( 23 juin, 2010 )

La morale sportive est soluble dans l’argent

wc2010edf.jpgLa pathétique épopée de l’edf en Afrique du sud nous rappelle une fois de plus que l’argent est en train de finir de dissoudre ce qui restait de cohésion et de valeurs morales dans la société dans laquelle nous vivons.

On commence à entendre des voix qui se lèvent en disant qu’on va laver le linge sale en France, et qu’ensuite, une nouvelle organisation de la fédération redonnera au foot ses lettres de noblesse et la dignité que lui accordent les amateurs.

En fait, sans être devin on peut prédire que cela ne changera rien. Car le problème aujourd’hui c’est que les joueurs ont d’autres chats à fouetter que de jouer pour l’équipe de France. Ils gèrent leur carrière, et l’unique chose qui compte c’est le pognon, point barre.

Quelle importance que des centaines de milliers de jeunes courent tous les dimanches sur les stades, encadrés par des milliers de bénévoles? Le système marchand corrompt les meilleurs, puisque ce sont eux qui ont une valeur marchande, et c’est tout le système qui est corrompu, parce que les autres ont alors envie de profiter du gâteau eux aussi.

Les « valeurs du sport » sont une fable pour les enfants. Dès que les choses sérieuses commencent, la sportivité et le baratin restent au vestiaire, et c’est le carnet de chèque qui parle. On peut le regretter, mais certainement pas changer les choses, puisque ce sont les fantastiques sommes générées par ce business qui font tourner tout le système sportif, fédération et journalistes compris.

Qui peut croire qu’il y aurait d’un côté un sport « éthique » qui rassemblerait 95% des pratiquants et de l’autre 5% de brebis galeuses qui ne feraient du sport que pour l’argent ? Quelle blague ! Lequel d’entre ces gamins qui courent tous les dimanches refuserait un contrat dans un grand club ? Pas un seul. S’ils ne jouent pas dans un grand club pour des sommes pharamineuses c’est parce que personne ne leur a proposé ! Parce qu’ils n’ont pas le niveau. Seuls une infime minorité palpent, mais ce sont les plus doués, ceux que tout le monde envie !

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( 5 juin, 2010 )

Hongrois rêver !

raymondritjaune.jpgVous savez quoi ? Bah, j’ai regardé France-Chine d’un derrière distrait. Et le comble, c’est que la prestation calamiteuse des clients de Zahia ne m’a fait ni show ni effroi. Voir des milliardaires en short s’époumoner contre des petits jaunes tricards (de la WC) m’a laissé aussi froid qu’une bonbonne d’azote liquide, le truc dont on se sert pour faire de la cuisine moléculaire, le nouvel attrape-gogo des snobinards et autres bobos.

Pourtant, j’eus aimé le ballon rond, jadis. Quand mon oncle me conviait au stade Marcel Saupin, l’enceinte historique des Canaris, à admirer le onze magique de José Arribas. A l’époque, le collectif et la virtuosité primaient sur le fric et le calcul. Nostalgique ? Même pas, je laisse ça aux vieux schnocks et aux collectionneurs de souvenirs…

La chose qui m’amuse, c’est que la star du Karachigate voulait une fois de plus récupérer l’événement qui se prépare en Afrique du Sud. Une victoire au pays de Mandela et à nous la liesse populaire ! Vive la retraite à 70 piges plus si affinités. Taxes sur tout ce qui bouge et tutti quanti. Nous saigner à blanc dans la joie et l’allégresse, tel était le but de l’élu des nantis et des actionnaires.

Bah, va falloir qu’il révise sa copie, sézigue. Avec la troupe qu’a convoquée le sourcilleux Raymond, on est en passe de rééditer l’épisode dantesque de 2002. Rappelez-vous cette glorieuse élimination d’entrée de jeu tandis que les dirigeants de la fédération s’arsouillaient à la Romanée-Conti dans un palace de Séoul.

Une broutille qui se perpétue. Tiens, pendant qu’on crève à petits feux, y’en a qui ne se privent pas. La dernière garden-party du 14 juillet aurait coûté 732.826 euros. Une bagatelle en ces temps de serrage de ceinture. Le nombre de personnes invitées à la réception était de 7500. «Le coût correspondant aux traiteurs est de 313.618 euros, les aménagements de tentes ont coûté 295.921 euros et les vins et le champagne 43.128 euros». Quant aux «frais divers» («nettoyage», «impression» et «extras»), «ils se sont montés à 80.159 euros», répond Matignon aux questions d’un député. Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

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( 10 octobre, 2009 )

L’odeur particulière de la déchéance

ankou01.jpgL’équipe de France de foot rompt avec les étoiles. Habituellement accueillie dans du 5 ou plus, la voici rétrogradée à quatre fraîchement repeintes. Faut-il y voir un signe avant ce France-Iles Féroé ? Ne soyons pas mesquins ! Logée dans un modeste quatre  étoiles, à Perros-Guirec, dans un cadre certes unique, l’hôtel a beau être niché au milieu du granit, avec vue imprenable sur l’archipel voisin, c’est un quatre étoiles. A l’époque de Gabin, après le trois étoiles, il n’y avait guère que le Palace pour en mettre plein la vue. Le monde change. Le tout à 5 petites minutes du centre ville à pied. A cause de la pluie, on ne distingue que vaguement les contours des 7 îles. Invitée sans surprise, la pluie bretonne, toujours elle, a contrarié les protégés de Raymond Domenech occupant ce petit logis sans eau courante ni électricité en attendant cette rencontre coupe raie contre les îles Féroé.

Pour avoir le courant lors des deux longues veillées perrosiennes, les joueurs se succédaient sur le grand pédalier installé dans les sous-sols de l’hôtel pour activer la dynamo qui procurait l’éclairage à cet ensemble rustique du bord de mer. Florent Malouda, l’ex-guingampais ému par son retour au pays, a fait preuve lors de son quart d’une endurance hors du commun pour un gars de son âge. Il n’y a guère que Jérémie Toulalan qui lui ait tenu tête à ce petit jeu. Tous les autres resquillant plus ou moins à la tâche. Seul exempt, Bafétimbi Gomis, pour cause de « malaise vagal ».

Pendant ces longues heures, en véritable conteur, après les parties de cartes et avant le black-out, Raymond lisait des passages des légendes locales à des joueurs qui riboulaient des yeux stupéfaits. La légende de l’Ankou a profondément marqué les esprits. J’ignore si les joueurs ont bien dormi après avoir écouté Domenech. Mais quelle mouche l’a piqué ? Certains témoins parlent du regard halluciné de Raymond comme saisi d’une folie soudaine. Aller leur raconter (sous prétexte qu’il retrouvait ses racines, même si né à Lyon) que l’Ankou c’est la mort et qu’elle est symbolisée par un mec sans pitié qui se balade à la nuit tombée armé d’une faux à tranchants en dehors qu’il lance en avant pour frapper ses victimes (que celles-ci soient d’accord ou pas) est chose fort choquante. Qu’il livre sa description c’est encore plus troublant. Selon lui, le mec est un type grand, émacié, aux cheveux longs et blancs, vêtu de noir ou couvert d’un linceul, portant feutre noir à large bords sous lequel brillent deux chandelles à la place des yeux, n’est pas chose facile à entendre par une équipe qui joue sa tête contre les îles Féroé. Cette nuit aucun joueur n’a enjambé la fenêtre pour partir en goguette dans les boîtes de nuit voisines. Pour bien enfoncer le clou, il n’a pas épargné à son auditoire le moindre détail, y compris celui où l’Ankou sillonne les campagnes, faisant pivoter sa tête comme une girouette autour de sa colonne vertébrale, de sorte que rien ne lui échappe. Quel sauvage, ce Raymond ! Frank Ribéry n’étant pas là pour faire son drôle, à cause d’une mauvaise blessure, ni Gourcuff, le régional de l’étape, lui aussi blessé, pour relativiser, c’est l’esprit épouvanté que chacun s’est verrouillé dans sa piaule à l’heure imposée par Raymond l’hygoumène.

C’est seul que Raymond s’est rendu au stade Yves Le Jannou pour régler les détails techniques : les deux prochains entraînements de l’équipe se déroulant à Perros, le marquage du terrain Yves Le Jannou sera fait aux dimensions de celui de Guingamp. La tonte de la pelouse inquiète Raymond qui n’est pas content du résultat. Il a son idée sur le sujet. S’adressant à Titi (nous aussi, nous avons un Titi), l’employé de la commune qui s’occupe de l’entretien du gazon, Raymond insiste pour qu’il soit taillé à raz et le répète à satiété. Titi commence à prendre un peu la mouche et quand Titi prend la mouche, il se met à tourner nerveusement son mégot sur le bord des lèvres. Ceux qui le connaissent savent que la saillie n’est pas loin. Mais Raymond Domenech ne connaissant pas notre Titi, continue. Au bout d’un moment, le Titi n’en peut plus : « vous jouez au foot où vous jouez au golf ? » qu’il lâche, faisant rire sous cape plus d’un dans le pays.

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( 18 juin, 2009 )

Faut pas prendre les enfants du bon Diouf pour des Nanard sauvages !

tonton.jpgUne fois n’est pas coutume, on va causer référentiel bondissant comme disent les profs de gym intellos. Quand un Pape se fait lourder comme un malpropre, on se dit que tout cela n’est pas très catholique. Ça se passe à Marseille au pays de la Bonne Mère et plus particulièrement à l’OM, un club de football qui cherche vainement à gagner quelque chose depuis plus de dix ans. En fait depuis qu’un milliardaire français naturalisé suisse est à la tête de la maison phocéenne. Appelé à la rescousse par le sémillant Gaudin, il avait succédé à l’époque à un ancien vendeur de téléviseurs reconverti dans les affaires.

Un type sévèrement burné, pas vraiment regardant sur la moralité et l’éthique, qui fut pris la main dans le pot de confiture en train d’acheter un match. Depuis le gars fait l’acteur, a passé quelques mois à l’ombre et vient de toucher le jackpot de sa vie grâce à un opportun coup de pouce présidentiel. Il lorgne depuis sur le club Med. Passons. L’OM restera toujours l’OM. Un club attachant mais tumultueux. Un truc aussi ingérable qu’un ado mâle lâché dans un dortoir de filles. Voici en tout cas ce que j’écrivais sur la question et sur un site improbable le 7 avril 2002. Le billet s’appelait benoîtement L’affaire Dreyfus.

ciaodiouf.jpgDans la série, Comptes et légendes du Vieux Port, notez j’ai pas dit porc, cochon qui s’en dédie, Robert Louis fait un best-seller et ce, depuis son arrivée aux commandes du club phocéen. Autant il fut, si l’on en croit les chiffres, un bon PDG d’Adidas, autant il mérite le bonnet d’âne en matière de gestion de l’Olympique de Marseille… Son bilan à la tête du club est proche du ridicule, sa gestion des hommes frôle le néant et son charisme avoisine l’infiniment petit.

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( 12 mai, 2009 )

Argent, gloire et dopage : pour l’amour du sport

gasquet.jpgEncore deux sportifs médiatiques pris cette semaine le nez dans le saladier de coke. Outre la publicité gratuite faite pour cette drogue, on entendra certainement ces jours-ci le discours bien connu qui consiste à stigmatiser quelques individus coupables d’excès et de tricheries : il suffit de condamner fermement ces individus isolés et le système repartira assaini. On peut même légitimement se flatter que la lutte anti-dopage montre son efficacité, puisqu’elle démasque les tricheurs ! C’est donc que tout va pour le mieux, même si, bizarrement, chaque mois, chaque tour de France, chaque événement sportif apporte son lot d’« individus isolés », ce qui en fait beaucoup au bout du compte. Et encore, on ne trouve des dopés que quand on en cherche, et tout le monde ne cherche pas.

En fait, j’ai une autre explication pour le dopage. Il ne s’agit pas d’un fait parasite lié à quelques individus isolés, mais il s’agit de la base sur laquelle repose le sport médiatique de haut niveau, celui qui rapporte de l’argent. Bien sûr, beaucoup de gens font du sport sans se doper. Des millions d’enfants et d’adultes, dans tous les clubs amateurs de France et du monde, entretiennent la gloire du sport. Mais qui s’en soucie ? Qui s’intéresse à ces gens ? Personne.

Ce qui intéresse le public, les médias et les entreprises qui veulent bénéficier d’une image flatteuse, ce sont les exploits sportifs, et les héros qui les accomplissent, cette mince frange, cette écume tout en haut de l’immense vague du sport.

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