisses du pouvoir) d’Azouz Begag. Je l’avais apprécié, non pas vraiment pour son style, mais pour sa dose de crédulité et aussi parce que de sa montagne à lui, là bas, à la mienne il n’y avait pas très loin …. à vol d’oiseau.

Il se prénomme Azouz, pas Aziz, non Azouz, il est natif de la Croix Rousse à Lyon, ce n’est pas un intellectuel lunatique, non, naïf, presque enfantin avec au cœur une croyance en la sincérité des hommes et dans l’oreille du cœur les mots de son père « l’icoule, mon fils, l’icoule, c’est bien pour gagner sa vie ». Il est français, chercheur au CNRS, lettré, homme de devoir, on l’a nommé, non, « Madame la France » l’a nommé MINISTRE de l’Égalité des Chances, là son cœur a failli éclater de bonheur. Il se sent encore plus français : Égalité, Liberté mais pas Fraternité, çà il s’en rend compte au fil des jours. Car il tient un journal dans son ministère sans moyens, sans finances, sans autorité. Avec des mots simples il écrit les petites phrases assassines, les rumeurs disqualifiantes, les manœuvres de ses collègues, il est « l’arabe de service« , tampon, objet, moyen de la guerre entre Sarkozy, le ministre de l’intérieur et Villepin le premier ministre. Les autres ? Borloo, incroyable et tout à l’avenant…

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