
Dans un article intitulé «
fascisme 2.0 », je racontais l’année dernière les opérations en cours en divers points de la planète pour nous faire passer de la démocratie à la dictature, sous la coupe des industriels et des banquiers, et quelques-unes des méthodes utilisées.
Il est intéressant de constater, au vu du dernier discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble, que j’étais bien dans le ton. Définir des « Français » et des « Français d’origine étrangère », voilà longtemps que personne n’avait eu une idée de ce genre dans ce pays, très précisément depuis le régime de Pétain. Il ne reste plus maintenant qu’à mettre une mention « métèque » sur leur carte d’identité, ou leur coller une étoile jaune sur la poitrine ?
On entend actuellement beaucoup de gens à gauche relativiser ce discours extrémiste en dénonçant la tactique de Sarkozy qui lâche ce pet idéologique pour qu’on arrête de parler de l’affaire Bettencourt-Woerth, laquelle commençait à lui mettre le feu. Il n’y a guère de réponse sur le fond, de peur de se laisser entraîner dans la polémique.
On sous-entend que Sarkozy n’est pas plus aujourd’hui d’extrême-droite qu’il n’était hier « Grenelle de l’environnement », et qu’au bout du compte, il se contentera dans ce domaine comme dans les autres, de paroles, son seul objectif étant de draguer les électeurs du Front National. Je n’en suis pas aussi sûr.
Il est clair que Sarkozy se rapproche de l’extrême-droite non pas par idéologie (il n’a qu’une idéologie, celle de l’argent) mais par pragmatisme. Comme beaucoup l’ont souligné, il a peur d’un 21 avril à l’envers, et de ne pas arriver au second tour. Mais on peut pousser le raisonnement et se demander ce qui va se passer au second tour. Car il n’est pas sûr non plus de le gagner cette fois, et les derniers sondages indiquent paraît-il que si les élections avaient lieu aujourd’hui, il perdrait même contre Martine Aubry. Quoi qu’on pense des sondages, le risque est réel.
Alors que va-t-il se passer d’après vous ? J’espère me tromper, mais je parierais qu’après avoir poussé les feux le plus loin possible à l’extrême-droite, il finira par s’allier avec le Front National pour gouverner, s’il voit que ses chances de gagner seul ne sont pas suffisantes. Sarkozy ne renoncera pas au pouvoir, quel que soit le prix à payer, et les électeurs du Front National savent que quel que soit le score de Marine Le Pen, elle ne peut pas être élue présidente de la république. Par contre, en votant Sarko dans le cadre d’une alliance, ils sont sûrs d’avoir des membres du front au gouvernement, et des députés à l’assemblée. Marine premier ministre ? Impensable, me direz-vous ? Regardez donc ce qui s’est passé en Italie avec Berlusconi, l’avatar transalpin de Sarko, et son alliance avec le néo-fasciste Gianfranco Fini. Bien que la romance semble toucher à sa fin, elle a bien fonctionné pendant 20 ans. Avez-vous jamais entendu Sarkozy dire qu’il ne s’allierait jamais au FN ? Non, il n’a jamais dit une chose pareille. Il n’a jamais dit le contraire non plus, pas fou. Comme à chaque élection nationale depuis 20 ans, la gauche va se faire rouler dans la farine suite à un coup de théâtre au dernier moment, et la présidence lui échappera encore. Il ne restera plus, comme d’habitude, qu’à s’indigner et manifester dans la rue, mais il sera trop tard ! Vraiment, quelle malchance n’est-ce pas ?
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