( 15 décembre, 2009 )

Les acharnistes

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Le texte que voici fait partie d’une étude en cours d’écriture s’articulant autour de la poésie et de la politique.  Après le doux rêveur à la poésie fantaisiste qu’est Lewis Carroll, voici un autre écrivain, fort différent, George Orwell (1903-1950). Tous deux dominent les lettres britanniques : le premier au XIX°, le second au XX° siècle. George Orwell n’est, en apparence, pas du tout poète. Mais il arrive que les apparences soient trompeuses.

Comme tant d’autres, Orwell est poète contrarié – il le dit dans sa correspondance enfin publiée. Simon Leys, auteur du magnifique essai « Orwell ou l’horreur de la politique », le reconnaît ainsi : « Dans l’ordre naturel des priorités, il faudrait quand même que le frivole et l’éternel passent avant la politique. Si la politique doit mobiliser notre attention, c’est à la façon d’un chien enragé qui vous sautera à la gorge si vous cessez un instant de le tenir à l’œil. » A défaut d’être poète, Orwell est devenu « écrivain politique », surtout écrivain tout court. Enfin reconnu… après sa mort et le rayonnement de « 1984 », écrit en 1948.

Le Magazine Littéraire de décembre 2009 publie un beau dossier de 32 pages qui dépoussière, via articles et entretiens, l’œuvre et la personne de George Orwell. Ce dossier s’ouvre ainsi : « L’auteur de 1984 ne fut pas seulement un génie de l’anticipation, mais aussi un grand styliste et un penseur politique : à la fois antifasciste et antistalinien, il chercha toute sa vie à trouver la juste mesure entre engagement et rigueur, socialisme et humanisme. » Et sa dénonciation de la ‘novlangue’, dans « 1984 », est bien d’un amoureux de la poésie… Je ne connais d’ailleurs qu’un seul poème de l’auteur, qu’il cite dans son essai « Pourquoi j’écris », et qui commence ainsi : « Heureux curé, j’aurais pu l’être / Voici cent ou deux cents ans, / A menacer mes ouailles de l’enfer / Et à regarder mes noyers pousser. / Mais né, hélas, en un temps mauvais / Ce havre de paix j’ai manqué. / Une moustache m’est poussé sous le nez / Alors que tous les curés sont rasés. »

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( 30 novembre, 2009 )

Quatre minarets mettent-ils le feu au lac Léman ?

suisseminaret3.jpgRuminances prend le large. Après l’incontournable babelouest qui clouait au pilori le thème-leurre de l’identité nationale, voici venu le temps de l’ami remi qui réagit au vote helvétique…

On le sait, la Suisse est un pays paisible. Certes, depuis bien des siècles ses mercenaires se sont engagés nombreux dans diverses armées européennes ; certes la ‘garde suisse’ du Souverain Pontife (‘combien de divisions ?’ disait Staline…) en reste un petit témoignage ; certes les combats fratricides entre calvinistes et papistes furent féroces du temps pas si ancien des atroces ‘guerres de religion’. Et certes la fameuse ‘neutralité’ de la prospère Helvétie s’appuie sur une armée de conscrits unique au monde, car les mobilisables gardent des années leurs uniformes, armes et munitions chez eux, au risque de dérives criminelles, qui font les gros titres de faits divers tragiques, dus à la facilité de faire le coup de feu, dans un moment de colère…

Mais, comme on dit à Genève, ‘y a pas le feu au lac’, pour signifier que ‘tout s’arrange’, en particulier à l’ombre du secret bancaire d’un des plus gros coffres-forts des fortunes capitalistes…dont celles des potentats arabes du Golfe ou de Libye…

Et c’est là que tout commence il y a quelques années, par un fait divers, certes sordide, mais sans coup de feu : Un proche de Kadhafi est arrêté, à Genève je crois, en flagrant délit d’un geste de violence envers l’une de ses domestiques (pour ne pas dire esclave, restons polis !). Il sera libéré peu de temps après, avec versement d’une forte amende. Mais l’honneur libyen est en jeu. Il y aura rétorsions diverses dans des transactions bancaires (domaine, je l’avoue, où je ne connais rien), et, à ce jour il y a toujours deux citoyens helvètes ‘retenus’ (ou prisonniers pour être impolis) en rétorsion…

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( 10 août, 2009 )

La Chasse au Snark – Lewis Carroll

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Notes de lecture par Rémi Begouen

PRÉSENTATION RAPIDE : Rémi Begouen, nomade sédentarisé à St Nazaire, a couru le monde dans une sorte d’état second, la traversée fabuleuse des miroirs pour seule obsession. Photographe, poète, écrivain, sans ordre défini, joueur d’échecs, Rémi est un lecteur invétéré. De par son insatiable curiosité on peut le placer (si tant est que « placer » soit le terme qui convienne) aux côtés d’Armand Robin et de quelques esprits à la matière souple et revêche, pour qui la vie, la vrai vie, se respire à des hauteurs improbables. Si vous le cherchez sous sa barbe, vous ne trouverez que quelques poils mal peignés. Bien que… de souvenir de barbe, pas un poil n’échappe à la couleur grise de son hirsute prestance, sauf ceux qu’il veut bien laisser filer. Pour le trouver, tentez plutôt votre chance dans une librairie, à l’intérieur des pages d’un livre, n’importe lequel, vous le trouverez dedans en train de déclamer des vers de Léo Ferré! _______________________________________

Joueur de Snark

Gaucher contrarié et bègue, Lewis Carroll écrivait debout. Particularités qui expliquent quelques aspects si surprenants de son œuvre : le mouvement, la symétrie, les mots-valises… et la modestie d’un homme qui devint célèbre avec le succès de son « Alice au Pays des Merveilles », dès 1865. Né en 1832, il avait alors 33 ans. Dix ans plus tard, il écrit « La Chasse au Snark », puis des oeuvres mineures avant de s’éteindre en 1898, à 66 ans – toujours célibataire et n’ayant sans doute eu aucune relation sexuelle.

Lewis Carroll rêvait beaucoup. Pas seulement aux petites filles. D’ailleurs il les faisait rêver bien plus qu’il n’en rêvait. Il préférait les photographier beaucoup… et beaucoup sublimer en rêveries poétiques et ludiques ses pulsions sexuelles pour Alice.

Bibliothécaire, puis professeur de morale et de logique, le mathématicien et clergyman Charles Dodgson – Lewis Carroll – aimait beaucoup le jeu d’échecs. Il faisait, comme tout joueur d’échecs épuisé de parties disputées, des rêves confus où se mêlent des bribes de jeux d’échecs et d’aventures de vivre. Ceci en tout illogisme scabreux et poétique de l’activité onirique. Une trace de cette fantasmagorie des rêves échiquéens du logicien Lewis Carroll se retrouve dans Alice confrontée à la Reine Rouge. Elle est moins explicite, mais encore plus prégnante dans son chef-d’œuvre « La Chasse au Snark ». Où, curieusement, il n’y a que des personnages masculins… à l’exception peut-être du mystérieux « Castor » – figure ultime d’Alice ?…

Ce sont des surréalistes, un demi-siècle plus tard, qui réhabilitèrent en France ce Snark, car la filiation est nette entre le « non-sens » carrollien et le surréalisme. Citons André Breton : « Tous ceux qui gardent le sens de la révolte reconnaîtront en Lewis Carroll leur premier maître d’école buissonnière. »

Rappelons Queneau et Roubaud, poètes amateurs du jeu d’échecs, tout comme Topor ou Perec et tant d’autres artistes mathématiciens proches de l’Oulipo – cet étonnant « Ouvroir de la Littérature POtentielle » né il y a 60 ans en France de la mouvance surréaliste. Et de celle d’Alfred Jarry, dont le féroce couple « Roi Ubu-Mère Ubu » peut être parodie caricaturale du couple royal du Jeu d’échecs.

Mais le cas antérieur du britannique Lewis Carroll est encore plus particulier. Ce grand poète et piètre précepteur entraînait son élève Alice, par plaisir, « Au Pays des Merveilles » ou « De l’Autre Côté du Miroir » – là où son jeu d’échecs fantaisiste devint fantastique composante d’un univers onirique inouï… « pré-surréaliste ».

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