( 13 juin, 2009 )

Le songe des héros – Adolfo Bioy Casares

bioy.jpg

Plein les bottes !
Des campagnes électorales ; des débats semi-privés diffusés sur la télé publique. Des évangiles de l’objectivité selon le premier brigand venu. Du sentiment de frustration qui accompagne chaque échéance. De la victoire supposée des uns et des claques retentissantes chez les autres. De ces obscures combinaisons dont la récurrence finit par agir comme un vomitif chez l’homme (je n’ose plus employer le terme honnête) de la rue.

Besoin de prendre l’air. Besoin d’aller respirer la poussière de mon grenier. Ouste ! Les vrais-faux frères, les fausses convictions, les modes et autres arrangements avec la misère philosophique. Besoin d’écouter la catacoustique du silence !

Je me suis mis à faire ce que je fais toujours quand je cherche quelque chose dans mon grenier, je commence par toucher les livres et oublier ce pourquoi je suis là. Par un geste mécanique je commence par vouloir les ranger. Quelle idée ! Puis… Découvrir le titre. Les ouvrir…

Lire la suite…

( 24 mai, 2009 )

Les mendiants – Louis-René Des Forêts

mendiants01.jpg

Si l’enfance est le port de toutes les angoisses, de tous les rires, de tous les bonheurs, de tous les désordres et de toutes les perspectives, mon grenier en est l’échancrure. Il est l’estuaire d’une nécessité inaltérable.
Si passer sa vie à lire, à découvrir et à partager passe pour un luxe aux yeux des gens pressés, ce luxe a un prix, je persiste et je signe : lire est le négatif sur lequel est fixé l’ombre et sa lumière.

Lire c’est inventer quelque chose qui n’existe pas. Du moins pas encore. Mais ces réalités paradoxales ont ceci de tangible : c’est quand on les oublie qu’on mesure le vide qu’elles laissent. Mais que le tcheuf tcheuf du moteur vienne par hasard à se faire entendre dans le subtil réseau des exigences et c’est tout un pan de l’histoire universelle qui se met à virevolter dans votre tête pour un inévitable come back.

Qui dit enfance, dit grenier, dit vieille malle qu’on ouvre comme on découvre une vie avant la vie. Cette cantine à l’intérieur de laquelle ondoie la cartographie du monde intérieur que la mémoire préserve comme ultime refuge. L’endroit où sont conservés les objets les plus incongrus et des choses beaucoup plus secrètes. Le lieu où votre coeur entend la rumeur des galets sous la houle tranquille ou le terrible grondement des orages pendant la tempête. Le coffre de toutes les émotions, l’océan de toutes les passions réduit aux dimensions d’un simple objet de fabrication artisanale ! Si nous devions rendre réelle la somme de toutes ces miniatures nous découvririons avec perplexité que notre planète ne suffirait point à contenir sa totalité. Elle serait pour ainsi dire ridiculement petite !

Lire la suite…

( 8 mai, 2009 )

Le puits/les adieux – Juan Carlos Onetti

onetti.jpg

Si vous voyez non pas dans votre sommeil mais dans la réalité de sa lecture un oeil rouge, une lune verte, le temps qui bouge, des lampadaires offusqués, une rime injuste et que vous éprouvez un tas de sensations mettant à mal vos idées cartésiennes ou votre équilibre mental, bien que l’essence même du terme cartésien demande révision de l’avis de certains spécialistes, ne vous pincez pas, vous êtes bel et bien éveillé, mais vous naviguez dans une dimension que vous abordez peut-être pour la première fois. C’est un tantinet déstabilisant, je vous l’accorde, mais parfaitement excitant, je parle de littérature latino-américaine et de Juan Carlos Onetti en particulier. Cela relève de la métaphore, évidemment !

En relisant cet auteur, né en 1909 en Uruguay et mort à Madrid en 1994, les tambours de l’illusion frappent à ma porte, accrochent des lampions au fil de la mémoire, pendant qu’un bout de filtre épuise sous la fumée les dernières particules d’un tabac poétiquement inspirant. Rien n’est pourtant compliqué dans les romans de Juan Carlos Onetti, mais la façon qu’il a de jouer avec les mots vous donne l’impression bizarre de les lire dans le reflet d’un miroir. Quand on lit un livre de Juan Carlos Onetti, il faut commencer par nettoyer l’esprit des impuretés de l’habitude. Si vous cherchez une assise architecturale pour votre confort et votre sécurité, passez votre chemin. Si vous observez l’auteur en quête d’une enveloppe pour donner consistance et forme aux personnages de ces histoires, allez chercher dans un catalogue de mode de quoi nourrir votre curiosité. Rien n’est jamais rectiligne sur les routes tracées par monsieur Onetti, une seule chose demeure : de sa confusion broussailleuse naît une sorte de limpidité que l’esprit accueille avec bonheur après digestion.

Lire la suite…

( 27 avril, 2009 )

Les nuits difficiles

buzzati01.jpg

J’avais une dent contre mon toubib. Il m’avait dit : « tenez, avec ceci, vous n’aurez plus de problèmes.» Il était trois heures du matin et je ne dormais toujours pas après avoir avalé le double de la dose prescrite. Sans doute l’excès de jus d’orange, j’en consomme énormément ces temps-ci. A ce qu’il semble cela décuple l’énergie et annulerait l’effet des pilules. A mes côtés, ma compagne côtoyait les anges, si je me fie au rythme régulier de sa respiration. La télé, comme souvent, le son au plus bas, pour ne pas déranger, rediffusait des scènes de chasse avec un sujet sur les chiens d’arrêt. Belles bêtes ! Je ne dirai pas la même chose des propriétaires.

Henry Miller écrivait dans la préface « Les livres de ma vie», que quand il se revoyait, lecteur, il avait l’impression d’être quelqu’un en train de se frayer un chemin au milieu d’une végétation luxuriante ne cherchant « qu’à en sortir ! » Hélas ! On n’en sort jamais et c’est tant mieux. Sinon, pourquoi avoir écrit ce livre sur les livres ?

Je finis par plonger dans une sorte d’inconscience. S’agissait-il de sommeil ou de rêve éveillé ? Sans doute les deux. Les images d’un univers fait de bizarrerie colonisaient un esprit sensible à l’absurdité et aux histoires fantastiques. Emporté par l’ambiance, je saisissais en passant un livre sur l’étagère du couloir : « Les nuits difficiles » de Dino Buzzati. En buvant un café toujours bénéfique j’allais jusqu’au bout de la lecture de ce recueil de nouvelles dont chaque détail, vingt-six au total, formaient un tableau à l’équilibre parfait. S’il s’était agit d’une oeuvre picturale, j’aurais songé à Jérôme Bosch pour l’abondance des scènes et la richesse du détail. Si cela avait été du cinéma, j’aurais évoqué Fellini et sa joyeuse propension à parler de choses graves avec la pureté d’un poète romantique, tant dans les deux cas la magie donne aux idées la saveur d’une indiscutable fraîcheur.

Lire la suite…

( 17 avril, 2009 )

Le passage

passage.jpg

Une vie est la représentation chronologique du passage d’une période consciente à une autre sur laquelle l’humain colle la nébuleuse de quelques croyances inconscientes, la vie après la mort et autres craintes abyssales. Une vie passée à monter le même mur, à tailler la même pierre, à lustrer les mêmes joints et à manger le même morceau de pain, tout en songeant à repousser la limite des horizons pour atteindre on ne sait quel paradis exogène. De temps en temps, un mot, un geste, venant interférer dans le fil des habitudes, l’histoire barbouille la conscience avec les couleurs d’une autre vie. En inversant l’ordre des perceptions le monde bouge le décor et un simple fait du hasard suffit à rendre inéluctable cette partie oubliée de soi qui, parfois, rend votre silence malheureux.

Dans la vie comme dans la mort, en amour ou en amitié, malgré nos efforts, il est toujours difficile d’être à la hauteur des attentes. Vivre, aimer, mourir, sont la trame d’un acte d’héroïsme dont on ne mesure pas toujours la portée.
Lire la suite…

1...789101112
« Page Précédente  Page Suivante »
|