( 24 novembre, 2010 )

Sacré Arthur !… Merci Marco !

rimbaud2.jpgA noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes : / (…) – début du poème Voyelles

Prétendre écrire quelque chose de neuf sur Arthur Rimbaud (1854 – 1891) m’est impossible : je crois qu’il n’y a pas de poète français qui ait été plus commenté, disséqué, parfois ‘assassiné’, souvent ‘transfiguré’… à défaut de pouvoir admettre que le génie ne s’analyse pas, il se constate. Ce que font le linguiste Etiemble, le poète Bonnefoy, parmi ses derniers savants analystes que j’ai lu… sans oublier ‘L’homme aux semelles de vent’, magnifique, du bon Michel Le Bris

Je n’ai ici qu’à relater quelques souvenirs de ma fréquentation de la poésie du jeune génie… et le tout premier, le plus important, se passe justement très jeune.

Voici l’anecdote qui doit dater de 1945. J’ai à l’époque 8 ans et je suis en 9° ou 8° (selon l’appellation du temps, je suis perdu avec les noms modernes de CM…). Cela se passe à Port-Fouad (face à Port-Saïd, au nord du canal de Suez) et mon père s’inquiète que je mélange beaucoup l’arabe et le français, ce qui est sans doute ma toute naïve façon de pratiquer, sinon la poésie, du moins la fraîcheur, la liberté de parole et de chanson. Il charge donc un instituteur de me donner des cours particuliers, et merci ! Car il s’agit du seul laïc de l’école tenue par de sombres ‘frères de l’éducation chrétienne’, dont je garde mauvais souvenirs. Bien plus, il s’agit d’un beau jeune homme d’environ 25 ans, Marco, qui a la particularité d’être récemment français, d’origine italienne : je me souviens encore de son accent ‘chantant’ venant de la péninsule, tout en maîtrisant parfaitement le français qu’il enseigne. J’apprendrai plus tard qu’il a choisi la nationalité française pour fuir Mussolini et son service militaire. Il s’installe en Égypte…où il sera un temps inquiété par l’armée britannique, agressé par les forces italo-germaniques de l’Afrika Korps.

Revenons à Arthur : Marco est le tout premier à me parler de cet écolier déjà brillant et indiscipliné qu’il fut à mon âge. Car Marco a remarqué que ‘je brille’ (à ma façon) à maîtriser lecture et écriture, au point de rédiger de petits poèmes (?) improvisés, au lieu de ‘suivre la discipline’

Bref il est très pédagogue et la flatterie en fait partie ! Je me souviens avoir fait docilement de rapides progrès en langue française grâce à lui. En fin de cours, il me récite des poèmes de Rimbaud – au quel je ne comprends rien, mais qui sont charmants dans sa voix. ‘Ce n’est pas grave de ne pas comprendre, moi non plus je ne comprends pas tout, mais c’est beau !’ me dit-il… Puis, plus tard, il m’apprend que l’aventurier Rimbaud, ayant abandonné l’aventure poétique (traversée de 15 à 20 ans !), était passé deux fois par le canal de Suez, donc devant notre Port-Fouad, qu’il était un peu notre voisin ! La première fois il ‘descendait’ vers Aden et l’Abyssinie, ‘faire fortune’. La seconde fois, il ‘remontait’, gravement blessé au genou… Et on sait qu’il mourut de gangrène à Marseille, peu après.

Voilà une façon insolite d’aborder ‘un monstre sacré’ de la poésie, j’y reviendrai. Mais ce n’est pas tout avec Marco ! J’allais prendre mes cours particuliers chez lui, un petit appartement de célibataire, très bien décoré de reproductions d’œuvres d’art, etc. Comme il était situé non loin du ferry-boat qui relie Port-Fouad et Port-Saïd, je lui dis un jour que je ne l’avais que rarement pris, que j’avais envie d’aller à ‘la grande ville’ dont nous n’étions qu’une banlieue, en somme.

Au cours suivant, une surprise m’attendait : Marco m’invitait à faire son enseignement dans la grande pâtisserie chic (italienne) Gianola de Port-Saïd, devant une glace monstrueuse ! Je sautais de joie. La suite fut plus surprenante. Quelqu’un nous avait vu ensemble dans l’établissement, avait téléphoné le fait à mon père, qui arriva ‘m’arracher du détourneur d’enfant’ Marco, soupçonné d’être pédophile ! Ainsi s’achevèrent mes cours particuliers avec cet affectueux et efficace pédagogue, ainsi que sa présence à l’école religieuse et le début de ses ennuis pour ‘soupçon de pédophilie’ après celui de ‘soupçon d’espionnage pour l’Italie fasciste’ ! Je fus très attristé de perdre de vue Marco, dont j’avais avoué (à mon père) qu’il était ‘très gentil’ de me caresser parfois les cheveux et de me faire une bise s’il était content de son élève, après avoir déclamé un poème de Rimbaud : en guise de pédophilie, y a pire ! Mais son enseignement m’apprit beaucoup, beaucoup de choses.

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( 13 novembre, 2010 )

Textes pour un poème – Andrée Chedid

andrechedid.jpgAndrée Chedid est certes la gentille maman et grand-maman des chanteurs Louis et Matthieu Chedid. Mais il s’agit ici de la grande artiste, poète et romancière, qu’est cette vénérable dame (qui donna naissance à Louis en 1948 à Ismaïlia, à l’époque de mes 10 ans où je vins vivre en cette belle ville !). Andrée, d’origine libanaise, est née au Caire en 1920, mais vit en France depuis plus de 60 ans.  Elle  crée une œuvre prolifique, magnifique, dont je n’ai lu qu’une petite dizaine d’ouvrages, au plus… Dans le domaine du roman, son livre le plus célèbre est ‘Néfertiti et le rêve d’Akhenaton’, très beau. Dans celui de la poésie, beaucoup de recueils, dont ce surprenant ‘Textes pour un poème’, qui, en 1987, reprend et surtout enrichit un recueil plus ancien qui avait le même titre : elle est têtue, la dame !

Entre roman, théâtre et poésie, citons un recueil (paru en 1988, chez Flammarion, comme la plupart de ses œuvres), de nouvelles organisées autour des 3 thèmes du titre : ‘Mondes, Miroirs, Magies’. Magnifique ! Elle écrit quelque part ceci, à propos de son écriture : « J’étais impressionnée par le tumulte intérieur que je portais en moi. J’ai découvert que les mots de l’ordinaire, si banalisés, reprenaient en poésie une force extraordinaire. J’aime depuis les fracasser les uns contre les autres ».

Il y a si longtemps que je connais cette artiste des mots (40 ans ?) que je ne sais plus si c’est après lecture de ce recueil de nouvelles, ou celui du recueil de poèmes mis en titre, que j’eus l’audace d’écrire, via son éditeur, à Andrée Chedid. Pour lui parler d’une autre vieille dame, ma mère, de 12 ans son aînée, ayant longtemps vécu en Egypte, et à qui je tentais de dédier un essai, avant sa mort. J’avais oublié cette lettre lorsque, bien des mois plus tard, je reçus une longue réponse manuscrite d’Andrée ! Elle m’expliquait que l’éditeur avait fait suivre mon courrier… au Canada, et de là en Haïti où séjournait alors cette intrépide !…  Elle m’indiquait sobrement s’y être très dévouée à la création de bibliothèques, etc., mais postait sa lettre (hélas perdue !) de Floride, étape suivante de son voyage, pour être sûre qu’elle me parvienne ! : elle m’a tant encouragé à écrire pour ma mère que j’y suis parvenu ensuite, pour le seul de mes essais qui fut publié par un (petit) éditeur, merci Andrée ! …

Si la poésie n’a pas bouleversé notre vie, c’est qu’elle ne nous est rien. Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe : autrement, nous n’avons connu que l’imposture. Cette citation figure en 4° de couverture du beau petit livre sur Andrée Chedid, de Jacques Izoard, dans la collection ‘poètes d’aujourd’hui’ aux éditions Seghers (1977). Et l’éditeur rajoute après la citation : « Rejetant toute jonglerie verbale, tout étalage d’émotions inutiles, Andrée Chedid s’interroge sur la vie et le destin de l’homme. ». En voici quelques exemples, toutes tirées de ‘Textes pour un poème’ :

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( 23 octobre, 2010 )

DIEU POGNON

donquichotteoulodelutopie.jpgOn court tous après le fric, à tout âge, de toutes classes… Oseille, blé, flouze, money ! Les mots ne manquent pas pour parler du poison, de l’argent, gros ou petit.

Cet article m’a été inspiré par une minuscule anecdote, à 2 fois 10 euros, mais révélée par l’immense amitié si gratuite : je reçois un jeune ami d’environ 35 ans, puis – à l’improviste – un suivant d’environ 10 ans de plus. Ils ne se connaissent pas et ont plaisir à faire gratuite connaissance l’un de l’autre, sous mon patronage de 72 berges.

On bavarde, on rit un temps, puis, l’aîné de mes 2 visiteurs, me tend, avant de partir, un billet de 10€ : ‘je te les dois’ J’avais oublié, il me rafraîchit la mémoire. Du coup, le cadet me tend un autre billet de 10 €… Qu’il ne me doit pas, mais, dit-il malicieusement : « c’est cadeau pour que tu arrêtes de parler de flouze… Et parce que j’ai bu de ton vin gratis ! »

Mes deux amis sont en ‘galère’. J’abrège. Moi aussi…, j’abrège. D’ailleurs, pour abréger, je reconnais que mes amis locaux sont presque tous dans la galère ! Mais une foultitude de réflexions me vient à l’esprit après le départ des jeunes amis.

D’abord celle, tristounette, d’être si nombreux à être dans la galère, puis celle, utopiste et joyeuse, de cette rencontre fortuite. Le fait d’avoir oublié le prêt de 10 €, pour l’un, puis le cadeau de l’autre pour m’inciter à arrêter de me plaindre (comme tout le monde ou presque) du fric. Je me constate à la fois avare, en tout cas soucieux de mes maigres ressources et généreux (un peu) pour un ami… Merci les amis de m’avoir aidé ainsi à réfléchir à ce carcan qui nous étreint tous, le pognon !

Le statut de la CGT clame ‘l’abolition du salariat’. Je ne sais si cet article fondateur a été supprimé, mais il est en tout cas complètement oublié, nié, dans les revendications de salaires, retraites, etc. Il est exact qu’aujourd’hui, tout passe par là. Notre petit fric mensuel, pour nos gros muscles et cerveaux, quitte à foutre la paix au gros pognon, monstrueux, des spéculateurs paresseux.

L’utopie a-t-elle vécue ? Certains le disent dans nos rangs. Pas moi. Ni mes deux amis de l’anecdote, ni des foules de Français, ni des milliards d’humains qui vivent, de gré ou de force, en dehors du ‘circuit monétaire’ ou presque. Ceux-là font dans la gratuité, la beauté…

Ils sont pauvres, certes. Du moins selon les critères de nos ‘savants économistes’ qui n’ont au cœur que des chiffres… ceux du fric. Mais s’ils sont pauvres d’avoirs, de ‘niveau de vie’, ils sont riches d’être, de gratuité et d’amitié. Du moins d’échanges égalitaires, ce ‘don contre don’ en nature, si bien décrits par des ethnologues.

Par exemple, le Bhoutan (sauf erreur) a remplacé l’absurde PIB glacé (les travaux de destruction, d’armement, en font partie !) par un indice du ‘bonheur de vivre’ ou quelque chose comme çà ! Oui, le bonheur existe, entre pauvres, du moins modestes, n’en déplaisent aux malheureux immodestes magouilleurs du CAC 40, bien incapables d’avaler les milliers de beefsteaks qu’ils pourraient se payer, l’un à la suite de l’autre, pendant très longtemps !

‘L’argent n’a pas d’odeur’, dit un dicton. Mais il pue de scandale en scandale. Je rappelle celui du ‘trésor de guerre du FLN’, dont l’essentiel est toujours en…Suisse ! On sait que le FLN, section France, a prélevé un dur ‘impôt révolutionnaire’ des ouvriers algériens immigrés ici, entre 1955 et 62. On sait aussi que des ‘porteurs de valise’ (Français opposés au colonialisme français) ont aidé le FLN à transporter cet ‘impôt’ à l’abri des banques suisses. On sait moins que, pour l’essentiel, cet argent n’a pas servi à la libération de l’Algérie, mais à diverses affaires de certains dirigeants (?) algériens…, et que le reste du magot est toujours en douce Helvétie !

Faut que je me calme… Je ne suis pas plus capable que vous, même ensemble, de sortir du carcan ‘fric’. On est tous et chacun(e) dans ce carcan, bien avant notre naissance. Et, à contrecœur ou pas, on a inculqué à nos descendant(e)s le super virus ‘pognon’ !

Il faut en sortir quand même, c’est vital : Vive la gratuité, la joie de vivre… quitte à composer (compromis sans compromission) avec les impératifs immédiats de chacun(e)… avant le grand chamboulement, peu à peu (il n’y a pas de ‘Grand Soir’ !). Petit à petit, réinventer, restaurer des filières de la fraternité, échanges ‘Sel’ par exemple, et prendre exemple sur les solidarités du pays du Sud, aussi…

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( 19 octobre, 2010 )

Faucille, marteau, enclume…

newcom.jpgLa première fois que j’ai vu le bel emblème du croisement de la faucille et du marteau, c’était à la poupe d’un vaisseau soviétique en transit dans le canal de Suez, vers 1950 : j’avais 11 ou 12 ans et nous amusions à nommer les nationalités des bateaux du canal. Comme mes enfants (et les vôtres…ou vous-même ?) se sont amusés à nommer, selon le numéro de la plaque, l’origine départementale des voitures croisées…

Quelques années plus tard – pour moi un siècle ! – j’ai appris, en pension à Amiens, que cet emblème n’était pas de Russie soviétique, mais de l’Internationale Prolétarienne, fondée bien avant par un certain Karl Marx.

Bon, il m’a fallu encore quelques années – un autre siècle ! – pour apprendre que le PCF ( ‘premier parti de France en 1945’, si !) avait voté, au parlement ‘les pleins pouvoirs à Guy Mollet’ pour l’atroce Guerre d’Algérie. Alors que, comme tant d’autres jeunes, nous avions besoin de ce parti pour ne pas ‘y aller’, pour déserter.

Encore quelques années plus tard, je parle d’autres siècles, je suis membre actif d’une tentative (avortée) de renaissance du PCF, avec sa variante groupusculaire pro-chinoise contre le vieux PC pro-soviétique. Au meeting de lancement, dans une salle de la Mutualité parisienne, des nervis de ce PC (des syndicalistes CGT de l’imprimerie) font le coup de poing, prennent la tribune… et, naïf, ma carte de syndiqué CGT-imprimeur me donne accès au micro conquis par nos agresseurs. J’y clame des slogans pour Mao… Cela retourne la salle un instant, le temps qu’on m’arrache le micro des mains, avant de m’expulser manu-très-militari, dans un escalier au bas duquel je me retrouve sans chemise, t-shirt déchiré, mais à peu près OK…

faucillemarteau.jpgA peine plus tard, mais ce sont encore pour moi d’autres siècles, c’est MAI  68. Notre pseudo Vrai Parti Communiste y implose cependant que la révolte  – ouvrière bien plus qu’étudiante ! -  explose. C’est pour moi – et beaucoup  d’autres – l’occasion de rejoindre la mouvance anarchiste. D’abord concrètement, à coups de pavés, etc… Confirmée au cours des années suivantes à coups de mouvances sociales, bonnes ou mauvaises, comme la vie…

Je veux surtout dire que si je suis anticommuniste depuis le début de ma maturité, c’est par rapport au PCF, à cause des ‘pleins pouvoirs’ donnés à Guy Mollet, faute impardonnable. Mais que je suis communiste, comme tant (la majorité !) de camarades qui ont quitté ‘Le Parti’ (ou n’y ont jamais adhéré, comme moi), lorsqu’il y a de stupides attaques, idéologiques surtout, de divers ‘spécialistes’ (ou enivré(e)s de bistrots) qui dégoisent des conneries  – je ne trouve pas d’autre mot – sur l’actualité des luttes sociales. Dont l’avenir – mondial ! – est la justice, donc par le communisme bien compris. Celui de Bakounine.

pcf8.jpgPaysans et ouvriers, ‘faucille et marteau’, c’est bien mieux que ‘marteau et enclume’, c’est-à-dire bourgeois contre prolétaires, non ? Bref, ‘total respect’ pour cet emblème de l’internationale communiste à sa naissance, bien avant son usurpation par la dictature stalinienne et sa 3° Internationale, cour de minables PC inconditionnels à Moscou.

Je suis communiste de cœur, à vie. Certes ‘l’anticommuniste’ – secondaire, pas primaire -, par rapport aux magouilles du PCF, à la remorque d’un PS pourri, n’a rien à voir avec les dégueulis des réacs… Et tout à voir avec l’espoir que, à la base, on se rejoigne de plus en plus, quelque soit l’étiquette, pour dézinguer la hautaine bourgeoisie, le capitalisme meurtrier… et inventer l’avenir sans en être l’enclume… :

Révolution !

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( 16 octobre, 2010 )

Fertilité & Stérilité

monocultureeeu.jpg

Mes 14 premières années ont été vécues, entre fertilité et stérilité, à la frontière très concrète de terres irriguées et enrichies par le Nil et le dur désert saharien que seul ce fleuve est capable de franchir. C’est dire que ce thème m’est familier.

J’écoutais récemment une émission de France-Inter (‘La tête au carré’) où il était question de la stérilité très progressives de riches terres agricoles d’antan. Il y était question de la disparition des vers de terre qui favorisent tant l‘agriculture. Et plus généralement de toute la vie – des microbes aux oiseaux en passant par les abeilles, les taupes, les campagnols etc. … Et des arbres, bien sûr, avec leurs milliards de kilomètres de racines !

On sait la vogue, depuis deux siècles, mais surtout depuis une soixantaine d’années, d’une agriculture moderne, devenue ‘industrielle’, qui ne pense que labours profonds, par d’énormes tracteurs, plus engrais et pesticides chimiques, monocultures, démembrements des taillis et talus, arrachages d’arbres isolés, j’en passe…D’énormes superficies agricoles (de l’Ukraine au Texas en passant par la Beauce…) furent ainsi un temps des ‘champions en rendement’, pour le blé notamment.

Puis on commença enfin, il y a 40 ans au mieux, à s’apercevoir que l’on ‘tuait la poule aux œufs d’or’, la terre nourricière, avec ses méthodes trop brutales. Certes, cela a enrichi – de façon inouïe ! – divers propriétaires et surtout divers spéculateurs. Lesquels s’entêtent, avec la complicité de pouvoirs politiques à leur botte, à pratiquer cette agriculture prédatrice de la riche nature. Non seulement par la monoculture céréalière, mais aussi par l’élevage intensif (bovins, porcins, volailles, poissons…). Non seulement la terre se meurt, mais les eaux s’empoisonnent, ainsi que les rivages marins : ravages, ravages !

J’ai beau être citadin – et j’aime ça ! – depuis fort longtemps, je suis, comme tout un chacun je l’espère, très sensible à la campagne, à sa beauté… Très affligé, comme beaucoup, de la voir défigurée. Non seulement par cette agriculture folle de profits à court terme, mais par la laideur envahissante de toutes ces ‘zones’ qui ceinturent villes et villages, avec prolifération de super-super-super marchés, etc. : uniformisation de ‘la société de consommation’, bouffe, jette, roule, vote, bosse ou chôme… et tais-toi !, ‘lémarché’ et ‘lémédia’ pensent pour toi…

Ils y pensent si peu, ou si mal, que les ravages de la nature, y compris la nôtre, s’accélèrent. On sait, mieux que ce dramatique appauvrissement de sols malmenés, qu’il y a aussi épuisement en vue des ressources pétrolières. D’où la folie par exemple de cette exploitation de forages très profonds, qui a entraîné l’immense marée noire du Golfe du Mexique…après tant d’autres marées noires ! – Folie à rapprocher d’autres catastrophes prévisibles comme Tchernobyl, Bhopal, les ‘boues rouges’ de Hongrie, etc. …

Et puis il y a nos vies concrètes…dans ce merdier. Nos vies devant des étalages de richesses inaccessibles à moins de tomber sur ‘le gros lot’ (ou d’épouser Mme Bettencourt !)…ou devenir gangster. Ou rêver. Ou lutter. En tant que lucide citoyen, jamais assez. La lucidité, ce n’est pas par l’étude savante de la société que cela s’apprend, même si elle est nécessaire. Cela s’apprend par ‘se frotter à la société en lutte’, y vivre c’est-à-dire en apprendre et y apporter.

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