
Je serai certainement très maladroite pour vous conter ce livre car, en moi, se mêlent des colère, de honte et aussi une certaine fierté de savoir que beaucoup résisteront et vivront librement dans le pays qu’ils ont choisi.
D’un bout à l’autre l’histoire de cette jeune algérienne, de son frère tous deux sans-papiers et de leur père naturalisé vivant dans cette cité « de l’insurrection » est racontée dans le langage parlé des « djeunes » qu’ils soient nés en France ou immigrés. Ils vivent dans cette cité de banlieue où des voitures ont été incendiées, celle qui fait peur à toute la bonne société bourgeoise.
Elle se nomme Ahlème, son frère Foued, son père « le patron », il a fait partie de ces milliers de travailleurs maghrebins que la France a drainé par manque de main d’œuvre, il est handicapé, un accident du travail qui lui a laissé des séquelles, il bat « à Niort » parfois. Elle a 24 ans, Foued 15, c’est elle qui l’a élevé depuis qu’en Algérie, la guerre civile ai assassiné sa mère, un jour de mariage dans un autre village que le sien. Elle avait 11 ans quand son oncle l’a mise dans l’avion d’Air France, son bébé de frère dans les bras en direction de ces maisons hautes comme le ciel et froides comme … Elle est allée à l’école jusqu’à 16 ans, élevant son frère, s’occupant de son père, puis après des petits boulots, intérim, ménages, intérim, la vie quoi. Elle a des amies de son âge avec qui elle sort parfois, celles-ci veulent à tout prix qu’elle trouve l’amour (normal hein ?) et lui présentent des mecs en « mode 2 de QI » qui friment comme pas permis, des prétentieux, des types qui n’ont pas de conversation ou des dépressifs chroniques. Trucs de ouf quoi !
Foued manque l’école, elle rencontre ses enseignants, là aussi incompréhension du problème, ce gamin veut jouer au foot, c’est sa passion, pas les maths et surtout pas le français. Elle se fait une réflexion un soir en allant chercher son frère au stade, c’est vrai, pourquoi tous les terrains de sports portent le même nom « Pierre de Coubertin », pourquoi pas « Ladji Doucouré » ?
Entre temps, elle se lève périodiquement à 3 heures du matin pour faire la queue devant la Préfecture pour obtenir un énième renouvellement de son titre de séjour. C’est pas la grosse ambiance devant cette administration, quand elle arrive a entrer ce sont les petites vexations, les employées qui ne les regardent même pas pour leur parler, l’impression d’être déjà rejetée. Elle dit « en général les flics nous gèrent comme si nous étions des animaux ».
Elle se sent mal dans sa peau, dans cette file, elle rencontre Tonilas, un bulgare, pas plus beau, pas mieux, pas genre affiche de cinéma, elle flashe, elle rêve. Ils se reverront, çà colle, c’est vrai et un jour il ne viendra pas au rendez-vous. Fataliste, elle en souffre, puis apprend qu’il a été arrêté à cette même préfecture, on l’a convoqué et il y est allé en confiance se disant qu’il allait avoir ses papiers, en fait deux flics l’ont menotté et mis dans un avion, c’est la vie maintenant. En plus Foued est viré de son Collège, alors malgré son nouveau travail, elle s’arrange, obtient un congé exceptionnel, prend des billets d’avion et emmène tout le monde au bled, là-bas pas de préfecture, pas de flics qui tapent aux fafs.
Elle retrouve une partie de son identité, sa famille, et se rend compte que c’est aussi difficile là que dans sa cité. Elle est heureuse quelques jours, décide de laisser un peu son frère et son père profiter des vacances et rentre, car il faut travailler. Et cela recommence, préfecture etc…
En France, elle a une amie, Tantie Mariatou, sénégalaise, qui l’aime et lui remonte le moral, elle n’est pas seule. Elle est coiffeuse-spécialiste et lui fait des coiffures de tresses collées à l’américaine quand elle veut sortir avec ses amies.
A la fin d’une de ces soirées où ses copines lui ont collé encore un fat entre les pattes, elle se fait raccompagner, pas chez elle, non, au bout de la file devant la préfecture….
On ne peut raconter ce livre car il foisonne de renseignements sur la vie dans ces cités. Un monde dans le monde, fait de bouts de ficelles, d’amitiés, de fatalisme et croyez moi ou pas mais à la fin du livre j’avais envie qu’elle rencontre Tonislav au bout de cette file devant la préfecture.


