( 9 avril, 2009 )

Les choses changent. En bien ou en mal, elles changent. Dans ce voyage immobile qui me conduit régulièrement d’un bout à l’autre de la planète, les étoiles pour vertige, la gare centrale de mon grenier devient le point de départ d’un périple pendant lequel la mémoire a une histoire à proposer et une suivante à absorber. Le passé n’étant que le résultat immédiat du présent, pardonnez si, parfois, je digresse, mais, voyez-vous, qu’il s’agisse de livre ou de voyage, la pensée n’a qu’une idée en tête : se laisser aller à l’émotion égoïste de l’instant qu’elle traverse.
Je me souviendrai longtemps de cette dernière montée au grenier et de ce livre. Une visite obligatoire. Une visite officielle. Le monsieur se tenait au milieu de la pièce, le regard avide du prédateur à l’affût. Isolé, mais point aménagé, le grenier présentait un capharnaüm assez rebutant. N’importe qui aurait tourné les talons, mais certainement pas lui. Il était là pour le boulot. Son sale boulot de mandataire. Dans son costume classique de chasseur de misère, un bloc à la main, il notait les miettes pouvant encore avoir une valeur. Il calculait à la louche. Tant pour l’affreuse reproduction d’un tableau de maître, tant pour le bidule appuyé contre l’oeuvre du maître… Mon grenier servant d’entrepôt, tout objet inutile, mais « pouvant encore servir » y trouvait place. Une saisie ressemble au G 20. On note tout ce qui soulage en oubliant l’essentiel : le facteur humain. Je n’aime pas les mandataires judiciaires !
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( 26 mars, 2009 )

Dans le gourbis qui me sert de bidule à remonter le temps, je me disais que la dernière sortie de Benoît Seize sur la capote, juste avant son déplacement en Afrique, continent dévasté par le virus du sida, mettait en évidence un fait indiscutable chez le chef des calotins : la doctrine d’abord, l’humanité plus tard. Je ne sais plus comment qualifier le phénomène qui, de génération en génération et de siècle en siècle reproduit et prolonge tant d’horreur et de bêtise. Pourrait-on parler dans des cas spécifiques de génocide de l’intelligence ?
Je fourgonnais à nouveau dans mes piles afin d’y extraire une lecture à partager. Comme je ne respecte aucun ordre (dieu m’en préserve !), on peut trouver côte à côte la vie d’une amoureuse, des récits érotiques chinois, ou la biographie de Louis Scutenaire par Raoul Vaneigem. Le W de Georges Perec ou les Fenêtres de Pontalis jouxtant, truc assez rare, une histoire du Christ de l’incroyable et talentueux polémiste italien aujourd’hui disparu Giovanni Papini. Ah, la la ! Giovanni Papini. A ce propos, les éditions Allia ont eu la bonne idée d’éditer un petit fascicule de ce remuant auteur italien « La vie de personne ». Truculent !
Finalement, mon choix est tombé de l’étagère, animé de je ne sais quelle étrange volonté : « Un anglais sous les tropiques » de William Boyd. Pourquoi l’Afrique et pourquoi ce livre ? L’Afrique, parce que j’aime ce continent et les gens qui le peuplent et le livre, parce qu’il est magnifique d’humanité, d’humour et de talent. Je l’ai découvert il y a un un moment déjà, à mon retour d’un voyage en Côte d’Ivoire.
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( 15 mars, 2009 )

Je vous le dis tout net, je déteste toute forme de célébration. Ainsi, j’ai fait grève de commémoration pour la journée de la femme ce 8 mars. Entre faux-semblants, vraie-fausse complicité et hypocrisie, l’avalanche était trop importante pour que je me laisse bercer par un discours à la mords-toi-la-queue-si-tu-peux. Des journées faux-cul comme celle-là, merci bien !
Cela étant, je m’aperçois avec perplexité que depuis que je propose mes modestes chroniques aucun auteur féminin n’a eu droit à la moindre illustration dans cette rubrique. Cependant, ne voyez là aucun sentiment d’ostracisme de ma part. Pour tout dire, j’adore lire les écrivaines. Elles ont, tatoué sur les doigts, le secret d’un parfum envoutant.
Je laisserai de côté, évidemment, les Yourcenar, Beauvoir, Duras et autres Françoise Sagan… J’aime chez la femme son côté naturellement insolite. Son sens inné de la surprise et cette façon particulière qu’elle a de vous faire croire que vous avez du génie sans éprouver d’autre sentiment que celui de vous avoir aidé à vous surpasser, même si vous êtes passablement idiot.
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( 2 mars, 2009 )

Alors que vous pensez avoir touché l’insondable, il arrive que les ailes blanches du hasard fassent voleter dans votre esprit la possibilité d’un bonheur enfin palpable. Bien qu’utopique dans le concept, la chose n’en est pas moins réelle.
Chaque livre est un voyage. Un paysage qu’on découvre. Un être différent, vivant ou mort, vous tendant une main fraternelle dans le labyrinthe des émotions. Une brise de sensualité irisant soudain un épiderme oublié ou momentanément négligé. Une ombre surgissant du passé, se penchant sur le présent pour interroger on ne sait quelle fantomatique vision.
Par ces temps de doute et de fragile équilibre planétaire, mon grenier (vous le savez maintenant) me sert de refuge et permet à mon esprit de cultiver le paradoxe en échappant par la fuite aux horreurs du moment, cherchant dans la lecture ce zeste de bonheur auquel chacun aspire et que nous méritons. Quand l’homme se sent impuissant, il lui arrive de se trouver des raisons d’être lâche.
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( 18 février, 2009 )

Aujourd’hui, ma présence dans le grenier n’avait pas de rapport avec les pages de lecture que je partage avec vous. Je bricolais une douille en pvc qui venait de cramer sous la chaleur de l’ampoule. Voici la troisième fois qu’elle me fait le coup en quelques mois. Mon installation électrique est pourtant conforme aux normes… L’employé de la maison Briconaute est perplexe, mais réglo. Chaque fois, il me remet une nouvelle pièce gratuitement, en espérant que…
Chemin faisant, entre deux fils qu’on dénude, une colère concentrée et l’odeur ambiante, le nom d’Albert Londres vint me titiller l’esprit. Quel rapport entre ma douille, mon ampoule, la lointaine fermeture du bagne de Cayenne, les émeutiers de la Guadeloupe, la Martinique et, probablement, bientôt la Réunion ? S’il existe une relation de cause à effet, elle se trouve sans doute dans la gestion pitoyable de ce conflit par un gouvernement irresponsable qui, se croyant malin, laisse pourrir une situation qui exige beaucoup de savoir-faire et, surtout, ce que le Président de la France n’a pas, une certaine idée de la dignité.
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