( 24 décembre, 2010 )

D’Europe N°1 à Antenne 2

elkabbach.jpgAprès l’élection de Giscard, la petite bande que nous étions a continué à travailler dans l’ambiance qui avait précédé l’élection. Rien n’a considérablement changé dans l’immédiat.
En revanche, dès la rentrée de septembre, il est apparu que l’équipe qui manageait Europe N°1 démissionnait. L’Etat (par l’intermédiaire de la SOFIRAD dirigée de main de maître par Denis Baudouin) devenait majoritaire au sein de la station. Suite aux démissions de Siegel, Gorini et Leroy, il y eut des assemblées générales, des négociations, et les délégués syndicaux obtinrent que tout le personnel de la station puisse jouer de la « clause de confiance » (si mes souvenirs sont bons) et partir avec des indemnités de licenciement proportionnelles au salaire.

Bizarrement, je ne me souviens pas avoir vu ou assisté à des adieux de la part des patrons… Mougeotte avait pris la relève. C’est lui qui présidait (avec Floirat) la petite fiesta organisée pour les Catherinettes, au cours de laquelle on me remit des fleurs et un cadeau d’une valeur de 500 F. Il n’y avait pas une super ambiance et nous n’avons pas traîné dans le bureau de Siegel, le soir après la fête.

Mougeotte m’a proposé de devenir sa secrétaire mais j’ai décliné l’offre parce que mon patron m’avait proposé de le suivre à la télé. Je n’ai pas eu à réfléchir longtemps avant de me décider. J’avais « fait le tour » de la radio, j’étais impatiente de découvrir l’univers de l’ex-ORTF. De surcroît, j’avais une somme rondelette d’argent, ce qui m’a permis de m’acheter un billet d’avion Paris-Beyrouth aller-retour pour les fêtes. J’y rejoignais mon copain et nous avons fait le tour du Liban et de la Syrie pendant les fêtes.

En janvier, Leroy m’invita à le rejoindre dans un des immeubles loués par l’ORTF, avenue de Matignon ! Alors que l’Etat devenait majoritaire à Europe 1, l’ORTF avait été « éclaté » en plusieurs unités : TF1, Antenne 2, France 3, la Société Française de Production, Télé-Diffusion de France et l’INA et enfin Radio-France pour les radios.

Les nouvelles chaînes s’organisaient, visiblement pas rapidement, si bien qu’on me « planqua » au secrétariat du directeur général de la chaîne (ancien responsable du secteur film et coproductions), qui occupait encore ses anciens bureaux.

Mon arrivée dans ces locaux très cossus m’a marquée : des portes capitonnées se déroulaient au long des couloirs. A chaque étage, on trouvait un « planton » qui s’occupait de recevoir les visiteurs et de distribuer le courrier pour les directeurs de l’étage. Tout était très feutré et vieillot. Je partageais le bureau avec la secrétaire du futur D.G. : X. L. ! Elle arrivait toujours assez tard, en minaudant, allait s’enfermer immédiatement dans le bureau de son patron et en ressortait bien plus tard l’air un peu émoustillé… une fois, elle m’a demandé « est-ce qu’on entend ce qui se passe de l’autre côté ? » de façon si appuyée que j’ai fini par comprendre qu’elle voulait m’informer de ne pas toucher à son boss.

Je ne le savais pas, mais j’avais été propulsée dans l’univers de la « promotion canapé », des gens payés à ne pas faire grand chose, gardés pour leur ancienneté… Je me souviens avoir été un peu gênée d’avoir si peu à faire.

Après un mois, j’ai atterri avec mon patron au 6e étage de Cognacq-Jay. C’est là qu’était la rédaction d’Antenne 2. Il était directeur-adjoint de l’information. Je partageais mon bureau avec l’assistante de Jacques Sallebert, le Directeur. Mon boss avait dans son bureau une espèce de mini-standard téléphonique d’où on pouvait joindre la direction, probablement l’Elysée et Matignon directement (du secrétariat, il n’y avait qu’à faire un numéro à 4 chiffres et pour l’Elysée et pour Matignon). Mon patron héritait du bureau d’Elkabbach qui venait de partir.

Dès mon arrivée, toutes les autres secrétaires m’ont fait la gueule sauf Brigitte de S. ma collègue de bureau. J’étais mieux payée qu’elles. Mon patron m’avait obtenu un salaire identique à celui que j’avais à Europe 1. Du coup, Brigitte, qui avait de l’expérience dans la maison, avait vu son salaire augmenté indirectement grâce à moi. J’avais des contrats de « conseiller audiovisuel ».

Je travaillais de 9h du matin à 9h du soir. Et j’ai eu une sacrée chance de tomber sur Brigitte. Dès le second soir, elle m’a emmenée partout dans ce labyrinthe qu’était Cognacq-Jay. Au 5e, il y avait la rédaction de TF1. Les studios étaient au rez-de-chaussée.

Lire la suite…

( 17 décembre, 2010 )

Poupoupidou à Europe N°1 et mort de Pompidou

4223189394.jpg1974 allait être ma dernière année à Europe N°1. J’étais secrétaire de Direction, mon boss avait cessé de m’impressionner et mon petit cercle de copains s’était renforcé d’une autre jeune femme. Jeannine, la secrétaire de Gorini ayant abandonné le boulot pour faire la mère de famille en Alsace, avait été remplacée par Danièle K. Même que c’est moi qui l’ai suggérée à mon patron qui gérait la Rédaction. C’était une belle brune aux cheveux longs, très discrète, qui tapait les flashs de la soirée. Elle était du soir, j’étais du matin, nous étions très complémentaires. Elle rejoint très vite la bande dont le noyau dur était composé de Josée, la secrétaire de Pierre Bonte (qui faisait son émission « Bonjour M. le Maire »), Paule ou Andrée du service reportages, Pascal, Dudu et moi.

Je pris l’habitude de traîner dès que mon patron était en studio… ma vie sentimentale se délitait et les petites fêtes improvisées très souvent m’aidaient à franchir ce cap (classique) du mec un peu absent, ou présent juste lorsqu’il s’agissait de frimer en invitant des copines aux débats politiques de mon patron, qui se déroulaient en public. Grâce à moi, il pouvait faire entrer ses amies de Science Po. Le copain de ma nouvelle collègue, surnommé « Popeye » avait été intronisé dans le groupe. Nous faisions des soirées chez les uns ou les autres, au restaurant, ou dans le bureau de Siegel lorsqu’on le pouvait.

Le 2 avril 1974, le Dr Europe et Albert Ducrocq ont invité, comme tous les ans, toute la rédaction à leur buffet. Cela se passait au sous-sol, à la cantine. C’était charcuterie et tonnelets de vin rouge, à partir de 19h. C’était une habitude qu’ils avaient prise et à laquelle tout le monde se prêtait bien volontiers. Nous étions donc nombreux à festoyer parmi lesquels Siegel, Gorini, même « Papy Floirat » qui aimait bien passer à Europe en fin de journée. Le petit groupe d’amis n’étant guère décidé à retourner chacun chez soi, nous avons donc décidé de finir la soirée dans le bureau de Siegel, lequel était parti depuis belle lurette, ainsi que toute la hiérarchie. Pascal avait monté les restes de pâtés, saucissons et autre cochonnaille, les autres avaient pris des gobelets, récupéré les tonnelets… et nous continuions allègrement la fête dans le bureau directorial, en musique.

georgespompidou.jpgTout à coup, Pascal de passage dans le bureau du secrétariat, surgit dans le bureau et nous annonça : « Pompidou est mort« . C’était Levaï qui avait entendu l’urgent (une sonnerie sur le telex) en passant devant la salle des télex ! A moitié éméché, il était descendu faire un flash spécial que Pascal avait entendu au vol.

Re gros branle-bas de combat. Nous avons déblayé le bureau de Siegel, posé les plats et tonneaux sur la table de la rédaction, et rappelé nos patrons respectifs. Ils étaient de retour une demi-heure plus tard. Nous étions chacun dans notre bureau, dans les starting-blocks pour la nuit de travail que la mort d’un président allait représenter.

Gorini n’en revenait pas de nous voir tous à nos postes, pas un seul n’a pensé que nous nous apprêtions à faire la fête quand la nouvelle nous avait « chopés ». Il se frottait les mains, tout content et répétait sans arrêt « enfin, il se passe quelque chose… on s’emmerdait à la longue« . Il me semble bien que nous avons travaillé toute la nuit. Un moment, faute de boustifaille, nous avons téléphoné au bar d’à côté au petit matin pour qu’on nous apporte des sandwiches, des oeufs durs et du café, de quoi tenir le coup.

Je découvrais enfin ce qu’était la venue d’un événement majeur dans une rédaction. J’ai bien aimé ce moment où chacun sait ce qu’il a à faire, définit ses propres priorités, prend des initiatives et pallie au plus urgent. C’est beaucoup plus tard que je prendrai conscience de ma capacité à réagir vite et bien mais j’étais très à l’aise dans ce genre de situations.

Bien sûr, la mort de Pompidou a provoqué des élections présidentielles après l’intérim de Poher. A Europe, des étudiants étaient recrutés tout spécialement pour travailler avec l’IFOP sur les intentions de vote. C’est donc là que j’ai vu arriver Anne Sinclair en jupe plissée bleu-marine et en catogan.

Notre petit groupe de copains continuait à bien fonctionner, nous faisions régulièrement la bringue ensemble, j’étais devenue très amie avec ma collègue Danièle chez qui j’allais dormir de temps en temps, lorsque mon studio a été inondé… à moins que je n’aille chez Pascal qui me prêtait son studio. Nous avions pris l’habitude de jouer de temps à autre au poker (sans argent car personne n’en avait). Nous misions des trombones.

Ces soirées contribuaient à souder le groupe . Nous avions tous du pain sur la planche et passions beaucoup de temps au bureau car la campagne électorale battait son plein entre les divers candidats dont Giscard d’Estaing et le Premier Secrétaire du P.S. François Mitterrand. Un débat entre ces deux-là, animé par mon patron, eut d’ailleurs lieu dans le studio d’Europe N°1 et fut couvert par toute la presse française.

Bien sûr, les veilles et jours d’élections, nous étions au taf, sans rechigner. Un célèbre traiteur était en charge d’un énorme buffet qui se tenait sous une toile de tente dans une des cours intérieures de la station. Nous avions des badges pour accéder à ce buffet pour nous sustenter à tour de rôle puis remonter dans nos bureaux.

Lire la suite…

( 10 décembre, 2010 )

Europe N°1 – vitesse de croisière

europe119551647gogd.jpgLe changement géographique de bureau ainsi que le fait de partager un espace avec une collègue m’ont, en fait, aidée à sortir de l’emprise de ce patron quelque peu possessif qui était le mien.

Par la même occasion, mon univers personnel s’est ouvert sur ce média où j’évoluais et les autres gens qui y travaillaient. Je commençais à m’y trouver bien, je partageais de grands moments de rigolade avec mes copains, particulièrement avec P.M., l’assistant de Siegel, Dudu, son chauffeur, Jean-Claude, Toulonnais, monteur fou de musique, les secrétaires du service des reportages, ou quelques unes des « soeurs frappe-frappe », souvent des femmes assez originales voire excentriques, plus toutes jeunes mais intéressantes. L’une d’elles qui faisait le soir venait travailler avec son chien.

Nous passions notre temps libre au bar d’à côté où nous croisions les artistes du moment, Gainsbourg et Birkin entre autres. L’ambiance y était bon enfant. C’était la succursale de la station de radio.

De temps à autres, nous faisions de petites fêtes impromptues dans le bureau de Siegel, après qu’il ait tourné les talons. Chacun allait acheter de quoi boire ou grignoter et nous passions la soirée ensemble, vautrés dans le bureau du directeur. Il m’est arrivé un soir de faire une danse du ventre sur le bureau directorial. Le lendemain, Siegel aurait demandé à son assistant ce qu’étaient ces traces de pas sur son bureau (j’avais pourtant quitté mes chaussures).

Un soir, l’hôtesse d’accueil étant absente, j’ai dû la remplacer au pied levé et aller servir à boire à l’invité de l’émission-débat de mon patron. François Mitterrand, alors 1er Secrétaire du P.S. attendait l’heure dans le bureau de Siégel, avec son staff, celui du service politique de la rédaction, mon boss, Siegel etc. Je devais servir à boire à tout ce petit monde et j’étais littéralement tétanisée à l’idée d’avoir à m’adresser à Mitterrand, qui était glacial et pour qui j’avais l’impression d’être transparente. Michèle Cotta, qui le connaissait fort bien à l’époque, a dû sentir ma timidité extrême et m’a proposé d’aller lui demander ce qu’il souhaitait boire… ce qui m’a permis de l’éviter. Jamais été aussi impressionnée par un homme de ma vie.

JJSS (Servan-Schreiber) qui s’était lancé dans la politique après l’Express, s’asseyait sur mon bureau, lorsqu’il était l’invité de mon patron, j’avais eu un soir Giscard appelant directement de son Ministère (sa secrétaire avait dû rentrer dans ses foyers). J’évoluais dans ce monde politico-médiatique en sachant où était ma place et je n’avais qu’ un intérêt assez léger pour lui. Le seul qui m’ait intimidée a été Mitterrand. Le lendemain, l’hôtesse à qui je contais ma « soirée dépannage » m’a dit qu’un jour, alors qu’elle l’accompagnait du parking au bureau de Siegel, l’ascenseur s’était bloqué entre 2 étages. Mitterrand, seul avec elle s’était alors muré dans un terrible silence en la fixant d’un regard très noir. Elle gardait de ces 15 mn de solitude avec F.Mitterrand un très désagréable souvenir.

Si, de mon côté, je m’épanouissais, mon patron, lui, n’avait pas changé. Toujours aussi exigeant, méfiant, paternaliste… J’arrivais à 9h (plus souvent avant) le matin et partais souvent à 9h, voire plus tard s’il y avait du taff, le soir. Je travaillais tous les samedi matin et de temps en temps faisais une permanence le samedi après-midi.

C’est un samedi après-midi que mes rapports avec mon boss ont changé. En fin de matinée, il avait exigé que je reste l’après-midi alors que ça n’était pas mon tour. Il avait un rapport confidentiel à me faire photocopier (environ 250 pages dactylographiées) ! A l’idée de passer mon après-midi à la photocopieuse, j’ai commencé à râler. Inflexible ! Je devrais donc passer le samedi après-midi à faire ce boulot passionnant ! C’est vraiment à reculons que j’ai commencé, en pestant parce que j’avais prévu autre chose pour mon après-midi. Deux heures plus tard, j’en étais à peu près à la page 200 quand la photocopieuse s’est coincée ! J’eus beau tirer sur le papier, « débourrer » la machine ! Bloquée. Je suis descendue à la Rédaction voir si je pouvais trouver un bricoleur pour m’aider… personne. J’ai donc appelé mon boss chez lui pour lui annoncer la nouvelle. Il a déboulé comme une furie dix minutes plus tard à la photocopie où j’essayais toujours de bricoler.

- « Mais vous l’avez fait exprès« , a-t-il commencé en vociférant.

- « Oui, bien sûr, pour prolonger d’autant mon temps de travail si passionnant » ai-je répondu au bord de la crise de nerfs.

A la suite de quoi il a plongé le nez dans le moteur, s’est énervé, n’a pas décoincé le bouzin, s’est re-énervé et m’a ré-engueulée. Je me voyais rester là jusqu’à 9h du soir à cause de cette satanée photocopieuse ! Car c’est couru : ces engins tombent toujours en panne lorsqu’on est pressé d’en finir avec eux.

Un moment, mon boss a voulu vérifier les 200 feuillets déjà imprimés et a trouvé une photocopie loupée (l’original était passé en biais). En me rendant le bloc de photocopies et en montrant la page « en biais », il m’a dit ce qu’il aurait mieux fait de garder pour lui :

- « Quand on n’est même pas fichue de prendre la pilule et qu’on se retrouve enceinte, comment voulez-vous être capable de prendre des photocopies » !

Lire la suite…

( 5 décembre, 2010 )

Europe N°1 : près de la salle des télex

telex.jpgPendant le déménagement, mon patron avait eu de l’avancement : il était devenu le n° 2 de la rédaction, Gorini étant le Directeur de l’Info. Je passai donc à l’autre bout de la rédaction, me retrouvant avec une collègue : Jeannine A. , la secrétaire de J. Gorini. C’était une petite femme boulotte, brune, dotée de pas mal d’humour et elle était très proche de l’assistante de Siégel, Christiane B. C’est avec plaisir que je suis sortie de mon isolement (du fond). Dans ce bureau, j’étais plus près géographiquement de l’endroit où ça « bougeait ».

C’était juste après l’entrée de la rédaction à laquelle on accédait par 3 marches. C’était aussi le coin où se posaient les pigistes tels Albert Ducrocq, Frédéric Pottecher, Philippe Bauchard, le Dr Europe, etc.

J’étais tout près de la salle des « télex » : une bonne demi-douzaine de télex imprimait en permanence les « dépêches » sur une épaisseur de 5 feuillets. Une jeune étudiante les découpait au fur et à mesure pour les répartir dans des corbeilles à destination des gens concernés selon le thème. Les « chefs » recevaient la totalité. Une clochette tintait lorsqu’il y avait des « urgents ». A force l’époque, nous avions tous plus ou moins les mains sales à force de manipuler le côté carboné des dépêches et les journaux à l’encre baveuse.

Dans le même endroit, se trouvaient aussi les secrétaires, les soeurs « frappe-frappe » comme se plaisait à les appeler Pascal, l’assistant du Directeur Général. Il y avait celles du matin, celles de la journée et celles de la nuit. Elles étaient à la disposition des journalistes présentant les journaux et les flash pour taper leur texte sous la dictée. Il y avait donc beaucoup plus de passage qu’au début. Et le passage crée les rencontres.

J’ai donc fort bien vécu ce déplacement géographique. J’étais dans mon élément : l’animation et l’agitation, et notre bureau était très passager et animé. Gorini me paraissait très amusant… beaucoup plus drôle que mon patron qui paternalisait toujours autant, regardait sa montre quand j’arrivais (toujours en avance) ou quand je partais. En plus de mon travail (qui atteignait facilement plus de 50h/semaine), je m’étais inscrite en 1ère année de licence de droit à Assas. Mes T.D. avaient lieu au lycée Montaigne, le soir après le boulot où je ne chômais pas. J’avais 21 ans et de l’énergie à revendre.

Leroy, lui, administrait la rédaction en même temps qu’il continuait ses éditoriaux et son émission de débat quotidienne. Il ne m’était pas apparu que le droit allait être chronophage jusqu’au jour où… Une après-midi, j’étais en train de peaufiner mon premier exposé en droit constitutionnel prévu pour le soir. (Mon petit copain m’avait conseillé le « plan sciences-po : thèse, antithèse et synthèse ». Mon travail tenait donc sur une page). Las ! Mon boss, arrivé subrepticement derrière moi m’arracha la feuille manuscrite des mains et me convoqua illico dans son bureau. J’ai dû m’expliquer sur ce que je faisais qui n’avait rien à voir avec le travail pour lequel j’étais salariée ! Et j’ai eu droit à un « double avertissement » sans mise à pied. Au prochain écart, je serais mise à pied. Ca m’a complètement bouleversée… il avait été très menaçant et j’avais été humiliée. J’ai eu le sentiment d’être grondée par un père tyrannique. C’était un tyran paternaliste. Je n’ai plus jamais fait un travail personnel au bureau. Une autre fois, j’avais fait un courrier à la machine pour un copain journaliste stagiaire. C’était pendant l’heure du déjeuner, donc sur mon temps de loisir. L’après-midi, je me suis pris un savon. Je ne devais travailler que pour lui, il était mon patron et je ne devais pas travailler pour d’autres ! Quand je lui ai demandé comment il l’avait su, il m’a répondu « j’ai fouillé dans votre corbeille à papier et ai vu le double que vous aviez jeté« ! Pathétique ! Mais j’ai continué à subir.

Il était odieux avec tout le monde. Lorsqu’il a fallu virer l’éditorialiste économique du matin (Pierre Meutey) parce qu’il avait eu le malheur de critiquer un des principaux clients de la régie publicitaire, c’est Leroy qui s’en est chargé. C’était lui l’exécuteur des mauvaises tâches ! Un matin d’ailleurs, j’eus la surprise de voir le verre de son bureau à l’entrée de la rédaction -encore une cage de verre- complètement fendillé. C’était Levaï qui s’était énervé au cours d’une prise de bec avec J.C. Dassier -deux tempéraments volcaniques et opposés-. Il avait donné un coup de poing dans la vitre pour se défouler puisque certains les avaient séparés ! Quelle ambiance ! En fait, je me frottais avec l’atmosphère qui régne dans les médias, qui n’avait absolument rien à voir avec celle, finalement très décontractée et harmonieuse dans laquelle j’avais évolué avant, chez les Amerlocains.

J’avais de grands moments aussi, par exemple lorsque Frédéric Pottecher arrivait, immédiatement il y avait foule autour de lui pour l’écouter raconter le procès qu’il couvrait pour Europe 1. De temps en temps, les éditorialistes offraient des « pots » à la rédaction… c’est là que j’ai commencé à me faire plein de copains, même l’équipe qui travaillait pour Siégel. Dudu, son chauffeur ne me faisait plus peur, je supportais mieux ses blagues, d’autant qu’il avait cessé de me draguer. Comme c’était le soir, mon patron était à l’antenne, et l’ambiance de la rédaction devenait beaucoup plus conviviale. Je commençais à connaître des techniciens, des monteurs-son et à rigoler avec eux. Ca me changeait de la psycho-rigidité de mon boss. Jeannine était une collègue agréable mais nous n’avins pas les mêmes préoccupations. Elle cherchait l’âme-soeur, moi je l’avais trouvée (pour un certain temps). Je vivais ma vie de soixante-huitarde avec mon petit copain soixante-huitard et je faisais mon boulot. J’avais trouvé un petit studio dans le 18e arrondissement, en bref j’étais bien… heureuse.

En Suisse, j’avais pris la pilule donnée sans problème par les médecins mais à Paris, le toubib conseillé par ma collègue m’a ordonné des examens supplémentaires à faire. J’ai eu l’impression qu’il n’était pas vraiment « chaud » pour me donner la pilule. Et, bien sûr c’est à ce moment-là, « grâce à un préservatif », que je me suis retrouvée enceinte ! C’était d’ailleurs au moment où le Nouvel Obs avait titré sur le  »manifeste des 343 salopes« , toutes des femmes en vue qui avouaient s’être fait avorter et demandaient qu’on libéralise l’avortement en France où il était réprimé. Inquiète, je lisais tous les témoignages de ces pauvres femmes passées entre les mains de « faiseuses d’anges », dont la vie avait souvent tourné au drame suite à des infections. Je n’étais pas prête du tout pour une grossesse. Je devais donc me faire avorter. Quelques copains « mis dans la confidence » m’avaient trouvé des adresses qu’on se passait sous le manteau. La police de Poniatowski s’était raidie suite à l’article du Nouvel Obs. De mon côté, j’étais désespérée. Si je trouvais un avorteur, il se défilait toujours quelques jours après et je ne voulais pas être « sabotée » par une faiseuse d’anges.

Lire la suite…

( 1 décembre, 2010 )

Secrétaire de 3 rédac-chefs à Europe N°1

rumeurope1.jpgTrès vite, j’eus un contrat. Je serais donc la secrétaire des trois rédacteurs en chef. Leur bureau se trouvait tout au fond de la Rédaction. Derrière une baie vitrée à stores, siégeaient G. Leroy et J. Paoli, l’un à côté de l’autre, mon bureau était devant le leur, aussi derrière une baie vitrée à stores, avec Altschuller à ma gauche. C’était un très vieux monsieur, qui renâclait beaucoup lorsqu’on lui demandait un éditorial mais finissait par accepter, et me demandait alors d’appeler les conseillers d’un Ministre ou du Président (Pompidou à l’époque). A la suite de quoi il s’exécutait et partait l’enregistrer au studio.

Jacques Paoli avait à l’époque un édito quotidien, Leroy aussi, mais en plus son émission de débat politique le soir. C’est là que j’ai croisé des politiques comme Lecanuet, JJSS, Giscard mais aussi des artistes ou des sportifs. Le carnet d’adresse de mon principal patron était bien rempli et j’ai vite pris l’habitude d’évoluer dans ce genre de milieu où tout le monde se tutoie et se fait la bise, mais où on vous attend le ragot ou le couteau entre les dents à la moindre alerte. Mais peu m’importait à l’époque. J’étais dans ma phase d’observation, j’étais loin de tout ragot.

Le matin à 9h, lorsque j’arrivais, je devais traverser toute la rédaction, alors que Gorini avait convoqué la conférence en prévision des journaux du soir. Les journalistes, composés majoritairement d’hommes, étaient autour d’une table, et les reportages du jour étaient lancés après moult discussions. Les premiers jours furent intimidants pour la provinciale que j’étais, habituée à la décontraction américaine chez Du Pont. Je sentais les regards me suivre mais je marchais la tête haute sans voir personne, jusqu’au bureau du fond où, une fois assise, c’était mon tour d’observer ce qui se déroulait devant mes yeux.

Mon travail consistait beaucoup à répondre au téléphone. Politiques, auditeurs, Siegel, syndicalistes, épouses, enfants, maîtresses… il fallait éconduire, faire patienter, passer immédiatement, prendre les messages, savoir de quoi on me parlait si c’était une sollicitation, prendre garde de « passer ensemble » avec la secrétaire à l’autre bout du fil sans quoi on se serait fait gronder ! Je trouvais ça dérisoire mais je m’y pliais. Ma courte expérience avec Siégel m’avait suffi.

Je devais aussi répondre au courrier que recevait mes patrons… Altschuller et Paoli ne s’en occupaient guère mais Leroy répondait à toutes les lettres. C’était en gros toujours les mêmes questions : « je veux devenir journaliste, puis-je venir travailler avec vous » ou « puis-je avoir les coordonnées de la personne, de l’association, etc. que vous avez reçue hier soir » ? Un jour, lasse de taper 60 fois la même lettre dans une journée, je suis allée voir Leroy, pour l’informer qu’il existait des machines électriques munies de cassettes sur lesquelles on enregistrait un texte. On pouvait alors répéter inlassablement le texte, il suffisait seulement de taper le nom et l’adresse du destinataire. Ce gain de temps me permettrait de me consacrer à des activités plus intelligentes. Que n’avais-je pas dit ! « Mais vous n’êtes pas là pour faire la révolution, s’indigna mon patron, alors vous allez continuer à faire comme jusqu’à présent« .

Les rapports que j’avais avec lui m’agaçaient. Il était terriblement paternaliste et tyrannisait tout le monde. Guindé, donneur de leçons de surcroît, il disait « je dois vous apprendre à travailler » ! Pourtant, je trouvais la gestion du personnel et de la bureaucratie complètement obsolète. La comptabilité était faite à la main, les bulletins de salaires mesuraient 80 cm de large sur 1 cm de haut ! Les machines à écrire étaient mécaniques (les premiers mois). J’étais habituée aux IBM électriques.

Ca, c’était pour les côtés négatifs, mais j’étais trop contente de travailler à Europe, la station qui avait bercé mon adolescence, dans cette ambiance où il fallait être intuitive, réactive, avoir le sens des priorités, réfléchir rapidement, travailler vite. C’était « mon truc ». Ca l’est resté d’ailleurs. Je déteste le travail répétitif et une rédaction où tout peut arriver et tout doit être prêt en deux temps trois mouvement, c’était le lieu de travail idéal pour moi.

Leroy me donnait ses éditos à taper à la machine sous forme de trois ou quatre feuillets manuscrits. Pas toujours faciles à déchiffrer au début. Je savais que ses commentaires étaient le fruit des conversations avec les personnes que je lui avais passé(es) ? au téléphone. Paoli, lui, me les dictais directement. Il venait donc s’asseoir à côté de moi et hop, en un quart d’heure c’était fait. Quarante ans plus tard, j’aime toujours autant écrire sous la dictée. Ca me repose l’esprit : c’est un peu comme si j’étais en mode automatique et que mes oreilles soient directement reliées à mes doigts.

Lire la suite…

12
Page Suivante »
|