( 23 juillet, 2010 )

Les Misters de Paris – partie 2

Les Misters de Paris - partie 2 dans Série noises images3.vignetteCa cognait déjà méchamment ce matin, mais parait que le soleil donne la même couleur aux gens, gentiment. Je remballais dare-dare mon matos intime avant que l’autre n’ait des envies de passer à l’attaque.

- » Pardonnez moi, mais je suis un peu dur de la feuille, j’ai pas saisi votre patronyme ! »

- » Permettez moi. Je suis le Comte Patrice de Mastre, digne descendant du mondialement connu Joseph de Mastre. »

- » Connais pas tout le monde, désolé. Le seul Joseph que j’arrive encore à imprimer c’est celui qu’a engrossé la Marie sans même l’effleurer. Vous cherchez quoi de beau matin ??!!??  si c’est la RN 13 c’est un peu plus loin après la route de l’au-delà. Vous pouvez pas la louper. »

- » Plaît-il ? Non Non, je suis ici pour affaires. Ma démarche est de nature strictement professionnelle, et mon désir le plus ardent, de me rendre auprès de madame Bettenlong. »

Tiens donc, la vieille carne fricotait avec les tiers-mondains maintenant, et ta démarche ducon, j’en n’ai rien à cirer, d’ailleurs fais gaffe où tu marches l’aristo, ici c’est barjoland.

- » Si c’est Liliane que vous cherchez, vous la trouverez chez elle. La grande bicoque là-haut. Elle sort plus de son palace ! »

A peine lui avais-je indiqué où trouver la vieille, qu’il mit les adjas. Ca puait l’embrouille cette histoire. Fallait impérativement réunir le conclave des convexes. Ici les angles on les arrondissait pas, ils étaient saillants, alors on allait faire dans la mustang saillie…

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( 21 juillet, 2010 )

Les Misters de Paris-partie 1

Les Misters de Paris-partie 1 dans Série noises images3.vignetteJe me souviens, c’était le mois de la terre qui crève sous le soleil, les vieux fous du coin appelaient ça l’enfer du décor. L’affaire avait fait grand bruit dans ce no man’s land balayé par le hurlement des cigales et la lente agonie des arbres torturés par le feu tombant du ciel. Tout avait commencé quand la vieille folle avait perdu la boule. Me semble bien qu’elle se faisait appeler la Liliane. Ici, quand une vieille peau se tanne, les charognards ne sont jamais très loin…

On les avait vu rappliquer sans trop y prêter attention au début, faut dire que dans ces contrées reculées, les histoires des uns s’évaporent dans les nausées des autres. Mais la vieille canaille avait un sacré bas de laine. Entre nous, on déconnait en la surnommant la reine Magot, c’était pas Chéreau payé. Une tête patibulaire, mais presque, dans le coin et débutait la chevauchée fantastique. Tous se massaient en loucedé derrière les volets entrebâilles et affûtaient l’esgourde, mais étant donné que les trois quarts d’entre nous étions sourds comme des pots, c’était à celui qui aurait le plus d’imagination. Seul Pierrot, dit le fou, pouvait rivaliser d’ingéniosité quand il s’agissait d’infiltrer les lignes ennemies. Faut dire que ledit Pierrot était à bout de souffle depuis qu’il avait vu la fille de la Liliane. Il avait bien tenté de savoir deux ou trois choses d’elle mais, vu qu’il était pas sorti de la cuisse de Jupiter, son seul luxe abordable était la grande goulue de la RN 13, et la RN 13 était connue pour être le terminus de l’amour. Pierrot y avait chopé le chantre mou et s’était mis à déblatérer du Proust. Nous, on était tellement à la masse qu’on pensait qu’il s’agissait d’une connerie genre versets sataniques ou fièvre du samedi soir, parce que l’autre se grisait dès qu’il voyait une queue de cheval ! Tu m’étonnes qu’il la ramène avec Proust.

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( 26 août, 2009 )

Série noises: les vexés étaient bouclés de l’intérieur!

Série noises: les vexés étaient bouclés de l'intérieur! dans Série noises serienoises

 

Cela faisait combien de temps que je n’avais pas mangé un bon repas ? Je l’ignore mais l’envie irrépressible de m’installer à une table pour déguster de la bonne cuisine me traversa l’esprit. Hélas ! Ça attendra. Comme attendront d’autres choses. Lire un bon article de journal. Un bon livre. Sentir l’odeur de l’encre et entendre le bruit des pages qu’on tourne. Le froissement du papier entre les mains. Mettre de l’ordre dans tout ce désordre. Voilà l’urgence. Casser la gueule à la mocheté ambiante. Prendre une bonne douche, me laver les dents, me parfumer un brin avec une eau de toilette boisée, avec une touche de tabac. Sentir mon corps se détendre dans un bon lit, tirer sur la clope en regardant les volutes de fumée se perdant dans la matité du plafond. On verra ça plus tard.

Pour l’instant Daktari me dévisageait de la tête aux pieds. J’imagine que, comme les autres, il devait me trouver l’air con. Cela est souvent le cas chez ceux qui ont l’avantage de la situation. Ma chaussure en moins, la gueule de la chaussette que je trimballais toujours au pied pour amortir la douleur de ma voûte plantaire, ou parce que je n’avais rien d’autre à y mettre, n’arrangeait rien à l’esthétisme de l’ensemble. Grotesque ! Daktari esquissa un léger sourire, découvrant une incisive redoutable. Je crois qu’à cet instant j’aurais préféré me faire becqueter par le Clarence argentin plutôt que de me faire mordre par ce cannibale aviné. Il referma le pont-levis qui tenait lieu de porte d’entrée. Un truc énorme ! Encore une coquetterie des hospices. Une fois à l’intérieur, il m’indiqua un petit salon genre lion’s club, tandis qu’il, bougrain-du-bourg local, jouait dans la pénombre. Là où se cachent les oiseaux pour mourir. Pas âme qui vive là-dedans. Que dalle ! Juste des bouquins partout. A croire que la Bibliothèque Nationale de France se fournissait chez l’huissier!

Une nouvelle porte vint me rire au nez en se fermant à ma curiosité. Plus de bibliothèque à contempler. Plus d’alexandrin à savourer. Une clé qui tourne, martelant clairement : « sans moi point de salut! » et Gutenberg qui frémit de froid se blottissant tout contre moi. « La distance de sécurité c’est 20 cm, dis-je. Même quand j’entame l’approche d’une belette.                                                                                                                                                                                 « Rassure-toi, blaireau ! C’est pas à ton cul que j’en veux, mais il faut que je te palpe la truffe et le reste, histoire de m’assurer que la bande de « coyote attend » t’a pas calé un mouchard dans l’fion ! J’ai pas envie qu’on nous retrouve tous deux là où dansent les morts.

Putain ! Ce mec me prenait pour un demeuré. Ok, je n’étais pas bien fini et ces dernières heures n’avaient pas contribué à faire évoluer mon image, mais je connaissais mes classiques question polar ! Quand ses mains se prirent pour des conquistadors ravageant mon incontinent de corps, j’aurais pu montrer à ce Charles Quint de mes deux que l’Amazone coulait encore et qu’il avait intérêt à savoir nager, sauf que Clarence était au garde-à-vous, façon bronze de Giacometti et à la moindre fausse note de ma part il serait en train de me faire chanter le générique de 30 millions d’amis en argentin.

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( 23 août, 2009 )

Série noises: le bout de l’immonde

Série noises: le bout de l'immonde dans Série noises serienoises

 

Je n’étais pas pressé d’arriver à destination. La banquette arrière de la caisse était plus confortable que les parties dures sur lesquelles mon corps avait été jeté ces derniers temps. Un palace, cette banquette. La bagnole cessa de rouler. Arraché au confort de mon baldaquin, on me fit sortir sans ménagement.
Devant moi, la demeure me fit l’effet du Negresco surgissant tel un monolithe d’ébène au milieu des pins maritimes. A regarder la bicoque on sentait bien la difficulté des propriétaires à boucler les fins de mois. Mon Francis d’acolyte claqua des doigts. Ça voulait dire que nous étions arrivés. Il déclama à la va vite quelques vers qu’il croyait bien sentis, pensant sans doute me transformer en Alphonse. J’aime l’humour acerbe et l’absurde poétique, mais mon compagnon par défaut n’avait d’absurde que l’humeur.

Le monospace s’était rangé devant un parterre de potentilles flamboyantes. J’aimais les végétaux. Ils ne vous pourrissent pas la vie, eux ! Ils ne demandent qu’à être bichonnés de temps en temps et ils vous le rendent au centuple. Francis devait se prendre pour Flipper le Dauphin. Il sifflait à tue-tête, claquait la langue contre le palais et balançait à volonté des « aux armes ! Nous sommes les marseillais ». Pute vierge ! Ce gonze intriguait vraiment. Je me demandais ce que Kaplan aurait fait à ma place, étant donné que la mort me coursait depuis trop longtemps à mon goût.

Sur le perron se tenait Évita , un dogue Argentin. Un molosse blanc comme mon Marcel, désormais rouge ou quelque chose d’approchant, tant le mélange des couleurs avait été divers et plus qu’avarié ces dernières heures… Médor sentit de suite l’odeur du sang. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il me bouffait l’avant bras. Francis rigolait tout en scandant : « popolopopopo !!! » C’était la quatrième dimension, ce truc. Je tentais le coup de pied de l’âne sur le clébard, mais je ratais ma cible, allant même jusqu’à paumer ma saloperie de simili doc martens frelatée. Pauvre de moi ! Direct dans les potentilles, la godasse !

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( 20 août, 2009 )

Série noises: Allée de la besogne à complices

Série noises: Allée de la besogne à complices dans Série noises serienoises

 

Je me tordais l’encéphale comme on tord une serpillère imbibée. Je tentais de lui faire cracher un bout de sens pratique. Rien. Je cogitais la meilleure façon de faire tourner la chose dans mon esprit, mais pas le moindre bout ne pointait son nez à l’horizon du réduit dans lequel mon esprit était confiné. Tel un canari en cage, mes idées avaient perdu de leur vitalité. Je me cassais la binette dans les convolvulacées qui envahissaient le potager de ma cortico-surrénale. C’est fou ce que ça démange une plaie !

Coincé dans cette pièce immaculée que j’avais allègrement mouchetée de mes chiures hémoglobines , je me prenais pour Rouletabille, investigant au mystère de cette chambre des jaunes. Pas la moindre ouverture. A croire que le milieu avait perdu le sens des relais. A quand un milieu relayeur ? Un vrai. Une attaque sevrée est une ligne frustrée et du mécontentement à gérer dans les vestiaires. De l’argent jeté par les fenêtres.

Justement ! Pas une, de fenêtre, dans mon réduit. Juste cette foutue porte de service qui ouvrait sur je ne sais quel coupe-gorge. Mon oeil, qui n’était pas plus lynx que celui d’une perdrix tant il avait payé de son corps, fut intrigué par un lot de camisoles de mauvaise qualité. De la contrebande textile sûrement. Du commerce pour un petit groupuscule vivotant en pratiquant l’arnaque sur des pauvres gens. La poignée de la porte se mit à chanter dans un murmure : « Sésame, ouvre-toi ! » Un Bibendum, tanguant comme bateau ivre se mit à gueuler comme un putois. En provençal ! Je crus comprendre (j’avais acquis quelques rudiments là-haut sur la montagne avec la fille du coupeur de joints) qu’il allait m’apprendre la langue d’oc, tout en causant du pays. De quel pays parlait-il ? Celui des copains d’abord ou celui des bannis de la terre ?

Ce gars avait l’air d’avoir croûté les restes des 40 repas des 40 voleurs et n’avoir pas digéré les aigreurs. Il était vraiment, vraiment de mauvais poil ! Je ne sais patois, mais moi ça ne me disait rien de rien. Pas des regrets, mais quelques souvenirs. Illico, le voyant déambuler avec nonchalance, je me suis dit, coincé entre les quatre murs de cette petite chambre de torture merdique où je me trouvais : « putain! Maïté va me faire le coup du lapin. Elle va me passer les rognons au Vouvray et me farcir le fion comme un vulgaire dindon. Il ne m’avait pas encore touché que je sentais l’agonie. Même pas le temps d’en griller une dernière. Triste fin que de se faire butiner par la Big Mama ! « Viens voir ma mère grand » chantait le Big Mac. Il arborait le sourire des fossoyeurs. C’est tout juste s’il ne sortait pas son banjo en me demandant de faire la truie. Saloperie de délivrance ,ouais ! Se faire récurer par une scotch brite, outre mon orgueil, cela froissait mon intimité.

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