( 25 décembre, 2010 )

Voisins, voisines, joyeux Noël

voisins21.jpgDepuis plus de vingt ans, j’habite la même impasse. Une voie sans issue. Qu’on dit !… Les numéros sont comme les vents, le facteur s’y perd, mais jamais la feuille d’imposition ! Pour y accéder, on longe ce que jadis était une petite vallée, orientée sud-sud-ouest.

J’y allais, le soir venu, jouir de la caresse du couchant, ondoyant sur la pente avec des nuances yin et yang d’une douceur magnifique. Le regard a des perceptions que la langue a du mal à saisir. A sa place a éclos un lotissement résidentiel. Méfiant. Sécuritaire. Les nouveaux venus, ne cherchant pas à se mélanger, le salut, comment ça va ?, a disparu avec la vallée. Elle s’est volatilisée pour tout dire. Reste, les habitants de l’impasse, les zonards en quelque sorte, avec les bons et les mauvais jours.

Ce qu’il y a d’agréable avec une impasse, c’est qu’il y a toujours un biais. Comme le billard, un coup et des possibilités. Le hasard a encore droit de cité et c’est heureux.

J’habite à l’orée d’un bois, anciennement une ligne de chemins de fer, aujourd’hui sentier de promenade. Il est interdit aux voitures, mais pas aux blaireaux sur jambes. Ni aux renards. Ni aux martres. Ni aux chouettes. Un gave oublié le traverse de son murmure. Au hasard des circonstances – gardons-le précieusement ce hasard, sans lui nous ne serions rien du tout –, les citoyens automobilistes l’empruntent sans vergogne. A cause de la neige, ou de la pluie, ou parce que c’est plus court. Plus court, pourquoi faire ?… En être surpris ou en colère relève de l’anecdote. Ça fait jaser. Parfois quelques jeunes s’y retrouvent pour boire un coup ou fumer le pétard…

Quand je suis arrivé – dans mon impasse – j’étais heureux. Heureux comme moi.. 850 m séparent la maison – un hangar de maçon à l’origine – de la baie de Perros, mais je suis à la campagne.

Des voisins, j’en ai connus. Certains ont déménagé, d’autres ont quitté ce monde pour toujours. A gauche ou à droite de l’impasse, comme l’eau, la vie s’écoule.

Mes voisins ! La première fois que j’ai pris contact avec la première bordée… Ce fut absolument grandiose. J’habite le n° 3. Huit maisons composent ce bloc sans issu.

Au numéro 1, mon pote le Pat. Boulanger et pêcheur. 40 ans. Un loustic. C’est avec lui que je fais les 7 îles et me tope des cuites sauvages. Il a un penchant pour le pastis, moi le whisky et le rouge. Pat aime tout, tout comme moi, sauf que… Il n’aime pas Sarko tout en penchant pour un poujadisme très chiant. Comme tout breton qui se respecte, une porte ouverte est une porte ouverte. Il entre. Parfois il s’engouffre. Ni foi ni loi, le Pat. Quand il voit l’ombre d’un képi, il se révulse.. Pas de marnage qui vaille : à marée basse ou à marée haute, le niveau reste égal dans son esprit. Il le sait, je sais… On boit un coup et quand je m’énerve, à propos de la politique, il me dit : «  je vote Ségolène ! Je le jure sur la tête du voisin ! » et il rit comme un con ! Parce qu’il croit que ça va me calmer !

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( 22 décembre, 2010 )

Voisins/voisines et neige

voisinvoisinedidierjeanzad.gifSi mes souvenirs sont bons, j’ai fait un petit tour des voisins/voisines en parlant de la fête des voisins il y a quelques mois donc inutile que je me répète. La Fête des voisins est toujours lancée par les deux mêmes : Françoise et moi, toujours « alimentée par les mêmes 4 ou 5 personnes », toujours boycottées par la même dizaine de personnes habitant toutes dans le 1er immeuble, celui qui a l’ascenseur. Les 3 immeubles du fond n’en ont pas : ils ont 4 étages, dont le 3e est souvent constitué de duplex. Il n’empêche qu’au fond, on se tutoie tous, et que ceux du 1er immeuble nous snobent.

Je voudrais vous conter la dernière aventure entre voisins.

Notre immeuble est raccordé au câble par Numéricable, société ô combien « légère » sur tous les plans. J’ai résilié mon ADSL depuis longtemps et depuis 2 ans, j’ai Free (donc la télé Freebox). Toutefois, j’ai gardé une mini-connexion au câble pour la télé : 5 chaînes en plus qui nous étaient proposées moyennant 5 €/mois par la société gérant l’immeuble.

Cette option a déjà empêché ceux qui le voulaient de se brancher sur le numérique via un décodeur. Il leur a fallu investir dans un autre décodeur fourni par Numéricable en plus du « numérique » !

En novembre dernier, il y eut le passage de Canal au numérique. Nos écrans (branchés sur Numéricable) sont devenus brouillés (son et image).

Excédés d’avoir une image « enneigée », mes voisins du dessus ont décidé de mener une action. C’est un couple de Bretons bretonnants (la seule fois où je suis allée chez eux, j’ai vu un drapeau breton collé au mur). Leurs deux filles, aux prénoms bretons ont quitté le nid. Ils sont grands-parents puisque j’entends les pas de leurs petits enfants le mardi soir et les fins de semaine.

Donc M. et Mme A., n’en pouvant plus d’avoir une si mauvaise qualité d’image à la télé, ont collé dans le hall d’entrée une longue feuille-pétition demandant à Aximo, la société gestionnaire de l’immeuble, de bien vouloir régler ce problème vu que Numéricable donnait une explication, jamais la même, à ceux qui lui adressaient des réclamations. Ce sont deux pages collées l’une au-dessus de l’autre, à laquelle ont contribué, comme d’habitude, ceux des immeubles du fond (comme si les locataires du premier immeuble étaient des nantis).
J’y ai apposé une petite gueulante, par principe, car j’ai eu des démêlées incroyables avec Numéricable dans le passé (4 lettre recommandées avec A.R. de ma part, menaces non signées de la leur) et que je paie les 5 €/mois en plus de mon loyer pour l’abonnement aux 5 chaînes censé nous fournir des images de meilleure qualité que l’antenne !

Juste après moi, le flic du rez-de-chaussée a écrit sur les 3 colonnes, en largeur qu’on était dans l’erreur vu que chez lui, ça marchait ! Bien sûr que ça marche chez lui puisqu’il a la Freebox !

L’éternel mec qui sait tout, qui fait scier les arbres squelettiques sous prétexte qu’ils gènent l’accès à la lumière (alors que ce sont les immeubles de 6 étages qui entourent sa cour qui l’empêchent de voir clair chez lui), qui me prédit une récidive du cancer vu que sa mère en a eu une etc. Qui écrit à Aximo pour régler une querelle entre voisins et met un double dans toutes les boîtes aux lettres, nous prenant en otages dans son problème personnel, etc. Le mec sympa quoi… un flic !

Donc ce con plante toutes nos râleries en nous traitant presque d’abrutis et en montrant que c’est « çuikiditquil’est » puisqu’il ne prend même pas la peine de savoir ce qu’il se passe chez ceux qui paient 5 € de plus par mois pour avoir des chaînes brouillées depuis novembre. Au-dessous du flic, la liste des râleurs contre la neige sur leur écran s’est allongée même si le fait qu’il ait écrit en travers a pris de l’espace (une fois de plus). Du coup, il a l’air ridicule avec « sa leçon de technique » au beau milieu de la pétition.

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( 18 décembre, 2010 )

Quand un voisin rencontre un autre voisin

mediumcagedescalier.jpgTroisième volet du cycle Voisin, voisine. Cette fois, c’est l’ami babel qui s’y colle !

Dans mon escalier… non, il n’y a pas un étang, mais des fleurs séchées à chaque étage. Et de vraies fleurs en bas, à l’entrée ensoleillée. A l’heure du courrier, les allées et venues ne manquent pas. Assez souvent, le facteur n’a pas le temps de mettre le courrier dans ma boîte, car je vois arriver son vélo, et je sors lui ouvrir l’entrée du bas.

Les voisins, devant, côté séjour, ce sont donc les usagers du tram, ou des bus qui ont leur arrêt là. Dès sept heures du matin, c’est animé ! Mais l’immeuble étant en contrebas, les bruits sont assez assourdis. J’ai la chance d’être au rez de chaussée. Les voisins de dessus ont posé des survitrages.

Côté cuisine, c’est la pelouse commune, avec des arbres à l’ombre desquels ces dames amènent leur chaise de jardin l’été, et papotent tout l’après-midi. Au-delà, les petites maisons assez récentes ne sont pas en vis-à-vis, elles sont nord-sud alors que l’immeuble s’oriente est-ouest. C’est calme. Autrefois, je voyais entrer et sortir des voiliers par le grand portail de derrière de l’immense boutique à bateaux qui jouxtait notre habitation. Maintenant, ce sont une papeterie et un vendeur de tissus et accessoires de décoration intérieure qui ont pris la place.

Les voisins eux-mêmes ? Ah ! Sur le même palier, la dame de 90 ans qui vit là affiche un dynamisme que des cinquantenaires peinent à égaler. Chaque matin, elle part à pied chercher son journal au bureau de tabac, là-bas de l’autre côté de la grand’route, tout au pied de la monumentale tour qu’avait inaugurée François Mitterrand, il y a plus de 35 ans. Il y a largement cinq cents mètres. C’est moins bruyant que quand elle sort sa voiture. Dans le hurlement de l’embrayage, elle avance comme un escargot et réussit à s’insérer dans la circulation, quand elle ne prend pas le trottoir, et quand elle ne cale pas dans la montée. Un phénomène !

Un autre voisin, plus haut, est toujours prêt à rendre service. Parfois il me tutoie, parfois il me vouvoie. Chômeur de longue durée, il occupe son temps en retapant une bicoque pour plus tard, quand il aura enfin sa retraite. Parfois, il m’a vraiment dépanné. Un type bien.

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( 15 décembre, 2010 )

Dans mon voisinage, il y a…

rjeanjaursstnazaire.jpg- Il y a à ma droite (en rentrant, côté nord, chez moi) un bistrot de pochtrons, l’un des rares qui restent à Saint-Nazaire, et dont je connais vaguement la bonne moitié (‘eh ! Salut ! – ah ! Salut !’ se dit-on sur le trottoir, côté nord, où l’on sort fumer). Mais j’ai fermement décidé de n’y jamais aller boire un coup (à une exception près) dans ce caboulot : j’habite trop près et redoute le classique coup du ‘on s’invite boire un coup chez toi, mon pote… !’ Et j’ai nuisance ou joie d’engueulades ou de chansons gaillardes, lorsque, côté sud (ou sont nos petits jardins), les pochtrons viennent s’attabler – sauf en hiver.

- Il y a ma gauche un feu tricolore bien plus désagréable : c’est par là que passent la plupart des autobus de la ville, qui ont crissements de freins épouvantables au feu rouge (sous ma fenêtre principale nord au 1°étage) et démarrages tonitruants au feu vert… De l’autre côté de ce carrefour, il y a un vaste collège, ce qui donne de la jeune et gaie animation au quartier. Jusqu’à présent, je me suis abstenu de faire ‘le coup de l’imperméable’ à la sortie de l’école !

- Mais à ma gauche, nettement plus loin que ce carrefour, il y a surtout une charmante amie – on s’aime bien – chez qui je vais parfois (mais j’aime pas son chat !) et qui vient plus souvent chez moi, entre autre lire Ruminances… qu’elle aime bien. Et on papote beaucoup… ! On s’échange des livres (on s’est connu chez Gérard, notre cher libraire de La Voix au Chapitre) ou revues, elle me dépanne parfois en épicerie (elle va au ‘Resto du Cœur’) et surtout en vêtements : je porte, ces temps, un superbe manteau venant de son nouvel amant (moi je suis trop vieux pour des exploits, lui trop petit pour le manteau). C’est un bon ami à moi, peintre (elle l’est aussi) que je me suis ingénié à lui présenter. Bref on se rend menus services, façon simple de lier amitié – mais l’ami peintre est paraît-il jaloux de moi… !

- Au dessus de chez moi, il y a une vieille dame (82 ans, c’est guère 10  de plus que moi…). Depuis qu’elle est veuve et handicapée (prothèse de la hanche, béquille), elle sympathise avec moi. Je lui monte chaque matin, de sa boîte aux lettres, son Ouest-France, et elle me donne les quelques sous pour que j’aille lui acheter son pain… (un peu plus tard, car, en général, je suis encore en robe de chambre à 9h). Une fois par semaine, je sors et ramène aussi la poubelle commune, et autres menus services… mais elle est généreuse à la saison, avec ses tomates, ses patates ou ses fleurs (on vient l’aider à cultiver son petit potager – côté Sud -, mais elle aime bien, entre béquille et binette, tenter de continuer ‘cultiver son jardin’ !). Depuis le temps que l’on se connaît, que l’on se sourie, je me suis enhardi un jour à lui demander : ‘on pourrait s’appeler par nos prénoms, se tutoyer ?’. Refus catégorique ! C’est donc toujours ‘Madame, Monsieur’, et vouvoiement ! : elle est pourtant d’un milieu ouvrier… mais on y a de forts principes, aussi, assez souvent même ! Elle sait bien sûr que j’ai des ‘opinions politiques’, mais le sujet est tabou pour elle, ainsi que les ‘opinions religieuses’. Elle n’a que des ‘opinions familiales’ de mère et grand-mère, plus ‘opinions météorologiques’ et surtout ‘potagères’

- En face de chez moi, au delà du petit potager susdit, il y a mon ennemi. Il ne le sait pas, mais c’est ainsi : une haine contenue… ! Lui n’est pas du même milieu populaire, ou il l’a bien renié. Est-il ancien adjudant-chef ou ancien colonel ? Je l’ignore. En tout cas toujours militaire, con. Il ‘règne’ sur son gazon (tondre, tondre !) ses massifs de fleurs et haies (tailler, tailler !), son cerisier (à la saison, faire la guerre aux envahisseurs ennemis, pies et merles !). Et le pire : il ‘règne’ sur deux femmes si semblables que je suis encore incapable de savoir laquelle est son épouse légitime et l’autre l’amie de l’appartement supérieur. Car ‘le militaire en son jardin’ (il y étend le linge aussi, bien aligné : ‘j’veux voir qu’une tête !’) a toujours le coup de nuque ‘réglementaire’ vers les fenêtres de ces dames… ‘T’aimes ma démarche de costaud… ?’. Oui, militaire non repenti, t’es costaud. Dès que la température le permet, t’es torse nu, ha la classe, à 55 balais ! Ça c’est du mâle ! Nous nous sommes toisés, moi à ma fenêtre au Sud, lui sur sa place d’armes (qu’est son jardin) longtemps, sans que ni l’un ni l’autre ne daigne saluer l’autre.

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( 11 décembre, 2010 )

Scène de rue

vieilleruevide.jpgMon voisin de droite (géographiquement parlant) bosse chez EDF. Il a du commencer par faire technos puis a été promu cadre soit par ancienneté, soit par léchage de burnes ou soit peut-être même par promotion canapé en peau de phoque. Pas de mauvais esprit, y’ a une nuance de taille entre les deux dernières hypothèses ! Pour meubler ses nombreuses RTT, il s’est trouvé un nouveau passe-temps. Il aime à s’éclater sur les greens. Il a récemment acheté la panoplie du parfait golfeur et passe le plus clair de son temps à charger le coffre de sa Picasso métallisée de tous les clubs possibles et imaginables. Mieux, il a acheté récemment un monstrueux scooter plus large qu’une Smart sur lequel il arpente la ville, casqué comme un viking et fier comme un bar-tabac en instance de cessation d’activités.

Sa gosse est dépressive. Elle a pris trois tonnes cinq en deux mois et carbure aux médocs. Pas aux pifs girondins mais à ceusses de l’apothicaire. Elle a vaguement échoué dans la pub en se faisant humilier à chaque fois par les créatifs de sa boite. Depuis, elle oscille entre arrêt-maladie et secrétariat administratif. Elle a du mal à entrer dans sa Ka vert bouteille et essaie de nous refiler la garde de son greffier plus ou moins siamois quand elle part en vacances.

Elle cherche le voisinage. Non par bonté ou par estime des autres. Juste par besoin. Un soir, elle est venue at home pour l’apéro, elle est ressortie les deux pieds devant. Saoule comme un docker après trois kirs-framboise, elle commençait à raconter port nawak devant le regard effaré de son électricien de conjoint. Et même des choses intimes ! Clair qu’on ne suce pas que des morceaux de Banquise, chez nous, mais bon, on essaie vaille que vaille de rester décent !

Le vioque de gauche (toujours géographiquement parlant) est plutôt sympathoche. Il a eu une attaque cardiaque, y’a peu. Les ambulances et les pompelards ont réveillé la nuit et l’ont embarqué aux urgences. Il s’en est sorti mais il a perdu 30 kilos. Jadis, joufflu comme W.C. Fields, il présente désormais un profil aussi émacié que Jack Palance.

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